TOME
La vérité philosophique est la triple science des choses intellectuelles, morales et naturelles.
La vérité politique est l'ordre et la liberté : l'ordre est la souveraineté exercée par le pouvoir ; la liberté est le droit des peuples.
Moins la Cité est développée , plus ces vérités sont confuses; elles se combattent dans la Cité imparfaite, mais elles ne se détruisent jamais: c'est de leur combinaison avec les esprits, les passions, les erreurs, les événements que naissent les faits de l'histoire. A travers le bruit ou le silence des nations, dans la profondeur des âges, dans les égarements de la civilisation ou dans les ténèbres de la barbarie, on entend toujours quelque voix solitaire qui proclame les trois vérités fondamentales dont l'usage constant et la connoissance complète produiront le perfectionnement de la société.
Cette société, tout en ayant l'air de rétrograder quelquefois, ne cesse de marcher en avant. La civilisation ne décrit point un cercle parfait et ne se meut pas en ligne droite; elle est sur la terre comme un vaisseau sur la mer : ce vaisseau, battu de la tempête, louvoie, revient sur sa trace, tombe au-dessous du point d'où il est parti; mais enfin, à force de temps, il rencontre des vents favorables, gagne chaque jour quelque chose dans son véritable
HISTOlllQLES. 3
chemin, et surgit au port vers lequel il avoit déployé ses voiles. y ^
En examinant les trois vérités sociales dans l'ordre inverse et commençant par la vérité politique , écartons les vieilles notions du passé.
La liberté n'existe point exclusivement dans la République où les publicistes des deux derniers siècles l'avoient reléguée d'après les publicistes anciens. Les trois divisions du gouvernement , Monarchie, Aristocratie, Démocratie, sont des puérilités de l'école, en ce qui implique la jouissance de la liberté : la liberté se peut trouver dans une de ces formes, comme elle en peut être exclue. Il n'y a qu'une constitution réelle pour tout état : liberté, n'importe le mode.
La liberté est de droit naturel et non de droit politique, ainsi qu'on l'a dit fort mal à propos : chaque homme l'a reçue en naissant sous le nom d'indépendance individuelle. Conséquemment , et par dérivation de ces principes, cette liberté existe en portions égales dans les trois formes de gouvernement. Aucun prince, aucune assemblée ne sauroit vous donner ce qui ne lui appartient pas, ni vous ravir ce qui est à vous.
D'où il suit encore que la Souveraineté n'est ni de droit divin, ni de droit populaire: la Souveraineté est l'ordre exercé par la force , c'est-
h-dire par le pouvoir admis dans l'état. Le roi est souverain d^uis la monarchie, le corps aristocratique dans l'aristocratie, le peuple dans la démocratie. Ces pouvoirs sont inhabiles à communiquer la souveraineté à quelque chose qui n'est pas eux : il n'y a ni roi, ni aristocrate, ni peuple à détrôner.
Ces bases posées, l'historien n'a plus à se passionner pour la forme monarchique ou pour la forme républicaine : dégagé de tout système politique, il n'a ni haine, ni amour ou pour les peuples ou pour les rois; il les juge selon les siècles où ils ont vécu, n'appliquant de force à leurs mœurs aucune théorie, ne leur prêtant pas des idées qu'ils u'avoient et ne pouvoient avoir, lorsqu'ils étoieat tous et ensemble dans un égal état d'enfance, de simplicité et d'ignorance.
La liberté est un principe qui ne se perd jamais; s'il se perdoit, la société politique seroit dissoute: mais la liberté, bien commun, est souvent usurpée. A Rome elle fut d'abord possédée par les rois ; les patriciens en héritèrent ; des patriciens elle descendit aux plébéiens; quand elle quitta ceux-ci , elle s'enrôla dans la l'armée; lorsque les légions corrompues et battues l'abandonnèrent, elle se réfugia dans les tribunaux et jusque dans le palais du prince,
parmi les eunuques; de là elle passa au clergé chrétien.
Les révolutions n'ont qu'un motif et qu'un Lut : la jouissance de la liberté ou pour un individu , ou pour quelques individus , ou pour tous.
Quand la liberté est conquise au profit d'un homme, elle devient le despotisme lequel est la servitude de tous et la liberté d'un seul ; quand elle est conquise pour plusieurs, elle devient l'aristocratie; quand elle est conquise pour tous, elle devient la démocratie qui est 1 oppression de tous par tous , car alors il J a confusion du pouvoip et de la liberté, du gouvernant et du gouverné.
Chez les anciens la liberté étoit une religion; elle avoit ses autels et ses sacrifices. Brutus lui immola ses fils ; Codrus lui sacrifia sa vie et son sceptre: elle étoit austère, rude, intolérante, capable des plus grandes vertus comme toutes les fortes croyances , comme la foi.
Chez les modernes , la liberté est la raison ; elle est sans enthousiasme : on la veut parce qu'elle convient à tous, aux rois, dont elle assure la couronne en réglant le pouvoir, aux peuples qui n'ont plus besoin de se précipiter dans les révolutions pour trouver ce qu'ils possèdent.
Venons à la vérité philosophique.
La vérité philosophique, que la liberté politique protège , lui apporte une nouvelle force ; elle fait monter les idées théoriques à la sommité des rangs sociaux et descendre les idées pratiques dans la classe laborieuse.
La vérité philosophique n'est autre chose que l'indépendance de l'esprit de l'homme : elle tend à découvrir, à perfectionner dans les trois sciences de sa compétence , la science intellectuelle, la science morale, la science naturelle; celle-ci consiste dans la recherche de la constitution de la nature, depuis l'étude des lois qui régissent les mondes jusqu'à celles qui font végéter le brin d'herbe ou mouvoir l'insecte.
Mais la vérité philosophique, se portant vers l'avenir, s'est trouvée en contradiction avec la vérité religieuse qui s'attache au passé, parce qu'elle participe de l'immobilité de son principe éternel. Je parle ici de la vérité religieuse mal comprise, car je montrerai tout à l'heure que la vérité religieuse du christianisme rendu à sa sincérité n'est point ennemie de la vérité philosophique.
De l'ancienne lutte de la vérité philosophique avec la vérité politique et la vérité religieuse , naît une immense série de faits. Chez les Grecs et les Romains ; la vérité philosophique mina le
culte national, et échoua contre l'ordie moral et l'ordre politique : dans les républiques elle combattit en vain cette liberté servie par des esclaves, liberté privilégiée, égoïste, exclusive, qui ne voyoit que des ennemis hors de la patrie; dans les empires , la vérité philosophique se laissa corrompre au pouvoir, et elle ignora les premières notions de la morale universelle.
Cette vérité a produit dans le monde moderne des événements et des catastrophes de toutes les espèces : l'indépendance de l'esprit de 1 homme, tantôt manifestée par le soulèvement des peuples, tantôt par des hérésies, irrita la vérité religieuse qu'obscurci ssoit l'ignorance. De là les guerres civiles , les proscriptions , l'accroissement du pouvoir temporel des prêtres et du despotisme des rois. La vérité religieuse s'endormoit-elle , la vérité philosophique profitoit de ce sommeil : elle racontoit l'histoire , se glissoit dans les lois civiles , intervenoit dans les lois politiques ; elle attaquoit indirectement la vérité religieuse, en reprochant au clergé son avidité, son ambition et ses mœurs; elle combattoit directement l'ordre établi , en faisant, même à l'ombre des cloîtres, ces découvertes qui dévoient produire une révolution générale. L'imprimerie devint l'agent principal des idées, jusqu'alors dépourvues d'or-
ganes intelligibles à la foule. Alors la vérité philosophique, se trouvant pour la première fois puissance populaire, se jeta sur la vérité religieuse qu'elle fut au moment d'étouffer.
Aujourd'hui la vérité philosophique n'est plus en guerre avec la vérité religieuse et la vérité politique : la liberté moderne sans esclaves, sans intolérance , est une liberté qui coïncide à la vérité philosophique; de sorte que l'indépendance de l'esprit de l'homme , hostile dans les vieux temps à la société religieuse et politique, l'aide et la soutient aujourd'hui. Les lumières propagées composent maintenant des annales particulières des peuples les annales générales des hommes; l'écrivain doit désormais faire marcher de front l'histoire de l'espèce et l'histoire de l'individu.
Passons à la vérité religieuse , à savoir la connoissance d'un Dieu unique , manifestée par un culte.
Cette vérité a fait jusqu'ici le principal mouvement de l'espèce humaine ; elle se trouve au commencement de toutes les sociétés; elle en fut la première loi; elle renferma dans son sein la vérité philosophique et la vérité politique : les hommes l'altérèrent promptement.
La vérité philosophique maintint, par la voie des initiations , des lumières religieuses
qu'elle brouilloit par ses doctrines spéculatives. Les platoniciens et les stoïciens créèrent quelques hommes de contemplation , d'intelligence , de morale et de vertu , mais les Écoles furent livrées à la dérision ; on se moqua des péripatéticiens qui s'adonnoient aux sciences naturelles ; on ne se proposa point d'aller habiter la ville demandée à Gailien , pour être gouvernée d'après les lois de Platon. Les philosophes , ou supportant le culte de leur siècle , ou voulant conduire les peuples par des idées abstraites , tomboient dans les erreurs communes, ou n'avoient aucune prise sur la foule. Ils ignoroient ce qui rend compte de tout , le christianisme. Ceci nous amène à parler de la vérité religieuse selon les peuples modernes civilisés, de cette vérité qui a engendré la plupart des événements , depuis la naissance du Christ , jusqu'au jour où nous sommes parvenus.
Le christianisme, dont l'ère ne commence qu'au milieu des temps, est né dans le berceau du monde. L'homme nouvellement créé pèche par orgueil , et il est puni ; il a abusé des lumières de la science, et il est condamné aux ténèbres du tombeau. Dieu avoit fait la vie; l'homme a fait la mort, et la mort devient la seule nécessité de l'homme.
Mais toute faute peut être expiée : un holocauste divin s'oflrira en sacrifice; l'homme racheté retournera à ses fins immortelles.
Tel est le fondement du christianisme. A la clarté de ce système, les mystères de l'homme se dévoilent; le mal moral et le mal physique s'expliquent; on n'est plus obligé de nier l'existence de Dieu et celle de i'ame, afin d'éclaircir des difficultés par les lois de la matière, qui n'éclaircissent rien et qui sont plus incompréhensibles que celles de l'intelligence.
La solidarité de l'espèce pour la faute de l'individu tient à de hautes raisons qui en détruisent l'apparente injustice. C'est une des grandeurs de l'homme d'être enchaîné au bien en punition d'une pr.3mière rébellion : les iils d'Adam , travaillant ensemble à devenir meilleurs pour échapper à la faute du commun père, ne produiroient-ils pas la réhabilitation de la race? Sans la solidarité de la famille, d'où naîtroient notre sympathie et notre antipathie pour les résolutions généreuses ou contre les mauvaises actions? Que nous importeroient le vice ou la vertu placés à trois mille ans ou à trois mille lieues de nous? Et toutefois, y sommes-nous indifférents? ne sentons-nous pas qu'ils nous intéressent, nous touchent , nous affectent en quelque chose de personnel et d'intime?
La postérité d'Adam se divisa en deux branches; la branche cadette, celle d'Abel , conserva l'histoire de la chute et de la rédemption promise; le reste, avec le premier meurtrier, en perdit le souvenir, et garda néanmoins des usages qui consacroient une vérité oubliée. Le sacrifice humain se rencontre chez tous les peuples, comme s'ils avoient tous senti qu'ils se dévoient rédimer; mais ils étoient eux-mêmes insuffisants à leur rançon. Il s'établit une libation de sang perpétuelle; la guerre le répandit ainsi que la loi; l'homme s'arrogea sur la vie de l'homme un droit qu'il n'avoit pas, droit qui prit sa source dans l'idée confuse de l'expiation et du rachat religieux. La rédemption s'étant accomplie dans l'immolation du Christ, la peine de mort auroit dû être abolie; elle ne s'est perpétuée que par une sorte de crime légal. Le Christ avoit dit dans un sens absolu : p^ous ne tuerez pas.
Bossuet a fait de la vérité religieuse le fondement de tout; il a groupé les faits autour de cette vérité unique avec une incomparable majesté. Rien ne s'est passé dans l'univers que pour l'accomplissement de la parole de Dieu; l'histoire des hommes n'est à l'évêque de Meaux que l'histoire d'un homme, le premier né des générations, pétri de la main,
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animé par le souffle du Créateur, homme tombé, homme racheté avec sa race, et capable désormais de remonter à la hauteur du rans^ dont il est descendu. Bossuet dédaigne les documents de la terre; c'est dans le ciel qu'il va chercher ses chartes. Que lui fait cet empire du monde, préseîit de nul prix, comme il le dit luimême? S'il est partial, c'est pour le monde éternel : en écrivant au pied de la croix , il écrase les peuples sous le signe du salut, comme il asservit les événements à la domination de son génie.
Entre Adam et le Christ, entre le berceau du monde placé sur la montagne du paradis terrestre et la croix élevée sur le Golgotha, fourmillent des nations abymées dans l'idolâtrie, frappées de la déchéance du père de la famille. Elles sont peintes en quelques traits avec leurs vices et leurs vertus, leurs arts et leur barbarie, de manière à ce que ces nations mortes deviennent vivantes : le nouvel Ezéchiel souffle sur des ossements arides et ils ressuscitent. Mais au milieu de ces nations est un petit peuple qui perpétue la tradition sacrée, et fait entendre de temps en temps des paroles prophétiques. Le Messie vient; la race vendue finit, la race rachetée commence; Pierre- porte à Rome les pouvoirs du Christ; il y a rénovation de l'univers.
On peut adopter Je système historique de ce grand homme, mais avec une notable rectification : Bossuet a renfermé les événements dans un cercle rigoureux comme son génie; tout se trouve emprisonné dans un christianisme inflexible. L'existence de ce cerceau redoutable, où le genre humain tourneroit dans une sorte d'éternité sans progrès et sans perfectionnement, n'est heureusement qu'une imposante erreur.
La société est un dessein de Dieu; c'est par le Christ, selon Bossuet, que Dieu accompht ce dessein; mais le christianisme n'est point un' cercle inextensible, c'est au contraire un cercle qui s'élargit à mesure que la civilisation s'étend ; il ne comprime, il n'étouffe aucune science, aucune liberté.
Le dogme qui nous apprend que l'homme dégradé retrouvera ses fins glorieuses, présente un sens spirituel et un sens temporel : par le premier l'àme paroi tra devant Dieu lavée de la tache originelle ; par le second , l'homme est réintégré dans les lumières qu'il avoit perdues en se livrant à ses passions, cause de sa chute. Rien ainsi ne se plie de force à mon système, ou plutôt au système de Bossuet rectifié; c'est ce système qui se plie aux événements et qui enveloppe la société en lui laissant la liberté d'action.
Le christianisme sépare l'histoire du genre humain en deux portions distinctes : depuis la naissance du monde jusqu'à J.-G. , c'est la société avec des esclaves, avec l'inégalité des hommes entre eux , l'inégalité sociale de l'homme et de la femme; depuis J.-C. jusqu'à nous, c'est la société avec l'égalité des hommes entre eux , l'égalité sociale de l'homme et de la femme, c'est la société sans esclaves ou du moins sans le principe de l'esclavage.
L'histoire de la société moderne commence donc véritablement de ce côté-ci de la croix. Pour la bien connoître, il faut voir en quoi cette société différa dès l'origine de la société païenne, comment elle la décomposa, quels peuples nouveaux se mêlèrent aux chrétiens pour précipiter la puissance romaine, pour renverser l'ordre religieux et politique de l'Ancien-Monde.
Si l'on envisage le christianisme dans toute la rigueur de l'orthodoxie, en faisant de la religion catholique l'achèvement de toute société, quel plus grand spectacle que le commencement et l'établissement de cette religion?
Voici tout d'abord ce que l'on aperçoit.
A mesure que le polythéisme tombe, et que la révélation se propage, les devoirs de la famille et les droits, de l'homme sont mieux connus; mais décidément l'empire des Césars est
condamné, et il ne reçoit les semences de la vraie religion qu'afin que tout ne périsse pas dans son naufrage. Les disciples du Christ , qui préparent à la société un moyen de salut intérieur, lui en ménagent un autre à l'extérieur : ils vont chercher au loin, pour les désarmer, les héritiers du monde romain.
Ce monde étoit trop corrompu, trop rempli de vices, de cruautés, d'injustices, trop enchanté de ses faux dieux et de ses spectacles, pour qu'il pût être entièrement régénéré par le christianisme. Une religion nouvelle avoit besoin de peuples nouveaux; il falloit à l'innocence de l'Evangile l'innocence des hommes sauvages, à une foi simple des cœurs simples comme cette foi.
Dieu ayant arrêté ses conseils, les exécute. Rome, qui n'aperçoit à ses frontières que des solitudes, croit n'avoir rien à craindre; et nonobstant, c'est dans ces camps vides que le Tout- Puissant rassemble l'armée des nations. Plus de quatre cents ans sont nécessaires pour réunir cette innombrable armée, bien que les Barbares, pressés comme les flots de la nier, se précipitent au pas de course. Un instinct miraculeux les conduit; s'ils manquent de guides, les bêtes des forêts leur en servent : Ils ont entendu quelque chose d'en haut qui les appelle du septentrion et du midi , du couchant et de l'aurore. Qui
sont-ils? Dieu seul sait leurs véritables noms. Aussi inconnus que les déserts dont ils sortent, ils ignorent d'où ils viennent, mais ils savent où ils vont : ils marchent au Gapitole , convoqués qu'ils se disent à la destruction de l'empire romain, comme à un banquet.
La Scandinavie, surnommée la fabrique des nations, fut d abord appelée à fournir ses peuples; les Cimbres traversèrent les premiers la Baltique; ils parurent dans les Gaules et dans l'Italie , comme l'avant-garde de l'armée d'extermination.
Un peuple qui a donné son nom à la Barbarie elle-même, et qui pourtant fut prompt à se civiliser, les Gotbs sortirent de la Scandinavie après les Cimbres qu'ils en avoient peut-être chassés. Ces intrépides barbares s'accrurent en marchant; ils réunirent par alliance ou par conquête les Bastarnes, les Venèdes, les Sariges, les Roxalans , les Slaves et les Alains : les Slaves s'étendoient derrière les Goths dans les plaines de la Pologne et de la Moscovie, et les Alains occupoient les terres vagues entre ie Volga et le Tanaïs.
En se rapprochant des frontières romaines , les Allamans (Allemands), qui sont peut-être une partie desSuèves de Tacite, ou une confédération de toutes sortes d hommes , se plaçoient devant
les Goths, et touchoient aux Germains proDrement dits , qui bordoientles rives du Rhin. Parmi ceux-ci se trouvoient sur le Haut-Rhin des nations d'origine gauloise, et sur le Rhin inférieur des tribus germaines, lesquelles associées pour maintenir leur indépendance, se donnoient le nom de Franks. Or donc cette grande division des soldats du Dieu vivant, formée des quatre lignes des Slaves, des Goths, des Allamans, des Germains avec tous leurs mélanges de noms et de races, appujoit son aile gauche à la mer Noire, sou aile droite à la mer Baltique , et avoit sur son front le Rhin et le Danube, foible barrière de l'empire romain.
Le même bras qui soulevoit les nations du pôle, chassoit des frontières de la Chine les hordes de Tartares appelées au rendez-vous \ Tandis que Néron versoit le premier sang chrétien à Rome, les ancêtres d'Attila cheminoient silencieusement dans les bois; ils venoient prendre poste à l'orient de l'empire, n'étant, d'un côté séparés des Goths que par les Palus-Méotides et joignant, de l'autre , les Perses qu'ils a voient à
' Selon le système de Deguignes, d'après les recherches modernes les Huns seroient d'origine finnoise. Voyez Klaproth, Tableaux historiques ciel' Asie, et M. Saint- Martin dans ses savantes notes i {'Histoire du Bas- Empire, par Lebeau.