DANS LES DERNIERS TEMPS DF. SA NATIONALITE
La race hébraïque n’a pas disparu du monde, ne s’est pas fondue en d’autres peuples, n’a pas changé de culte comme toutes celles qui ont joué un rôle important dans l’antiquité : les Égyptiens, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Carthaginois, les Romains. Cruellement décimée par la discorde et par la guerre, arrachée au sol de son antique patrie, et, comme les rameaux d’un arbre brisé par la tempête, dispersée sur la surface de la terre, elle a conservé pendant dix-huit siècles, au sein des plus atroces persécutions, sous le poids des plus sanglants outrages, la croyance et le sang de ses pères. Elle a vécu , isolée dans sa foi, comme dans une patrie invisible qui la suivait dans
l’exil et où elle trouvait un asile toujours ouvert contre l’oppression extérieure. Comment s’étonner que, dans un âge de fanatisme, lorsque tout, soit les phénomènes delà nature, soit les événements de l’histoire, revêtait un caractère surnaturel, cette constance extraordinaire et cette misère sans exemple aient été considérées comme les signes d’une réprobation divine ? 11 est d’ailleurs si commode, lorsqu’à la violence des mœurs vient se joindre la superstition des idées, de prendre Dieu pour complice de nos passions et de regarder comme des maudits ceux que nous voulons accabler! Mais les esprits impartiaux ou simplement curieux ne sauraient se contenter de cette explication, même si leurs croyances religieuses en acceptent le principe. Ils voudront connaître les causes humaines, les causçs naturelles et directes, c’est-à-dire morales et historiques, qui ont empêché la race juive de se mêler avec les autres et qui l’ont maintenue dans la religion de ses ancêtres, en présence de la révolution chrétienne. Parmi ces causes, il y en a deux surtout qui sont dignes d’être remarquées: la faiblesse extrême des institutions politiques du peuple d’Israël et l’énergie extraordinaire, la vitalité inépuisable de ses croyances religieuses. Les premières, en le livrant sans défense à l’oppression étrangère, en le faisant passer sous plusieurs maîtres différents de race, de langage, de mœurs, de religion, l’ont accoutumé de bonne heure à vivre partout, sous tous les régimes et même dans tous lieux de la terre, puisqu’il lui arriva plusieurs fois d’être transporté partiellement ou en masse dansles possessions de ses vainqueurs. Pendant ce temps-là ses croyances, prenant la place delà patrie absente, devenaient pour lui comme
une seconde patrie, une Jérusalem spirituelle et invisible, jetaient dans son àme des racines de plus en plus profondes, se transformaient et s’épuraient par la puissance naturelle de ses facultés et ‘le rendaient inaccessible à toutes les tentatives d’absorption. C’est ce double phénomène que j’ai essayé de mettre en lumière dans les pages qu’on va lire.
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