‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 24 sur 59 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

tantôt le fils d'un cuisinier '. Il se faisoit saluer du titre de domina et ai impératrice ; il s'habilloit en femme , travaiiloit à des ouvrages en laine. Homme et femme, prostitué et prostituée, il n'auroit pas été plus pur quand il se fût consacré au culte de Cybèle, comme il en eut la pensée -. Il donna un siège à sa mère dans le sénat auprès des consuls, et créa un sénat de femmes qui délibéroient sur les préséances, les honneurs de cour et la forme des vêtements.

Elagabale n'étoit cependant pas dépourvu de courage. Le pressentiment d'une courte vie le poursuivoit : il avoit préparé pour se tuer à tout événement, des cordons de soie, un poignard d'or, des poisons renfermés dans des vases de cristal et de porphyre , une cour intérieure pavée de pierres précieuses sur lesquelles il comptoit se précipiter du haut d'une tour. Ces ressources lui manquèrent; il vécut dans des lieux infâmes, et fut tué dans des latrines ^ avec sa mère. On

^ Nupsit et coit ut et proiiubum haberet, clamaretque concide, magire et eo quidem temporequoZoticiis aegrotabat. ^Hist. Aug., p. 472. Div. , 1, lxxix; Herodian , liv. V. )

^ Jactavit autem caput inter prœcisos phanaticos et genitalia sibi devinxit.

^ Atque in latrinâ , ad quam confugerat , occisu.s. (Hist. Aug. , pag. 478.)

lui coupa la tête; son cadavre, traîné jusqu'à unégout, ne put entrer dans l'ouverture trop étroite ^ ; ce hasard valut à Élagabale les honneurs du Tibre , d'où il reçut le surnom de Tiberinus, équivoque qui signifioit le nojé dans le Tibre ou le petit Tibère : ainsi les Romains jouoient avec leur infamie. Quand le despotisme descend si bas que sa dégradation lui ôte sa force , les esclaves respirent un moment; dans les temps d'opprobre, le mépris tient quelquefois lieu de liberté. N'oublions pas, à fin d'être juste, qu'Élagabale étoit un enfant; il n'avoit guère que vingt-deux ans quand il fut massacré , et il avoit déjà régné trois ans, neuf mois et quatre jours : sa mère, son siècle , et la nature du gouvernement dont il devint le chef, le perdirent. c.

Les mêmes femmes dont l'ambition s'étoit trouvée mêlée au règne de Garacalla , de Macrin et d'Elagabale, contribuèrent à la chute de ce dernier prince, et amenèrent l'inauguration de son successeur. Sœmis, avoit déterminé son fils à créer auguste son cousin Alexandre. Élagabale , jaloux de la vertu d'Alexandre , essaya d'abord de le corrompre; n'y pouvant réussir, il le voulut

' Dion., lib. Lxxixj Herodian., lib. v. Hist. Aul-

pag. 478.

tiO ÉTUDES

tuer : Marnée, pour le sauver, le conduisit au camp des prétoriens. Une réconciliation eut lieu et dura peu. Élagabale massacré, son cousui reçut la pourpre.

Chaque empereur, en passant au trône , y laissoit quelque chose pour la destruction de l'empire : le luxe qu Élagabale avoit exagéré dans les ameublements , les vêtements et les repas, resta. A dater de ce règne, la profusion de la soie et de l'or , les largesses aux légions allèrent croissant. Le prince syrien avoit tait frapper des pièces d'or, les unes doubles et quadruples des anciennes, les autres ayant dix, cinquante, cent fo s cette valeur : il distribuoit cette monnoie aux soldats, à l'exemple de ses prédécesseurs; mais commme il comptoit par le nomhtf-e et non par le poids des pièces, il centuploit quelquefois le prix du présent: or, pour chanj^r les mœurs d'un état, il suffit d'en changer les fortunes.

ïJempereur Élagabale n'étant plus, on renvoya en Syrie le dieu Élagabale , introduit à Rome avec son grand-prêtre. Un décret interdit à jamais l'entrée du sénat aux femmes. Les essais du despote d'Asie n'en avilirent pas moins les antiques institutions : Jupiter Capitolin avoit cédé sa place au Soleil , et une femme avoit siège dans des sénatus-consultes. La religion est si

nécessaire à la durée des états que , même lorsqu'elle est fausse, elle entraîne en s'écroulant l'édifice politique. L'ancienne société périt avec le polythéisme ; mais dans son sein s'étoit élevé un autre culte prêt à remplacer le premier, et à devenir le fondement d'une société nouvelle.

Alexandre Sévère, prince économe, et de aluah. sétèbe, bon sens , consacra presque tout son rèsrne à crb*.«1". , des retormes : dans les vieux gouvernements, papes. 1 admmistration se pertectionne a mesure que les mœurs se détériorent : la civilisation passe de l'àme au corps. Malheureusement Alexandre ne put détruire le mal que le temps avoit fait : les légions, séditieuses et avides, ne pouvoient plus être réformées que par le fer des Barbares. Sous la quatrième année du règne de ce prince on place une révolution en Orient.

Après qu'Alexandre le Grand eut passé, et que les Romains, sans les couvrir, se furent répandus sur ses traces, la monarchie des Parthes se forma. Artaban, dernier rejeton de la dynastie des Arsacides , étoit encore sur le trône lorsque Alexandre Sévère fut mis à la tête du monde romain. Arlaban avoit été ingrat envers un de ses sujets, qui ne lut pas assez généreux pour pardonner l'ingratitude : il se révolte contre son

maître, le renverse, et s'assied dans sa place ^ Il se nomnioit Artaxercès; fils adultérin de la femme d'un tanneur et d'un soldat, il prétendit descendre des souverains de Babylone : on ne conteste point la noblesse des vainqueurs; il fut ce qu'il voulut être. Proclamé l'héritier et le vengeur de Darius, il fit quitter à sa nation le nom des Partlies pour reprendre celui des Perses; établit un empire fatal à Rome, lequel, après avoir duré quatre cent vingt-cinq ans, fut renversé par les Sarrasins.

Non content d'avoir affranchi sa patrie , Artaxercès redemanda aux Romains les provinces qu'ils occupoient dans l'Orient : vouloit-il se faire légitimer par la gloire? On ne sait si Alexandre Sévère vainquit Artaxercès, mais il revint à Rome, et triompha ^ De là il se rendit dans les Gaules. Les mouvements des Goths et des Perses, aux deux extrémités de l'empire, avoient obligé les Romains k porter leurs principales forces sur le Danube et sur l'Euphrate , et à retirer cinq des huit légions qui gardoient les bords du Rhin. ,

1 Dion, lib. Lxxx; Hérodien , lib. vu.

2 Hist. Aug. , pag. 1 33 ; Herodicn , lib. vi. M. de Saint- Martin, dans ses notes sur \ Histoire du Bas- Empire de Lebeau , a jeté un nouveau jour sur l'histoire confuse des rois de Perses et d'Arménie.

L'invasion des chrétiens suivoit parallèlement celle des Barbares. Marnée, mère d'Alexandre, professoit peut-être la religion nouvelle : du moins inspira-t-elle à son fils un grand respect pour cette religion. Il adoroit , dans une chapelle domestique , l'image de Jésus-Christ entre celles d'Apollonius de Tliyane , d'Abraham et d'Orphée \ A l'exemple de la communauté chrétienne qui pubîioit les noms des prêtres et des évêques avant leur ordination, il promulguoit les noms des gouverneurs de provinces % afin

' Primùm ut si facultas esset, id est si non cum uxoie cubuisset, matutinis horis in laïaiio suo, in quo et divos principes , sed oplimos, electos , et animas sanctiores , in queis Apollonium , et quantum scriptor suorum temporum dicit, Christum, Abiahamum et Orpheum, et hujusmodi caeteros habebat. (Lamprid., in Vit Alex. Severi , p. 328. )

2 Denique cùm inter militâtes aliquid ageretur, multorum dicebat et nomina. — De promovendis etiam sibi annotabat , et perlegebat cuncta pittacia , et siciaciebat , diebus etiam pariter annotatis , et quis et qualis esset , et quo insinuante promotus, (Lamprid., Hist. Aug.,p. 320.)

Ubi aliquos voluisset rectores provinciis dare , vel propositos facere , vei procuratores , id est rationales ordinarc, nomina eorum proponebat, liortans populum , ut si quis quid haberct criminis , probaret manifestis rébus : si non probasset, subiret pœnam capitis : dicebatque ifrui'e esse , cum id christiani et judcei facerent in prœdicandis sacerdotibus ([111 ordinandi sunt , non

que îe peuple pût blâmer ou approuver le choix impérial. Il prenoit pour règle de conduite la maxime : « JNe fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse; » il avoit ordonné qu'elle fût gravée dans son palais et sur les murs des édifices publics. Quand le crieur chàtioit un coupable, il lui répétoit la sentence favorite d'Alexandre^ : une seule parole de l'Evangile créoit un prince juste au milieu de tant de princes iniques.

Mais les jurisconsultes placés dans les conseils et dans les charges de l'état, Sabin, Ulpien , Paul , Modestin étoient ennemis des disciples delà croix; leur culte paroissoit à ces magistrats amateurs et gardiens du passé , une nouveauté destructive des anciennes lois ^ et des vieux autels. Ulpien avoit formé le septième livre d'un traité sur le devoir d'un consul, des édits

fierl in provincianun rectoribus , quibus et fortunée hominum comniitterenlur et capita. ( Lamprid., Hist. Aug. , pag. 345. )

'' Clamabatqiie saepiùs quod à quibusdara sivejudaîis, sive christianis audierat et tenebat ; idque per praeconem , cum aliquem emendaret, dici jubebat : quod tibi Jleri non vis , alteri ne feceris .• quam sententiam usquè adeô dilexit , ut et in palatio et in publicis operibus praescribi jubéret. ( Lanipiid., Hist. Aug., pag. 350.)

- At enim puniendi-sunt qui destruunt religiones

(Lat. Divin. Inst. , lib. v, pag. 417. )

statuant les délits à punir, et les peines à infliger aux chrétiens.

Ulpien , préfet du prétoire, égorgé de la main de ses soldats , avoit été disciple de Papinien. On compte ensuite Pauî et Modestin : h ce dernier s'éteint le flambeau de cette jurisprudence dont les oracles furent recueillis par Théodose le jeune et par Justinien. Au surplus si les belles lois attestent le génie d'un peuple, elles accusent aussi ses mœurs, comme le remède dénonce le mal. Au commencement les Piomains n'eurent point de lois écrites : sous leurs trois dernieft rois, une quarantaine de décisions furent recueillies sous le nom de code Papirien ^

■■ C'est le plus ancien monument de la jurisprudence romaine. Sous Tarquin le superbe , Sextus Papirius rassembla dans un seul volume les lois des rois , qui leges regias in uniirn contidit , dit Pomponius , au sujet de la seconde loi du Digeste. Ces lois royales étoient écrites dans la vieille langue latine ou la langue osque conseri'ée dans l'inscription de la colonne de Duïlius, sur la table de Scipion, fils de Barbatus , et dans le senatus-consultepour l'abolition des Bacchanales. Lrt quatre voyelles a, e, i, o, u, prenaient un cl à la fin d'un mot , quand ce mot surtout était à f ablatif. L'e et l'i se mettaient souvent ensemble , ou l'un ])Our l'autre. L'o remplaçait l'e, Vu s'écrivait ou, ou simplement o, ou encore uo , ou enfin oi. Le d se prononçait du et s'e'crivait du. La consonne g n'existait pas et était rem-

Les douze Tables composant en tout cent cinquante textes ( soit qu'elles aient été ou non

placée par le c ; Jbciont ou fouciount ou foicioint pour Jugiunt , montre ces transformations. La consonne m se retranchait souvent quand elle se trouvait à la fin d'un mot , ou prenait une voyelle : urbe pour urbeni , tama pour tam. Ur se changeait souvent en s ou plutôt elle ne s'employait qu'à la fin ou au commencement des mots, on a toujours dit rotna et non pas soma ,• mais au milieu des mots \r que l'on surnommait canina , pour exprimer sa rudesse , se prononçait et s'écrivait s : asa pour ara. X , y , z, étaient des consonnes inconnues dans la langue osque. Les consonnes ne se redoublaient point. A. l'exemple de Joseph Scaliger , Antoine TeiTasson , dans son histoire de la jurisprudence romaine, a restitué quinze textes du droit papirien. \oici l'exemple du premier :

Jou' papeisianom.

Mensa. Deïcatam. Asai. veice. peasestase. jous. estod. utei. endo. Templod. Jounonei'. Poploniai. Aucousta. mensa. est.

Lisez :

Jus papinanum.

Mensam dedicatam-arae vicem praestare jus este, ut in tcmplo Jiinoiiis Populoniae augusta mensa est.

empruntées h la Grèce et expliquées par l'exilé Hermodore ^ ) , suffirent à la république tant qu'elle conserva la vertu. Vinrent ensuite , toujours sous la république, le droit Flavien jt le droit ^Elien. Avec Auguste commença, sous l'empire, la loi Regia qu'on a niée, et successivement s'entassèrent les diverses constitutions des empereurs jusqu'aux codes Grégorien et Hermogénien . Alors les Romains corrompus n'eurent plus assez des sénatus - consultes ^ des plébiscites , des édits des princes , des édits des préteurs , des décisions des jurisconsultes et du

^ Les anciens glossateurs du droit romain racontent sérieusement que les Grecs, avant de faire part de leurs lois aux députés romains , envoyèrent à Rome un philosophe pour savoir ce que c'était que Rome. Ce philosophe, arrivé dans cette ville inconnue, fut mis en rapport avec un fou qui, par de certains signes des doigts, lui indiqua la Trinité. Le philosophe rendit compte de sa mission aux Grecs, et les Grecs trouvèrent que les Romains étaient dignes d'obtenir les lois qui ont fait le fond des douze Tables. Quenidarii stultuni ad disputandum curn Grceco posuerunt , ut si perderet , tantuni derisio esset. GrcECUS sapiens nutu disputare cœpit , et elevavit uniim digitum , iinuin Deuni significans. Stultus , credens quod vcllet euni uno oculo excœcare , clevavit duos , et cuni cis elevavit etiani policeni , sicut naturaliler ei>enit , quasi cœcare euni uellet utrcque. Grœcus autrni credidit quod Trinitatem ostendemt.

droit coutitmier. La famille en vieillissant multiplioit les cas de jurisprudence; l'esprit des tribunaux se subtilisoit, à mesure que s'enchevê- *pient les rapports des choses et des individus. Deux mille volumes, compilés par Tribonien, forment le corps du droit Romain sous le nom de Code, de Digeste ou Pandectes , à'Institutes et de JYovelles , sans parler du droit Grec-Piomain, ou de la paraphrase de Théophile , et des sept volumes in-folio des Basiliques , ouvrage des empereurs Basile, Léon le philosophe et Constantin Porphyrogénète; solide masse qui a survécu à Rome, mais qui n'a pu l'arc-bouter assez pour l'empêcher de crouler. La société vit plus par les mœurs que par les lois, et les nations qui se sauvent avec leur innocence périssent souvent avec ^ leur sagesse.

Pendant les règnes de Sévère, de Caracalla , deMacrin, d'Elagabale, et d'Alexandre, le pape Zéplîirin succéda à Victor martyr, Calixte h Zéphirin , Urbain k Calixte , et Pontien à Calixte. Minutius Félix écrivit son dialogue pour défense du christianisme. Minutius se promène un matin, au bord de la mer à Ostie, avec Octavius, chrétien, et Cécilius attaché au paganisme : les trois interlocuteurs regardent d'abord des enfants qui s'amusoient h faire glisser des cailloux aplatis sur la surface de

l'eau ; ensuite Minutius s'assied entre ses deux amis. Cécilius, qui avoit salué une idole de Sérapis , demande pourquoi les ehrétiens se cachent, pourquoi ils n'ont ni temples, ni autels, lii images? Quel est leur Dieu? D'où vient-il? où est-il ce Dieu unique, solitaire, abandonné, qu'aucune nation libre ne connoît. Dieu de si peu de puissance qu'il est captif des Romains avec ses adorateurs ? Les Romains, sans ce dieu , régnent et jouissent de l'empire du monde. Vous chrétiens , vous n'usez d'aucuns parfums ; vous ne vous couronnez point de fleurs ; vous êtes pâles et tremblants ; vous ne ressusciterez point comme vous le croyez, et vous ne vivez pas en attendant cette résurrection vaine.

Octavius répond que le monde est le temple de Dieu, qu'une vie pure et les bonnes œuvres sont le véritable sacrifice. Il réfute l'objection tirée de la grandeur romaine , et tourne à leur avantage le reporche de pauvreté adressé aux disciples de l'Evangile : Cécilius se convertit. Peu de dialogues de Platon offrent une plus belle scène et de plus nobles discours ^

Origène, fils d'un joère martyr, ouvrit k Alexandrie son école chrétienne; il y enseignoit

1 Minut. in Octav.

toutes sortes de sciences. Marnée, mère de l'empereur, le voulut voir; les païens et les philosophes assistoient à ses cours , lui dédioient des ouvrages, et le vantoient dans leurs écrits. Il avoit appris l'hébreu ; il étudioit encore l'Écriture dans la version des Sep tan tes, et dans les trois versions grecques d'Aquila , de Tliéodosion, et de Symmaque. 11 composa un si grand nombre d'ouvrages, que sept sténographes étoient occupés à écrire chaque jour sous sa dictée ^ : on connoit sa faute, et sa condamnation. 11 eut le génie , l'éloquence et le malheur d'Abailard, sans le devoir à une passion humaine; il n'eut de foible;sse que pour la science et la vertu. C'est dans Origène que s'opéra la transformation du philosophe païen dans le philosophe chrétien : sa méthode étoit d'une clarté iniinic, sa parole d'un grand charme. D'autres écrivains ecclésiastiques se firent aussi remarquer alors, en particulier Hippolyte , martyr, et peut-être évoque d'Ostie . il inventa , à l'effet de trouver le jour de Pâques , un cycle de seize ans , qui nous est parvenu ^.

Vous avez vu Alexandre partir pour les Gaules , où trois légions seulement étoient restées. Le

'' Euseb. , lib. vi, c. 21 , 23 et sq. ' Hier Script.

désordre setoit mis dans ces légions; l'empereur s'efï'orça d'y rétablir la discipline; elles se soulevèrent à l'instigation de Maximin. Le fils de Maniée avoit déjà régné treize ans, et promettoit de vivre ; c'étoit trop : les largesses que les gens de la pourpre faisoient au soldat à leur élection devinrent pour eux une nouvelle cause de ruine. L'empire étoit une ferme que le prince prenoit à bail , moyennant une somme convenue, mais avec une clause tacite, en vertu de laquelle il s'engageoit à mourir promptement.

Des assassins suscités par Maximin tuèrent Alexandre avec sa mère dans le bourg de Sécila, près de Mayence.

L'empire perdit le reste d'ordre dans lequel nous Tavons vu se survivre jusqu'ici : guerres civiles, invasion générale des Barbares, territoire démembré, provinces saccagées, plus de cinquante princes élevés et précipités , tel est le spectacle qu'on a sous les yeux pendant un demi-siècle, jusqu'au règne de Dioclétien , où le monde se reposa dans d'autres malheurs. Un état qui renferme dans son sein le germe de sa destruction marche encore si personne n'y porte la main ; mais au moindre choc il se brise : la science consiste à le laisser aller sans le toucher.

M»ïii.iit, Maximin remplaça Alexandre:

einp. ^ '

ArcTBÈRE, riBiEK, Voici un premier Barbare sur le trône, et

papes. ^

De j.-c. 235 238. dccette race même qui produisit le premier vainqueur de Rome. Il éloit né en Thrace, son père se nommoit Micca et étoit Gotli ; sa mère s'appeloit Ababa et descendoit des Alains. Pâtre d'abord, il devint soldat sous Septime Sévère , centurion sous Caracalla , tribun sous Elagabale qu'il fut au moment de quitter par pudeur ^ , et enfin commandant des nouvelles troupes levées par Alexandre : cet ambitieux Barbare sacrifia son bienfaiteur.

il avoit huit pieds et demi dehaut; il traînoit seul un chariot chargé , brisoit d'un coup de poing les dents ou la jambe d'un cheval, réduisoit des pierres en poudre entre ses doigts , fendoit des arbres , terrassoit seize, vingt et trente lutteurs sans prendre haleine , couroit de toute la vitesse d'un cheval au galop, remplissoit

^ Tùm ille ubi vidit infamem principeni sic exorsum , à mifitiâ discessit .. Fuit igitur Maximinus ^ sub homine impui'issimo, tantùm honore tnbunatus, sed nunquatn

ad manum ejus accessit; nunquam illum salutavit

ut de eo in senatu verba faceret Sevei'us Alexander talia : Maximinus, patres conscripti, tribunus , cui ego latum clai'um addidi, ad me confugit qui sub impurâ illâ belluâ militarc non poluit. ( Hist. Aug., p. 370.)

plusieurs coupes de ses sueurs , mangeoit quarante livres de viande, et buvoit une amphore de vin dans un jour \ Grossier, et sans lettres, parlant à peine la langue latine , méprisant les hommes , il étoit dur , hautain , féroce, rusé , mais chaste et amateur de la justice; il étoit brave aussi, bien qu'il ne fût pas, comme Alaric , de ces soldats dont l'épée est assez large pour faire une plaie qui marque dans le genre humain. On sent ici une nouvelle race d'hommes, laquelle avoit

' Erat pi^tereà (ut refert Codrus ) magnitudine tantâ ut octo pedes digito videretur egressus : poliice ita vasto' ut uxons dextrocherio uteretui- pio annulo. Jam illa propj in aure m.hi sunt posita, quod hamaxas manibus attraheret, rhedam onustam solus moveret : equo si puqnum ded.sset, dentés solveret : si calcem , crura fran^eret • lapides tophiciosfiiaret , arbores teneriores scindere'^t • alii denique eum Crotoniatem Milonem , alii Herculem Antœumaliivocârunl... Cum militibus ipse Juctam exercebat, quinos, senos , et septenos ad terram prosternens... Sexdecim lixas uno sudore devicit... Volens Severus explorare quantus in currendo esset , cquum admisit multis circuitionibus, et cum neque Maximinus accurrendo permulta spatia desisset , ait ei... Bibissé illum sœpè in die vini capitolinam amphoram constat • comedisse et quadraginta libras carnis; ut autem Cordus d.ct etiam sexaginta... Sudores sa^pe suos excipiebat et '" cabces velin vascnkim mittebat : ita ut duos vel ir.s sextanossu.sudoris ostenderct. (Hist. Aug., p. SôS-Sôg-

Page 1