‹ Études numismatiquesChapitre 2 sur 55 · MONNAIES GAULOISES · texte numérisé non relu

MONNAIES GAULOISES

Personne ne s*est encore occupé d'une manière sérieuse de déterminer les monnaies de Tépoque gauloise qui appartiennent aux Poitevins. Divers ouvrages donnent à peine çà et là quelques renseignements incomplets sur cette matière, et M. Lecointre-Dùpont lui-même n'a fait qu'efQeurer la question. Il y a cependant possibilité de donner aujourd'hui une nomenclature assez étendue des pièces de cette période émises incontestablement par nos ancêtres.

Les quatre premiers numéros de la planche I rentrent dans cette catégorie. Quoiqu'ils soient connus depuis longtemps des numismatistes , les exemplaires que j'ai fait graver offrent tous néanmoins des variétés de coin et des différences notables dans les figures et dans les légendes.

— Tête jeune tournée à droite, probablement celle d'Apollon. — iV- Génie ailé monté sur un cheval galopant à droite ; au dessous, une sorte de fleuron.

Bas argent; poids : i gros, 23 grains. (PI. I, n"" 1. )

Cette monnaie est la plus commune de celles que l'on rencontre en Poitou. Sans parler des exemplaires déterrés tant de fois isolément, un dépôt, composé de 390 de ces pièces, fut trouvé en 1841 à Youillé, et un autre enfouissement a été, il y a trois ans, mis au jour à Poitiers. Bonsergent m' ayant fourni une relation complète de la découverte, je ne puis mieux faire que de l'intercaler en entier dans ce mémoire, convaidcu que mes lecteurs accueilleront ces détails avec plaisir.

« Lorsque l'on voulut percer la rue de l'Industrie, dans une partie du terrain dépendant du jardin de l'ancienne maison Laurence, acquise depuis par M. François Farran, et dont le niveau s'élevait à

trois mètres au-dessus de la rue des Carmélites, il fat nécessaire d*opérer des déblaiements considérables. Ce fat en exécutant ces trairaux que, le 17 jani^ier 1852, les ouvriers découvrirent, enfouis à deux mètres au moins de profondeur et gisant sur le sable rouge, un vase de moyenne grandeur en terre brane assez grossière, rempli de monnaies en mauvais électram(Atff;. ntim., 1852, pi. YI, n"" 4), et d'autres en bas argent semblables à celles du trésor de Youillé. Le vase fat brisé d'un coup de pioche; mais il fat néanmoins possible de reconnaître que le col avait été enlevé anciennement et avant de le cacher en ce lieu. Les morceaux recueillis par moi ont été déposés au musée de la ville.

» L'ensemble des pièces formait une masse compacte, qui avait été, je n'en doute pas, soumise aa feu; de sorte que chacune d'elles, au fur et à mesure qu'elle était séparée da bloc, était fort sale, et présentait de grandes difficultés au nettoyage, surtout celles en argent, qui étaient partout tachées de rouille.

» Cette découverte, faite par trois ouvriers, attira sur-le-champ un grand nombre d'autres travailleurs des chantiers voisms, qui se jetèrent dessus pour avoir part au butin. Tout le produit de la trouvaille fut donc, dès le début, éparpillé en plusieurs mains. Un artisan acheta, pour cinquante centimes, dix pièces en électrum et s'empressa d'aller les porter à un orfèvre, qui les déclara sans valeur. Ce premier mécompte rabattit un peu les prétentions des détenteurs des autres gauloises.

» Vers le soir de la même journée, passant dans la rue, j'entendis parler de la trouvaille, et je fis d'abord l'acquisition de 13 pièces, dont 2 en électrum. Sur ces entrefaites, un autre amateur en ayant acheté d'un charretier 21, y compris 4 en électrum, les ouvriers nous dirent qu'à la fin du jour il nous montreraient le surplus. Nous convînmes dès lors de faire cet achat en commun, et, en effet, ces gens vinrent chez moi, et nous cédèrent 166 gauloises., dont 18 en électrum. Ils n'en conservèrent qu'une seule en ce métal, aussi brillant que l'or le plus pur, vendue depuis à M. Meillet. Ce dernier recueillit après coup, chez les orfèvres de la ville, toutes celles du même genre qu'il put rencontrer, et divers ouvriers m'en apportèrent une fois 8 en argent, et plus tard, enfin, 52 autres, et une seule d' électrum; ce qui éleva la portion de la découverte venue entre nos tnains à 25 en électrum et 236 en argent.

» rignore si le surplus de l'enfouissement était bien considérable;

j*a> toatefois lieu de croire qae nous avions eu la plus large part, les Irois quarts, au moins, M. Heillet n'ayant recueilli que S5 à 40 pièces d'électmin, qui forent presque toutes fondues..

9 Lorsque nous voulûmes nettoyernous-n^émes les pièces d'argent, nous n'y réussîmes que très-imparfaitement , et nous les cédâmes alors à m orfèvre, I la condition expresse de nous laisser choisir, l-opéraiion terminée, celles «qui nous conviendraient; mais le résultat fut «i défectueux, qu'à peine pftmes-nons en avoir chacun six.

» Voici tnaintenant le produit de Tanalyse chinûqne faite par Jn* Rieiiiei •

Pièces en électrum (poids moyen : 6 grammes, 032) : 1 gr., 83 or;

6 décigrammes argent; le reste cuivre. — Taleur : 3 fr. 94. c. Pièces d'argent (poids moyen : 3 grammes) : 1 gr., 29 argent; le

reste cuivre et étàin en proportion à peu près égale. —

Valeur : fr. 32 c.

» J'oubliais de dire que, vis-à-vis l'endroit où étaient ces médailles, on a déterré, dans un bassin antique rempli de sable fin et de cendres, nne autre pièce en électrum au môme type, d'un titre infiniment plus ba& Elle était accompagnée de deux moyens bronzes de Néron et d'un grand bronze de Trajan.

» Indépendamment de ces diverses monnaies, on a trouvé^ dans la rue de l'Industrie, une quantité incroyable de pièces gauloises en bronze ou en potin, presque toutes très-altérées par le feu, qui parait avoir dévoré à plusieurs reprises ce quartier gallo-romain. Les nombreux vestiges de constructions que les travaux ont mis à découvert; plusieurs fragments de statues ironvés dans les foniilea, et dont faisait partie la belle tôte de femme en pierre que j'ai donnée au musée de la ville, prouvent qu'il lut jadis très-peupLé et Irès-florissant Tai acheté aux terrassiers des débris de riches poteries rouges à figures, et plusieurs fragments de patères portant des noms de potiers : ils m'ont également cédé des vases entiers en terre noire, brune ou blanche ; des cleb antiques en fer et en bronze; de nombreuses fibules de formes élégantes et très-variées; une petite Qgurine de cçrf en bronze, à laquelle manquent la ramure el partie des jambes; unbean fragment de vase aussi en bronze, décoré de pampres et de raisins; une partie du pied d'une grande statue de même métal, portant les traces de mutilations violentes; des débris de pavs^ges en mosaïque, et quantité d'autres objets antiques. Après avoir été anéanti par quelque épouvantable catastrophe, ce quartier, abandonné sans

doute, devint une dépendaDce des jardins du palais des comtes de Poitou.

» Quant aux monnaies de la période romaine qui sont sorties de ces décombres, elles appartenaient en général aux empereurs antérieurs à Commode. Quelques rares pièces du bas empire ont seulement été trouvées dans la partie qui avoisine la rue des Carmélites. »

Ceux qui écriront plus tard Thistoire de Poitiers ne devront pas perdre de vue cette note si intéressante ; car elle peut fournir, à elle seule, les éléments de Tun de ses plus curieux chapitres.

Il est désormais avéré, d*aprës ce qui précède, que les deux espèces de monnaies gauloises du trésor de la rue de Tlndustrie ont été émises en même temps, et datent d*une époque à peu près contemporaine de la conquête de César. On peut en dire autant de celle gravée au n» 2 de la pi. I., sur laquelle le cbeval est au pas, au lieu d*ôtre au galop. Elle provient des fouilles exécutées en 1853 à Faye- TAbbesse, avec une foule d'autres gauloises d'argent, de cuivre et de potin, très-oxydées en général, et altérées par le feu. D'autres médailles identiques, recueillies à Bom, présentent la même particularité.

Ce qui m'a engagé surtout à revenir sur les pièces qui viennent de nous occuper, c'est que Lelewel en a reproduit trois, aux n"»" 17, 18, 19, pi. II de l'atlas de ses Ëtudes sur le type gaulois, qui ont trop de points de contact avec elles, pour ne pas les attribuer aussi aux Pictons.

Cela établi, je parlerai, à l'heure qu'il est, de trois monnaies un peu moins anciennes, dont deux ont dû avoir été frappées sur le territoire du môme peuple.

n y a quelques années, un vieil amateur d'antiquités, du pays de Betz, me Qt présent d'une vingtaine de gauloises trouvées sur les bords du lac de Grand-Lieu, parmi lesquelles il y en avait qui me frappèrent de prime abord par leur faire poitevin. M. Hucher ayant désiré en placer quelques-unes dans sa collection, je les lui cédai et lui fis part de mon opinion à cet égard, qu'il s'empressa d'adopter. L'un des exemplaires, passé de mes mains dans les siennes, a été publié par lui dans la Revue numismatique de 1853,

pi. I, Qo 6, et page 17. En voici un autre découvert à Poitiers. Il offre des variantes très-sensibles dans le style et la légende :

Tête d'Apollon à droite. — iv. Cheval sellé galopant à droite; au-dessus, un petit édifice; au-dessous, YIRO..; le reste de la légende est caché sous une épaisse couche d'oxyde. — Cette légende est sans doute le nom d*un chef.

Bronze; poids : 1 gros, 13 grains.

Cette autre pièce, au contraire, gravée au n» 4 de la pi. I, et qui pèse 1 gros, 12 grains, ne diffère presque de celle de M. Hucher que par Tabsence de la légende ; ce qui me la ferait considérer comme la plus ancienne des trois, tandis que celle portant YIRO... serait, selon moi, d*une émission postérieure aux deux autres.

Je cédai en même temps à M. Hucher une autre gauloise qu'il a fait connaître avec la précédente {Rev, num.^ 1853, pi. I, n"" 7), et qu'il attribue aux Santons. Comme la légende de son exemplaire n'est pas entière, j'en ai placé un, au m 5 de ma planche I, tiré du cabinet de la Société de statistique des Deux-Sévres, et découvert à Faye-VÂbbesse, qui aidera à la compléter.

Tôte d'Apollon tournée à droite. — iV. Cheval galopant à droite ; au-dessus, un petit temple ; an-dessous, SACTO. «

Cette monnaie, frappée dans le système des dernières, pèse 1 gros, 11 grains.

11 reste à décider si nous avons sous les yeux une pièce des Santons, ainsi que Je prétend mon collègue; ou si l'inscription se rapporte à un chef. Toujours est-il qu'elle appartient de bien près à la dernière période du monnayage gaulois, et que les espèces poitevines et santones, alors, comme antérieurement, se ressemblaient beaucoup quant aux types.

MONNAIES llIÉROVmGIENNBS.

La numismatique des cent premières années de la période mérovingienne fait continuellement d'inappréciables conquêtes. Les ingénieuses et savantes recherches de MM. Senckler, Charles Lenormant

et de PëtigDy ont sartoat beaucoup aidé à amener ces heureux résultats, et Ton ne peut douter que, d*ici peu, Ton n* arrive à déchifiï'er une fouie d'énigmes qui semblaient devoir résister aux efforts des plus hardis chercheurs. Les découvertes donnent raison de jour en jour au système de M. Lenormant, qui mérite cependant le reproche de ne pas tenir assez compte des effets bien connus de la dégénérescence des types, et de Tignorance ou de Tinhabileté des ouvriers chargés de fabriquer les coins qui ont servi à frapper les espèces de ces temps de désordre et de continuelles luttes. Je crois anssi que rétude du style propre à chacune des parties de la Gaule est parfois trop négligée dans sa classification, quoiqu'il n'y ait aucpn autre point de repère plus saisissant et plus sûr pour arriver à la connais* sance du lieu où les pièces ont été émises. Et, en effet, le faire employé chez les Bnrgondes n'est-il pas parfaitement distinct de celui des Wisigoths ou des Bretons? Un triens sorti de l'atelier de Poitiers ne se distingue-t-il pas de prime abord d'un autre venu de Marseille? Mais ces critiques ne s'attaquent qu'à des questions de détail : la lumière n'en a pas moins jailli , et il ne s'agit«plus que de la diriger sur tous les points du réduit obscur où l'on avait, avant les travaux de M. Lenormant, relégué , avec un si injuste dédain , les monnaies des peuples qui se partagèrent, après la chute de l'Empire, le sol de la Gaule.

Les collections de Poitiers possèdent peu de nouveautés parmi les pièces de la transition. Des six suivantes, deux en proviennent ; les quatre autres ont été recueillies à Saint-Maixent, en Bretagne, à Sens et en Provence.

Je donnerai d'abord un tiers de sou d'origine wisigotbe, avant de passer à ceux qui appartiennent aux Francs.

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