GRANULATIONS AIGLES
tonne des granulations sur la muqueuse qui couvre le bulbe, et plus tard sur ia cornée, ce qui donne lieu à la production d'un pannus. Ce pannus n'est pas dû, comme nous aurons occasion de le voir pour les granulations chroniques, à une cause mécanique, au frottement des aspérités de la conjonctive contre la cornée, il est dû à une production néoplastique qui se forme sur cette dernière membrane; aussi n'est-il pas limité à là partie supérieure de la cornée qu'il dépasse assez souvent.
Nous voyons, en examinant la cornée à l'aide de l'éclairage oblique, que ce pannus se compose de petites taches grisâtres sur lesquelles la couche épithéliale semble soulevée et vers lesquelles se dirigent de petits vaisseaux. On observe des cas où la production des granulations se renouvelle à plusieurs reprises successives, alors on peut voir envahir la conjonctive palpébrale, celle du cul-de-sac et la cornée, sans qu'on puisse observer la production morbide sur la conjonctive bulbaire. Le pannus aigu disparaît le plus souvent aussitôt qu'un état assez prononcé de purulence s'empare de la muqueuse.
Étiologie. — Nous voyons le plus fréquemment apparaître cette maladie chez les militaires, dans des casernes, dans des orphelinats, des collèges, etc. Un air mai renouvelé, chargé d'exhalations animales, semble surtout favoriser le développement des granulations. Il ne faut pas oublier que la conjonctive se trouve dans des conditions particulières; et qu'elle est étrangement influencée par les divers états hygrométriques de l'air, c'est ce que chacun a occasion d'observer en examinant un grand nombre d'yeux normaux, à différentes époques.
Les granulations apparaissent le plus souvent d'une manière épidémiquc et se propagent rapidement, surtout parmi les militaires. Un autre mode de propagation de la maladie c'est l'inoculation. La sécrétion des granulations aiguës est inoculable, mais elle ne produit pas toujours la même maladie. En prenant la sécrétion muco-puruiente d'un malade atteint de granulations aiguës, nous pouvons, en ia transportant sur une conjonctive saiue, voir survenir une simple conjonctivite purulente, une diphthérite de la conjonctive, ou un développement de granulations aiguës. Réciproquement, la sécrétion d'une ophthalmie purulente peut donner lieu à l'apparition de granulations. La matière dont on se sert pour ces inoculations, agit simplement comme cause irritante, elle provoque une inflammation de la muqueuse qui, selon la disposition de l'individu, ia constitution physiologique de la conjonctive et le caractère épidémique, peut produire une ophthalmie purulente, une diphthérite, ou des granulations aiguës. Cela nous expliquera la variété des cas qu'on rencontre pendant l'éruption des granulations aiguës chez les militaires, parmi les internes d'un orphelinat, etc. Outre cela, les granulations mêmes offrent déjà une grande va-
riété dans leur aspect, selon le degré de purulence qui gagne la muqueuse, de sorte qu'il est bien difficile, pour quelqu'un qui n'est pas bien versé dans le diagnostic et l'étude de la marche de ces différentes maladies, de se rendre compte à quelle maladie il se trouve avoir affaire.
Les granulations accompagnent aussi d'autres affections de l'œil; on les voit survenir à la suite d'une irritation de la conjonctive qui est associée à des affections de la cornée, des kératites, des infiltrations chroniques de cette membrane, etc.
De même, on observe le développement des granulations après avoir longtemps employé l'atropine. Il n'est pas rare de voir qu'après qu'on s'est servi de l'atropine pour un cas d'iritis, par exemple, pendant quelques semaines, l'œil la supporte très mal. Si l'on n'est pas alors assez prudent pour discontinuer l'atropine en la remplaçant par un autre médicament, on s'expose à voir survenir le développement de granulations. Ces granulations de même que celles qui surviennent à la suite d'affections chroniques de la cornée, n'offrent pas fa persistance des autres et disparaissent assez vite aussitôt qu'on enlève la cause nuisible et qu'on emploie un traitement convenable.
Pronostic. — Le pronostic des granulations aiguës n'est pas généralement sérieux, surtout si la maladie a été reconnue dès son début. Cette dernière risque d'être mal traitée parce qu'elle peut être confondue au commencement avec une conjonctivite catarrhale aiguë, ou une ophthalmie purulente à l'étal naissant, et qu'on pourrait alors être tenté d'employer des caustiques. La cautérisation combattrait l'inflammation salutaire qui accompagne cette production morbide, et qui en est le remède le plus efficace. Les cautérisations, au début des granulations aiguës, peuvent agir encore d'une manière très fâcheuse, en favorisant le développement d'une infiltration diphlhéri tique de la muqueuse ; une, certaine prédisposition à cette dernière maladie caractérise quelquefois des épidémies de granulations aiguës. Aussitôt qu'on a bien reconnu la maladie, et qu'on a remarqué qu'une disposition à des dépôts fibrineux, dans le tissu de la muqueuse, ne prédomine pas, ou peut porter un bon pronostic. Ce pronostic devrait naturellement être modifié, à supposer que l'inflammation consécutive au dépôt de granulations eut rétrogradé, et que ces dernières se fussent de plus en plus développées, car alors nous aurions toujours affaire à une maladie longue et difficile à guérir.
Traitement. — Il s'agit ici surtout de bien surveiller les différents cas, et de ne pas trop agir : les granulations aiguës constituent une maladie qui, lorsque l'inflammation est bien en proportion avec le dépôt néoplaslique, guérit très bien sans aucun agent thérapeutique. Le concours de l'art peut être nécessité dans deux circonstances différentes; il faut combattre un