PHLEGMON DU SAC LACRYMAL
légèrement sur le reste de la muqueuse et on le retire après avoir interrompu le courant. Dans les cas même où l'on n'est pas arrivé, de cette manière, à détruire la muqueuse du sac en totalité, en n'a pas de rechutes à craindre, à la seule condition d'avoir escliarifié l'embouchure des conduits.
Cette cautérisation n'excite presque aucune douleur et n'a jamais donné lieu, quand nous l'avons employée, à une réaction excessive. Si l'on se croyait menacé d'un accident de cette nature, il serait toujours facile de le prévenir en appliquant sur les parties, pendant un jour ou deux, des compresses imbibées d'eau glacée.
On peut encore procéder à l'occlusion des conduits en oblitérant leur orifice palpébral. A cet effet, les deux rhéophores se réunissent (fig. 61, À') à angle très-aigu de manière à former une sorte de stylet qu'on introduit dans les conduits lacrymaux préalablement dilatés (1). Cela fait, on ouvre le courant et l'on cautérise les canalicules jusqu'à 2 ou 3 centimètres de leur orifice externe : on peut même, pour fendre les conduits dans la môme étendue, se servir du cautère introduit à froid que l'on redresse, après avoir rétabli le courant. Après la destruction de l'orifice des conduits, on agit sur la muqueuse du sac au moyen du cautère à boule.
M. Tavignot (2), qui s'est beaucoup occupé du traitement des maladies lacrymales par la galvano-caustique, se contente de l'oblitération des conduits ; mais il l'obtient en procédant d'une autre manière. Il se sert de deux rhéophores dont les extrémités se continuent chacune avec un stylet de platine, l'un droit et l'autre courbe. Tenant l'un des rhéophores d'une main et l'autre entre les dents, il introduit le stylet courbe dans le point lacrymal inférieur ; dans le deuxième temps de l'opération, il abaisse la pédale de la pile de Grenet qui fournit le courant et réunit à angle droit le stylet du rhéophore resté libre avec celui qui est engagé dans le conduit. A ce contact, qui se fait presque au niveau du bord palpébral, les deux stylets deviennent incandescents et la cautérisation a lieu. « Sous l'influence de celte cautérisation, dit M. Tavignot, l'inflammation du sac et la fistule, si elle existe, disparaissent sans qu'on ait besoin de leur faire subir un traitement spécial. » Pour nous, qui ne faisons jamais usage de la galvano-caustique qu'en vue d'oblitérer, en totalité, des voies lacrymales définitivement incapables de fonctionner, condition que nous fait reconnaître une exploration minutieuse de ces voies par l'orifice d'une fistule spontanée ou artificielle, nous aimons mieux porter, en même temps, le fil de
(1) Dans la figure 61 l'écarlement des fils est un peu exagéré.
(2) Gazelle des hôpitaux, 1862, et Méthode galvano-caustique oculaire ei uréthrale. Paris, 1863.
platine sur toutes les parties du sac largement ouvert. On accélère la suppuration en se servant, deux ou trois jours après, de cataplasmes appliqués seulement sur l'ouverture du sac et non sur l'œil, et on ne laisse la plaie se fermer que lorsque le sac s'est rempli complètement de bourgeons charnus.
Les tentatives qu'on a faites pour guérir des fistules lacrymales par l'oblitération des conduits, datent d'une époque déjà reculée (Quesnel, Bûche, Serre). La plus originale appartient incontestablement à M. Velpeau (1) et consiste dans l'excision des points lacrymaux. Cet éminent chirurgien y procède en taillant un petit lambeau triangulaire dont la base correspond au bord libre des paupières et qui contient le point lacrymal et une partie du conduit : ce lambeau est détaché au moyen de ciseaux droits, par deux petites incisions. Chose étrange, le même procédé a été, vers 1830, proposé par M. Jiinken et maintenu par M. Bowman daus un but tout à fait opposé, c'est-à-dire pour rétablir la perméabilité des conduits. 11 est vrai qu'alors on faisait, pendant assez longtemps, suivre l'opération d'un sondage du canalicule raccourci; mais ce double emploi singulier d'une même méthode n'inspire qu'une médiocre confiance dans les résultats si différents qu'on lui a demandés.
Il y a quelques années, M. de Graefe, pour arriver à l'oblitération des conduits, qu'il n'employait jamais que de pair avec la cautérisation du sac, quoique d'une manière successive, se servait de fines sondes d'Anel, auxquelles on avait fixé une petite quantité de nitrate d'argent, après les avoir hérissées de faibles aspérités, en les immergeant, pendant un temps assez court, dans l'acide nitrique. Ces stylets devaient rester quelques instants dans les conduits, et lorsqu'ils avaient déterminé, par leur action caustique, l'oblitération de ces canalicules, il suffisait pour obturer à son tour le sac lacrymal d'y porter le nitrate d'argent un petit nombre de fois. Cette manière d'agir réussit à la condition de répéter les cautérisations du sac à des intervalles assez courts pour que l'épithélium de la muqueuse ne puisse se reproduire et pour que l'action du nitrate d'argent porte sur le tissu propre de la muqueuse. L'imperfection de cette méthode tient à ce que les conduits lacrymaux ne se bouchent pas toujours après avoir subi le contact des sondes ; si bien que les larmes et les produits de la sécrétion conjonctivale continuant à s'écouler dans le sac, le nitrate d'argent, porté à différentes reprises dans cette cavité, n'a pas pour effet ordinaire de l'obstruer.
Que dire des autres moyens destructeurs prônés et employés dans la thérapeutique des voies lacrymales : le beurre d'antimoine, l'acide nitrique,
(1) Manuel pratique des maladies des yeux. Paris, 1840, p. 583.
la pâte (le Canquoin, etc. ? On ne saurait nier leur efficacité ; mais ce qu'on leur reproche, et à juste titre, c'est le peu de sûreté de leur action, toutes les fois que l'embouchure des conduits échappe à la cautérisation. Une petite partie de la muqueuse demeurée intacte communique-t-ellc avec ces orifices, elle verse dans le sac conjonclival les produits de sa sécrétion et devient pour la conjonctive la cause d'une irritation et d'un larmoiement tout aussi intenses que ceux qui avaient rendu l'opération nécessaire.
Au reste, tous ces caustiques plus ou moins fluides ont l'inconvénient de se répandre au pourtour des tissus malades sur lesquels on voulait borner leur action, et leur emploi cause des douleurs quelquefois très-violentes qui se prolongent, dans certains cas, pendant vingt-quatre heures. En outre, les symptômes de réaction sont souvent assez intenses, comme nous l'avons pu constater chez des malades qui, effrayés par le gonflement de leurs paupières et impatientés par les souffrances qu'ils éprouvaient, vinrent nous demander du soulagement, le lendemain même du jour où ils avaient subi l'application d'une des substances précitées. Si l'on ajoute à cela que l'emploi de ces caustiques n'exempte pas les sujets de graves complications, puisqu'on les a vus attaquer les parois osseuses des voies lacrymales et le globe de l'œil lui-même, on cherche en vain la raison des éloges qu'on a prodigués et qu'on prodigue actuellement encore à cette méthode.
En résumé, tous les procédés que nous venons de passer en revue comptent des succès ; mais il faut savoir choisir, dans un cas donné, celui qui, en causant le moins de souffrances possible, garantit le mieux des rechutes et des complications.
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