‹ Études ophthalmologiquesChapitre 99 sur 111 · PLEGMON DU SAC LACRYMAL · texte numérisé non relu

PLEGMON DU SAC LACRYMAL

de l'embouchure des conduits, et des praticiens d'une grande expérience qui partagent notre opinion à cet égard, M. Pagenstecher (1) entre autres, prennent, pour y parvenir, la précaution de fendre ces canalicules jusqu'à leur orifice interne et de mettre ainsi leur muqueuse à découvert jusque dans le sac largement débridé, pour la cautériser directement dans toute son étendue. Nous croyons que cette pratique a le défaut d'exposer le malade à une déviation du grand angle, lorsqu'elle n'est pas exécutée avec une extrême habileté, et qu'elle peut être remplacée avec avantage par l'introduction dans les conduits d'une ou de deux sondes d'Ane! qui, au contact du fer rouge, s'échauffent assez pour cautériser la muqueuse.

Cette méthode d'oblitération est certainement une des plus sûres que nous possédions ; néanmoins il faut reconnaître qu'il s'y attache quelques inconvénients. Au premier chef, nous devons parler de la crainte qu'éprouvent tous les malades auxquels on propose d'appliquer le fer rouge aussi près de l'œil, tout prévenus qu'ils sont que les douleurs sont presque nulles. De plus, le contact du fer rouge, lorsqu'il se prolonge un peu au delà du temps nécessaire, donne constamment naissance à une cicatrice enfoncée qui imprime au grand angle de l'œil une déviation disgracieuse. Tel est, au moins, le résultat que nous avons pu, maintes fois, constater chez des personnes traitées au moyen du cautère actuel. Si l'on tombe dans l'excès opposé, en retirant trop rapidement le fer rouge, et si l'on a eu la mauvaise chance de ne pas l'appliquer sur l'embouchure des conduits, on laisse son malade exposé à des rechutes et l'on peut rester assez loin du résultat qu'on recherchait pour obtenir, au bout d'un temps plus ou moins long, comme l'a fait M. "Weber (2), le rétablissement de la perméabilité des voies lacrymales par le moyen des sondes.

Un des plus sérieux inconvénients de la méthode est l'inflammation du tissu cellulo-graisseux de l'orbite et le phlegmon de l'œil auxquels elle peut donner lieu, quand, par la faute d'un malade peu tranquille, la cautérisation a porté trop profondément, quoique, il est bon de le dire, ce vice soit commun à d'autres procédés de destruction du sac lacrymal. Le beurre d'antimoine, si chaleureusement recommandé (Magne), a, dans quelques cas, été d'une application tout aussi malheureuse et suivie d'une cécité complète.

L'emploi de la galvano-caustique est, sans contredit, préférable sous bien des rapports, à celui du fer rouge ; en effet, le rhéophore peut être introduit à froid dans la plaie, et les apprêts de l'opération n'ont en eux-mêmes rien d'effrayant pour le malade. Pourquoi donc la galvano-caustique, malgré sa

(1) Klinische Beobachtimgen, 1862, H. II, p. 39.

(2) Archiv, loc. cit., p. 97.

supériorité incontestable, n'est-elle pas encore en faveur auprès de la plupart des chirurgiens ? Nous croyons devoir l'attribuer à la difficulté que l'on éprouve encore aujourd'hui à se procurer des appareils sans défauts, c'està-dire qui fournissent un courant d'une grande intensité, facile à interrompre brusquement et passant dans un circuit assez souple pour qu'il soit aisé de le mouvoir en tous sens et sans effort. Malheureusement, en dépit des perfectionnements qu'on a, de nos jours, apportés à l'électrodynamie, le chirurgien se trouve souvent encore à la merci des moindres circonstances sous l'influence desquelles les appareils de galvano-caustique cessent inopinément de fonctionner. Quoi qu'il en soit, tous ceux qui ont mis à l'expérience les divers procédés usités pour la cautérisation du sac, mettront certainement au premier rang celui dont nous allons donner la description (1).

Comme le fer rouge, la galvano-caustique a essentiellement pour objet l'oblitération des conduits lacrymaux, soit du côté du sac, soit du côté du bord libre des paupières. Dans le premier cas, après avoir ouvert largement le sac, on maintient cette ouverture béante et l'on recherche l'embouchure interne des conduits au moyen d'un stylet d'Anel introduit par l'un des points lacrymaux. C'est sur l'orifice ainsi découvert qu'il faut porter le cautère chauffé à blanc, construit de la façon suivante. Les deux rhéophores communiquent (fig. 60, A) par un fil de platine recourbé sur lui-même, enveloppé, au voisinage de son extrémité, d'un manchon de bois que ses deux branches débordent parallèlement dans une longueur de 1 ou '1 centimètres , pour former, en s'enroulant sur elles-mêmes à leur point d'union, une petite boule qu'on porte dans le sac. Au moyen d'un ressort métallique (fig. 60, B) établi au milieu du manche et muni d'un bouton mobile, on interrompt et l'on rétablit à volonté le courant.

Si l'on veut ne chauffer le cautère qu'après l'avoir introduit dans le sac, il faut évidemment prendre la précaution de le tenir éloigné des lèvres de la plaie pour qu'il agisse exclusivement sur l'embouchure des conduits. Après avoir pendant un instant tenu le cautère sur cet orifice, on le promène

(1) Voyez à ce sujet la thèse de M. Vételay, Quelques considérations sur l'origine et le traitement de la tumeur lacrymale. Thèses de Paris, 18G3.

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