‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 23 sur 59 · TOME i · texte numérisé non relu

TOME i

bout de soixante-slx jours Didius déposé fut eoiidarané à mort : « Quel crime ai-je commis ^ ? » disoit-il ea pleurant. Le malheureux n'avoit pas eu le temps d'apprendre la tyrannie; il ignoroit qu'avoir acheté l'empire , et n'avoir ôté la vie à personne, étoit une contradiction qui rendoit son règne impossible : homme commun , il étoit au-dessous de son crime.

On ne sait pourquoi Kome rougit de l'élévation de Didius Julianus, si ce n'est par un de ces mouvements de dignité naturelle qui revient quelquefois au milieu de l'abjection. Denjs, à Corinthe, disoit à ceux qui l'insultoient : « J'ai pourtant été roi. « Un peuple dégénéré qui ne songeoit jamais à se passer de maîtres quand il avoit le pouvoir de s'en donner un, appela à l'empire Percennius Niger, commandant en Orient; mais Septime Sévère avoit été choisi par les légions d'Illjrie, et Clodius Albinus, par les légions britanniques. Alors recommencèrent

'' Is imbellem miserunique senem.... inter fœdissimas comploiationes tiucidavit. (Herod., lib. ii , p. 170.)

Nihilque dixit percussoribus , nisi : Quid €rgo peccavi ? Quem interfeci ? (Dion., lib. Lxxiv, pag. 839. )

Missi tamen à senatu quorum cuiâ per militem fTregariuiii in palatio idem Julianus occisus est, fidem Caesaris implorans , hoc est Severi. ( Hist. Aug. , pag 63. )

les guerres civiles ; Sévère, demeuré vainqueur de Niger, en trois combats en Asie, fut également heureux contre Albinus à la bataille de Lyon ^ Sous prétexte de punir les partisans de ce dernier, il fit mourir un grand nombre de sénateurs. Les fortunes des familles sénatoriales étoient énormes; on ne les pouvoit atteindre avec l'impôt mal entendu : le crime de lèse -majesté fut inventé comme une loi de finances; il entraînoit la confiscation des biens. On voit des princes, en parvenant à l'Empire, annoncer qu'ils ne feront mourir aucun sénateur: c'étoit déclarer qu'ils ne lèveroient aucune nouvelle taxe.

Sévère étoit né à Leptis sur la côte d'Afrique: .s..x,«. s.vi... il se trouva que le chef des Romains parloit la y.dZu.., langue d'Annibal. Il avoit la cruauté et la foi ^TpT'' punique, et ne manquoit pas toutefois d'une "'*'■'''■ '^^""■ certaine grandeur. A l'imitation de Yitellius, il cassa d'abord les gardes prétoriennes; ensuite il les rétablit et les augmenta, en les composant des plus braves soldats des légions d'illyrie : jusqu'alors on n'avoit admis dans ce corps que des hommes tirés de l'Italie, de l'Espagne et de la Norique, provinces depuis long-temps réunies

^ Dion., lib. i.xxiv; Herod., lib. vu ; Spart., Hist., pag. 33.

iOo ÉTUDES

à l'eaipire. Les Barbares approchoient de plus

en plus du trône; nous les verrons s'élever au

rang de favoris et de ministres, pour devenir

empereurs.

Sévère força les sénateurs à mettre Commode au rang des dieux : « il leur convient bien , disoit-il , d'être difficiles! valent-ils mieux que ce tyran? « Il importoit à Sévère de ne pas laisser dégrader Commode, puisqu'il vouloit livrer le monde à Caracalla. Les empereurs cberchoient par le biais de l'association , et par les titres d'auguste et de césar, h rendre la pourpre héréditaire; mais deux corps, l'armée et le sénat, leur opposoient des obstacles : dans l'un de ces corps étoit le fait, dans l'autre le droit; et le fait et le droit, qui souvent se combattent, s'entendoient pour jouir de ce qu'ils s étoient approprié en dépouillant le peuple romain.

Après avoir triomphé desPartbes, Sévère, sur la fin de sa vie , passa dans la Grande-Bretagne, battit les Calédodiens et éleva , pour les contenir, la muraille qui porte son nom; c'est l'époque de la fiction de Fingal.

L'empereur avoit épousé Julie Domna, née a Emèse en Syrie, femme de beauté, de grâce, d'instruction et de courage : il en eut deux fils, Caracalla et Géta, qui furent ennemis dès l'enfance. Caracalla , pressé de régner , se voulut dé-

barrasser de son père , lorsque celui-ci étoit engagé dans la guerre de la Calédonie. Sévère , rentré dans sa tente, se couche, met une épée à côté de lui et fait appeler son fils. « Si tu » veux me tuer, lui dit-il, prends cette épée, ou » ordonne à Papinien ici présent de m' égorger; » il t'obéira car je te fais empereur \ »

Peu de temps après , Sévère malade à Yorck , et sentant sa fin venir, dit: «J'ai été tout, et rien » nevaut=*. » L'officier de garde s'étant approché de sa couche, il lui donna pour mot d'ordre : « Travaillons ^ , » et il tomba dans le repos éternel.

Les règnes de Commode, de Pertinax , de Julianus et de Sévère virent éclater l'éloquence des premiers pères de l'Église : parmi les pères grecs, on trouve saint Clément d'Alexandrie (le Maître et les Stromates sont des ouvrages remplis de faits curieux ); parmi

^ Si me cupis, inquit Severus , interficere : hic me interfice. Quôd si id récusas aut times tuâ manu facere, adest tibi Papinianus praefectus , cui jubere potes ut me interficiat : nam is tibi quidquid praeceperis, propter eà quod sis imperator, efficiet. (Dion., Hist. rom. , lib. Lxxvi , pag. 868. )

^ Omnia fui , et nihil expedit. ( Aurel. Vict. ) 3 l^boremus. ( Hist. Au^^. , pa^;. 364. )

les pères latins, Tertullien est le Bossuet africain. Saint Irénée, bien qu'il écrivît en grec, déclare dans son traité contre les hérésies qu'habitant parmi les Celtes, obligé de parler et d'entendre une langue barbare , on ne doit.point lui demander l'agrément et l'artifice du st^^le. 11 nous apprend que l'Évangile étoit déjà répandu par tout le monde ; il cite les églises de Germanie, de Gaule, d'Espagne , d'Orient , d'Egypte , de Libye , éclairées, dit-il , de la même foi comme du même soleil \ Il nomme les douze évêques qui se succédèrent h Rome depuis Pierre jusqu'à Éleuthère. 11 allirme qu'il avoit connu lui-même Polycarpe établi évêque de Smyrne par les apôtres, lequel Polycarpe avoit conversé avec plusieurs disciples qui avoient vu J.-G. ^ C'est un des témoignages les plus formels de la tradition.

"i Etenim ecclesia... per universum orbem usque ad extremos terrae fines dispersa... Ac neque hae que in Germaniis sitae siint ecclesiœ , aliter credunt aut aliter tradunt , nec quœ in Hispaniis aut Galliis aut in Oriente , aut in jEgypto , aut in Africâ, aut in Mediterraneis orbis re^^ioniobus ?edem habent. Verùm ut sol hic àDeo conditus, in universo mundo unus atque idem est. (St. Irœn. , lib. I, cap. 10, contra hœreses , pag. 49.)

2 Et Polycarpus autem , non solùm ab apostolis edoc tus et conversatus cum multis , ex iis qui Dominum nos-

En ce temps-là Pantenus , chei' de l'école chrétienne d'Alexandrie , prêcha la foi aux nations orientales : il pénétra dans les Indes ; il y trouva des chrétiens en possession de l'Evangile de saint Mathieu , écrit en langue hébraïque, et que cette église tenoit de l'apôtre Barthélémy \

On voit par les deux livres de Tertullien à sa femme , que les alliances entre les chrétiens et les païens commençoient à devenir fréquentes ; mais, selon l'orateur, c'étoit les plus méchants des païens qui épousoient des chrétiennes , et les plus foibles des chrétiennes qui se marioient à des païens ^. Ce traité répand de grandes

trum viderunt ; seci etiam ab apostolis in Asiâ , etc. (St. Iraenei , contra haereses , !ib. m, cap. 3, n°. 4.)

^ Pantenus ille , quem ad Indos devexisse diximus, ubi ( ut fertur) evangelium Matthaei quod antè ejus adventum ibi fuerat receptum , in manibus quorumdam qui in illis locis Cbristum profîtebantur , repeiit : quibus Rartholomaeum unum ex apostolis praedicasse , illisque Mathaei evangelium , litteris hebraicis scriptuni , reliquisse. (Euseb. Hist. Eccles. , lib. v, pag. 95. )

^ Igitur cum quaedam istis diebus nuptias de ecclesiâ tolleret... (Tert., lib. ii, cap. 2, pag. 167.)

Solis pejoribus placet nomeu christianum... Plerrequc génère nobiles... cum mediocribus... ad licentiam conjunguntur. ( Ibid. , cap. 8, pag. 171.)

lumières sur la vie domestique des familles

des deux religions.

Le nombre des disciples de l'Evangile s'augmenta beaucoup à Rome sous le règne de Commode, surtout parmi les" familles nobles et riches. Apollonius , sénateur instruit dans les lettres et dans la philosophie, avait embrassé le culte nouveau : dénoncé par un de ses esclaves , l'esclave subit le supplice de la croix, d'après l'édit de Marc- Aurèle qui défendoit d'accuser les chrétiens . comme chrétiens \ Mais Apollonius fut condamné h son tour à perdre la tête , parce que tout chrétien qui avoit comparu devant les tribunaux , et qui ne rétractoit pas sa croyance , étoit puni de mort. Appollonius prononça en plein sénat une apologie complète de la religion.

Le pape Eleuthère mourut , et eut pour successeur Victor qui gouverna l'église de Rome pendant douze ans.

L'empereur Sévère aima d'abord les chrétiens, et confia l'éducation de son fils aîné à l'un d'eux nommé Proculus ; il protégea les membres du sénat convertis à la foi , mais il changea de conseil dans la suite et provoqua une persëcu-

^ Eiiseb., in Chron'an. 191.

tion générale : elle emporta Perpétue , Félicité , et saint Irénée avec une multitude de son peuple. Tertullien écrivit l'éloquente et célèbre apologie où il disoit : « Nous ne sommes » que d'hier , et nous remplissons vos cités , » vos colonies, l'armée, le palais, le sénat, le » forum : nous ne vous laissons que vos tem- » pies ^ M II publia son Exhortation aux martyrs , ses traités des Spectacles , de f Idolâtrie , des Ornements des femmes , et son livre des Prescriptions ; admirable ouvrage qui servit de modèle à Bossuet pour son chefd'œuvre des Variations. Tertullien tomba dans l'hérésie des Montanistes qui convenoit à la sévérité de son génie. Origène commençoit à paroître.

Sous la persécution de Sévère , les chrétiens cherchèrent à se mettre à l'abri à prix d'argent; cet usage fut continué.

Sévère mort , Caracalla régna avec son frère Géta ; bientôt il le fit massacrer dans les bras zéph.b.h, de sa mère. Un mot de Papinien est resté : uej.c. ^.2-317. invité par l'empereur à faire l'apologie du meurtre de Géta , le jurisconsulte, moins complaisant que le philosophe Sénèque , répondit :

^ Sola relinquimus tcmpltc. {Tcrt. , A.po\of^.)

Carac\lla , emp.

« Il est plus facile de commettre un parricide

» que de le justifier \ »

Avec Caracalla reparurent sur le trône la dépravation et la cruauté : des massacres eurent lieu à Rome, dans les Gaules, h Alexandrie. Cet empereur s'appela d'abord Bassianus , du nom de son aïeul , prêtre du soleil en Phénicie. Il quitta ce nom par ordre de Sévère, pour celui de Marc-Aurèle- Antonin. Les vices de Caracalla , en contraste avec les vertus sous le patronage desquelles on le vouloit mettre , ne servirent qu'à le rendre plus odieux. Le mépris du peuple fit évanouir des surnoms glorieux dans ce nom de Caracalla, emprunté d'un vêtement gaulois que le fils de Sévère afFectoit.

Sévère avoit ébranlé l'état par l'introduction des Barbares dans les gardes prétoriennes; Caracalla acheva le mal en étendant le droit de citoyen à tous ses sujets : le sang romain fut dégradé de noblesse , et , par une sorte d'égalité démocratique , tout sujet, barbare ou romain, fut admis à concourir à la tyrannie. Peu à peu les distinctions de villes libres, de colonies, de droit latin ou droit italique , s'effacèrent. En

1 Non tain facile pan'icidium exciisaii quàtn posse fieri. (Hist. Aug., p. 88.)

théorie c'étoit un bien, en pratique un mal : il n'étoit pas question de liberté mais d'argent; il s'agissoit , non d'affranchir les masses, mais de faire payer aux individus comme citojens le vingtième sur les legs et héritages dont ils étoient exempts comme sujets. Les vieilles habitudes et l'homogénéité de la race se perdirent; on troqua la force des mœurs contre l'uniformité de l'administration '.

Caracalla eut, comme tant d'autres, la passion d'imiter Alexandre : ces copistes d'un héros oublioient que la pique du Macédonien fit éclore plus de cités qu'elle n'en renversa. Sur les bords du Rhin et du Danube , Caracalla rencontra par hasard deux peuples nouveaux , les Goths et les Allamans. 11 aimoit les Barbares ; on prétend même que , dans des conférences particulières , il leur dévoiloit le secret de la foiblesse de l'empire; secret que leur épée leur avoit déjà révélé.

Passé en Asie , Caracalla visita les ruines de Troie. Pour honorer et rappeler la mémoire d'Achille , dont il se prétendoit la vraie ressem-

"• L'édit de Caracalla , ou un édit semblable est attribué par quelques glossateurs à Marc-Aurèle. J'ai suivi l'opinion pour laquelle il y a un plus ij,iand nombre d'autorités.

blance, il voulut pleurer la mort d'un ami; en conséquence, un poison fut donné à Festus, affranchi qu'il aimoit tendrement; après quoi il lui éleva un bûcher funèbre. Et, comme Achille, le plus beau des Grecs, coupa sa chevelure blonde sur le bûcher de Patrocle, Garacalla, laid, petit et difforme, arracha deux ou trois cheveux que la débauche lui avoit laissés, excitant la risée des soldats qui le vojoient chercher et trouver i\ peine sur sou front la matière du sacrifice à l'ami qu'il avoit fait empoisonner \

Garacalla étoit malade de ses excès; son àme souffroit autant que son corps ; ses crimes lui apparaissoient; il se croyoit poursuivi par les ombres de son père et de son frère ^. 11 consulta Esculape, Apollon , Sérapis, Jupiter Olympien :

1 Quumque esset raro capillo, et crinem quaereret ut imponeret ignibus, deridiculo erat omnibus : cœteriiin quoshabuit capillos tamen totondit. (Herodian., lib. iv, p. 3io-3i I.)

2 Fuit œsrâ corporis valetudine... Sed mente imprimis insanâ quibusdam visis saepenumero agitan a pâtre tratreque gUdios gestantibus, videbatur. (Dion., Hist, rom. lib. Lxxvii , p. 877. )

Pater ei cum gladio astitit in somnis et : ut tu, inquit, fratrem tuum interfecisti , ita ego te interficiam. (Dion., Hist. lib. Lxxviii , p. 883. )

il ne fut point soulagé : on ne guérit point des remords.

Macrin, préfet du prétoire, menacé parCara- macri^, calla , le fit assassiner '. On croit que l'impé- zépbi».,v

pape.

ratrice , accusée d'inceste avec Caracalla son De .1.0.2.7-2 fils , mourut d'une mort douloureuse , volontaire ou involontaire ^. Il ne resta rien de la famille de Sévère , dont les malheurs, malgré le dire des historiens, frappèrent peu les hommes. Dans les vieilles races, c'est la chute qui étonne; dans les races nouvelles , c'est l'élévation : les premières en tombant sortent de leur position naturelle, les secondes y rentrent.

Caracalla eut des temples et des prêtres : Macrin demanda des autels pour son assassiné. Les Romains débarrassés de leurs tyrans , ils en faisoient des dieux. Ces tyrans jouissoient ainsi de deux immortalités : celle de la haine publique , et celle de la loi religieuse qui consacroit cette haine.

Macrin revêtoit d'un extérieur sfrave et

' Macrinus Antoninum occidit. (Hist. Aug, p. 88.)

^ Julia cognitâ filii cœde ità aftecta est ut se percuteret , ;ic mortcm sibi conciscere conaictur... Iiiedià consiimpta raoritur. Acceleravit ei mortem cancer, quem cum jam inulto tempore in inanimâ habuisset quiescentem percusso pectore initavit. (Dion., lib. lxxvui, p. 886.)

d'une apparence de courage , un caractère frivole et timide : il désira l'empire, l'obtint, et s'en trouva embarrassé. Il avoit l'instinct du mal , il n'en avoit pas le génie ; impuissant à féconder ce mal, quand il avoit commis un crime il ne savoit plus qu'en faire : c'est ce qui arrive lorsque l'ambition dépasse la capacité , qu'une haute fortune se trouve resserrée dans un esprit étroit et dans une àme petite, au lieu de s'étendre à l'aise dans une large tête et dans un grand cœur. Après quatorze mois de règne, l'armée ôta l'empire à Macrin aussi facilement qu'elle le lui avoit prêté.

Julie, femme de Septime Sévère et fille de Bassianus, avoit une sœur, Julia Mœsa ; celleci mariée à Julius Avitus en eut deux filles : Sœmis et la célèbre Mamée. Mamée mit au jour Alexandre Sévère, et Sœmis fut mère (J'Elagabale, plus connu sous le nom altéré d'Héliogabale. Sœmis avoit épousé Varius Marcellus , mais on ne sait si elle n'eut point un commerce secret avec Caracalla , et si Elagabale ne fut point le fruit de ce commerce.

Après la mort de Caracalla , Mœsa , sœur de l'impératrice Julie, se retira à Emèse avec ses deux filles Sœmis et Mamée, toutes deux veuves,

et chacune ayant un lils : Elagabale avait treize ans, Alexandre neuf. Mœsa fit donner à Elagabale la charge de grand-prêtre du Soleil. Dans ses habits sacerdotaux il étoit d'une rare beauté; on le comparoit aux plus parfaites statues de Bacchus. Une légion le vit , en fut charmée, et, par les intrigues de Mœsa, le proclama empereur. Qu'on juge du caractère de l'armée : elle choisit Elagabale parce qu'il étoit beau , et parce qu'elle le crut fils de Caracalîa et de Sœmis, c'est-à-dire bâtard d'un monstre et d'une femme adultère.

Macrin dépécha contre la légion un corps de troupes que commandait Ulpius Julianus. Celui-ci , abandonné de ses troupes , périt par un assassinat. Un soldat lui coupa la tête , l'enveloppa , en fit un paquet qu'il cacheta avec le sceau de Julianus , et la présenta à Macrin comme la tête d'Elagabale : Macrin déroula le paquet sanglant, et reconnut que cette tête demandoit la sienne. Après avoir perdu une bataille contre son rival qui déploya de la valeur, il s'enfuit , fut arrêté et massacré. Son fils, qu'il envoyoit au roi des Partlies, éprouva le môme sort.

Elagabale régna donc. Il falloit que toutes flacabale, les passions et tous les vices passassent sur leziPBiBm.CiLUTE, trône, afin que les hommes consentissent à y dpj.-c.''3T8-3îî.

placer la religion qui condamnoit tous les vices et toutes les passions.

Home vit arriver un jeune Syrien, prêtre du Soleil, le tour des yeux peint, les joues colorées de vermillon, portant une tiare, un collier, des bracelets, une tunique d'étoffe d'or , une robe de soie à la phénicienne , des sandales ornées de pierres gravées; ce jeune Syrien, entouré d'eunuques, de courtisanes, de bouffons, de chanteurs, de nains et de naines dansant et marchant à reculons devant une pierre triangulaire, Elagabale vint régner aux foyers du vieil Horace , rallumer le feu chaste de Vesta , prendre le bouclier sacré de Numa , et toucher les vénérables emblèmes de la sainteté romaine \

Au milieu de tant de règnes exécrables, cekii

^ Fuit autem Heliogabali , vel Jovis , vel Solis sacerdos, atque Antonini sibi nomen asciverat.,. Vultum praeterea eodem quo Venus pingitur, schemate figurabat... Heliogabalum in palatino monte, juxta œdes imperatorias , consecravit eique templum fecit... et Vestae ignem , et palladium, et ancilia, et omnia Romanis veneranda in illud transfert. (Hist. Aug., !iv. en.)

In penum \estœ, quod solae virgines solique pontifices adeunt, irrupit , pollutus ipse omni contagione morum , cum iis qui se polluerant. (Ib., p. 103. ) Magorum genus aderat. ( Ib. )

At verô Antoninus , è Syriâ profectus... cultum patrii nurainis celebrare supervacuîs saltationibus, vestitum

d'Élagabale se distingue par quelque chose de particulier. Ce que l'imaginatioa des Arabes a produit de plus merveilleux en fêtes, en pompes , en richesses, ne semble qu'une tradition confuse du règne du prêtre du soleil : vous verrez ces détails à l'article des mœurs des Romains. Le vice qui gouverna plus particulièrement le monde sous Elagabale fut i'impudicité : ce prince choisissoit les agents du pouvoir d'après les qualités qui les rendoient propres à la débauche ' ; dédaignant les distinctions sociales ou les avantages du génie, il plaçoit la souveraineté politique dans la puissance qui tient le plus de l'instinct de la brute.

Il arriva qu'ayant pris plusieurs maris, il se donna pour maître tantôt un cocher du cirque,

usurpans luxuriosum , purpura intexlum atque auro, monilibusque et armillis redimitus, coronas sustinens ad thiarœ niodum, ( Herodian., lib. v, p. 376-377. )

Amphoras plurimas antè aras profundebat... cliorosque circum aras agitabat , nullis non organis consonantibus, unàque mulieribus phœnissis cursitanlibus in orbem, cymbalaque inter manus habentibus aut tyinpana , omni circumstantc senatù et equestri ordine. (Herodian., 11b. v, p. 181.)

^ Ad honores reliquos promovit comnicndatos sibi pudibilium enormitatc membroium. ( Hist. Aiig. , pag. 474. )

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