‹ Études ophthalmologiquesChapitre 58 sur 111 · C. — ANOMALIES DE POSITION ET DE CONFIGURATION DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

C. — ANOMALIES DE POSITION ET DE CONFIGURATION DES PAUPIÈRES

ARTICLE XV

ADHÉRENCES DU BORD LIBRE DES PAUPIÈRES (SYMBLÉPHARON , ANKYLOBLÉPHARON ET BLÉPHAROPHIMOSIS).

Les bords libres des paupières peuvent être anormalement réunis l'un à l'autre, par suite d'un vice de conformation congénital, d'une lésion traumatique, d'une vive inflammation de la muqueuse et du bord ciliaire, et notamment de celle qui suit les brûlures observées dans cette région.

Les paupières s'écartent peu de temps avant la naissance; mais de Ammon (1) ne se prononce pas sur l'époque précise à laquelle cette déhiscence s'effectue. L'union intime qui existe d'abord entre ces voiles protecteurs commence à se détruire par le côté interne où apparaissent dans la membrane interpalpébrale des ouvertures arrondies qui, en s'agrandissant et se rapprochant, déterminent la séparation des paupières. Leur bord est, à ce moment, légèrement dentelé, l'embouchure des glandes de Meibomius s'y ouvre, et dès que s'effacent les saillies mamelonnées qu'elles produisent, les cils commencent à se montrer. Il se peut qu'un temps d'arrêt vienne entraver cette marche régulière; et l'on connaît un certain nombre de cas d'ankyloblépharons congénitaux plus ou moins complets (Wenzel, Lawrence, Schoen, de Ammon, Benedict, etc.). Dans la pluralité de ces cas, cet arrêt de développement coïncidait avec l'absence complète de l'œil (anophthalmie), ou avec un autre vice originel.

L'ankyloblépharon acquis est bien plus fréquent que le précédent ; toutefois il est rarement complet. C'est aussi par exception que l'adhérence vicieuse est limitée aux bords libres et qu'elle n'empiète pas plus ou moins sur la face interne des paupières, en se compliquant de symblépharon. (Voyez pour le symblépharon^ page 166.) Si l'adhérence s'est effectuée de telle sorte qu'elle n'ait point raccourci la fente palpébrale, on a un ankyloblépharon complet ou incomplet, selon que l'absence de division occupe la totalité ou une partie des bords marginaux. Si, au contraire, les angles de l'œil se sont rapprochés, et si la fente palpébrale a diminué de longueur,

(I) Archiv fur Augenheïlkunde, t. VI, A. 1, p. 166, et Annales d'oculistique? t. XLIV, p. 15.

on a affaire à un blépharophimosis. Inutile de dire qu'il existe des cas où il n'est pas possible de faire un choix rigoureux entre cette dernière dénomination et l'ankyloblépharon incomplet, siégeant vers l'angle externe des paupières.

Ces adhérences peuvent être le résultat d'une lésion traumatique ou d'une maladie inflammatoire qui, généralement, envahit la conjonctive elle-même. Tel est l'effet des ulcères du bord ciliairc qui se développent pendant le cours d'une blépharo-adénite et des brûlures qui intéressent la peau des paupières ou l'angle externe de l'œil, en donnant naissance à une bandelette de tissu modulaire susceptible de réduire considérablement la fente palpébrale.

Lorsque 1'ankyloblépharon est plus ou moins complet, qu'il se complique de symblépharon, il est permis, en général, de le rapporter à une inflammation diphthéritique de la conjonctive et du bord de la paupière, soit que cette inflammation ait été spontanée, soit qu'elle provienne d'une brûlure par la chaux vive, les acides minéraux, etc. Ces désordres surviennent aussi, mais moins fréquemment, à la suite de granulations rebelles, traitées trop activement par les caustiques.

Lors même qu'il existe un ankyloblépharon complet, on découvre presque constamment vers l'angle interne une petite ouverture par laquelle suintent les produits de sécrétion des glandes lacrymales et conjonctivales, si, toutefois, cette sécrétion n'est pas tarie. Il est très-difficile de dire dans ces cas extrêmes quelle quantité de la muqueuse est restée intacte, et si l'on peut garder l'espoir de trouver la cornée ou une portion de celte membrane encore transparente et capable de fonctionner. Le pronostic se guide en pareille circonstance sur le degré de la mobilité que les yeux conservent sous les paupières fermées et sur l'action que la lumière peut encore exercer sur ces organes. En effet, il serait illusoire de tenter un traitement curatif par des moyens chirurgicaux, si la conjonctive avait totalement ou à peu près disparu ; car non-seulement les essais que l'on ferait pour maintenir la fente palpébrale resteraient infructeux , mais encore la cornée, privée de la lubrifaction que lui fournissent la conjonctive et les larmes, offrirait bientôt les caractères de la xérophihalmie.

Traitement. — Lorsqu'une seule bride réunit les deux bords des paupières, on la divise d'un coup de ciseaux. Cela fait, on en pratique l'excision en se tenant le plus près possible des points où elle s'insère. Alors toute l'attention du praticien doit se porter sur les moyens d'empêcher la réunion des parties divisées. Ils consistent dans l'emploi de bandelettes de taffetas d'Angleterre ou du collodion qu'on applique de manière à déterminer un léger ectropion. Ce but nous paraît mieux et plus sûrement rempli par l'apposition de deux ou trois sutures, dans lesquelles on comprend un repli

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