HYPÉRÉMIE DU BORD CILIAIRE
Symptômes anatomiques. — L'hypérémie du bord ciliaire des paupières est une affection des plus communes. Elle se rencontre presque constamment dans les inflammations chroniques de la conjonctive ; mais elle peut aussi se manifester avec le type de l'idiopathie et donner lieu elle-même à l'irritation des parties voisines. Elle est caractérisée par une rougeur du bord des paupières dont les vaisseaux, principalement les veinules, sont gonflés et dilatés : celte rougeur est sujette à s'accroître notablement quand les yeux sont exposés à l'action d'un air vicié, d'un froid vif, d'un vent violent, etc. Il s'y ajoute un gonflement léger du bord ciliaire et surtout de la partie de ce bord où les cils sont implantés. L'examen direct, quelque attention qu'on y mette , ne décèle ni accumulation de petites plaques de sérum, ni vésicules, ni excoriations : l'aspect luisant des parties malades, qu'on a souvent occasion de constater, dépend de l'hypersécrétion des différentes glandes qui y siègent.
Cette affection ne mériterait réellement pas de fixer l'attention du praticien, si, assez souvent, elle n'était le signe précurseur d'une altération plus sérieuse, la blépharite ciliaire ; et si, par elle-même, elle ne constituait une affection assez gênante, soit par les changements qu'elle produit dans la physionomie, soit par la susceptibilité qu'elle donne aux yeux de subir l'in-
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fluence des moindres causes d'irritation. En outre, l'état dont nous nous occupons offre parfois une persistance extrême et se montre rebelle aux divers traitements qu'on dirige contre lui.
Mille causes peuvent être invoquées pour rendre raison de l'hypérémie du bord ciliaire. Le plus souvent, elle provient d'une hypersécrétion des glandes sébacées, très-abondantes, on le sait, dans cet endroit. D'autres fois, elle résulte d'un retard survenu dans la chute des cils ; car il est bien connu depuis les recherches de MM. Moll (1) et Donders, que ces poils s'éliminent environ tous les trois ou quatre mois et que, a l'époque où l'un d'eux est près de tomber, il en naît à côté de lui un autre qui le chasse pour ainsi dire hors de la gaîne du follicule. Si la chute et la reproduction des cils se font irrégulièrement, ce fait peut avoir pour conséquence l'irritation des follicules et, partant, de leur champ d'implantation.
Une troisième cause occasionnelle de l'hypérémie du bord ciliaire doit être recherchée dans une anomalie de sécrétion des glandes de Meibomius, h la suite de laquelle le contenu de ces glandes augmente outre mesure de densité, éprouve alors de la difficulté à s'écouler au dehors et irrite ainsi la paroi des glandes et les parties du derme voisines. On trouve fréquemment des individus atteints d'hypérémie chronique du bord palpébral, chez lesquels les glandes de Meibomius sont remplies de masses calcaires. Il est vrai que l'hypérémie a pu aussi déterminer, à elle seule, cette transformation des glandes, par une action analogue à celle que nous avons mentionnée à propos du chalazion, en rétrécissant par compression les conduits glandulaires excréteurs.
Nous devons encore citer ici l'hypérémie du bord libre des paupières qu'il faut rattacher à d'anciennes conjonctivites chroniques ou à des obstacles apportés à l'élimination des larmes.
La marche de celte maladie est presque toujours chronique, ce qu'on s'explique facilement en considérant que la cause dont elle dépend est généralement persistante. Quant au traitement, nous renvoyons à l'article Séborrhée ou à celui qui suit.
ARTICLE XIII
BLÉPHARITE CILIAIRE, BLÉPHARO-ADÉNITE.
Symptômes anatomiques. — Les causes qui produisent l'hypérémie du bord ciliaire, peuvent, lorsqu'elles agissent avec plus d'intensité, y déterminer une inflammation de force et de gravité variables. L'irritation vient, comme nous l'avons vu, soit de la conjonctive devenue le siège d'une
(1) Archiv fur Augenheilhunde, t. VI, A. 1, p. 286.
GOti MALADIES DES PAUPIÈRES.
sécrétion morbide, soit des follicules pileux, des glandes sébacées, sudoriliques ou de Meibomius, soit enfin du contact prolongé des larmes, lorsqu'un obstacle quelconque s'oppose à l'élimination de ce produit. Suivant que la cause de l'inflammation du bord ciliaire des paupières est située dans l'épaisseur même de ce bord, ou qu'elle occupe un point plus éloigné, comme celle qui résulte de l'obstruction des voies lacrymales, il est aisé de comprendre que la pblogose offrira des caractères différents; mais il ne faut pas croire qu'il soit facile de se prononcer formellement sur l'origine première du mal, lorsque celui-ci a déjà déterminé dans la structure anatomique des parties des désordres avancés. Il est, à notre sens, très-important d'arrêter son attention sur la multiplicité des causes qui peuvent rendre compte de la diversité des manifestations que présente la blépharite ciliaire. Quoiqu'il soit, en général, peu conforme à la nature de distinguer dans une inflammation plusieurs degrés, nous croyons pourtant que la clarté du sujet comporte cette division. Nous admettrons donc ici trois principaux groupes comprenant:
1° La blépharite ciliaire simple ;
2° La blépharite ciliaire hypertrophique ;
3° La blépharite ciliaire exulcéreuse.
1° La blépharite simple est celle dont l'évolution n'entraîne aucune altération anatomique importante dans les parties constituantes du bord ciliaire. Celui-ci, comme dans la maladie précédente, est rouge, offre des vaisseaux turgescents, et la partie du derme qui supporte les cils, légèrement tuméfiée, est enduite de croûtes peu épaisses qui couvrent des excoriations où l'on aperçoit quelquefois, lorsqu'on les met à jour, une mince couche d'un liquide purulent. Ces croûtes sont le résultat de la dessiccation de petites pustules dont quelques-unes, moins avancées, sont encore visibles chez certains malades. Ces pustules se montrent ordinairement entre les cils, ou parfois à la base de ces poils dont elles sont alors traversées. Elles ne sont, en ce cas, autre chose que des boutons d'acné. Pour achever le portrait que nous traçons, nous devons signaler la présence d'une multitude de pellicules fines et friables qui proviennent d'une hypersécrétion des glandes sébacées. Elles occupent surtout le voisinage des cils auxquels elles fournissent une gaine incomplète, prolongée, dans certains cas, à l'intérieur même du follicule où le poil s'insère. La cause principale de la rougeur qui apparaît vers le bord des paupières, réside à la fois dans l'amincissement de la couche épidermique et dans la congestion des vaisseaux qui rampent plus profondément.
2° La blépharite hypertrophique peut procéder de la forme précédente. Elle se caractérise par ce fait que les follicules pileux prennent à l'inflammation beaucoup plus de part. Le tissu cellulaire qui les entoure s'hyper-
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trophie, d'où il résulte un gonflement souvent très-marqué du bord de la paupière correspondante. C'est dans celte variété de blépharile que l'on a lieu d'observer une production exagérée des éléments épithéliaux et graisseux que le follicule renferme. Ces masses s'agglutinent, dilatent la paroi qui les contient et amènent l'hypertrophie du tissu cellulaire enveloppant. Nous dirions, s'il nous était permis de nous exprimer ainsi, que nous avons ici affaire à une acné confluente et indurée du bord ciliaire.
Lorsque l'inflammation augmente encore en intensité, elle peut se terminer par suppuration ; mais ce n'est pas là le caractère propre de la blépharite ciliaire hyperlrophique, qui cause bien plus communément une induration rebelle du bord libre, par suite de laquelle la nutrition des cils se faisant mal, ils se montrent rares et déviés de leur direction normale. Cet accident est apparemment la suite de la rétraction cicatricielle du tissu cellulaire nouvellement formé, rétraction cicatricielle qui déplace certains follicules et atrophie les autres. Comme dans la forme précédente, on aperçoit des croûtes, des excoriations et des pustules : la rougeur est moins vive ; car il n'est pas rare que la couche épidermique soit épaissie et qu'il soit possible de l'exfolier par plaques d'une certaine étendue.
C'est au même phénomène qu'on doit rapporter une légère éversion du bord palpébral dont la section, angulaire à l'état normal, s'émousse bientôt en s'arrondissant.
3° La blépharite exulcérative a pour caractère essentiel la destruction par suppuration des follicules pileux. Il est possible que l'inflammation primitive ait été assez intense pour déterminer cette suppuration ; mais il est bien plus fréquent de voir le mal débuter par la blépharite simple ou hypertrophique, et déterminer dans les orifices des follicules un rétrécissement tel, que les produits qu'ils sont destinés à évacuer soient retenus dans le sac du bulbe, où ils deviennent le point de départ d'une inflammation suppurative.
Dans cette variété de blépharite, on voit s'élever sur les bords gonflés des paupières des pustules assez larges, perforées par un cil. Lorsqu'on arrache le poil au moyen d'une tractiou modérée, il est quelquefois possible d'amener avec lui une gouttelette de pus enveloppée dans une sorte de poche composée de cellules épithéliales. Ces pustules peuvent devenir le point de départ d'ulcérations profondes, bientôt comblées par des croûtes qui ne sont autre chose que des éléments purulents agglutinés et desséchés.
En dépit de la suppuration établie dans les follicules, on en voit néanmoins sortir de jeunes cils, moins forts et moins colorés que ceux qu'ils sont destinés à remplacer; mais si la suppuration réapparaît à diverses reprises, ou si elle s'est montrée une première fois, douée d'une intensité peu commune, les follicules s'oblitèrent complètement. Alors tout le long Wecker.— i. / 39
du champ d'implantation des cils, existe une série de petites fossettes dont la réunion constitue finalement une traînée cicatricielle, facile à démontrer, à la seule condition de débarrasser soigneusement le bord ciliaire des croûtes ou des produits de sécrétion qui y adhèrent.
A mesure que le tissu modulaire se développe, le bord libre de la paupière cesse de s'appliquer exactement contre le globe de l'œil, et se tourne en dehors; en même temps les orifices des glandes de IMeibomius prennent une direction curviligne et s'oblitèrent. C'est alors qu'il n'est plus possible, comme à l'état normal, d'exprimer une partie de leur contenu au moyen d'une pression modérée. Cette complication est une des plus graves de la blépharite ciliaire; car on peut avancer, qu'une fois arrivée à cette période, elle entraîne l'impossibilité de ramener les paupières dans un état d'intégrité complète. En effet, d'un côté, le bord de la paupière n'étant plus lubrifié par la sécrétion des glandes de Meibomius, est exposé, d'une manière constante, au contact immédiat et irritant des liquides que, justement dans ces circonstances, le sac conjonclival sécrète surabondamment; d'un autre côté, l'oblitération de ces glandes cause l'épaississement de leur contenu, qui, à son tour, devient une cause d'irritation pour la muqueuse. Lorsqu'il s'agit d'une blépharite intense, on trouve la conjonctive qui avoisine le bord ciliaire hypérémiée et d'aspect tomenteux, tandis que les autres parties de fa muqueuse peuvent se montrer plus ou moins intactes.
Au fur et à mesure que, par suite de la suppuration des follicules, la rétraction cicatricielle fait des progrès , réversion du bord palpébral, rougeâtre et complètement arrondi, augmente proportionnellement; il se forme alors un véritable eclropion. Or les conduits lacrymaux, tournés en dehors, perdent leurs fonctions, et la stagnation des larmes qui en résulte est encore une cause puissante d'irritation, car elle agit en excoriant les parties exposées au contact de ce liquide. Dans les formes extrêmes de blépharite, le gonflement du bord ciliaire peut diminuer consécutivement aux progrès que fait la cicatrisation, et les parties de conjonctive déplacées en dehors, primitivement veloutées et comme sarcomateuses, se couvrent d'un réseau blanchâtre de sillons cicatriciels. Les paupières sont presque absolument dépourvues de cils (madarosis) : ceux-ci sont remplacés par quelques poils incolores qui, déviés de leur direction, peuvent se porter vers le globe oculaire et devenir pour le malade une nouvelle source de tourments.
Les yeux que cette succession de phénomènes morbides a privés pour ainsi dire, de leurs moyens de protection, sont sujets à s'enflammer sous l'influence de la moindre irritation et rendent ceux qui les possèdent incapables d'un travail continu. Pour ce seul motif, la blépharite ciliaire,
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dans ses formes les plus avancées, doit être regardée comme une affection grave, alors même qu'on ne tient aucun compte de la difformité souvent hideuse qu'elle produit.
La marche de la blépharite, quelle que soit la forme qu'elle affecte, est généralement chronique. Il est rare d'observer une inflammation aiguë du bord ciliaire, une infiltration œdémateuse de toute la paupière, et si l'on a signalé des cas analogues, ne faut-il pas supposer qu'on a eu affaire à une acné ciliaire; c'est-à-dire à l'inflammation aiguë d'un ou de quelques follicules pileux? La blépharite ciliaire a ceci de particulier qu'elle débute, dans la pluralité des cas., par des symptômes peu manifestes. Un peu de rougeur, un gonflement léger du bord libre, çà et là de petites excoriations du derme, tels sont les symptômes presque insignifiants d'une inflammation qui porte en elle-même les éléments dont elle s'entretient et s'accroît au point de devenir tout à fait incurable. On voit en effet des blépharites persister des années entières ou même indéfiniment, tout en montrant, suivant les saisons, des périodes d'exacerbation et de rémission. Le printemps et l'été favorisent ordinairement les premières.
Nous croyons peu nécessaire d'insister sur l'étiologie de la blépharite; car les différentes sources de cette affection ont déjà été indiquées à propos de l'hypérémie du bord ciliaire. Il est de fait que les personnes qui paraissent prédisposées à la séborrhée, qui souffrent de l'acné ou dont la peau est couverte de comédons nombreux, sont plus exposées que les autres à la blépharite ciliaire. C'est peut-être une raison de rapporter, dans certains cas, l'apparition du mal à quelque irrégularité survenue dans l'accomplissement des fonctions sexuelles, puisque de ces désordres on a maintes fois rapproché les altérations ci-dessus mentionnées.
D'autre part, les personnes dont la peau est irritable à l'excès, et devient, au seul frottement des habits, au contact réitéré de l'eau, le siège d'un eczéma, ne devront pas s'étonner d'être prises d'une inflammation du bord libre des paupières, c'est-à-dire d'une des parties de leur peau qui sont le plus fréquemment soumises aux frottements et au contact des sécrétions.
Les personnes au teint clair et aux cheveux blonds sont, sans contredit, les plus souvent atteintes. Les sujets faibles et anémiques, en particulier les enfants, chez lesquels l'absence des soins de propreté s'allie à celle d'une nourriture suffisante, sont, on le sait, manifestement exposés aux éruptions cutanées, partant, aux blépharites ; et il n'est pas besoin, pour expliquer cette causalité, d'invoquer une diathèse lymphatique ou scrofuleuse. La malpropreté, il faut le dire, est une des conditions les plus favorables au développement d'une blépharite; ainsi, dans une certaine classe, on peut rencontrer sur les cils des paupières affectées des poux et même des morpions.
Glu MALADIES DES PAUPIÈRES.
On veut avoir observé récemment dans les follicules pileux la présence d'un champignon assez analogue à l'achorion du favus, simple ou bifurqué à l'instar de ce dernier. Sa présence donne lieu à la suppuration réitérée des follicules et à leur destruction définitive. Ce champignon serait donc, selon les auteurs qui s'en sont occupés, la cause principale de la persistance de certaines formes de blépharite ciliaire et des dangers qu'elle présente. Nous avons mis en observation des cas de blépharites rebelles, sans pouvoir nous éclairer par nos propres recherches sur ce point d'étiologie, quoique l'examen microscopique soit, en pareille circonstance, des plus faciles.
La fréquence de la blépharo-adénite, dans sa forme la plus pernicieuse, chez les Israélites, et principalement chez ceux qui appartiennent à la classe pauvre, ne sauraient échapper à un médecin un peu attentif. Nous attribuons cette coïncidence aux nombreuses altérations des voies lacrymales auxquels ils sont sujets el qui donnent chez eux obstacle à l'élimination des larmes; mais nous nous réservons de traiter plus amplement de cette matière dans le chapitre destiné aux maladies des voies lacrymales.
Quant aux blépharites unilatérales, on a presque toujours lieu de les rapporter soit à l'obstruction de quelque partie des voies lacrymales, soit à une simple déviation des points lacrymaux. Rien de plus facile que de rendre manifeste la corrélation qui existe alors entre l'une et l'autre de ces maladies ; car il suffit de rétablir le cours des larmes, c'est-à-dire de détruire les obstacles qui s'y opposent, pour voir disparaître en peu de temps la blépharite déterminée par l'action irritante que les larmes exerçaient sur la conjonctive palpébrale en y séjournant outre mesure.
Nous dirons, pour terminer, qu'en face d'une blépharite très-ancienne il est souvent extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, au médecin, de marquer le point précis d'où la maladie a pris son origine; en effet, non-seulement la conjonctive participe, en ce cas, à l'inflammation, mais la cornée elle-même, exposée, dans nombre de cas, au frottement des cils, peut être atteinte d'ulcération, et il se forme un eclropion dans lequel les points lacrymaux, déviés de leur direction, s'oblitèrent, et les glandes de Meibomius se désorganisent entièrement (lithiase de la conjonctive).
Traitement. — Autant il est aisé au début d'une blépharite, autant il est difficile quand la maladie dure depuis longtemps. Avant de l'entreprendre, il est important de résoudre la question suivante : La maladie provient-elle d'une inflammation directe du bord ciliaire de la paupière, ou d'une altération, soit de la conjonctive, soit des voies lacrymales? Ce point éclairci, on traitera la blépharite, soit comme une maladie cutanée restreinte à une très-faible portion du tégument, soit comme une affection
Fig. 27.
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de la conjonctive ou des voies lacrymales, en négligeant à peu près, ou même entièrement, l'inflammation du derme.
Dans ce chapitre, nous nous occuperons donc spécialement de la dermatose. Un praticien attentif doit se renseigner exactement sur la source d'où elle a pris naissance et d'où elle tire les éléments qui l'entretiennent. Si, par exemple, elle est le fruit d'une hypersécrétion des glandes sébacées, il doit faire consister le traitement dans l'emploi des moyens recommandés dans la séborrhée. Les soins d'une propreté minutieuse sont indiqués ici d'une façon toute spéciale : les malades doivent débarrasser régulièrement leurs cils et le bord libre de la paupière des croûtes qui y restent adhérentes, et dans ce but, on conseille aux personnes intelligentes l'emploi d'une petite pince à curettes pleines (fig. 27), très-apte à entretenir la propreté scrupuleuse si nécessaire en pareil cas. Il faut, de plus, empêcher d'une manière absolue les frottements des paupières, auxquels les enfants surtout sont excités par le chatouillementquirésultede l'inflammation du bord palpébral.
L'usage de pommades faibles à l'oxyde de zinc et aux précipités rouge et blanc, dont on étend, au moyen d'un pinceau, une couche très-peu épaisse sur les parties affectées, suffît -pleinement pour maîtriser la maladie (1).
Mais il n'en est pas ainsi, lorsque le bord ciliaire est très-tuméfié, excorié,
(1) Parmi les différentes pommades ophthalmiques où l'on fait entrer avec avantage, dans la pluralité des cas, 5 centigrammes du médicament pour h grammes de récipient, nous préférons celles que l'on compose avec du cold-cream non parfumé à celles que l'on fait avec du beurre ou de l'axonge ; car pour que ces dernières ne deviennent pas rances et conséquemment nuisibles, il est urgent de les renouveler tous les quatre ou cinq jours. On fait ajouter à ces pommades, pendant la saison froide, une petite quantité d'huile d'amandes douces (1 gramme), qui a la propriété de les fluidifier et de rendre leur application plus commode. Les pommades au glycérolé d'amidon n'ont ici aucune supériorité sur les précédentes, si ce n'est qu'il est plus facile de les enlever au moyen d'un simple lavage; mais elles ne possèdent pas, il faut l'avouer, l'action dissolvante que les corps gras exercent sur les masses sébacées. 11 est bon d'employer ces topiques le soir, eu s'efforçant de n'en appliquer sur les paupières qu'une couche assez mince pour qu'il n'en pénètre pas pendant kvnuït dans le sac conjonctival. Il y a des personnes chez lesquelles un contact aussi prolongé de ces médicaments avec les paupières n'est pas bien supporté et devient luimême une cause d'irritation ; on prévient cet inconvénient en se contentant d'une ou de deux applications diurnes de la pommade prescrite, laquelle ne doit rester alors qu'une heure ou deux sur les parties malades.
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et même lorsqu'il présente de petites ulcérations; un corps gras quelconque ne ferait alors qu'augmenter l'irritation. Dans ces cas, on commencera le traitement par l'usage des topiques astringents, c'est-à-dire de compresses longuettes imbibées d'une solution de sous-acétate de plomb. (6 grammes pour 300 grammes), de sulfate de zinc ou de nitrate d'argent (1 gramme pour 300 grammes). Ces compresses sont appliquées trois ou quatre fois par jour, durant quinze ou trente minutes ; elles facilitent singulièrement les soins de propreté qui, nous ne saurions trop le redire, sont indispensables.
Pour hâter la guérison des excoriations, il est utile de les cautériser légèrement, chaque jour, avec une solution de nitrate d'argent plus concentrée que celle dont nous avons donné plus haut la formule (0gr,5O pour 20 grammes), en prenant toutefois le soin de neutraliser l'excès du caustique par l'eau salée. Si les ulcères dont il s'agit gagnaient un peu en profondeur, il faudrait les loucher tous les deux ou trois jours avec un crayon très-effilé de nitrate d'argent pur ou, ce qui vaut souvent mieux, mitigé. C'est alors surtout qu'il faut immédiatement porter sur les points cautérisés un pinceau mouillé d'eau salée. Quand le gonflement des paupières a beaucoup diminué, et quand leur bord ciliaire s'est recouvert en totalité d'une couche épidermique continue et suffisamment résistante, on peut tenter l'usage prudent des corps gras, en commençant par employer une pommade faible à base d'oxyde de zinc.
L'épilation des cils, surtout des cils malades, est nécessaire tous les trois ou quatre jours et réclame beaucoup de soin clans l'exécution, lorsqu'il est avéré que l'inflammation a son point de départ dans les follicules pileux. Si ces derniers ont suppuré à différentes reprises, c'est le cas de porter l'attention sur les jeunes cils, afin d'arracher sans délai ceux dans lesquels on remarque une direction vicieuse qui les rend irritants pour l'œil.
Aussitôt que le bord libre d'une paupière manifeste la moindre tendanceà se porter en dehors, on doit se hâter de remédier à la déviation des points lacrymaux inférieurs, en fendant le conduit dans une longueur proportionnée au degré d'éversion et de tuméfaction de la paupière malade.
Une multitude de médicaments, principalement de caustiques, parmi lesquels nous citerons la teinture d'iode employée en badigeonnage, ont été prônés pour le traitement des blépharites ; mais il ne faut pas s'y tromper : ce n'est pas de telle ou telle substance que la guérison dépend, elle est toute dans la manière de l'employer et dans la suppression du plus grand nombre possible des causes d'irritation auxquelles les yeux sont exposés. Enfin elle n'est h espérer que si le mal n'a pas marqué son passage par des lésions anatomiques indélébiles.
ORGEOLET, HORDEOLUM. 613
Les malades atteinls de blépharite ciliaire intense feront bien de se servir de lunettes bleues, mettront dans leur travail des interruptions répétées, rechercheront un air pur et frais et devront surtout éviter les veilles prolongées. En même temps, ils surveilleront leur régime et s'abstiendront, autant que possible, de boissons alcooliques. Bref, la suppression des causes du mal et les soins d'une propreté minutieuse ont dans le traitement de la blépharite bien plus d'importance et de bons résultats que l'emploi des médications même les plus variées.
ARTICLE XIV
OKGEOLET, HORDEOLUM.
Symptômes anatomiques. — Il est digne de remarque que le siège précis d'une affection aussi simple, aussi accessible aux moyens d'exploration ait été l'objet de controverses nombreuses. Tandis que les uns regardent à juste titre l'orgeolet comme un petit furoncle de la paupière, les autres comme le produit de l'inflammation aiguë d'un follicule sébacé ou pileux, ce que nous avons dit plus haut constituer l'acné ciliaire ; certains auteurs y voient à tort le résultat de l'inflammation d'une glande de Meibomius.
L'orgeolet apparaît sous la forme d'un bouton dur, très-sensible au toucher, occupant le bord libre de la paupière et juxtaposé au tarse. Il se développe dans l'espace de quelques jours, détermine souvent un gonflement œdémateux de la paupière et finit par percer en donnant issue à une petite quantité de pus et de tissu cellulaire mortifié de couleur verdàtre. Ce qui a fait penser qu'il s'agissait ici de l'inflammation d'une glande de Meibomius, c'est, d'un côté, la proximité du tarse auquel l'orgeolet se trouve adossé, et, d'autre part, la mobilité que la peau conserve dans les commencements, au niveau delà petite tumeur; mais, en renversant la paupière, on constate aisément que les glandes tarsiennes qui avoisinent la partie malade de la paupière sont complètement intactes : c'est à peine si la conjonctive montre, en pareil cas, un peu d'hypérémie.
La méprise que nous venons de signaler s'explique encore par le fait que les personnes sujettes aux orgeolets sont assez souvent atteintes plus tard de chalazions. Il paraît, en effet, très-naturel de rapporter ces derniers à une inflammation glandulaire qui, à l'état aigu, donnerait lieu à un orgeolet, susceptible lui-même de se transformer en chalazion, dans le cas où la suppuration ne viendrait pas éliminer les produits inflammatoires. Pourtant il s'en faut bien que le rapport qui existe entre ces deux affections soit aussi direct. S'il s'agit d'orgeolets résultant de l'inflammation furonculeuse du tissu cellulaire épitarsien, il n'est pas surprenant qu'ils puissent amener
l'oblitération d'un orifice glandulaire, et cela d'autant plus vraisemblablement qu'ils donnent facilement lieu à de petites cicatrices très-rapprochées de l'embouchure des glandes de Meibomius. Si au contraire l'orgeolet n'est qu'un bouton d'acné; c'est-à-dire le résultat de l'inflammation d'un follicule pileux, les choses peuvent se passer de la môme façon ; en outre nous avons vu que l'acné provient souvent d'un changement morbide delà consistance des produits sécrétés par les glandes sébacées aboutissant au follicule: or, il arrive souvent qu'avec cette altération coïncide un trouble analogue de la sécrétion meibomienne, d'où l'apparition simultanée, ou la succession des orgeolets et des chalazions sur une même paupière. De ces considérations il ressort qu'on doit nier absolument, contre l'avis de plusieurs auteurs, la transformation directe d'un orgeolet en chalazion.
L'orgeolet n'a d'importance aux yeux du praticien que parce qu'il est sujet à récidiver fréquemment, de manière à devenir, pour celui qui en est affecté, un véritable tourment. Celte particularité a déjà été signalée à l'article de l'acné ciliaire ; elle n'a d'ailleurs rien qui puisse surprendre si l'on considère l'orgeolet comme un furoncle, c'est-à-dire comme la manifestation d'une sorte d'état général de l'organisme assez nettement caractérisé pour qu'on ait pu le désigner sous le nom de diathèse furonculeuse. La prédisposition aux orgeolets s'est montrée parfois si tenace que les médecins appelés ont cru devoir envoyer leurs malades anx eaux et les astreindre à porter comme dérivatifs des sétons et des cautères. Dans nombre de cas, si l'on avait affaire à de simples boutons d'acné, il valait mieux s'en tenir à une épilation minutieuse, destinée à prévenir l'inflammation des follicules par des cils retardés dans leur chute. De même, si l'irritation des follicules provenait de la rétention des produits sébacés, il fallait se contenter de la combattre au moyen des pommades dont nous avons donné la formule, en s'attachant à en frictionner le champ d'implantation des cils avec une certaine persévérance. Lorsqu'on est en présence d'une véritable furonculose du bord ciliaire, il ne faut plus autant compter sur les moyens thérapeutiques indiqués. Cependant une grande propreté des parties, en s'opposant au contact prolongé de toute sécrétion morbide provenant de la conjonctive avec le derme, peut, tout au moins, éliminer une des causes favorisantes de la reproduction des furoncles.
L'orgeolet ne réclame, du reste, par lui-même, aucun traitement direct. S'il tarde à percer, on peut en pratiquer l'ouverture ou la faciliter au moyen de topiques émollients. Lorsque le bouton marque de la tendance à s'indurer, il est parfois bon de le frictionner avec des pommades aux précipités blanc ou rouge, aux iodures de potassium ou de plomb. Si enfin la suppuration terminale d'un orgeolet se prolonge outre mesure, on s'en rend aisément maître par une cautérisation légère avec le nitrate d'argent. Nous