I. Corr. de Turquie, Sébastiani à Talleyrand, 9*aoùt
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qu'elle avait élé au commencement de cette même année. Le rôle de Sébastian! devenait particulièrement pénible. 11 ne voulait plus rester dans ce pays qu'on pouvait l'accuser d'avoir trompé et livré à ses ennemis. Il demanda son rappel avec des instances nouvelles ; il proposa même qu'on le reniplaçât par M. de Latour-Maubourg, qui, disait-il, serait plus utile à la F'rance dans la situation nouvelle qui allait se présenter. A sa mission, glorieuse jusque-là, il prévoyait une moins heureuse conclusion'.
Cependant les ministres du sultan avaient le langage moins baut dans leur correspondance officielle. Le reis-effendi, Mébémet-Saïd-llalet, écrivait à Talleyrand que la Porte était satisfaite de la paix et des assurances amicales qu'elle avait reçues de la France à cette occasion ; il envoyait de pleins pouvoirs à Muhib-eflendi, ambassadeur à Paris, pour la négociation de la paix avec la Russie et la conclusion d'un traité d'alliance avec la France, Et il ajoutait : « Daigne le Tout-Puissant préserver de si beaux nœuds de l'outrage accidentel du temps et les faire roncomir à ses divines faveurs! »
Sébastian! lui-même eut sans doute bientôt de meilleurs rapports avec la Porte. Il annonça le ^3 août l'adhésion formelle du divan à tous les articles du traité de Tilsit et notamment h la médiation française ; on avait décidé d'adjoindre, pour les négociations de Paris, un uléma à .Muhibeflendi : « Votre Kxcellence, écrivait-il à Talleyrand, aura ainsi le plaisir de voir à Paris un cardinal turc. »
Le sultan Mustapha disait môme alors à l'ambassadeur français qu'il s'en remettait absolument à la j>rudencc et à la sagesse de Napoléon : « Sa Majesté peut f;iiredecet Ijiipirr tout ce qu'elle voudra. Il est à sa merci*. »
Le Divan s'était évidemment arrêté à un système très net: continuer la guerre avec l'Angleterre, exécuter avec fidélité tous les articles de Tilsit comme s'ils avaient été consentis l)ar le sultan, ne donner ainsi à remjiereur Napoléon aucune occasion de plaintes, aucun prétexte de rupture, s'attacher
I. VITaires élrangère». Correspondanco de Turquie, ç) aoiM 1807. Soliasliani h Talleyrand.
a. Id., iil., Scbasliani ii Talleyrand, a3 aoàt.
étroitement à Talliance française, empêcher que l'alliance franco-russe n'eût pour conséquence la ruine de la Turquie, en détourner 'ailleurs la menace. C'était abonder dans le sens des desseins de Napoléon. C'était continuer discrètement l'alliance antérieure.
Champagny l'expliquait sans ambages à Sébastiani au commencement de septembre. Toute l'Europe est unie désormais à la France contre l'Angleterre ; il n'y a plus de neutres ; il faut être pour l'une ou pour l'autre, et il ne sera pas permis à la Porte de ménager habilement les deux parties. Le gouvernement ottoman espérait, dit-il, recouvrer la Crimée et ses anciennes limites, prétentions singulièrement outrées dans son état de faiblesse et d'anarchie, au moment d'une révolution qui en présage d'autres. Les armées du sultan n'ont aucune valeur ; l'armistice obtenu par la France les sauve d'une entière destruction et assure à la Porte la Moldavie et la Valachie qu'elles n'ont pas été capables de reconquérir. D'ailleurs la Porte n'a aucun traité avec la France; l'ambassadeur ottoman n'a rien voulu signer; il a fait preuve à Varsovie, à Danzig, de la plus évidente répugnance à la moindre négociation sérieuse. Les engagements pris par Napoléon à l'égard du sultan Sélim avaient un caractère absolument personnel et amical ; l'empereur les eût peut-être renouvelés à son successeur ; mais le sultan Mustapha est demeuré plus de quinze jours sans notifier son avènement ; il n'a adressé à l'Empereur aucune lettre, aucune ambassade officielle ; il a renvoyé les canonniers français que Sélim avait demandés.
« L'Empereur devait-il donc, pour ce gouvernement inconstant, capricieux, cruel, se refuser à une paix honorable et continuer une guerre dont lui seul supportait tout le poids? » — La France n'a manqué à aucun engagement, n'en ayant contracté aucun ; elle a ménagé dans la mesure du possible les intérêts de la Porte en insérant au traité un armistice russo-turc et une médiation française pour la négociation d'une paix définitive. — Si la Porte accepte ces conditions, elle aura la Moldavie et la Valachie, « et encore quelques moments de végétation » . Si elle fait la paix avec
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l'Angleterre, elle peut être regardée comme perdue ; elle sera démembrée ; « son existence politique aura pris fin avec l'année' ».