PHELGMON DU SAC LACRYMAL
faible sécrétion conjonctivale. A celte époque, la maladie porte tous les caractères d'un abcès diffus et la tension, souvent extrême, de la peau dissimule la fluctuation.
Il est alors difficile de savoir si le phlegmon part du sac lacrymal, ou si ce dernier lui est étranger (anchilops) ; en effet, il n'est possible ni de déterminer, par la palpation, les limites du sac lacrymal, ni de donner issue, par la pression, à une partie de son contenu. Néanmoins le diagnostic n'est pas si difficile qu'on pourrait le croire ; car un peu d'attention permet de distinguer sans peine d'avec le phlegmon du sac un furoncle du grand angle, et l'anchilops est extrêmement rare (A rit). D'un autre côté, les renseignements fournis par le malade suffisent ordinairement à dissiper tous les doutes, en apprenant au médecin si la maladie a été précédée, ou non, de larmoiement et de catarrhe du sac.
Quelques jours suffisent, le plus souvent, pour que la peau se soulève à une distance variable au-dessous du ligament palpébral interne, et forme une saillie acuminée qui donne bientôt issue à une quantité assez abondante de pus ou de muco-pus. Généralement, au début, les larmes ne passent pas par l'ouverture fistulaire qui s'est ainsi formée, et cela, d'une part, à cause du gonflement inflammatoire des parties, d'autre part, à cause de l'inaction des fibres musculaires qui rampent à la face antérieure du sac et qui participent à l'inflammation.
Telle est ordinairement la marche de la maladie; mais elle est sujette à deux modifications principales. En premier lieu, il arrive que le pus fourni, en majeure partie, par le tissu cellulaire sous-muqueux et sous-cutané, fuse au delà de la paroi du sac et se fraye un chemin vers un point assez éloigné du foyer morbide. Il en résulte que, l'ouverture de l'abcès tardant à se produire, il se forme un trajet fistuleux et sinueux. D'un autre côté, il peut se faire que le pus, en perforant la muqueuse, longe la paroi osseuse du canal et s'ouvre une nouvelle voie vers les fosses nasales. Cette terminaison peut être méconnue et faire croire à la résolution du phlegmon. Du reste, il faut le dire, ce mode d'évacuation n'est pas commun, quoiqu'on l'observe moins rarement encore que l'ouverture de l'abcès dans le nez par l'os unguis en partie nécrosé, ou dans le sac conjonctival par un trajet fistuleux qui court dans les parties molles des paupières.
Lorsqu'une fois le contenu du sac lacrymal et du canal nasal s'est évacué, les symptômes inflammatoires s'apaisent rapidement ; l'orifice externe du foyer purulent se ferme ou se transforme en une ouverture fistuleuse, consécutivement à un écoulement prolongé des produits morbides et des larmes. Dans un assez grand nombre de cas, lorsque la fistule n'est déjà plus de date récente, la sécrétion morbide de la muqueuse s'améliore d'une manière sensible, et l'orifice tend manifestement vers l'oblitération :
si elle survient, elle expose le malade à une rechute, puisque, le plus souvent, les produits de sécrétion ont cessé de pouvoir s'éliminer par le canal nasal rétréci.
Les conséquences nécessaires d'une dacryocystite phlegmoneuse qui a établi une communication directe du sac avec l'air extérieur, en perforant la peau, sont une destruction variable de la muqueuse et la formation do tissu cicatriciel. La destruction de la muqueuse n'est pas nécessairement limitée au voisinage de l'ouverture fistuleuse; elle peut, au contraire, occuper une étendue d'autant plus considérable que les symptômes inflammatoires ont élé plus intenses et que la distension du sac par les produits muco-purnlents a été plus rapide et plus forte.
La vérité de ce fait est incontestable pour tous ceux qui ont vu, sous l'influence d'une poussée inflammatoire unique, le sac s'oblitérer et le malade guérir. Abstraction faite de ces cas exceptionnels, ou comprend sans peine que la formation de tissu inodulaire devienne, dans la maladie qui nous occupe, la cause d'une prédisposition marquée aux rechutes, puisque, par les rétrécissements auxquels donne lieu la rétraction de ce tissu, elle entretient le catarrhe ; mais on voit, sous l'influence de dacryocystites répétées, les parois du sac se souder en des points diamétralement opposés, de telle manière que la dilatation qui succède à la rétention de produits inflammatoires nouveaux, détermine dans celle cavité la formation de trabécules et de diverticules qui entravent singulièrement le traitement et retardent la terminaison du mal.
Les malades éprouvent ordinairement des douleurs intenses au niveau du grand angle de l'œil. Il s'y ajoute parfois une fièvre vive et un abattement assez prononcé, si le sac s'est distendu très-brusquement et si le phlegmon prend ainsi beaucoup d'étendue; mais tous ces symptômes cèdent bientôt après l'ouverture spontanée ou artificielle du sac.
Nous ne croyons pas nécessaire d'insister davantage sur la marche de la maladie et nous nous contenterons de répéter une fois de plus qu'elle peut présenter bien des variations. Dans nombre de cas, l'ouverture qu'on a pratiquée à l'abcès, ou qui s'est faite spontanément, se ferme après la résolution des phénomènes inflammatoires; mais les malades n'étant pas guéris de leur catarrhe et ce premier phlegmon du sac fournissant à cette maladie des éléments puissants d'entrelien, ils se trouvent constamment sous le coup d'une rechute, lui effet, il est des personnes qui sont, à tout instant, affligées d'un phlegmon du sac.
Si la carie ou la nécrose des os est signalée, dans presque tous les traités, comme une des conséquences des phlegmons du sac lacrymal, c'est qu'on a bien souvent pris pour effet du mal ce qui en est une cause puissante. De même, l'érysipèle des paupières et de la face, qu'on accuse à tort de