INFLAMMATION DE LA GLANDE LACRYMALE
dénudé et couvert d'aspérités. Mais, à côté de ces faits, il en est d'autres où la suppuration s'est ouvert une voie au dehors, sans avoir été précédée de sphacèle, et où il s'est établi un trajet fistuleux.
Tandis que l'inflammation de la glande lacrymale, en tant que maladie suraiguë, réclame encore, pour être acquise à la science, le contrôle d'observations plus concluantes, il n'est pas douteux qu'elle existe à l'état chronique et ne se décèle alors par des symptômes bien caractérisés. M. Heymann en relate une observation fort curieuse, que nous croyons devoir donner en note (1).
Nous avons eu l'occasion d'observer la maladie à l'état chronique suides sujets qui avaient longtemps souffert de conjonctivites, de kératites pus-
(1) Paul S..., âgé de dix ans, me fut amené pendant l'automne de 1859, pour une maladie de l'œil gauche traitée jusqu'à cette époque par des topiques d'un usage pénible. La paupière supérieure correspondante était fortement distendue et il était impossible de la soulever. Le mal aurait débuté, si l'on s'en rapporte aux renseignements fournis, par un ulcère de la cornée, et n'aurait pris ceLte gravité que depuis peu de jours. Un examen très-attentif révéla sous la paupière l'existence d'une tumeur charnue, sans bosselures. La paupière était d'une rougeur intense, mais non phlegmoneuse, et l'on pouvait la mouvoir surplace, bien qu'elle résistât aux tractions exercées de bas en haut; la tumeur, du volume d'une pomme, tombait au devant de la paupière supérieure et n'était sensible que du côté externe de l'orbite. On ne percevait aucune fluctuation : un liquide séreux jaunâtre s'écoulait bien par la fente palpébrale, mais jamais on n'avait constaté une suppuration véritable. Incertain sur la nature du mal, j'ordonnai des cataplasmes, ce qui rendit la tumeur plus molle et la diminua de volume. Six jours après, il était possible de soulever la paupière supérieure et d'entrevoir, non sans peine à la vérité, le globe oculaire immobilisé en dedans, mais ne faisant aucune saillie en avant. Au travers de la paupière ramollie, on sentait, au niveau du bord externe de l'orbite, une tumeur dure et assez nettement circonscrite. Bientôt l'écartement des paupières, devenu plus facile, permit d'introduire une sonde pour savoir si cette induration n'était pas causée par la présence d'un corps étranger. On reconnut ainsi que le cul-de-sac supérieur était occupé tout entier par une tumeur qui faisait une saillie prononcée en bas, et que la dureté perçue était le symptôme d'une infiltration qui n'avait aucun des caractères des abcès. L'œil ayant repris sa position normale, on voit la cornée très-opaque et faiblement ramollie. La conjonctive du cul-de-sac supérieur n'offre aucune autre altération qu'une rougeur et une turgescence assez forte. On est en droit de supposer qu'il s'agit, dans ce cas, d'une inflammation du tissu cellulaire voisin de la glande. Sous l'emploi de l'iodure de potassium à l'intérieur et des frictions mercurielles, le malade guérit bientôt. La région de la glande lacrymale, sans être tuméfiée, resta longtemps sensible au toucher. La sécrétion des larmes s'accomplissait comme à l'état normal. Il faut se demander si, dans ces circonstances, l'usage de topiques irritants n'a pas agi sur la maladie comme cause déterminante. (Archvv fur Augenheilknnde, t. VII, A. i, p. 1/13.)
tuleuses, d'iritis accompagnées d'un larmoiement considérable. M. de Graefe (1) cite trois cas dans lesquels, à la suite d'une opération, et de l'occlusion de l'œil qu'elle avait nécessitée, il était survenu dans la paupière supérieure un gonflement considérable dû à une augmentation de volume de la glande lacrymale. Ce gonflement mit plusieurs mois à se dissiper, et la glande resta longtemps le siège d'une sensibilité assez vive, qu'on réveillait, soit par le loucher, soit en écartant complètement les paupières. Les douleurs ciliaires n'avaient existé que dans la première période de la maladie. M. de Graefe rapporte cette congestion du tissu propre de la glande, survenue chez ces trois opérés après un rapprochement prolongé des paupières, à la rétention des larmes et à l'irritation qui en fut l'effet.
Les symptômes de la dacryoadénite chronique sont la tuméfaction de la paupière supérieure, une rougeur de ce voile membraneux, plus prononcée en dehors qu'en dedans, et la difficulté de le soulever en totalité. Parfois il est possible de sentir directement, en introduisant le petit doigt dans le cul-de-sac, ou après avoir renversé la paupière, le lobule externe tuméfié de la glande augmentée de volume. Gomme le gonflement de la glande ou du tissu cellulaire voisin s'observe le plus ordinairement dans le cours d'inflammations chroniques de la conjonctive, de la cornée ou de l'iris, accompagnées de blépharospasme, il est très-difficile de déterminer quelle part la maladie de la glande prend dans l'hypersécrétion et dans les complications qui surviennent par suite de la rétention de ce liquide.
Tandis que la dacryoadénite suraiguë suit , d'après les auteurs, une marche très-rapide et se termine par la suppuration dans l'espace de trois à cinq jours, le gonflement qui provient de l'inflammation chronique de la glande lacrymale met généralement plusieurs mois à se dissiper.
L'inflammation aiguë de la glande lacrymale, surtout dans les cas où elle reconnaît une violence pour cause, réclame l'emploi énergique des moyens antiphlogistiques, et dès qu'on a lieu de croire à l'existence d'un abcès, il faut l'ouvrir sans retard. Lorsque, par suite d'une forme chronique, la glande s'est engorgée, des frictions résolutives au moyen des pommades aux iodures de potassium, de plomb, et de l'onguent mercuriel, enfin des frictions simples, mais prolongées, avec l'huile d'amandes douces, sont d'un effet avantageux. D'ailleurs c'est au massage même, et non à l'action du principe médicamenteux, qu'il faul rapporter l'efficacité de cette pratique.
(1) Archiv fur Augenheilkunde,t. IV, A. n, p. 259.