‹ Études ophthalmologiquesChapitre 55 sur 111 · SÉCRÉTIONS MORBIDES DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

SÉCRÉTIONS MORBIDES DES PAUPIÈRES

rant, un érythème léger. Cet enduit devient, chez les personnes qui sont fréquemment exposées par leur profession à la poussière (chauffeurs, forgerons, etc.), un récipient où s'amassent aisément les corpuscules colorants qui flottent dans l'air, ce qui donne au visage un aspect particulier.

Cette hypersécrétion simple, lorsqu'elle se montre aux paupières, a l'inconvénient d'exposer leur bord libre à une irritation continue, surtout si elle s'accompagne d'une sécrétion exagérée des'glandes de Meibomius, et si des soins de propreté minutieux ne s'opposent pas au séjour prolongé de ces matières sur des parties du tégument qui ne sont, on le sait, protégées que par une mince couche épidermique. La séborrhée sèche expose encore bien plus les personnes qui en sont atteintes à ces inconvénients ; car elle couvre le bord ciliaire des paupières de petites écailles friables qui, en s'y accumulant, entravent l'écoulement du produit de sécrétion des glandes sébacées, et détermine facilement l'hypérémie du champ d'implantation des cils, un faible gonflement de cette partie de la peau, et la rougeur du bord de la conjonctive palpébrale, comme on le constate sans peine lorsqu'on a débarrassé ces parties des produits de la séborrhée, soit avec des pinces, soit avec une éponge imbibée d'eau tiède. L'intégrité presque complète de la conjonctive et du bord ciliaire et la composition graisseuse des croûtes éloignent l'idée d'une blépharite ou d'un catarrhe conjonctival ; quoique ces deux maladies prennent souvent leur point de départ dans celle que nous venons de décrire.

A quoi faut-il attribuer cette hypersécrétion sébacée et cette altération des produits sécrétés ? En soulevant cette question, nous touchons à l'étiologie des différentes maladies qui puisent leur origine à la même source, telles que l'acné ponctuée, l'acné miliaire, etc. Tout ce qu'on en peut dire, c'est que, chez les personnes qui en souffrent, on constate fréquemment un trouble fonctionnel des organes génitaux (dysménorrhée chez les femmes, rapports sexuels irréguliers, abstinence chez les hommes).

Pour ce qui est du traitement, il consiste d'abord à enlever soigneusement toutes les masses sébacées, ce à quoi l'on arrive, pour la séborrhée fluide, par de simples lotions avec de l'eau de savon tiède. Entre chaque lotion, on recommande au malade de prévenir toute accumulation nouvelle du sébum, en desséchant, de temps a autre, le bord ciliaire de ses paupières avec du papier de soie. S'il s'agit de la séborrhée sèche, il est bon d'imprégner préalablement les croûtes d'un peu de glycérine ou d'huile d'amandes douces. Ces précautions prises, il ne reste qu'à modifier l'état de la peau et à contracter les orifices dilatés des glandes sébacées. On y parvient soit par l'emploi des douches ou des compresses froides, soit en faisant fermer énergiquement les paupières, puis eii y faisant des lotions spiritueuses (eau de Cologne).

Pour les cas où cette simple médication ne suffirait pas, la séborrhée ayant déterminé une altération moins légère de la peau, on aurait recours au traitement institué pour la blépltarile ciliaire (voyez article Bléphaiute).

b. La clmjmhidrase est une maladie fort rare et qui a suscité bien des polémiques. Elle consiste dans une coloration bleu foncé des paupières, en particulier de l'inférieure, coloration que dissipent les frictions oléagineuses pour un temps plus ou moins long. On trouve aiors la peau intacte; à peine les veines y sont-elles légèrement dilatées. La coloration épargne constamment les poils, elle est surioul intense dans les replis des paupières, y apparaît sous forme de taches irrégulières et occupe parfois d'autres parties de la figure. L'origine de cette étrange coloration est encore trèsobscure. La solubilité partielle de ces masses pigmentées dans les corps gras, leur insolubilité absolue dans l'eau, font supposer qu'elles tiennent probablement à une irrégularité survenue dans la fonction des glandes sébacées et que le nom de Stearrboea nigricans accepté par quelques auteurs (Erasmus Wilson, Bœrensprung) est plus juste que celui de sueur bleue (chromhydrose). Tout récemment, M. Leroy de Méricourt (1) a réuni toutes les observations prises jusqu'à nos jours sur celte étrange maladie, (vingt-huit cas, auxquels il en faut ajouter un, relaté dernièrement par M. Coppée. — Gaz. hebdom., n° 17, 1866), et a insisté sur les moyens de ne pas la confondre avec les supercheries auxquelles le médecin est souvent exposé. L'examen microscopique (2), si facile en pareille circon-

(1) Annales d'oculisliquc, t. L, p. 110.

(2) M. le docteur Robin, dans l'étude qu'il a faite de la matière colorante de la chomhydrose, a cru devoir procéder préalablement à des recherches physico-chimiques très-minutieuses sur les substances colorantes, faisant ou non partie des cosmétiques usités, au moyen desquelles on a pu simuler le phénomène en question. M. Robin passe donc successivement en revue le charbon porphyrisé, la poudre de chasse, le kuheuil, le noir de fumée, la poussière de talc, le réseau d'azur ; toutes substances auxquelles il trouve des caractères qui, conformément aux expériences de MM. Giibler ei Ordonez, établissent entre ces corps et la matière colorante de la chromhydrose, soumise aux mêmes moyens d'analyse, des différences bien tranchées. C'est à tort qu'on a fait dire à M. Robin, par une interprétation mal entendue de quelques passages de son rapport, que, dans plus d'un cas, il a trouvé une matière analogue à l'indigo ou à la cyanourine. M. Robin dit, en etfet : « la matière en granules et en plaques, d'un ton brun ou ardoisé, trouvée sur la peau, n a aucun des caractères physiques du noir de fumée pur; c'est-à-dire tel qu'il est, acheté pur dans le commerce, puis étendu direc ement sur la peau, et retiré de là pour être étudié. Elle n'a également aucun des caractères du noir de fumée incorporé à un corps gras, matières qui forment la base des cosmétiques qu'on trouve chez la grande majorité des coiffeurs et parfumeurs. Elle n'a pas davantage les caractères des cos-

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