TOME I
Antioche , Cerdon et Primin à Alexandrie. Après le pape Evariste \inrent Alexandre, Sixte et Télesphore , martyr.
Les chrétiens souffrirent sous Trajan , non précisément comme chrétiens , mais comme faisant partie de sociétés secrètes. Une lettre de Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, fixe Tépoque où les chrétiens commencent à paraître dans l'histoire générale. «......., On a
» proposé un libelle ^ sans nom d'auteur conte- » nant les noms de plusieurs qui nient d'être » chrétiens, ou de l'avoir été. Quand j'ai vu » qu'ils invoquoient les dieux avec moi, et of- » froient de l'encens et du vin à votre image, )) que j'avois exprès fait apporter avec les statues » des dieux, et de plus qu'ils maudissoient ie » Christ, j'ai cru devoir les renvoyer; car on dit » qu'il est impossible de contraindre à rien de » tout cela ceux qui sont véritablement chrétiens.
» Voici à quoi ils disoient que se
» réduisoit leur faute ou leur erreur : qu'ils avoient » accoutumé de s'assembler un jour avant le so- » leil levé, et de dire ensemble, à deux chœurs.
^ Pour ne pas refaire moi-même ce qui est très-bien fait, j'emprunte la traduction de Fleury, d'un style plus naturel et plus franc que l'élégante traduction de Sacy.
HISTORIQUES. i83
M uu cantique en l'honneur du Christ comme d'im » dieu; qu'ils s'obligeoient par serment, non à un » crime, mais à ne commettre ni larcin, ni vol, » ni adultère, ne point manquer h leur parole et » ne point dénier un dépôt; qu'ensuite ils se re- » tiroient ; puis se rassembloient pour prendre » un repas, mais ordinaire et innocent, encore » avoient-ils cessé de le faire depuis mon ordon- )) nance, par laquelle, suivant vos ordres, j'avois
» défendu les assemblées
» La chose m'a paru digne de consultation, prin- )) cipalement à cause du nombre des accusés ; car )) on met en péril plusieurs personnes de tout » âge, de tout sexe et de toute condition. Cette » superstition a infecté non-seulement les villes^ » mais les bourgades et la campagne, et il semble » que l'on peut l'arrêter et la guérir. Du moins il » est constant que Ton a recommencé à fréquen- » ter les temples presque abandonnés, à célébrer » les sacrifices solennels après une grande inter- » ruption , et que l'on vend partout des victimes, ;) au lieu que peu de gens en achetoient. D'où on » peut aisément juger la grande quantité de « ceux qui se corrigeront, si on donne lieu au » repentir, »
L'univers chrétien a depuis long-temps démenti les espérances de Pline. Mais quels rapides et étonnants progrès! Les temples abandonnés !
emp.
Alkxaadre I". ,
SlVTE I"., TÉl.ESPaORE,
papes.
De .l.-C. ii8-i38.
on ne trouve déjà plus à vendre les victimes! et l'évangéliste saint Jean venoit à peine de mourir I
Trajan, dans sa réponse au gouverneur, dit qu'on ne doit pas chercher les chrétiens; mais que , s'ils sont dénoncés et convaincus , il les faut punir : quant aux libelles sans nom d'auteur, ils ne peuvent fournir matière à accusation ; les poursuivre seroit d'un très-mauvais exemple, et indigne du siècle de Trajan ^
L'histoire offre peu de documents plus mémorables que cette correspondance d'un des derniers écrivains classiques de Rome et d'un des plus grands princes qui aient honoré l'empire , touchant l'état des premiers chrétiens.
Adrien, maintint la paix en l'achetant des Barbares, peut-être parce que son prédécesseur avoit trouvé plus honorable et plus sûr d'employer le même argent à leur faire la guerre. Naturellement envieux des succès, il ne pardonna pas plus à Apollodore, l'architecte, qu'à Trajan l'empereur. Voyageur couronné, grand administrateur, ami des arts dont il renouvela
■• Eus. m, c. 33. Pline, lib. x ep. 97, 98. Tertullien a très-bien fait remarquer ce qu'il y avoit de contradictoire et d'injuste dans le raisonnement et la décision de Trajan,
le génie, il visita les lieux célèbres de son empire: l'histoire a remarqué qu'il évita de passer à Italica , son obscure patrie. Il persécuta ses amis, quitta le monde en plaisantant sur son ame% et laissant aux Romains, dignes du présent, un dieu de plus, Antinoiis.
Ce prince avoit fait une divinité et pensa lui-même être rejeté de l'Olympe : ce fut avec peine qu'Antonin obtint pour lui cette apothéose, par qui les maîtres du monde prolongeoient l'illusion de leur puissance.
Les hérésies se multiplioient : Saturnin , Basilide, Carpocras, les Gnostiques avoient paru. La calomnie croissoit contre les chrétiens; ils occupoient fortement le gouvernement et l'opinion publique. Le peuple les accusoit de sacrifier un enfant, d'en boire le sang, d'en manger la chair, de faire, dans leurs assemblées secrètes, éteindre les flambeaux par des chiens, et de s'unir dans l'ombre au hasard comme des bêtes.
Les philosophes, de leur côté, attaquoient le judaïsme et le christianisme, regardant le premier comme la source du second. Alors les fidèles commencèrent à écrire et à se défendre : Ouadrat, évêque d' Athènes , présenta
^ Animula vagula , blanchila , etc.
son apologie à Adrien , et Aristide , autre Athénien , publia une autre apologie. Adrien fit suspendre la persécution. Eusèbe nous a conservé la lettre qu'il écrivit à MinutiusFondatus, proconsul d'Asie ' « Si quelqu'un accuse les » chrétiens, disoit-il, et prouve qu'ils font quel- » que chose contre les lois, jugez -les selon la » faute; s'ils sont calomniés, punissez le calom- » niateur. »
Adrien établit des colons à Jérusalem, et bâtit parmi ses débris une ville nommée Elea Capitoiina. Des Juifs, assemblés dans cette cité nouvelle, se révoltèrent encore et furent exterminés. La Judée se changea en solitude; on défendit aux Israélites dispersés d'entrer à Jérusalem, ni même de la regarder de loin , tant étoit insurmontable leur amour pour Sion 1 Une idole de Jupiter fut placée au saint -sépulchre, une Vénus de marbre élevée sur le Calvaire , un bois planté à Bethléem : la consécration à Adonis de la crèche où Jésus était né, profana ces lieux d'innocence ^.
^ Eus., IV, Hist. , cap. 8 et g.
- Ab Adriani temporibus usque ad impciium Constautini , per annos circiter centum octoginta, in loco resurrectionis simulacruin Jovis in crucis rupe , statua ex
L'hérésie de Valentin , le martyre de Saint- Symphorose et de ses sept fils à Tibur pour la dédicace des jardins et des palais d'Adrien, terminèrent à l'égard des chrétiens le règne de cet empereur.
Antonin fut de tous les empereurs le plus A„TO!i.n, aimé et le plus respecté des peuples voisins de h^'^". P'^ '"• l'empire. Grand justicier, il eut avec JNuma p^pes. quelques traits de ressemblance ; son caractère de piété le rendit plus propre au gouvernement que ne l'avoient été les Titus et les Trajan : la science des lois est liée à celle de la religion.
Sous Antonin, les deux hérésiarques Marcion et Apelles parurent ; Justin , philosophe chrétien , publia sa première apologie adressée à l'empereur, au sénat et au peuple romain. Il parla des mystères sans déguisement. Sainte Félicité confessa le Christ avec ses fils.
marmore Veneris à gentibus posita colebatur, existimantibus persecutionis auctoribus quia tollerent nobis fidem resurrectionis et crucis , si loca sancta per idola polluissent...
Bethléem nune nostram lucus inumbrabat Thamus , id est Adonidis, et in specu ubi quondain Christus parvulus vagiit, Veneris amasius ^dangcbatur. ( Hier, ad Paulinum, p. 102. Baie 1537. )
MiBc-AtRÈLE , Marc-Aurèle, aimoit la paix par caractère et iicET, soTÈRE, philosopliie, et il eut à soutenir de nombreuses papes. ' guerres avec les Barbares. Les Quades, qui se perdirent dans la ligue des Franks, menacèrent l'Italie d'une irruption ; les Marcomans, ou plutôt une confédération des peuples germains refoulés par les Gotlis , et d'autres peuples qui pesoient sur eux , clierclièrent des établissements dans l'empire. Ils avoient profité du moment où les légions romaines étoient occupées à défendre l'Orient contre les Partbes : la grande invasion approcboit, et le monde commençoit à s'agiter. Marc-Aurèle ayant associé Ix l'empire son frère adoplif , Marcus Verrus , repoussa avec lui les agresseurs : les Marcomans et les Quades furent vaincus. A la suite de ces guerres , cent raille prisonniers furent rendus aux Romains, et des colonies de Barbares formées dans la Dacie, la Pannonie, les deux Germanies, et jusqu'à Ravenne en Italie. Celles-ci se soulevèrent, et apprirent aux Romains ce qu'ils auroient à craindre de pareils laboureurs. Cent mille prisonniers rendus supposent déjà chez les nations septentrionales une puissance et une régularité de gouvernement auxquelles on n'a pas fait assez d'attention.
Les arts et les lettres brillèrent d'un dernier éclat sous les règnes de Trajan , d'Adrien ,
d'Aiitonin et de Marc - Aurèle : c'est le second siècle de la littérature latine dans laquelle il faut comprendre ce que fournit le génie expirant de la Grèce soumise aux Romains; alors parurent Tacite , les deux Pline , Suétone , Florus , Gailien , Sextus Empiricus , Plutarque, Ptolémée, Arien, Pausanias , Appien, Marc- Aurèle et Epictète, l'un empereur, l'autre esclave, et enfin Lucien, qui se rit des philosophes et des dieux.
Marc-Aurèle mourut sans avoir pu terminer complètement la guerre des Barhares et après avoir été obligé d'étouffer la révolte des colonies militaires. Il laissa l'empire à Commode , son fils : faute de la nature, que la philosophie auroit dû prévenir.
Si les Romains furent long-temps redevables du succès de leurs armes à la discipline, à l'organisation des légions, à la supériorité de l'art militaire, ils le durent encore à cette nécessité où se trouvoit le légionnaire de combattre dans tous les climats , de se nourrir de tous les aliments, de s'endurcir par de longues et pénibles marches. Les peuples de l'Europe moderne (la nation françoise exceptée, pendant les dernières conquêtes de sa dernière révolution ) les peuples de l'Europe moderne divisés en petits états, ont presque toujours combattu contre
leurs voisins, ou sur le sol paternel h peu de distance de leurs foyers. Mais l'empire romain renfermoit dans son sein le monde connu ; ses soldats passoient des rivages du Danube et du Rhin à ceux de l'Euphrate et du Nil, des montagnes de la Calédonie, de l'Helvétie et de la Cantabrie à la chaîne du Caucase , du Taurus et de l'Atlas , des mers de la Grèce aux sables de l'Arabie et aux campagnes des Numides. On entreprend aujourd'hui de longs et périlleux voyages dans les pa^s que les légions parcouroient pour changer de garnison : ces entreprises d'outre-mer qui rendirent les croisades si célèbres n'étoient pour les Romains que le mouvement d'un corps de troupes qui , parti de la Batavie , alloit relever un poste à Jérusalem. Le général qui se transportoit sur des terrains si divers, qui, forcé d'employer les ressources du lieu, se servoit du chameau et de l'éléphant sous le palmier, du mulet et du cheval sous le chêne, accroissoit son expérience et son génie avec le vol de ses aigles.
Le monde romain n'offroit point un aspect uniforme ; les peuples subjugués avoient conservé leurs mœurs , leurs coutumes , leurs langues , leurs dieux indigènes , leurs lois locales : au dehors on ne s'apercevoit de la domination étrangère que par les voies militaires, les camps
HISTORIQUES. yi
fortifiés , les aqueducs, les ponts , les amphithéâtres , les arcs de triomphe , les inscriptions latines gravées aux monuments des républiques et des royaumes incorporés à l'empire ; au dedans l'administration civile, fiscale et militaire, les préfets et les proconsuls, les municipalités et les sénats, la loi générale qui dominoit les justices particulières , annonçoient un commua maître. Les Romains n'avoient imposé h. la terre domptée que leurs armes, leur code, et leurs jeux.
Marc - Aurèle , stoïcien , n'aimoit pas les disciples de la croix, par une sorte de rivalité de secte : « Il faut être toujours prêt à » mourir, dit-il dans une de ses maximes, en » vertu d'un jugement qui nous soit propre , non » au gré d'une pure obstination comme les chré- » tiens. » Il y eut plusieurs martyrs sous son règne : Polycarpe à Smyrne , Justin à Rome après avoir publié sa seconde apologie , les confesseurs de Vienne et de Lyon , à la tête desquels brilla Pothin, vieillard plus que nonogénaire, remplacé dans la chaire de Lyon par Irénée.
A cette époque les apologistes, tels qu'Athénagore, changèrent de langage, et d'accusés devinrent accusateurs : en défendant le culte du vrai Dieu , ils attaquèrent celui des idoles.
D'une autre part , les magistrats ne furent par les seuls promoteurs des persécutions ; les peuples les demandèrent : le soulèvement des masses à Vienne, à Lyon, à Autun, multiplia les victimes dans les Gaules ^ ; ce qui prouve que les chrétieos n'étoient plus une petite secte bornée à quelques initiés , mais des hommes nombreux qui menaçoient l'ancien ordre social , qui armoient contre eux les vieux intérêts et les antiques préjugés. La Légion Fulminante étoit en partie composée de disciples de la nouvelle religion ; elle fut la cause d'une victoire remportée en 174 sur les Sarmates , les Quades et les Marcomans ; victoire retracée dans les bas -reliefs de la colonne antonine : selon Eusèbe , Marc - Aurèle
"" (Epistolarum veiba eorum citabo ; ) Servi J.-Christi, qui Yiennam et Lugdunum Galliae incolunt , fratribus in Asiâ et Phrygiâ... pax , gloria à Deo pâtre... Magnitudinem ai'flictionis qui hoc loco ingravescit , ingens Gentilium odium , contra sanctos incitatum.,. neque exprimi, neque comprehendi possunt... Ac primum cruciamenta quœ confertim erant, et tanquam cumulo à multitudine
in illos coacervata Vociferationes , plagas , violentes
tractus , dilacerationes, lapidum projectiones , carceres, et quidquid denique ab agrestl et furiosâ multitudine contra nos , velut contra hostes et inimicos, fieri solet. ( Euseb. , Hist. eccl. , lib. iv, cap. i, p. 102. )
reconnut devoir son succès aux prières des soldats du Christ ^
L'Evangile avoit fait de tels progrès que Méliton, évêque de Sardis en Asie, disoit à Marc- Aurèle , dans une requête : « On persécute à
» présent les serviteurs de Dieu Notre philo-
» Sophie étoit répandue auparavant chez les Bar- » bares; vos peuples, sous le règne d'Auguste, en » reçurent la lumière, et elle porta bonheur à » votre empire^. »
Un roi des Bretons, tributaire des Romains, écrivit, l'an 170, au pape Eleuthère , successeur de Soter, pour lui demander des missionnaires : ceux-ci portèrent la foi aux peuplades britanniques, comme le moine Augustin, envoyé par
^ Eadem historia apud Gentil es scrip tores , qui longé à nostrâ religione dissentiunt... Nostrorum etiam Apolliitarius qui affirmât legioncm , cujus precibus miraculum edebatui- , latino sermone fulmineam , usque ab illo tempore appellatam : illudque nomen rei eventum scitè exprimens, ab Aurelio Caesare ei tributum. (Euseb,, Hist. eccl., lib. v, pag. 93.)
" Multô magis te obsecramus , ne tam aperto latrocinio nos spoliari permittas... Divina quaui excoliaaus religio anteà inter Barbaros insigniter viguit : quœ cum apud gentes tuas, prœclaro et eximio Augusti rccno... floreret , ipsi imperio quo potiris , cumprimis fausto ac felici praesidio fuit. (Euseb,, Hist. eccl., lib. v, cap. 25, p. 108 et 109.)
Grégoire le Grand, prêcha depuis l'EvangiSe aux Saxons vainqueurs des Bretons.
Marc-Aurèle avoit toutefois trop de modération, pour s'abandonner entièrement à l'esprit de haine dont étoient animées les écoles philosophiques : il écrivit la dixième année de son règne, à la communauté du peuple de l'Asie-Mineure assemblée à Ephèse , une lettre de tolérance. Il alla même plus loin que ses devanciers, car il disoit: « Si un chrétien est attaqué comme chrétien , que » l'accusé soit renvoyé absous, quand même il » seroit convaincu d'être chrétien, et que l'accu- » sateur soit poursuivi ^ » Mais il étoit difficile à la loi de lutter contre la superstition et la philosophie entrées dans une alliance contre nature pour détruire un ennemi commun.
Les Marcionistes , les Montanistes , les Marcosiens jetèrent une nouvelle confusion dans la foi.
Avec Marc-Aurèle finit l'ère du bonheur des Romains sous l'autorité impériale, et recommencent des temps effroyables d'où l'on ne sort plus que par la transformation de la société. Un seul fait de cette histoire la peindra. Commode et ses successeurs jusqu'à Constantin périrent presque tous de mort violente. Quand Marc-
^ Chi'on. Alex., Euseb. ; hist. , iv, c. i3.
Aurèle eut disparu , les Romains se replongèrent d'une telle ardeur dans l'abjection, qu'on les eût pris pour des hommes rendus nouvellement à la liberté : ils n'étoient affranchis que des vertus de leurs derniers maîtres.
Deux effets de la puissance absolue sur le cœur humain sont à remarquer.
Il ne vint pas même à la pensée des bons princes qui gouvernèrent le monde romain , de douter de la légalité de leur pouvoir et de restituer au peuple des droits usurpés sur lui.
La même puissance absolue altéra la raison des mauvais princes; les Néron, les Caligula , les Domitien, les Commode furent de véritables insensés : atin de ne pas trop épouvanter le terre , le ciel donna la folie à leurs crimes comme une sorte d'innocence.
Commode, rencontrant un homme d'une cor- commode , pulence extraordinaire, le coupa en deux pour éleuthère, prouver sa force et jouir du plaisir de voir se ré- Dej.c. .ei-rg^ pandre les entrailles de la victime ^ Il se disoit Hercule; il voulut que Rome changeât de nom et prit le sien; de honteuses médailles ont perpétué le souvenir de ce caprice. Commode périt
^ Obtunsi oneris pinguem hominem medio ventre dissecuit ut ejus intestina subito funderentur. (Hist. , Aug. , pa^. 128. )
par l'indiscrétion d'un enfant, par le poison que lui donna une de ses concubines, et par la main d'un athlète qui acheva en l'étranglant ce que le poison avoit commencé ^
Sous le règne de Commode paroi t une nouvelle race de destructeurs, les Sarrazins, si funestes à l'empire d'Orient.
pert.rax , Pertinax succède à Commode ; il se montra di-
emp. gne du pouvoir : son ambition etoit de celles
Victor, ,. . - -Il 5
pape. qu inspire la conscience des talents qu on a, et ^ non l'envie des talents qu'on ne peut atteindre. Le nouvel empereur fit redemander à des Barbares le tribut qu'on leur accordoit, et ils le rendirent: démarche vigoureuse; mais les devanciers de Pertinax , en immolant à leur foiblesse ou à leurs vices la dignité et l'indépendance romaines, avoient fait un mal irréparable. Pouvoit-on racheter l'honneur d'un état qui alloit être vendu à la criée?
^ EratautemCommodopusio quidam... sumpto în manus , qui supra lectulum jacebat, libelle, foras processit... incidi in Marciani... quae libellum pueri manu aufert... Agnitâ Commodi manu,., ubi se primam peti intellexit ... electum accersit... placitum rem veneno agi... cum evomisset ... veriti illi... Narcisso cuidam, audaci strenuoque adolescenti , persuaserunt ut Commodum in cubiculo strangularet. ( Herodian., Vit. Commod., lib. I, pag. 01-92.)
Pertiiiax étoit un soldat rigide; les prélorieas le massacrèrent. L'empire est proposé au plus offrant : il se trouva deux fripiers de tyrannie pour se disputer les haillons de Tibère. Didius Julianus l'emporte sur son compétiteur, par une suienchère de douze cents drachmes ^ Les prétoriens livrent la marchandise de cent vingt millions d'hommes à Didius. Celui-ci ne put fournir le prix de l'adjudication 2 , et il fut menacé d'être exécuté pour dettes. Jadis le sénat avoit proclamé la vente d'un morceau du territoire de la république : c'étoit celle du champ où campoit Annibal,
Le sénat de Didius fut pourtant honteux; il eut peur surtout quand il apprit le soulèvement des légions; elles avoient élu trois empereurs. On se hâta de réparer une bassesse par une cruauté : au
^ Sed siuiul ad superiora vicena sestertia^ altéra quina adjecisset , eamque summam magno edito clamore in manibus ostendisset. (Dion., Hist. rom.^ lib. lxxiii , pag. 835. )
Sanè cum vicena quina millia militibus piomisisset, tricena dédit. ( Hist. Aug., pag. 61 )
Praetereà militibus singulis , plus multo argenti daturum quàm petere auderent , aut accepturos speraverant, neque in dando moram futuram. ( Heiodiau. , lib. II , p. 130 et 131. )
2 Sed spes inilituin fefeliei'at, née implere fidem protuissoruin poterat. (Herod., lib. ii, pag. 134.)