‹ Études numismatiquesChapitre 32 sur 55 · PHILIPPE DE COMMYNES · texte numérisé non relu

PHILIPPE DE COMMYNES

PamCE DE TALMOND ET SEIGIŒUB D^ARGEin'OIf.

+ PHELIPPES . DE . COMYNES. Dans un cercle trilobé, écu aux armes de Commynes : de gueules à la bordure et au chevron (tor, accompagné de trois coquilles émargent, deux en chef et une en pointe. — «?. + : SEIGNEVR . DARGENTON. Champ semé de fleurs de lis.

Les mots des légendes sont partagés, sur les deux côtés, par des roses à cinq feuilles.

Je dois le seul exemplaire connu de ce précieux jeton d'argent, ainsi que^ celui qui va suivre, à Tamitié de ma cousine, M°*" Léon Parenteau-Lavoute, qui les tenait de sa mère. Il est d'excellente conservation, et parait avoir séjourné dans la terre.

A côté de la puissante figure de Louis XI, vient toujours se placer celle de Philippe de Commynes. Le grand roi et son illustre historien ne seront jamais séparés dans le souvenir des hommes. C'est qu'en eilet, ils sont unis par une indissoluble solidarité. Si l'un fut heureux de rencontrer un écrivain digne de tracer l'histoire de sa Tie, l'autre eut une fortune égale, sinon supérieure, en voyant poser devant lui un semblable modèle. L'intérêt qui s'attache au sujet a rejailli sur l'œuvre.

Mais ce n'est pas dans les mémoires de Philippe de Commynes seul qu'il faut aller chercher Louis XI. ficrit à assez longue distance

des éyénements, qoelque bonne envie qu'on eût de le rendre impartial et véridiqne, le livre a ressenti le contre*coap des haines sonlevées autour da cercueil de celni qai mit la royauté hort de page. On ne saurait trop le répéter, il faut surtout lire ses lettres, les instructions données à ses agents, le volumineux recueil de ses ordonnances, pour se convaincre que ce prince tant calomnié, caricaturé à plaisir par les fils ou les valets des seigneurs féodaux dont ' il avait réprimé les brigandages et les rapines, fut non-seulement un grand politique, mais encore, chose bien rare et A jamais digne de louanges, Tun des rois qui eurent pour le peuple de vraies entrailles de père. Ses erreurs et ses vices furent bien plutôt le fruit des mœurs de son époque que de sa nature. Le temps lui manqua pour accomplir ses vastes desseins de réforme : la lutte absorba sa vie ; et ceux qui, plus tard, en bénéficièrent, furent des premiers, dans leur ignorance, A s'allier aux pamphlétaires qui salirent la mémoire de leur bienfaiteur. Les annales humaines fournissent plus d*un exemple de ces déplorables malentendus. Malheur à celui qui, prenant Dieu pour seul juge, s'attaque à des abus consacrés par un long usage : avant de disparaître, ils ne manquent jamais de léguer Tingratitade. L'initié tue ou noircit l'initiateur. Mais les coups frappés par les hommes de génie portent si juste et si fort, qu'il en reste des rognes héréditaires sur le dos des descendants de ceux qui les ont reçus, et que la postérité, plus clairvoyante, n'a pas de peine à démêler la cause de leurs hypocrites et dolentes clameurs.

Commynes appartient au Poitou par ses propriétés et ses oeuvres, qui furent toutes écrites à Argenton; mais il lui est étranger par la naissance. Il reçut le jour, en 1447, an château de Gomines, situé sur les confins de la France actuelle et de la Belgique. Son père remplissait les fonctions de souverain-^bailly de Flandre; son parrain fut Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Il resta donc Bourguignon jusqu'à ce que Louis XI lui eût offert un théâtre plus digne de ses talents que la cour turbulente de Charles le Téméraire, en rappelant près de lui et en le faisant Tun de ses conseillers intimes. Cet acte déeisU de sa vie s'accomplit dans la nuit du 7 au 6 août 1472.

Au mois de décembre de la même année, nous le trouvons en bas Poitou, avec son noaveau maître, au rendez- vous de chasse de Dine-chien, près le Puy-Belliard, où celui-ci confirma le don qu'il lui avait dernièrement fait de la principauté de Talmond et des terres

de CorzoD, Olonne, la Chaume, Cbftteaii-Gaotier et Berrye (en Anjou), et y ajouta les seigneuries de Brem et Brandois, avec l*autorisation de faire des Sables un grand port de commerce ('). On sait combien la donation de ces biens, confisques sur le dernier vicomte de Tbouars, de la maison d'Àmboise, lui causa, plus tard, de tourments. ^

L'année suivante, Louis XI le maria avec une riche hériti^e, Hélène de Ghambes, fille du sieur de Monsoreau, et le gratifia d'une somme considérable pour acheter, de son beau-père, le château d'Argenton, qu'il se plut à embellir et qu'il choisit pour son séjour habituel, chaque fois qu'il put se dérober aux préoccupations de la politique.

D'autres faveurs vinrent, d'années en années, jusqu'au décès du roi, témoigner de l'amitié dont il était honoré. Il suffira de mentionner, pour ce qui concerne notre province, la charge de sénéchal de Poitou, en 1476.

La mort de Louis mil un terme à tant de prospérités. Après une foule d'intrigues indignes de Commynes, de persécutions souvent méritées, et quelques retours passagers aux affaires publiques, il rentra dans sa retraite d' Argenton, et se résigna, malgré lui, à doter d'un chef-d'œuvre la langue et l'histoire de sa patrie adoptive. Il se consola de n'être plus rien, en traçant le tableau des grandes choses accomplies sous le régne laborieux, mais fécond, de son vieux maître, qu'il estimait « mieulx fait pour seigneurir ung monde qu'ung royaulme. »

Les mémoires de Commynes dénotent « un esprit sérieux, solide, intelligent de toutes les ruses, jugeant avec un sens merveilleux le caractère, la forme, le but des gouvernements; plus habile que scrupuleux, mais cependant s'élevant à la probité par le bon sens, parce qu'à tout prendre elle est plus raisonnable que le reste, et qu'elle assure mieux le maintien de la puissance (^). »

(1) L^original de lacté en vertu duquel Ph. de Commynes reçut ces dons est dans ma collection de documents historiques sur le Poitou. Il fait partie d'un volumineux dossier de pièces, également originales, concernant le même personnage et sa famille. On y trouve quelques détails biographiques nouveaux. Plusieurs me viennent de mon ami Anatole Barthélémy.

(2) ViUemain.

Le jeton d'argent dé notre historien a été frappé sous Charles VIII. Les caractères des légendes tiennent le milieu entre ceax employés pendant la première partie du règne de ce prince et ceux dont on flt usage sous Louis XII. H est donc probable qu'il a été gravé après Teipédition d'Italie, à laquelle assista Commynes.

M. Borel d'Hauterive, et après lui M. Beaucbet-Filleau, dans son Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou^ se sont trompés quand ils ont prétendu que les armes de Philippe de Commynes étaient d'or à t'écusson de gueules^ chargé cCune croix de voir. Indépendamment de reçu gravé sur ce jeton, il en existe plusieurs autres représentations qui, toutes, concourent à administrer là preuve qu'elles étaient, an contraire, telles que je les ai décrites. Que l'on voie plutôt les statues placées sur son tombeau et sur celui de sa femme, déposées actuellement au Musée de Versailles ; les empreintes des deux sceaux dont il s'est servi (i), et enfin les écussons peints sur plusieurs feuillets du merveilleux manuscrit de la Cité de Dieu, de saint Augustin, traduction française de baoul de Presles, l'un des chefs-d'œuvre de nos miniaturistes de la fin du XV" siècle, qui avait été exécuté pour lui et qui fait aujourd'hui le plus bel ornement de la Bibliothèque publique de Nantes (^).

La ville de Comines a conservé longtemps les mêmes armes, comme on peut s'en convaincre par la vue du jeton des Ëtats de Lille qu'a publié M. de Fontenay, à la p. 166 de son Manuel. ____________^ __. f

(i) La gravare sur bois de Tun de ces sceaux est donnée à la fin de la notice sur Philippe de Commynes, mise en tête de rédition de W^^ Dupont. M. L. Aude, secrétaire général de la préfecture de la Vendée, publiera bientôt Tantre, dans sa Statistique historique et administrative de ce département, à Tarticle de Talmont. L*empreinte originale de ce dernier est placée au bas d'une réception d'aveu rendu , le 49 juin 1507 , k sa seigneurie de la Mothe-Goupeau, par le possesseur du fief du Bois-Guillement, qui fait partie de ma collection.

(3) Philippe de Commynes ne savait pas le latin; malheur qu'il déplorait dans son dge mûr, si Ton en croit Lenglet-Dufresnoy. C'est pour cela qu'il avait fait exécuter plusieurs manuscrits contenant la traduction d'ouvrages importants qu'il ne pouvait lire dans le texte original. La Bibliothèque de l'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris possédait autrefois deux grands volumes des Histoires de Falère- Maxime, en français, portant aussi ses armes et son chiffre. (Y. Inventaire des principaux manuscrits de ta bibl. de l'abb, de Sainte- Oenettiève, par Claude du Molinet, p. 15 et 16.)

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