GRANULATIONS AIGUËS
terminant en petites pointes très serrées. Le soulèvement (le la muqueuse est peu prononcé sur le tarse et diffère bien de celui qu'on rencontre dans l'ophthalmie purulente. Ces petites taches rondes peu soulevées sont de véritables granulations, qui occupent surtout la conjonctive palpébrale et celle du cul-de-sac. Si ces taches ne se trouvent pas en très grand nombre, il est facile de les négliger et de porter principalement son attention sur le développement des papilles qui donne à la muqueuse une apparence sèche et veloutée, comme on le voit quelquefois au début du catarrhe aigu.
Tandis que ce développement des granulations a lieu, sur la muqueuse, souvent de petites ulcérations se produisent sur l'anneau conjonctival de la cornée. La sécrétion de la muqueuse n'est pas abondante ; il se fait plutôt une hypersécrétion de larmes que de mucosités; en écartant les paupières, nous trouvons le cul-de-sac rempli de larmes claires, dans lesquelles nagent des filaments de mucus.
Cet état dure à peu près huit à dis jours, après quoi nous voyons survenir un changement : les taches blanchâtres se perdent insensiblement, et les papilles qui les environnent augmentent de volume, de sorte qu'elles occupent bientôt le lieu où ces taches se trouvaient auparavant. Les papilles gagnent de plus en plus en hauteur et deviennent plus rouges. Autour de la petite tache lenticulaire qui est peu développée en hauteur et qui semble comme enfoncée entre les papilles, il se montre des vaisseaux ténus qui rampent sur la granulation et celle-ci disparaît peu à peu entre les papilles gonflées: il ne reste alors qu'une muqueuse rouge et boursouflée. Le gonflement de la conjonctive et de ses papilles augmente, en même temps que les granulations disparaissent et que la sécrétion devient de plus en plus purulente, de sorte que, peu à peu, nous voyons se manifester cet état que nous avons décrit en parlant de la conjonctivite purulente aiguë.
Au début de la maladie, l'injection sous-conjonctivale très prononcée, les petites taches blanchâtres et la sécrétion peu abondante, permettent de distinguer cet état d'un catarrhe aigu très intense ou d'une conjonctivite purulente ; mais plus tard, quand la vasculatisation s'est emparée de ces taches, que le boursouflement de la muqueuse a eu lieu et que la sécrétion a augmenté, il nous est bien difficile de nous rendre compte à quelle maladie nous avons eu affaire.
Cet état purulent peut durer jusqu'à trois et quatre semaiues, cependant l'injection se perd peu à peu sur la conjonctive bulbaire, et les petits ulcères, ou les abcès de la cornée, s'il s'en est formé, rétrogradent, tandis que l'inflammation reste fixe sur la conjonctive palpébrale. La maladie peut se terminer de deux manières :
1° L'état de purulence se perd graduellement, les granulations se sont résorbées et l'état normal de la conjonctive ne tarde pas à reparaître :
Un MALADIES DE LA CONJONCTIVE,
2° L'inflammation de la conjonctive cesse, mais en même temps les granulations reparaissent sons forme de grains de tapioca cuit, grains qui sont souvent placés entre des papilles gonflées, formant à leur tour des tubercules ronges et saillants. Dans cecas4à, les granulations aiguës se sont transformées en granulations chroniques ou trachome, c'est qu'alors l'inllammation n'aura pas été très prononcée et qu'elle aura été insuffisante pour parvenir à éliminer la nouvelle production.
Nous voyons, en effet, que c'est l'état d'inflammation et de purulence de la muqueuse qui réussit à faire rétrograder les granulations, et que celles-ci se développent beaucoup plus abondamment quand l'inflammation de la muqueuse est moins prononcée.
Il faut excepter une série de cas dans lesquels, avec une inflammation générale et bien prononcée de la muqueuse, il se fait une production abondante de granulations : l'inflammation qui débute avec la production du tissu morbide en augmente la quantité, au lieu de parvenir à en faciliter la résorption. Aussi ne voit-on pas apparaître des granulations non vascularisées, des taches blanchâtres, dans le tissu qui se vascularise de plus en plus. Nous trouvons, au contraire, qu'un boursouflement plus ou moins prononcé s'empare de la muqueuse, et que des taches grisâtres se soulèvent et forment bientôt de véritables masses granuleuses.
On a désigné cette dernière forme de granulations sous le nom de trachome aigu. Dans leurs deux modes d'apparition, ces granulations ont cela de commun qu'il se fait une production granuleuse aiguë accompagnée d'inflammation intense de la muqueuse. D'un côté, l'inflammation en gagnant en intensité, parvient à résorber le tissu néoplastique; de l'autre, l'inflammation ne fait qu'en augmenter la production. Ces derniers cas sont de beaucoup les plus rares et nous n'y reviendrons plus, parce qu'il suffira d'avoir fixé l'attention sur ceci, que l'inflammation de la muqueuse, le plus souvent si salutaire pour la résorption des granulations, peut dans des cas exceptionnels en faciliter la production.
Symptômes pliysiologiqucs. — Les malades sont le plus souvent tourmentés d'assez vives douleurs ciliaires; leurs yeux larmoient beaucoup et une photophobie bien prononcée survient, surtout si la cornée est affectée. Ils ('prouvent la sensation d'un corps étranger qui se trouverait entre les paupières. Les douleurs et la photophobie les rendent bientôt inaptes à tout travail qui exige un peu de fixité dans la vue. L'état général n'est pas altéré et il est bien rare de voir survenir de la fièvre au début de la maladie.
Complications. — Nous voyons assez fréquemment des complications du côté de la cornée, soit qu'il se forme de petits ulcères sur le limbe conjonctival, soit qu'il se produise de petits abcès, mais plus fréquemment encore uu rencontre une propagation du mal sur la cornée elle-même. Il se