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DE LA PERSE

Entre la mythologie, dont les récits et les symboles ne s’adressent qu’à l’imaginatiop, et la philosophie qui ne parle qu’à la raison, il y a un degré intermédiaire de la pensée : c’est la raison revêtue de la forme de la tradition ; c’est une religion qui s'efforce de répondre à tous les grands problèmes de la morale, de la physique, de la métaphysique, et qifi, accueillie d’abord sur la foi d’une autorité immuable, finit par se modifier de mille manières et par engendrer mille sectes opposées par le travail constant de la réflexion. Tel est le caractère que nous offre l’esprit humain dans la plupart des contrées de l’Orient, mais plus particulièrement dans celle dont nous allons nous occuper ; car, quel que soit dans l’Inde ou dans la Chine l’empire des dogmes et des traditions, il est impossible de n’y pas reconnaître une philosophie très-originale et très-avancée. En Perse, au contraire, les doctrines

ÉTUDES OIUENTALES

philosophiques, quoique assez nombreuses, sont d'un caractère équivoque et d’une originalité contestable , tandis que les idées religieuses, arm ées en peu de temps à un haut degrc de perfection morale, ont fpujours conservé la première place dans les esprits.

Les idées religieuses adoptées par les Perses, et dont le système de Zoroastre est la plus haute, mais non la seule expression, se sont étendues bien plus loin et ont duré plus longtemps que leur puissance politique. Après, avoir conquis la plus grande partie de l’Asie, elles ont pénétré dans l’Égypte et dans la Grèce par l’école d’Alexandrie, dans la Judée par la captivité de Babylone et la domination des Séleucides, dans l’Occident par le gnosticisme, le manichéisme, la secte des catarrhes, puis, détrônées par l’islamisme dans les lieux mêmes qu’elles eurent pour berceau, elles se sont développées et en quelque sorte rajeunies sous le feu de la persécution, ou, réfugiées au fond de l’Inde, elles y ont conservé jusqu’aujourd’hui leurs monuments séculaires et leur pureté originelle. * ’<

Pendant longtemps les croyances religieuses et métaphysiques de la Perse ne pouvaient être connues que par un petit nombre de passages obscurs, quelquefois supposés, et le plus souvent contradictoires, des auteurs grecs et latins. Quelques lignes du premier livre d’Hérodote,

de Y Introduction de Diogène Laërce, de la Cyropédic de Xénophon, le traité de Plutarque sur Isis et Osiris, des citations éparses de Pline l’Ancien , à peine quelques mots de Platon, de Strabon, de Diodore de Sicile, et les prétendus Oracles de Zoroastre (Aéyia tou Zo^oxo-pcu) recueillis par Patrizzi, tels sont à peu près les matériaux que l’érudition la plus attentive parvenait à réunir sur ce grave sujet, lorsque, à la fin du xvn* siècle, un savant anglais, très- versé dans la connaissance des langues orientales, Thomas Hyde, songea à tirer parti des écrivains musulmans. N’était-il pas, en effet, bien juste de supposer que les successeurs ou les descendants des anciens disciples des mages, arabes, turcs ou persans, devaient avoir retrouvé sur les lieux quelques traditions encore vivantes de la vieille religion, et étaient appelés tout à la fois à compléter et à rectifier les documents transmis par les Grecs? Aussi le livre de Hyde, Veterum Persarum et magorum religionis historia', fut-il un véritable événement dans la science ; et les autres connaissances dont il offre la preuve, les recherches curieuses dont il est rempli, rendaient ce succès très-légitime. Il n’est pas un érudit occupé des religions de l’Orient qui puisse, même aujourd’hui, se dispenser de consulter cet ouvrage. Cependant il est bien éloigné de ce qu’on était en droit d’espérer et d’attendre. L’auteur, ne sachant ni le zend ni lepehlvi, les deux langues sacrées de la Perse, et ne pouvant, par conséquent, puiser aux sources, se laisse souvent égarer par ses guides, et mêle à leurs erreurs ses propres hypothèses. Ainsi, il soutient que les Perses,

* In-4. Oxford, 1100 et 1760.

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après avoir reçu de Sem le culte du vrai Dieu, y substituèrent plus tard le culte des astres, mais qu Abraham • les tira de cette idolâtrie et les rendit à la foi de leurs pères; qu’ils adoraient un seul Dieu, créateur du ciel et. de la terre, et que les autels sur lesquels ils sacrifiaient au l'eu étaient une imitation de l’autel de Jérusalem, ba partie la plus intéressante de l’écrit de Thomas Hyde, c’est la traduction du Sad-der, abrégé de la théologie cérémonielle et pratique des Perses, qui, rédigé en pehlvi, fut traduit en vers persans par Schah-Mord, le fils de Malek Schah, en \ti 95, et ensuite en latin par le théologien anglais. Cet abrégé renferme cent préceptes, qui sont considérés comme autant de portes pour entrer au ciel. De là le nom de Sad-der, qui signifie les Cent l>ortes.

Mais que sont tous ces documents indirects et ces traditions incertaines devant les monuments originaux, devant les livres mêmes de Zoroastre, ou ceux qu une foi de vingt-deux siècles au moins consacre sous son nom, et que l’on peut appeler les écritures saintes de l’ancienne Perse? Ces monuments précieux, un jeune Français, Anquetil-Duperron, alla les chercher, vers le milieu du dernier siècle, dans le Guzarate, au fond de l’Inde, où il savait que les Guèbres ou Parses, c’est-à-dire les Perses restés fidèles au vieux culte de leurs pères et chassés de leur pays par la persécution musulmane, les conservaient religieusement. Parti de Paris, comme simple soldat, le 7 novembre 1755, arrivé dans I Inde le 10 août 1750, il traversa seul, à pied, sans argent, sans ressources, au milieu des plus grands dangers, un espace de près de quatrecents lieues, pour se rendre deChander-

nagor à Pondichéry et de Pondichéry à Surate, étudia pendant plusieurs années le zend et le pchlvi près des destours, ou prêtres parses, et revint en France le h mai 1 7(52 avec quatre-vingts manuscrits, au nombre desquels se trouvaient l’original zend et la traduction pehlvie des ouvrages suivants : 1° l 'Y leschné, recueil de prières et d’élévations que M. Eugène Burnouf a publié avec une traduction et un commentaire, sous le titre de Yaçna 2“ le Vispered, où sont énumérés les principaux êtres de la création; 31’ le Vendidad, considéré comme le fondement delà loi mazdéenne. Ces trois livres réunis forment ce qu’on appelle le Vendiilad-Sadé ; h" les Y escht-Sadé, diverses compositions et fragments de différentes époques; 5" le livre Siruzi ou les Trente jours, sorte de calendrier liturgique, composé des prières qui doivent être adressées au génie de chaque jour; 6° le Boun-Dehesch, collection de traités dogmatiques sur différents points, et partagée en trente-quatre sections; manière d’encyclopédie théologique, composée probablement en zend, mais qui n’existe plus qu’en pchlvi. Ce sont ces différents écrits que Anquelil-Duperron a fait connaître, avec une relation de ses voyages et une Vie de Zorastre, dans une traduction française publiée à Paris 2 sous le titre général de Z, end- si resta, c’est-à-dire la Parole de vie, ou, selon M. Burnouf, la Parole de feu. C’est par ce nom qu’on désigne le code entier de Zoroastre, ou la loi révélée dont il se disait l’interprète ; mais ce code, dans l’origine, était beaucoup plus considérable. D’après le

' In-4, Paris 1833.

1 3 vol. in-4. 1T71.

Dabistan, ouvrage dont nous parlerons tout à l’heure, il aurait été formé de Vingt et un livres, désignés sous le nom de nosks ou naçkas. Sept de ces livres auraient traité des premiers principes des choses et de l’origine de tous les êtres; sept auraient été consacrés aux lois civiles, morales et religieuses; et les sept derniers à l’astronomie et à la médecine. Mais, au lieu de vingt et un naçkas, il n’en resterait plus aujourd’hui que quatorze dans un état de conservation plus ou moins complète. Nous ne savons pas jusqu’à quel point cette division si étudiée peut s’accorder avec la lettre et avec l’esprit du Zend-Avesta. Ce qui est certain, c’est que les ouvrages que nous venons de mentionner sont lés seuls de cet ordre, ou plutôt de cette langue, qui existent, aujourd’hui dans l’Inde, où ils ont été apportés de la Perse, en 1270, par le destour Ardeschir. Non content de les introduire en Europe et de les traduire, Anquetil en a démontré l’authenticité et développé l’esprit par une suite de savantes dissertations publiées dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions et le tome III des Mémoires de l’Institut (classe d’histoire et de littérature) .

Les manuscrits si glorieusement conquis par Anquetil- Duperron acquirent une nouvelle valeur et fournirent des lumières inattendues entre les mains de M. Eugène Burnouf. Cet illustre orientaliste, ayant découvert que le zend n’est qu’une dérivation du sanscrit, la langue du Zend-Avesta de celle des Védas, fit servir celle-ci comme une clef infaillible à l’interprétation de celle-là, et donna un sens précis à ce qui n’en avait pas dans l’opinion de son prédécesseur. Par ce résultat philologique, il a été conduit à un résultat philosophique que l’on rencontre

plus d’une fois dans l’histoire de l’esprit humain. Il s’est assuré que les idées exprimées dans ces monuments religieux offraient entre elles le môme rapport de filiation que les deux langues, c’est-à-dire que le mazdéisme, ou le culte de Zoroastre, doit être considéré comme une transfiguration, une métamorphose spirituelle du culte brahmanique. « Les Parses, dit-il dans l’ouvrage que nous avons déjà cité ', les Parses ont personnifié des abstractions, des qualités morales, qui, d’abord significatives au propre, sont devenues par la suite des êtres mythologiques. » En d’autres termes, les Indiens adorent la nature, et les Parses s’élèvent au-dessus d’elle.

Les livres zends, grâce aux travaux d’Anquctil et de M. Burnouf, peuvent nous donner une idée de la doctrine de Zoroastre. Mais quoi ! avant Zoroastre, qui luimême en appelle souvent à une révélation plus ancienne, et dont Hérodote, en parlant de l’institution des mages, semble ignorer l’existence, les nations antiques et policées de l’Iran n’ont-elles possédé aucune tradition, n’ont-elles connu aucun enseignement religieux qui ait pu les préparer à recevoir la loi mazdéenne? A cette question vient naturellement s’en rattacher une autre : Comment supposer qu’une œuvre comme le Zend- Avesta n’ait jamais été l’occasion d’aucun autre système, n’ait jamais produit cette diversité d’interprétations, ces opinions opposées, ces sectes ardentes que l’on voit sortir ailleurs do tous les monuments semblables, surtout si l’on songe aux vicissitudes politiques de la Perse et aux impulsions différentes qu’elle a dû recevoir? Sur ces

Commentuirc sur le Yaçna, p 541.

deux problèmes, les systèmes qui ont existé en Perse avant la religion de Zoroastre, et ceux qui sont sortis de son sein ou qui ont suivi sa chute, il y a deux documents à consulter, très-curieux l’un et l’autre, mais d’une valeur inégale, le Desatir et le Dabistan.

Le Desatir, c’est-à-dire la Parole du Seigneur ou le Livre céleste, est, si l’on en croit l’éditeur oriental, un recueil de quinze livres envoyés du ciel à quinze prophètes dont le premier est Mah-Abad, c’est-à-dire le grand Abad, et fe dernier, Sasan, deuxième du nom. Parmi ces prophètes se trouve Zoroastre, qui n’occupe entre eux, dans l’ordre chronologique, que la treizième place. Sasan II vivait au temps de Khosrou-Parwiz, contemporain d’Iléraclius, et termina ses jours neuf ans avant la destruction des Sassanidcs par les Arabes. « La langue, dit M. Silvestre de Sacy ', dans laquelle est écrit le Desatir, diffère du zend, du pehlvi, du persan moderne et de toutes les autres langues connues, et il serait de toute impossibilité aujourd’hui d’en entendre un seul mot sans la traduction littérale qu’en a faite en persan Sasan deuxième du nom, et qui est jointe à l’original verset par verset, et presque ligne par ligne. Sasan ne s’est pas contenté de traduire le Desatir, il y a joint parfois un commentaire où il déploie une métaphysique subtile et raffinée. » C’est cet ouvrage, déjà connu en partie par l’auteur du Dabistan, et dont un fragment en persan avait reçu le jour en 1 789 dans les Nouveaux mélanges asiatiques de Calcula, qui a été publié à Bombay, en 1818, par Moulla Firouz Ben Kaous, accompa-

1 Journal des Satanls, janvier 1821.

gné de l’ancienne version persane et du commentaire du deuxième Sasan, avec une traduction anglaise, tant de l’original que du commentaire .

C’est un fait bien extraordinaire qu’un tel monument soit resté ignoré de l’histoire, qu'il ait existé avant et après Zoroastre tant d’écrivains et de livres célèbres dont pas un seul n’est mentionné dans l’antiquité sanéç ou profane; mais l’incrédulité est complètement justifiée lorsqu’on connaît la chronologie du Desatir et les anachronismes qu’il décore du nom de prédictions. l e premier des quinze personnages qu’il met successivement en scène, et qui a donné son nom à tous les sectateurs du Desatir, Mah-Abad, n’est pas seulement un prophète • de l’Iran, il est le premier père et le législateur du genre humain dans la période cosmogonique à laquelle nous appartenons : car, après avoir péri dans un cataclysme universel, à la fin de la précédente période, notre espèce a recommencé avec lui dans la période actuelle. Mah- Abad a ou pour successeurs treize apôtres et princes de sa race, treize Abad qui forment avec lui la dynastie des Mah-Abadiens. Le nombre des années qui marque la durée de cette dynastie ne peut être exprimé dans aucune langue ; il faut se contenter de le représenter aux -yeux par un (5 suivi de vingt-trois zéros. Encore ce signe n’est-il pas exact: car chacun des jours dont se compose rangée mah-abadienne est une révolution de Saturne, évaluée à trente années solaires. Après la dynastie des Mah-Abadiens, vient celle de Üji-Afran, le second prophète de l’Iran, dont la famille, déjà singulièrement

* 2 vol. gr. in-8.

dégénérée, n’a régné qu’un million d’années mah-abadiennes. Le troisième prophète est Schaï-kéliv, fondateur d’une nouvelle dynastie, qui, inférieure à la précédente, ne subsiste que pendant un schamar, c’est-à-dire un espace de dix millions d’années. A la dynastie des Schaï succède celle de Yasan, fils de Schaï Mahboul, et quatrième prophète de l’Iran. Cette dynastie dure quatre-vingt-dix-neuf sa/ain, ou neuf millions neuf cents ans. Alors nous entrons avec Ghilschah ou kaïomors (Cayoumarth, selon M. deSacy) dans une époque moins fabuleuse.

Les faits historiques rapportés par le Desatir, sous . forme de prédictions, n’otTrent pas moins de prise à la critique que sa chronologie imaginaire. Ainsi le premier Sasan, qui se dit fils de Darius 11 et frère d’Alexandre, parlé de Manès et de ses disputes avec Sapor, de Mazdek et même de Mahomet, c’est-à-dire de personnages et d’événements postérieurs à lui de six à neuf siècles. Sasan V, qui se place sous le règne de khosrou-l’anviz, et qui est mort neuf ans avant la chute des Sassanides, fait mention de la conquête 'des Arabes, de la puissance des Turcs et de la corruption de la religion musulmane: d’où il faut conclure, selon M. de Sacy ', que les deux derniers livres du Desatir ont été écrits dans l’iride, ou dans une contrée voisine de l’Inde, six ou sept siècles après l’hégire, et que le reste de l’ouvrage peut appartenir au il' ou m' siècle de la même ère.

Quand on admettrait cette supposition dans toute sa sévérité, le Desatir serait encore un monument de la plus

1 Journal des Suçants, février 1821.

haute importance pour l’histoire de la philosophie, comme le fait d’ailleurs remarquer lui-même l’illustre orientaliste que nous avons pris pour guide dans cette question. « Quoique ce livre, dit-il, soit loin de pouvoir prétendre à la haute antiquité qu’il s’attribue lui-même, on ne saurait douter qu’il ne contienne d’anciennes traditions dont une judicieuse critique peut profiter, en les séparant des idées plus modernes qui en ont changé la face, et qui peut-être sont dues au mélange des doctrines et des traditions anciennes. »

Le Dabistan, c’est-à-dire l'École des mœurs, est un ouvrage d’un tout autre caractère, mais non moins précieux pour le sujet que nous traitons. L’auteur, Moshanl’ani, ou de quelque autre nom qu’il s’appelle, car les philologues ne sont point d’accord sur ce point, est un Persan de la secte des soufis, qui né en 1615, sous le règne de Schah-Djéhan, passa la plus grande partie de sa vie à voyager dans l’Inde, en étudiant partout sur son passage les sectes religieuses et philosophiques répandues dans cette vaste contrée. Il prend connaissance de tous leurs livres, se fait initier à toutes leurs traditions et à tous leurs mystères, entre en conversation avec leurs plus célèbres docteurs et confronte les interprétations orales avec les dogmes écrits. C’est en rédigeant ces observations qu’il a composé le Dabistan, où l’on voit analysées sans art, mais avec impartialité et d’une manière attachante, profonde quelquefois, ces cinq grandes religions : celles des mages, des Indiens, des juifs, des chrétiens, des musulmans, et ce que l’auteur appelle la religion des philosophes, y compris leurs principales ramifications. Ce livre était complètement ignoré des sa-

vants de l’Europe, lorsqu’il attira, en 1787, l’attention de Wiliam Jones, Ce n’est qu’en 1809 qu’il fut publié pour la première fois, à Calcutta, dans l’original persan, et qu’il en parut quelques fragments, traduitsen anglais, dans les Recherches asiatiques. Enfin, une traduction complète de l’ouvrage, également en anglais, accompagnée de notes savantes, d’une introduction et de tableaux analytiques, a etc publiée à Paris', par MM. David Shea et Anthony Troyer, aux frais du comité de traduction orientale de la Grande-Bretagne et de l’Irlande. Le premier volume est consacré tout entier aux sectes religieuses et philosophiques de la Perse, et peut se diviser en deux parties : celle qui se rapporte aux doctrines antérieures à Zoroastrc et à Zoroastre lui-même, et celle où il est question de systèmes plus récents, ou tout au moins rajeunis. Dans la première, l’auteur du Dabistan ne fait guère que répéter, sans aucune différence essentielle, le Desatir et le Zend-Avesta; et cette concordance nous fait voir combien l’un de ces deux monuments a été bien compris en Europe, et quelle \aleur il faut attacher à l’autre. La seconde partie nous offre des faits entièrement étrangers jusqu’à ce jour à l’Europe savante, et qui peuvent être accueillis avec confiance quand on songe à l’exactitude dont notre voyageur fait preuve dans des matières parfaitement connues de nous : par exemple, lorsqu’il parle des juifs, des chrétiens et des Indiens.

iVous avons cru nécessaire d’indiquer rapidement les matériaux que la science a amassés jusqu’à présent pour la connaissance des idées de l’Iran, et les trois principales

• 3 vol. in-8. Paris, 1843.

sources où il faut puiser ; nous allons essayer à présent fl’en faire sortir ce qui peut intéresser l’histoire de la philosophie, en commençant toutefois par le Zend-Avesta; car là est le point fixe sur lequel reposent et autour duquel doivent s’étendre toutes nos recherches ; le système de Zoroastre est l’expression la plus haute et la plus universelle de l’esprit de l’ancienne Perse.

La première question que soulève le Zend-Avesta, c’est celle de son authenticité. Les livres zends rapportés de Surate vers le milieu du dernier siècle ont-ils été véritablement, sinon écrits, du moins inspirés par Zoroastre? Sont-ils une œuvre sincère, originale, ou seulement une de ces impostures si fréquentes en Orient, et où quelques traditions anciennes se mêlent aux inventions d’une imagination plus récente? Cette question appartient plus à la philologie qu’à la critique philosophique ; or, comme nous l’avons déjà remarqué, la philologie contemporaine l’a résolue dans le premier sbns. En démontrant que le zend, cette langue à peine comprise des destours eux-mêmes, n’est qu’une dérivation, un filon égaré de la langue des Yédas, elle a prouvé en même temps la haute antiquité des écrits qui nous l’ont fait connaître et des idées dont elle est l’interprète. Telle est d’ailleurs la nature de ces idées, tel est leur caractère religieux i et primitif, telle est leur conformité avec tout ce

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