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aiguë, ou qu'il se manifeste des poussées inflammatoires, il n'est pas rare de voir le corps vitré troublé en totalité, ou présentant des flocons dans sa masse. D'après la mobilité qu'ils affectent lorsqu'on fait mouvoir l'œil, on juge de la diminution qui s'est produite dans la consistance du corps vitré. Ces opacités sontd'autantplus appréciables et plus gênantes pourle malade, qu'elles sont plus proches de la rétine ; si elles siègent dans la partie antérieure du corps vitré, elles n'ont d'autre effet que celui de diminuer l'éclairage des images perçues. Il arrive assez souvent qu'une exsudation floconneuse du corps vitré se trouvant en contact avec la rétine, donne lieu, en se rétractant d'une manière analogue au tissu des cicatrices, à un décollement de cette membrane. (Henri Millier.)
Lorsqu'on examine avec soin le cristallin, on observe aussi, dans les cas de scléro-choroïdite intense, entre la capsule cristalline et la fosse hyaloïde, un exsudât particulier qui reste fixé à la membrane dont cette fossette est tapissée après l'ablation du cristallin. Celui-ci présente vers son pôle postérieur, dans sa couche corticale, une opacité à peu près immobile pendant les mouvements de l'œil , du centre de rotation duquel elle est trèsvoisine.
Symptômes généraux. — Outre l'augmentation progressive de la myopie que nous savons être si caractéristique dans la scléro-choroïdite, on voit l'œil devenir proéminent, quelquefois au point de constituer une difformité, très-apparente surtout quand un des yeux a été seul affecté. M. Arlt est le premier qui ait indiqué un moyen de mesurer approximativement l'allongement de l'axe optique. Il se sert pour cela d'un compas dont les pointes sont munies de petites boules de liège, ordonne au malade de regarder le plus qu'il peut en dedans, et, appliquant une pointe du compas au centre de l'œil, porte l'autre près de son angle externe. Pour obtenir un résultat plus précis, M. de Graefe a employé un fil de plomb qu'il appliquait exactement sur le globe, en suivant sa courbure. Bien que ces diverses mensurations ne puissent prétendre à des résultats rigoureusement exacts, elles suffisent toujours pour prouver d'une manière évidente l'allongement considérable que l'axe optique a subi. Lorsque l'ectasie des membranes de l'œil offre une étendue considérable, elle fournit l'occasion d'observer le plus haut degré que la myopie puisse atteindre. Les mouvements de l'œil sont alors plus difficiles, les muscles droits internes ne suffisent plus à maintenir une convergence en rappoit avec l'entrecroisement des axes optiques qui est nécessaire à la vue des objets rapprochés, et l'on voit les malades ne plus se servir que d'un œil.
La rétine, très-délicate, comme on le sait, ne se prête plus à h distension que doivent subir les enveloppes de l'œil; elle se décolle. Pour que ce décollement puisse s'effectuer, il est évidemment nécessaire qu'une partie
plus ou moins notable du corps vitré se résorbe dans un espace de temps très-limité. Cet accident sera d'autant plus imminent, que l'extension des enveloppes de l'œil sera portée à un plus haut degré, que le corps vitré liquéfié présentera plus d'opacités clans sa masse, et que les malades auront été plus longtemps tourmentés par des sensations lumineuses subjectives. Le décollement rétinien est une des complications les plus fâcheuses de la scléro-choroïdite postérieure, car il est entretenu parla maladie elle-même, et favorisé de plus dans son extension par le liquide épanché entre la choroïde et la rétine. Une fois le décollement produit sur un œil, il est très à redouter pour l'autre, si celui-ci est atteint également de scléro-choroïdite. Aussi devra-t-on soumettre les malades à une surveillance des plus minutieuses.
Chez les personnes d'un certain âge, dont ia choroïde a acquis quelque rigidité, on a fort à craindre une complication glaucomateuse. Les dangers de l'augmentation de la pression interne ne sont pas amoindris chez elles par la distension et l'ectasie de la sclérotique ; cette dernière résiste, et l'on voit éclater des phénomènes de compression des nerfs intrinsèques du globe et de la rétine (1). C'est alors la papille du nerf optique qui cède à la pression. Il s'y forme une excavation qui se distingue de celle que nous avons décrite plus haut, en ce qu'elle comprend toute l'étendue de la papille, et que les vaisseaux semblent comme coupés et aplatis vers le bord de celte dernière. En même temps, le globe oculaire devient plus dur au toucher, et le champ visuel se restreint avec plus ou moins de rapidité. C'est une erreur de croire que la liquéfaction du corps vitré doive ramollir le globe. Ceci n'a lieu que quand survient le décollement de la rétine et au début de la phthisie de l'œil.
JNon-seulement la scléro-choroïdite peut être suivie des tristes conséquences que nous venons de passer en revue, mais elle peut encore éclater sur d'autres points du globe oculaire, y produire des ectasies, et donner lieu aux derniers degrés de l'hydroplithalmie.
Etioloyie. — Chez la plupart des malades il semble que la myopie ait préexisté à la scléro-choroïdite. L'hérédité n'y serait donc pas complètement étrangère. Des efforts prolongés d'accommodation pour la vue de près déterminent, postérieurement à la compression des veines due à la contraction des muscles ciliaires, une congestion passive qui peut être pour quelque chose dans la production de la maladie. On la rencontre plus fréquemment chez les hommes de lettres, graveurs, bijoutiers, impri-
(1) Ces faits se rapportent généralement à l'âge adulte, mais on peut les observer aussi chez les jeunes sujets.
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meurs, etc. (1). Ainsi tout ce qui cause des efforts continus d'accommodation favorise le développement de la scléro-choroïdite ; par exemple de légères opacités de la cornée et du cristallin, des amblyopies modérées et station naires, etc.
Pronostic. — Peu grave quand la maladie affecte une marche lente, il doit être très-fâcheux toutes les fois que la myopie augmente rapidement et que la maladie occupe déjà une certaine étendue au fond de l'œil.
Traitement. — Il sera d'autant plus nécessaire d'insister sur le repos absolu des yeux qu'on verra les symptômes de la maladie en voie de progrès. En général, les personnes atteintes de scléro-choroïdite feront bien d'abandonner complètement l'usage des verres concaves, et n'appliqueront leur vue sur des objets rapprochés qu'à des intervalles assez éloignés et dans des espaces de temps très-limités. Dès que l'on aura constaté que la maladie suit les phases de son développement, il faudra recourir à un traitement énergique pour l'arrêter. G'est surtout des émissions sanguines locales au moyen de la sangsue artificielle de Heurteloup (2) qu'on obtiendra des résultats satisfaisants. Grâce à ces déplétions, il semble qu'on puisse dégager directement les vaisseaux du fond de l'œil, comme l'ont démontré les expériences de M. Schneller (3). Les saignés locales faites avec les sangsues ou les ventouses ordinaires sont lentes et ne paraissent pas agir contre la congestion des vaisseaux choroïdiens. Pour arriver à ce but, il faut que la déplétion soit rapide et que la succion soit énergique : c'est de cette manière qu'agit l'instrument de M. Heurteloup. Après la déplétion, on séquestre le malade dans le repos le plus absolu et dans une demi-obscurité, pour dissiper la congestion qui résulte immédiatement de cette émission sanguine, et qui, si elle persistait dans un tissu déjà malade, y pourrait produire des accidents redoutables (4).
(1) Voy. la thèse de M. Romain Noizet, Du staphylôme postérieur. Paris, 1858.
(2) De la sangsue artificielle (modèle du baron de Heurteloup), et de son emploi dans le traitement des maladies des yeux par l'auteur (Bulletin de thérapeutique, 1862, p. 107).
(3) Archiv fur Augenheilkunde-, t. Ilî, A. II, p. 177.
{ti) On appliquera la sangsue artificielle le soir, et selon la gravité des cas on tirera de un et demi à trois cylindres de sang; le malade restera couché, passera toute la journée suivante dans une pièce sombre et se garantira autant que possible de toute lumière vive. La congestion consécutive à la déplétion sanguine se manifeste chez un certain nombre de malades par un affaiblissement de la vue qui se produit peu de temps après, tandis que trois ou quatre jours plus tard, on peut constaterune amélioration assez sensible. Tous les praticiens qui ont traité par ce moyen nombre de cas de scléro-choroïdite, témoignent avec nous qu'après une seule émission sanguine locale, les malades peuvent quelquefois lire des caractères de Jaeger de 3 ou
Aux saignées locales on joint avec fruit l'emploi des diurétiques (acétate de potasse, eau minérale de Wildungen, etc.), ou, comme nous l'avons dit plus haut à propos de la scléro-choroïdite antérieure, des décoctions propres à activer la transpiration. Toutes les fois que nous avons affaire à une maladie progressive de la choroïde, nous nous servons en outre du sublimé corrosif qui semble avoir contre les altérations delà choroïde une influence très-marquée. Le sublimé sera bien préférable à l'iodure de potassium souvent recommandé contre les diverses formes de choroïdite.
Une indication formelle, en pareil cas, prescrit d'éviter soigneusement toute congestion vers la lête et indirectement vers les yeux. Aussi l'attention doit-elle se porter, s'il y a lieu, sur les flux menstruel et hémorrhoïdal. On emploiera avec succès plusieurs fois par semaine, comme dérivatifs, des pédiluves sinapisés ou à l'eau régale, des sinapismes aux mollets, des ventouses sèches à la nuque, etc.
Si l'on s'aperçoit que le mal fasse des progrès rapides et que les membranes profondes de l'œil soient congestionnées, on ajoutera au traitement l'emploi sur les paupières closes de compresses froides appliquées plusieurs heures par jour, afin que l'effet qu'on en attend puisse se faire sentir sur le fond de l'œil. Des compresses glacées ou même imbibées d'une eau trop froide doivent être négligées comme irritantes ; une fois la maladie stationnairc, on fera bien de continuer l'usage de l'eau fraîche en forme de douches avec un appareil à pulvérisation, dans le but d'éviter les rechutes auxquelles on est constamment exposé.
Quant aux précautions qui dépendent du malade même, elles consistent à s'abstenir des verres concaves et à porter des conserves bleues qui excluent les rayons les plus irritants du spectre (1). L'emploi des verres concaves pour la vue des objets rapprochés doit être absolument interdit; mais comme il sera, d'un autre côté, presque impossible d'y faire renoncer tous les malades pour la vue de loin, on tâchera d'en abréger autant que possible l'usage, en les faisant porter en forme de lorgnon.
4 numéros inférieurs à celui qu'ils lisaient auparavant. Dernièrement encore, nous avons traité à notre clinique un homme atteint de scléro-choroïdite qui ne distinguait avec l'œil gauche que le n° 16 de Jaeger (à droite la maladie avait envahi la tache jaune et la fixation centrale n'existait plus); après six applications de sangsues associées à un traitement par le sublimé, il put lire le n° 1 de Jaeger à une distance de 2 pouces (myopie 1/3).
(I) Les verres d'une teinte bleu de cobalt seront les plus propres à débarrasser le malade des éblouissements que- lui cause une lumière trop intense, sans pour cela le plonger dans une demi-obscurité, comme c'est le défaut des verres gris (London smokes), qui éliminent indifféremment une quantité variable de tous les rayons du spectre solaire.
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Les complications de la scléro-choroïdite exigent le plus souvent un traitement à part; c'est pour ce motif qu'il est indispensable de soumettre les malades à une surveillance très-attentive. Aussitôt qu'il se manifeste au loucher, ou que les malades accusent des phénomènes de tension intraoculaire, que le champ de la vue se rétrécit, il faut, si l'on ne parvient pas à y remédier par l'emploi énergique du traitement que nous venons d'indiquer, recourir à une opération, c'est-à-dire à l'excision d'une large partie de l'iris. C'est par ce moyen seulement que dans nombre de cas on parvient à enrayer les progrès du mal. Il faudra s'y arrêter encore toutes les fois qu'on aura observé le développement d'une excavation glaucomatcuse de la papille du nerf optique, ou une opacification floconneuse très- considérable du corps vitré qui fasse craindre un décollement de la rétine. Dans cette dernière condition, l'iridectomie est d'autant plus indiquée que l'opacité du corps vitré donne à supposer l'extension de la maladie à la partie antérieure de la choroïde et à l'iris. Assez souvent, on voit, après l'opération, la scléro-choroïdite cesser d'avancer, le corps vitré perdre son trouble, et s'il existait des opacités des couches postérieures du cristallin, celles-ci s'arrêter dans leur développement. Malheureusement l'iridectomie n'est pas toujours aussi efficace, et il est prudent de prévenir les malades ou leur famille qu'ils n'aient pas à attribuer à l'opération les progrès d'un mal qu'elle a seulement été impuissante à arrêter.
Quand les couches postérieures du cristallin se sont légèrement opacifiées par suite d'une scléro-choroïdite, et alors même que celle-ci s'est arrêtée, il n'est pas rare de voir la cataracte devenir complèie dans un âge plus avancé du malade. La seule opération alors praticable sera l'extraction ; tout autre procédé, mais surtout l'abaissement, s'accompagnerait de dangers réels. Pour se bien renseigner et s'éclairer sur le pronostic de l'extraction de la cataracte, on aura la précaution de demander au malade si sa myopie a été considérable, et si elle a fait dans un espace de temps très-limité des progrès rapides. Si l'on fait abstraction des accidents inhérents à l'opération elle-même (perte considérable du corps vitré liquéfié, hémorrhagie intra-oculaire), on peut dire que, même dans ces conditions désavantageuses, l'extraction donne assez de bons résultats, surtout quand la sclérochoroïdite n'a pas été très-loin et date de la jeunesse.
Nous dirons, pour finir, quelques mots d'une complication très-fréquente de cette maladie, c'est-à-dire du décollement de la rétine. Divers procédés opératoires ont été tentés pour éliminer les produits anormalement épanchés entre la choroïde et la rétine. ïlsonteu, il faut l'avouer, des résultats peu encourageants. Lorsqu'on pénètre dans l'œil à travers la sclérotique, on risque d'augmenter encore le décollement de la rétine, en la poussant davantage vers le centre de l'œil. Pour cette raison, on a presque com-*
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plétement abandonné ce mode de traitement pour suivre l'exemple que nous donne la nature dans la guérison spontanée du décollement de la rétine. C'est ainsi qu'on a été conduit à déchirer la rétine décollée à travers le corps vitré, et à vider dans la cavité de ce dernier les produits morbides sous-rétiniens. Nous ferons connaître cette opération en détail à propos du décollement de la rétine.
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