TOME I
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pendance vit encore à l'abri dans le cercle de remparts qu'elle a tracé autour de nous. A quoi cela tint-il ? à l'esprit positif du Grand Roi , et à ]a longueur du règije de ce prince. Louis chercha à donner à notre territoire ses bornes naturelles. On a trouvé dans les papiers de soii administration des projets pour reculer la frontière de la France jusqu'au Rhin et pour s'emparer de l'Egypte ; on a même un mémoire de Léibnitz à ce sujet. Si Louis eût complètement réussi , il ne nous resteroit aujourd'hui aucune cause de guerre étrangère.
Mauvais côté de Louis XIV. Quand il eut cessé de vivre , on lui en voulut d'avoir usurpé à son profit la dignité de la nation.
Ce prince fit encore un mal irréparable à sa famille : l'éducation orientale qu'il établit pour ses enfants, cette séparation complète des enfants du trône des enfants de la patrie, rendit étranger à l'esprit du siècle , et aux peuples sur lesquels il de\ oit régner, l'héritier de Ja couronne. Henri IV couroit avec les petits paysans pieds nuds et tête nue, sur les montagnes du Béarn ; le gouverneur qui montroit au jeune Louis XV la foule assemblée sous les fenêtres de son palais , lui disoit : « Sire , » tout ce peuple est à vous. » Cela explique les temps, les hommes et les destinées.
La vieille monarchie féodale avoit traversé six siècles et demi avec ses libertés aristocratiques pour venir tomber aux pieds du trentième fils de Hugues Capet. Combien l'état formé par Louis XIV a-t-ii duré ? cent quarante ans. Après le tombeau
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de ce monarque , on n'aperçoit plus que deux monuments de la monarchie Absolue : l'oreiller des débauches de Louis XV et le billot de Louis XVL
Louis XV respira dans son berceau l'air infecté de la régence ; il se trouva chargé, avec un caractère indécis et la plus insurmontable des passions , de l'énorme poids d'une monarchie Absolue : son esprit ne lui servit qu'à voir ses vices et ses fautes, comme un flambeau dans un abîme.
Faits et mœurs de ce temps. Le ducdeChoiseul, madame de Pompadour, madame du Barry. Les grandes dames de la cour se scandalisèrent de la faveur de cette dernière : Louis XV leur sembla manquer à ce qu'il devoit à leur naissance , en leur faisant l'injure de ne pas choisir dans leurs rangs ses courtisanes. Cette infortunée du Barry vécut assez pour porter à l'échafaud la foiblesse de sa vie , pour lutter avec le bourreau en face des Tricoteuses ; Parques ivres et basses que pouvoit allécher le sang de Marie-Antoinette, mais qui auroient dû respecter celui de mademoiselle Lange.
Pour la première fois on lit le nom de Washington dans le récit d'un obscur combat donné dans les forets, vers le fort Duquesne, entre quelques sauvages , quelques François et quelques Anglois ( I y 54 ) • Quel est le commis à Versailles , et le pourvoyeur du Parc-aux-Ceifs ; quel est surtout l'homme de Cour ou d'Académie, qui auroil voulu changer à cette époque son nom contre celui de ce planteur américain? A cette même époque,
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i cnfanl fjui tlevoit un jour teiitlre sa main secourable à Washington, venoit de naître. Que d'espérances attachées à ce berceau! C'éloit celui de Louis XVI.
Le règne de Louis XV est l'époque le plus déplorable de notre histoire : quand on en cherche les personnages , on est réduit à fouàllcr les antichambres du duc deChoiseul, les garde-robes des Pompadour et des du Barry , noms qu'on ne sait ronnnent élever à la dignité de l'histoire. La société entière se décomposa -.les hommes d'état devinrent des hommes de lettres, les gens de lettres des hommes d'état , les grands seigneurs des banquiers , les fermiers généraux des grands seigneurs. Les modes étoient aussi ridicules que les arts étoient de mauvais goût; on peignoit des bergères en paniers, dans les salons où les colonels brodoient. Tout étoit dérangé dans les esprits et dans les mœurs, signe certain d'une révolution prochaine. La société avoit quelque chose de puéril , comme la société romaine au moment de l'invasion des Barbares : au lieu défaire des vers dans les cloîtres, on en fa i soit dans les boudoirs^ avec un quatrain on devenoit illusLre.
Mais ce seroit assigner de trop petites causes à la Révolution, que de les chercher dans cette vie d'hommes abonnes fortunes, dans cette vie de théâtres, d'intrigues galantes et littéraires, unie aux coups d'état sur le parlement et aux colères d'un despotisme en décrépitude. Cet abâtardissement de la nation contribua sans doute à diminuer les obstacles que devoit rencontrer la Révolution , mais il
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n étoit point la cause elKciente de celle rcvolution ; il n'en éloit que la cause auxiliaire.
I/a civilisalion avoit marché depuis six siècles; une foule de préjugés éloient délruils, raille institutions oppressives battues en ruine. La France avoit successivement recueilli quelque chose des libertés aristocratiques féodales, du mouvement communal, de l'impulsion des croisades, de l'établissement des Etats, de la lutte des juridictions ecclésiastiques et seigneuriales, du long Schisme, des Découvertes du seizième siècle , de la Réformation , <ie 1 indépendance de la pensée pendant les troubles de la Ligue etlesbrouilleries de la Fronde, des écrits de quelques génies hardis, de l'émancipation des Pays-Bas et delà révolution d'Angleterre. La presse, bien qu'enchaînée , conserva le dépôt de ces souvenirs sous la monarchie absolue de Louis XIV : la liberté dormit, mais elle ne dérogea pas, et cette antique liberté, comme l'antique noblesse, a repris ses droits en reprenant son épée. Les générations du corps, et celles de l'esprit conservent le caractère de leurs origines diverses : tout ce que produit le corps, meurt comme lui; tout ce que produit l'esprit, est impérissable comme l'esprit même. Toutes les idées ne sont pas encore engendrées ; mais quand elles naissent , c'est pour vivre sans fin, et elles deviennent le trésor commun de la race humaine.
On touchoit à l'époque où on alloit voir paroître cette liberté moderne, iille de la raison, qui devoit remplacer l'ancienne liberté, fille des mœurs. 11 arriva ([ue la corruption même de la,
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Régence et du siècle de Louis XV ne détruisit pas les principes de la lil>erté que nous avons recueillie, parce que cette liberté n'a point sa source dans Tinuocence du cœur, mais dans les lumières de l'esprit.
Au dix-huitième siècle, les affaires firent silence pour laisser libre le champ de bataille aux idées. Soixante ans dun ii^noble repos donnèrent à la pensée le loisir de se développer, de monter et de descendre dans les diverses classes de la société, depuis l'homme du palais jusqu'à l'habitant de la chaumière. Les mœurs allbiblies se trouvèrent ainsi calculées (comme je viens de le remarquer) pour ne plus offrir de résistance à 1 esprit, ce qu'elles font souvent quand elles sont jeunes et vii^oureuses.
Louis XVI commença l'application des théories inventées sous le règne de son aïeul, par les Economistes et les Encyclopéflistes. Ce prince, honnête homme, rétablit les parlements, supprima les corvées, améliora le sort des protestants. Enfin le secours qu'il prêta à la révolution d'Amérique ( secours injuste selon le droit privé des nations, mais utile à l'espèce humaine en général ) , acheva de développer en France les germes de la liberté. La monarchie Parlementaire, réveillée à la fin de la nionarchie Absolue, rappelle la monarchie des Etats qui sort à son tour de la tombe pour transmettre ses droits héréditaires àla monarchie Constitutionnelle : le roi martyr quitte le monde. C'est entre les fonts baptismaux de Clovis. et l'échafaud de Louis XVI , qu'il faut placer le srrand empire chrétien des Fran-
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çois. La même religion étoit debout aux deux barrières qui marquent les deux extrémités de cette lonerue arène. « Doux Sicambre incline le col , adore » ce que tu as brûlé , brûles ce que tu as adoré , » dit le prêtre qui administroit à Glovis le baptême d'eau. «Fils de saint Louis, montez au ciel, » dit le prêtre qui assistoit Louis XVI au baptême de sanjï.
Alors le vieux monde fut submergé. Quand les flots de l'anarchie se retirèrent, Napoléon parut à l'entrée d'un nouvel univers , comme ces Géants que l'histoire Profane et Sacrée nous peint au berceau de la société, et qui se montrèrent à la terre après le déluge.
Ainsi j'amène du pied de la croix au pied de l'échafaud de Louis XVI les trois vérités qui sont au fond de l'ordre social : la vérité Religieuse, la vérité Philosophique ou l'indépendance de l'esprit de l'homme , et la vérité Politique ou la liberté. Je cherche à démontrer que l'espèce humai ie suit une ligne progressive dans la civilisation , alors même qu'elle semble rétrograder. L'homme tend à une perfection indéfinie ; il est encore loin d'être remonté aux sublimes hauteurs dont les traditions religieuses et primitives de tous les peuples, nous apprennent qu'il est descendu; mais il ne cesse de gravir la pente escarpée de ce Sinaï inconnu, au sommet duquel il reverra Dieu. La société en avançant accomplit certaines transformations générales
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et nous sommes arrivés à Tun de ces ii|Tands changements de l'espèce liumaine.
Les fils d'Adam ne sont qu'une même famille qui marche vers le même hut. Les faits advenus chez les nations placées si loin de nous sur le globe et dans les siècles ; ces faits qui jadis ne réveilloient en nous qu'un instinct de curiosité, nous intéressent aujourd'hui comme des choses qui nous sont propres , qui se sont passées chez nos vieux parents. C'étoit pour nous conserver telle liberté, telle vérité, telle idée, telle découverte qu'un peuple s'est fait exterminer; c'étoit pour ajouter un Talent d'or ou une Obole à la masse commune du trésor humain, qu'un individu a souffert tous les maux. Nous laisserons à notre tour les connoissances que nous pouvons avoir recueillies, à ceux qui nous suivront ici-bas. Sur des sociétés qui meurent sans cesse, une société vit sans cesse; les hommes tombent , l'homme reste debout , enrichi de tout ce que ses devanciers lui ont transmis , couronné de toutes les lumières, orné de tous les présents des âges; Géant qui croît toujours, toujours , toujours, et dont le front, montant dans les cieux, ne s'arrêtera qu'à la hauteur du trône de l'Éternel.
Et voilà comme sans abandonner la vérité chrétienne, je me trouve d'accord avec la philosophie de mon siècle et l'École Moderne Historique. On pourra différer avec moi d'opinion , mais il faudra reconnoître que, loin d'emboîter mon esprit dans les ornières du passé, je trace des sentiers libres : heureux , si l'histoire comme la politique me doit le re4t'essement de quelques erreurs.
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Au surplus , même dans mon système religieux , je ne me sépare point de mon temps, ainsi que des esprits inatlentifs le pourroient croire. Le Christianisme est passé, dit -on: passé? oui, dans la rue où nous abattons une croix , chez nos deux ou trois voisins , dans la coterie où nous déclarons du haut de notre supériorité qu'on ne nous comprend pas , qu'on ne peut pas nous comprendre, que ])Our peu qu'une génération ne soit pas au maillot , elle est incapable de suivre le vol de notre génie et d'entrer dans le mouvement de l'univers. Grâce à ce génie, nous devinons ce que nous ne savons pas ; nous plongeons un regard d'aigle au fond des siècles ; sans avoir besoin de flambeau , nous pénétrons dans la nuit du passé ; l'avenir est tout illuminé pour nous des feux qui font clignoter les foibles yeux de nos pères. Soit : mais nonobstant ce , et sauf le respect dû à notre Supériorité, le Christianisme n'est pas passé : il vient d'affranchir la Grèce et de mettre en liberté les Pays-Bas ; il se bat dans la Pologne. Le clergé catholique a brisé sous nos yeux les chaînes de l'Irlande ; c'est ce même clergé qui a émancipé les colonies espagnoles et qui les a changées en républiques. Le Catholicisme, je l'ai dit, fait des progrès immenses aux Etats-Unis. Toute l'Europe ou barbare ou civilisée s'enveloppe, dans différentes Communions, de la forme évangélique. S il étoit possible que l'univers police fût encore envahi , par qui le seroit-il? Par des soldats, jeûnant, priant, mourant au nom du Christ. La j>hilosophie de l'Allemagne si savante,
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si éclairée, et à laquelle je me rallie, est chrétienne; la philosophie de l'Angleterre est chrétienne. Ne tenir aucun compte , au moins comme un fait , de cette pensée chrétienne qui vit encore parmi tant de millions d'hommes dans les quatre parties du monde, de cette pensée, que Ton retrouve au Kam.tschatka et dans les sables de la Thébaïde , sur le sommet des Alpes, du Caucase et des Cordilières ; nous persuader que cette jjensée n'existe plus parce qu'elle a déserté notre petit cerveau, c'est une grande pauvreté.
Il y a deux hommes que le siècle ne reniera pas : sortis e ses entrailles, leurs talents et leurs principes sont loués, encensés, admirés de ce siècle. Ces deux hommes marchent à la tête de toutes les opinions politiques et de toutes les doctrines littéraires nouvelles. Ecoutons lord Byron et M. Benjamin Constant sur les idées religieuses.
«Je ne suis pas ennemi de la religion, au con- » traire ; et, pour preuve, j'élève ma fille naturelle » à un catholicisme strict dans un couvent de la Ro- » magne ; car je pense quel on ne peut jamais avoir )i assez de religion, quand on en a ; je penche de jour » en jour davantage vers les doctrines catholiques. » ( Mémoires de lord Bjron , tome V, page 1 72. )
Pendant son exil en Allemagne, sous le erouvernement impérial , M. Benjamin Constant s'occupa de son ouvrage sur la religion. 11 rend compte à l'un de ses amis ^ de son travail dans une lettre
1 M Hochet, .lujourd'hui secrétaire général fiu conseil d'état.
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autogniphe que j'ai sous les yeux. Voici un passage, assurément bien remarquable, de cette lettre.
« Hardenberg , ce ii octobre 1811.
« J'ai continué à travailler du mieux que j'ai pu j) au milieu de tant d'idées tristes. Pour la pre- » mièrefoisje verrai , j'espère, dans peu de jours » la totalité de mon Histoire du polythéisme ré- » digée. J'en ai refait tout le plan et plus des trois » quarts des chapitres. Il l'a fallu, pour arriver à » l'ordre que j'avois dans la tête et que je crois » avoir atteint ; il l'a fallu encore parce que , comme » vous savez, je ne suis plus ce philosophe intré- » pide , sûr qu'il n'y a rien après ce monde , et > tellement content de ce monde qu'il se réjouit » qu'il n'y en ait pas d'autre. Mon ouvrage est une * singulière preuve de ce que dit Bacon, qu'un peu » de science mène à l'athéisme et plus de science à » la religion. C'est positivement en approfondis- » sant les faits , en en recueillant de toutes parts , » et en me heurtant contre les difficultés sans nom- » bre qu'ils opposent à l'incrédulité , que je me suis » vu forcé de reculer dans les idées religieuses. Je » l'ai fait certainement de bien bonne foi ; car cha- » que pas rétrograde m'a coûté. Encore à présent » toutes mes habitudes et tous mes souvenirs sont » philosophiques, et je défends poste après poste » tout ce que la religion reconquiert sur moi. Il y B a même un sacrifice d'amour-propre, car il est
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» difficile , je le peuse, de trouver une logique plus » serrée que celle dont je m'étois servi pour atta- » quer toutes les opinions de ce genre. Mon livre » n avoit absolument que le défaut d'aller dans le )» sens opposé à ce qui à présent me paroît vrai et » bon, et j'aurois eu un succès de parti indubita- » ble, J'aurois pu même avoir encore un autre » succès, car avec de très-légères inclinaisons, j'en » aurois fait ce qu'on airaeroit le mieux à présent: » un système d'athéisme pour les gens comme il «faut, un manifeste contre les prêtres, et le tout » combiné avec l'aveu qu'il faut pour le peuple » de certaines fables , aveu qui satisfait à la fois » le pouvoir et la vanité. »
Je consens à passer pour un esprit rétrograde avec Herder , avec l'école philosopliique transcendante de l'Allemagne, enfin avec M. Benjamin Constant et lord Byron.
La société est aujourd'hui tourmentée d'un besoin de croyance qui se manifeste de toutes parts. Vainement on veut contenter l'avidité des esprits , en s'efForçant de les rendre fanatiques d'une vérité matérielle qui les trompe encore , puisqu'elle se chanire en abstraction dans le raisonnement. Ce faux enthousiasme ne mène pas loin la jeunesse ; elle ne peut ni se débarrasser de la tristesse qui la surmonte, ni combler le vide qu'a laissé en elle l'absence de toute foi. On n'admire pas longtemps un peu de boue sensitive , dût ce peu de boue être composé d'esprit et de matière, et former cette prétendue Unité Humaine dont le système, renouvelé des Grecs, est encore une
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rêverie tl'une secte lîiuklhiste. Quelle misère, si cette vie d'un jour, n'étoit que la conscience du néant 1
Telle est la suite des idées et des faits , que l'on trouvera dans ces Eiudes historiques . J'ôte à mon travail, je le sais, par cette analyse, le premier attrait de la curiosité. Si j'avois l'espérance d'être lu, je me serois gardé de me priver de mon meilleur moyen de succès ; mais je n'ai point cette espérance. Un extrait, quoiqu'il soit déjà bien long, me laisse du moins la chance de faire entrevoir des vérités que j'ai cru utiles, et qui resteroient ensevelies dans les deux mille pages de mes quatre volumes. Comme auteur j'ai tort ; j'ai raison comme homme. Lorsqu'on a beaucoup vécu, beaucoup souliért, on a beaucoup appris : à force de veiller la nUit , de travailler le jour, de retourner péniblement leur sillon ou leur voile, les vieux laboureurs, comme les vieux matelots , sont devenus habiles à connoître le ciel et à prédire les orages.
Il ne me reste plus qu'à remercier les personnes qui m'ont éclairé de leurs travaux ou de leurs conseils.
Je dois à la politesse et à l'obligeance de M. le baron de Bunsen, ministre de S. M. le roi de Prusse, à Kome , un excellent extrait des Nibeliings , que l'on trouvera à la fin du second volume de ces Eludes. Le savant M. de Bunsen étoit l'ami du grand historien Niebuhr ; plus heureux que
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moi , il foule encore ces ruines où j espérois rendre à la terre image pour image, mon argile en échange de quelque statue exiiumée.
M. le comte de TourguénefF, ancien ministre de l'instruction publique en Russie, homme de toutes sortes de savoir, a bien voulu me communiquer des renseignements sur les historiens de la Pologne, delà Russie et de l'Allemagne.
Pour dissiper des doutes relatifs à quelques points de la philosophie des Pères de l'Eglise , je me suis adressé à M. Cousin, et j'ai trouvé que la vraie science est toujours accessible.
Des conversations instructives avec M. Dubois, mon compatriote, m'ont éclairé sur les systèmes religieux de l'Orient. En parlant des hommes qui ont honoré ma terre natale , j'ai fait remarquer que la Bretagne comptoit aujourd'hui M. l'abbé de Lamennais : si M. Dubois publie l'ouvrage dont il s'occupe sur les origines du Christianisme, j'aurai de nouvelles félicitations à offrir à ma patrie.
M. Pouqueville m'a mis sur la voie d'une foule de recherches nécessaires à mon travail : j'ai suivi sans crainte de me tromper celui qui fut mon premier guide aux champs de Sparte. Tous deux nous avons visité les ruines de la Grèce lorsqu'elles n'étoient encore éclairées que de leur gloire passée ; tous deux nous avons plaidé la cause de nos anciens hôtes, non peut-être sans quelque succès : du moins, quand je retrouve , dans le Chilile - Harold de lord Byron, des passages de mon Itinéraire ^ j'ai l'espoir qu'à l'aide de cet immortel interprète mes paroles
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en faveur d un peuple infortuné n'auront pas été tout-à-fait perdues.
On lira avec fruit une dissertation dont M. Lenormant a bien voulu me permettre d'enrichir mon ouvrai; e. M. Lenormant a parcouru 1 Egypte avec M. Ghampollion ; il a lu les inscriptions sur ces monuments , muets séculaires qui viennent de reprendre la parole dans leur désert. On ne dira plus des pyramides :
Vingt siècles descendus dans léternelle nuit
Y sont sans mouvement , sans lumière et sans bruit.
Les anciens ont constamment attribué à l'Orient l'origine des religions grecques : c'est sur cette base, contestée pourtant de nos jours , que M. Creuzet a appuyé son grand ouvrage des Religions de I antiquité. Depuis la publication de ce livre, l'étude religieuse de l'antiquité a fait des progrès; les secrets de la Perse et de l'Inde se dévoilent chaque jour. L'essai sur la religion arcadienne , dont M. Lenormant s'occupe, comprendra le passage des traditions orientales en Grèce, dans leur forme la plus pure et la moins altérée. Le savant archéoloirue Panofka unit son travail à celui de M. Lenormant.
M. Ampère , fils de l'illustre académicien à qui la science doit des découvertes que le monde savant admire, m'a fait part avec une complaisance infinie de quelques-unes de ses traductions et de ses études Scandinaves. Ces études sont extraites d'un
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«•rand ouvrage auquel M. Ampère a consacré ses loisirs ; ouvrai;e qui sera l'histoire de la poésie chez les divers peuples , de la poésie prise dans l'essence même du mot , et comme étant la portion la plus réelle, et certainement la plus vivante, de l'intelligence humaine. M. Lenormant et M. Ampère appartiennent l'un et l'autre à cette jeunesse sérieuse cjui surveille aujourd'hui la fille de nos malheurs et l'esclave de notre gloire , la liberté : qu'elle la garde bien !
J'ai eu communication, sur les écoles de l'Allemagne, de notes instructives de M. Barchoux , et je me suis hâté d'en profiter.
J'ai rencontré , dans MM. les directeurs de nos bibliothèques et de nos archives nationales, cette urbanité, cette complaisance qui ne se lasse jamais et qui les rend si recommandables à leurs compatriotes et aux étrangers.
Enfin, M. Daniello a recherché les manuscrits, les livres, les passages que je lui indiquois dans le cours de mon travail : je lui dois ce témoignage public, et, en me séparant de lui comme du reste du monde, j'ose le signaler à quiconque auroit besoin de l'aide d'un littérateur instruit et laborieux.
Qu'ai-je encore à dire? Rien, sinon cet adieu que la bonhomie de nos auteurs gaulois disoit autrefois au lecteur dans leurs préfaces. J'imiterai leur exemple; mes longues liaisons avec le public justifieront cette intimité. Ainsi , m'adressant à la France nouvelle : « Adieu, ami Lecteur. Il vous » reste à vous votre jeunesse , un long avenir et
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i> tout ce qui entoure une existence qui com- » mence ; il me reste h moi des heures flétries et ). ridées, un passé au lieu d'un avenir, et la so- « litude qui se forme autour d'une existence qui » finit. Tu Lector uale , et juuantem aut certè vo- *> lentetn. ama. »