TOME I
trop ce que l'ancienne n avoit plus assez. Dieu prenoit par la main l'enrôlé dans ses milices, pour le montrer à la terre, et annoncer la transmission des empires. Il n'y avoit que treize années entre le règne d'Élagabale et celui de Maximin : l'un étoit la fin , l'autre le commencement d'un monde.
Ainsi une même génération de Romains eut pour maîtres, en m'oins. d'un quart de siècle, un Africain, un Assyrien et un Goth : vous allez bientôt voir passer un Arabe. De ces divers aventuriers, candidats au despotisme, qui affluaient à Rome, aucun ne vint de la Grèce ; cette terre de l'indépendance , se refusoit a produire des tyrans. En vain les Goths firent périr ses chefs - d œuvre ; la dévastation et l'esclavage ne lui purent ravir ni son génie , ni son nom. On abattoit ses monuments, et leurs ruines n'en devenoient que plus sacrées; on dispersoit ces ruines et l'on trouvoit au-dessous les tombeaux des grands hommes; on brisoit ces tombeaux, et il en sortoit une mémoire immortelle I Patrie comune de toutes les renommées ! Pays qui ne manqua plus d'habitans l car partout où naisso.t un étranger illustre , là naissoit un enfant adoptif de la Grèce, en attendant la résurrection de ces indigènes de la liberté et de la gloire, qui
HISTORIQUES. m
dévoient un jour repeupler les champs de Platée et de Marathon.
Les Romains, revenus de leur surprise, se soulevèrent : ils ne supportèrent pas l'idée d'être gouvernés par un Goth devenu citojen en vertu du décret général de Caracalla; comme s'il étoit séant à ces esclaves de montrer quelque fierté !
Des conspirations éclatèrent, et furent punies : Maximin prétendoit réformer l'empire, de la même façon qu'il avoit rétabli la discipline des légions, par des supplices. A la moindre faute , il faisoit jeter aux bêtes , attacher en croix , coudre dans les carcasses d'animaux nouvellement tués , les principaux citoyens. Il détestoit le sénat, et ces patriciens les plus vils et les plus insolents des hommes; il avoit la foiblesse de rougir de sa naissance devant ces nobles qui oublioient trop lâchement leur origine, pour avoir le droit de se remémorer la sienne. Des amis qui l'avoient secouru lorsqu'il étoit pauvre , furent massacrés ; il ne leur put pardonner leur souvenir ^ : ce n'étoit pas les témoins de sa misère qu'il devoit tuer; c'étoit ceux de sa fortune. Il inspira une telle frayeur aux sénateurs qu'on fit des prières publiques,
^ Ilist. Aug. , pag. 141 ; Hcrodian. , lib. vu, pag, 237.
afin qu'il plût aux dieux de l'empêcher d'entrer dans Rome.
On l'avoit appelé Hercule, Achille, Ajax, Miion le Crotoniate ; on le nomma Cyclope , Phalaris, Busiris, Sciron, Typhon et Gygès; peuple retombé par la corruption dans les fables, comme on retourne à l'enfance par la vieillesse.
Maximin battit les Sarmates et les Germains. 11 raandoit au sénat : « Nous ne saurions vous dire )) ce que nous avons fait, pères conscrits; mais » nous avons brûlé les bourgs des Germains, en- » levé leurs troupeaux, amassé des prisonniers, )) et exterminé ceux qui nous résistoient. » Une autre fois : « J'ai terminé plus de guerres qu'au- » cun capitaine de l'antiquité, trant^porté dans » l'empire romain d'immenses dépouilles , et fait )) tant de captifs qu'à peine les terres de la ré- » publique pourroient les contenir ^ »
Mais l'Alrique se soulevoit , et proclamoit augustes les deux Gordiens, le père et le fils.
Gordien le vieux, proconsul d'Afrique, descendoit des Gracques par sa mère, de Trajan par son père , de ce que Rome libre et esclave eut de plus illustre. Son père, son aïeul, son bisaïeul et lui-même avoient été consuls;
1 Id. , ib.
ses richesses ne se pouvoient compter; on ci toit ses jeux, ses palais, ses bains, ses portiques; c'étoit bien des prospérités pour mourir : il est vrai que l'empire l'atteignit malgré lui.
Un receveur du fisc ayant été massacré à Thysdrus en Afrique, les auteurs du meurtre, pour écbapper à la vengeance de Maximin, revêtirent Gordien le vieux des insignes de la puissance. Il les repoussa , se roula par terre en pleurant ; résistance inutile ; on le condamna à la pourpre. Gordien le jeune fut salué auguste : ami des lettres , il déploroit les malheurs de sa patrie entre les femmes et les muses.
Le sénat confirma l'élection des deux Gordiens, et déclara Maximin ennemi de la république. L'empereur , à cette nouvelle , se heurta la tête contre les murs , déchira ses habits, saisit son épée, voulut arracher les yeux à son fils, but et oublia tout. Le lendemain , il assemble ses troupes. « Camarades , » les Africains ont trahi leurs serments; c'est » leur coutume. Ils ont élu pour maître un )) vieillard à qui le tombeau conviendroit mieux » que l'empire. Le très-vertueux sénat , qui » jadis assassina Romulus et César, m'a déclaré » ennemi de la patrie , tandis que je combattois » et triomphois pour lui. Marchons contre le
» sénat et les Africains : tous leurs biens sont à )) vous ''. »
Lorsque Maximin tenoit ce discours , il n'avoit déjà plus rien k craindre des Gordiens ^ : Capellien, gouverneur de la Numidie, fidèle à Maximin , gagna une bataille où le jeune Gor^ dien perdit la vie. Le vieux Gordien s'étrangla avec sa ceinture pour ne pas survivre à son fils, et pour sortir librement des grandeurs où il étoit entré de force.
Le sénat désigna deux nouveaux empereurs, Maxime Papien , brave soldat, et Claude Balbin , orateur et poëte ; il les choisit parmi les vingt commissaires qu'il avoit chargés de la défense de l'Italie. Petit-fils du vieux Gordien et neveu ou fils du jeune, un troisième Gordien, âgé de treize ans, fut en même temps proclamé césar. Des messagers coururent de toutes parts ordonnant aux habitants des campa'gnes de détruire les blés, de chasser les troupeaux, de se retirer dans les villes , et d'en fermer les portes à Maximin.
Cependant un accident avoit fait éclater à Rome la guerre civile; il y eut des assauts, des
^'Herodian. , lib, vu, Hist. Aug.
- Le vieux Gordien avoit régné trente-six jours.
combats , des incendies. La présence de l'enfant Gordien apaisa le tumulte : les deux partis se calmèrent k la vue de la pourpre ornée de l'innocence et de la jeunesse ^
L'empereur n'avoit point communiqué son ardeur à ses soldats ; sa rigueur à maintenir la discipline , lui avoit enlevé l'amour des légions. Il mit le siège devant Aquilée : les habitants se défendirent; les femmes coupèrent leurs cheveux pour en faire des cordes aux machines de guerre. En mémoire de ce sacrifice , un temple fut élevé à Vénus la Chauve ^. La fortune se retira de Maximin : on le massacra lui et son fils.
Le courrier qui transmit à Rome le message
^ Herodian , lib. vu , Kist. Aug.
^ Tantâ fide Aquileienses contra Maximinum pro senatu fuerunt, ut funes de capillis mulierum facerent, cum deessent nervi ad sagittas emittendas : quod aliquandô Romae dicitur factum. Undè in honorem matronarum, templum Veneri Calvae senatus dicavit. (Hist, Aug. p. 398.)
Lactance raconte la même chose des femmes romaines.
Urbe à Gallis occupatâ , obsessi in Capitolio Romani cum ex mulierum capillis tormenta fecissent , aedem Veneri Calvae consecrâruut. (Lact. Div. Inst. , lib. p. 88,
in -4".)
de l'armée , trouva le peuple au théâtre; c'étoit là qu'on étoit toujours sûr de le rencontrer. Ce peuple , tourmenté de grandeur et de misère, nourri dans les fêtes et les proscriptions, devina , la nouvelle avant de l'avoir entendue. Il s'écria : « Maximin est mort ! » Les jeux finissent , on court aux temples remercier les dieux : tradition , et moquerie des grands hommes et des hauts faits de la liberté républicaine. La tête de l'auguste et celle du césar furent dépêchées au sénat. Le fils du géant Maximin avoit été instruit dans les lettres; ses goûts, ses manières, sa parure, étoient élégants et recherchés ; beaucoup de femmes l'avoient aimé. Au lieu de l'armure de fer de son père , il portoit une cuirasse d'or, un bouclier d'or, une lance dorée, un casque enrichi de pierreries ^ Après sa mort , son visage meurtri, souillé de sang et de poussière, ofiroit encore des traits admirables. On avoit jadis appliqué au jeune césar les vers où Virgile
■• Usus estautem idem adolescens (Maximin. junior) et aureâ loricâ exemple Ptolemaeorum ; usus est argenteâ , usus et clypeo gemmato inaurato, et hastâ inauratâ. Fecit et spathas argenteas , fecit etiam aureas... fecit et galeas gemmatas , fecit et bucculas. Quaedam parens sua libres hoiiiericos omnes purpureos dédit, aureis litteris scriptos. (Hist. Aug. p. 3o6.)
compare la beauté du fils dEvandre à l'étoile du matin , soi^tanl tout humide du sein de l'Océan ^ Son sort attendrit un moment la populace, qui brûla dans le Champ-de-Mars , avec mille outrages , la tête charmante sur laquelle elle venoit de pleurer. Ainsi finirent ces deux Goths souverains à Rome avant Alaric, mais par la pourpre et non par l'épée.
Il faut fixer au règne de Maximin le commencement de cette succession d'empereurs militaires nés des circonstances , qui , demi- Barbares, soutinrent l'empire contre les efforts des Barbares. C'est aussi à cette époque qu'éclata la rivalité du sénat et de l'armée pour l'élection du prince; nouvelle cause de destruction ajoutée à toutes celles qui fermentoient dans l'état.
^ Usus est magistro grseco littei'atore Fabilio, cujus epigrammata multa extant, maxime in imaginibus illius pueri, qui versus graecos fecit ex illis latinis Virgilii , cum Ipsum puerum describeret :
Qualis ubi Oceani perfusus Lucifer undâ Extulit os sacrum cœlo , tenebiasque resolvit; Talis eratjuvenis primo sub nomine clarus '.
(Hist. Aug. p. 392.)
Dans ce passage du huitième livre de l'Enéide, il y a un vers relranclié et un vers inlerpolé.
Ce sénat, d'ailleurs si abject, avoit jusque-là conservé, par ses traditions de gloire, par son nom , par la richesse de ses membres et les dignités dont ils étoient revêtus, une sorte de puissance inexplicable : c'étoit au sénat que les empereurs rendoient compte de leurs victoires; c'étoit le sénat qui gouvernoit dans les interrègnes. Les années se marquoient par consulat; la religion et l'histoire se rattachoient à l'existence sénatoriale. On lisoit partout S. P. Q. R., lorsqu'il n'y avoit plus ni sénat ni peuple : Rome parloit encore de liberté , comme ces rois modernes qui inscrivent au protocole de leurs titres les souverainetés qu'ils ont perdues.
Jusqu'au règne de Maximin, il y avoit eu sinon intelligence , du moins accord forcé entre les légions et le sénat ; mais pendant les troubles de ce règne , les sénateurs ayant élu seuls trois maîtres , furent si satisfaits de ce retour d'autorité, qu'ils ne se purent empêcher de témoigner l'envie de la garder. Les légions s'en aperçurent , et ne se laissèrent pas dominer. Les empereurs proclamés dans les provinces par les armées , s'habituèrent à considérer le sénat comme un ennemi de leur pouvoir, et dont le suffrage ne leur étoit pas nécessaire; ils s'éloignèrent de Rome où ils ne résidèrent plus que rarement , et malgré eux. La ville éter-
iielle s'isola peu à peu au milieu de l'empire ; et tandis qu'on se battoit autour d'elle , elle s'assit à l'ombre de son nom , en attendant sa ruine.
Maximin persécuta la religion. On trouve dans cette persécution la première mention certaine des basiliques chrétiennes : toutefois, il est question d'un lieu consacré au culte du Christ , sous le règne d'Alexandre Sévère.
Quelques auteurs ont cru que la persécution avoit eu pour but principal en Orient d'atteindre Origène : le peuple et les philosophes auroient regardé comme un grand triomphe l'apostasie de ce défenseur de l'Eglise^ qui par l'ascendant de son génie avoit opéré une multitude de conversions.
D'autres écrivains ont pensé que la persécution prit naissance à l'occasion du soldat en faveur duquel Tertullien écrivit le livre de la Couronne. Je vous ai souvent dit qu'à l'élection d'un empereur l'usage étoit de faire des largesses aux soldats : ceux-ci , pour les recevoir, se couronnoient de lauriers. Lors de l'avènement de Maximin , un légionnaire s'avança , tenant sa couronne à la main ; le tribun lui demanda pourquoi il ne la portoit pas sur
' Oros. , lib. VII , cap, 19.
la tête comme ses compagnons: « Je ne le puis, répondit-il , je suis chrétien. »
Tertullien approuve le légionnaire % le couronnement de lauriers lui paroissant entaché d'idolâtrie.
Auprès des élections par le glaive , se continuoient les élections paisibles de ces autres souverains qui régnoient par le Roseau. Le pape Urbain étant mort a voit eu pour successeur Pontien, lequel, exilé dans l'île de Sardaigne, abdiqua. Auteros , qui le remplaça, ne vécut qu'un mois, et Fabien fut proclamé II janvier 23G. évêquc dc Romc.
La science, au milieu des guerres civiles et étrangères, brilloit dans les hautes intelligences chrétiennes. Théodore ou Grégoire de Pons, surnommé le Thaumaturge, paroissoit; Africain écrivoit son Histoire universelle , qui , commençant à la création du monde , s'arrêtoit à l'an 22 1 de notre ère ^, L'histoire y étoit traitée d'une manière jusqu'alors inconnue ; un chrétien obscur venoit dire à l'empire éclatant des Césars, qu'il étoit nouveau, que ses faits
1 Tertul. , de Cor.
2Euseb. , hb. vi,^Hist. , cap. 32; Phot. , Bibl. , cod. 34.
et ses fables n'avoient qu'un jour, comparés à l'antiquité du peuple de Dieu et de la religion de Moïse : à cette échelle devoit se mesurer désormais la vie des nations. La chronique d'Africain ne se retrouve plus que dans celle d'Eusèbe.
Origène publia l'ouvrage qui lui avoit coûté vingt-huit ans de recherches ^ : c'étoit une édition de l'Ecriture à plusieurs colonnes, et qui prit le nom ôHHexaple , d'Octaple , et de Tetraple, selon le nombre des colonnes. Dans les Hexaples, la première colonne contenoitle texte hébreu en lettres hébraïques, la seconde le même teste en lettres grecques, la troisième la version grecque d'Aquila, la quatrième celle de Symmaque, la cinquième celle des Septantes, la sixième, le texte hébreu de Théodotion.
Les Octaples avoient deux colonnes de plus, composées de deux versions grecques , l'une trouvée à Jéricho par Origène lui-même, l'autre à Nicopoli en Epire. L'idiome des maîtres du monde n'étoit pas employé dans cet immense travail. Quelques versions latines, faites sur la version des Septantes , suffisoient aux besoins de l'église de Rome et des autres églises d'Occident. Les Grecs s'obstinoient à regarder
^ Eus. ; VI , Hist. , cap. 1 6 ; Epiph. de mens. , n. 18, 19
la langue de Gicéron comme une langue barbare.
Les conciles se multiplioient, soit pour les besoins de la communauté chrétienne, soit pour régler la discipline et les mœurs, soit pour combattre l'hérésie. Cyprien , jeune encore , faisoit entendre sa voix à Carthage; homme dont l'éloquence fleurie devoit inspirer l'éloquence de Fénélon, comme la parole de Tertullien animer la parole de Bossuet.
Tout s agitoit parmi les Barbares : les uns s'assembloient sur les frontières, les autres s'introduisoient dans l'empire, ou comme vainqueurs, ou comme prisonniers , ou comme auxiliaires. Les chrétiens augmentoient également en nombre et éiendoient leurs conquêtes parmi les
•^ conquérans.
Maxime et b*lbik , Maximc ct Balbin se trouvèrent empereurs fÀe^e'k, après la mort de Maximin : le premier étoit
Dej!-c!a38. cnvironné d'un corps de Germains qui lui étoient attachés comme les Suisses et les gardes écossoises à nos rois. Les prétoriens en prirent ombrage ; ils n'approuvoient point une élection uniquement due au sénat. Ils coururent aux armes dans le temps que la ville étoit occupée des jeux capitolins : les empereurs , arrachés de leurs palais , furent égorgés avec les outrages jadis prodigués à Vitellius : il y avoit dans
les archives de l'état des précédents pour toutes les espèces de meurtres et de vices. Maxime , fils d'un serrurier ou d'un charron , était un homme brave, habile dans la guerre, modéré et si sérieux qu'on î'avoit surnommé le triste. Balbin , d'une famille qui passoit Dûur noble , sans être ancienne , étoit doux et affable : on disoit du premier qu'il faisoit accorder ce qui était dû, et du second qu'il donnoit au delà. Le troisième Gordien , petit-fils de Gordien le vieux , avait déjà été nommé césar ; les prétoriens le saluèrent auguste : le sénat et le peuple le reconnurent.
Ce prince régna trop peu : il eut pour beaupère son maître de rhétorique , Mjsithée , qui l'arracha aux mains des eunuques ^ : Gordien fit de Mysithée son préfet du prétoire et son ministre. Mysithée avoit été un homme obscur avant de prendre les renés de l'état ; condition nécessaire pour parvenir lorsqu'on est né avec des talens : dans la carrière politique on ne monte point au pouvoir avec une réputation faite.
La guerre, sous Gordien III, ne fut pas considérable; mais elle offrit de grands noms: Sapor, fils d'Ataxercès, attaqua l'empire en Orient et
^ Hist. Aug. p. 161.
les Franks se montrèrent dans les Gaules. Aurélien, depuis empereur, commaudoit alors une légion ; il battit les Franks près de Mayence , en tua sept cents et en fit trois cents prisonniers. Cela passa pour une victoire si importante que les soldats improvisèrent, i^t'ux médians vers qui sont restés :
Mille Francos, mille Sarmatas semel occidimus; Mille, mille, mille Persas quserimus''.
Ainsi le nom de nos pères se trouve pour la première fois dans une chanson de soldat , qui exprime à la fois leur valeur et la frajeur des Romains.
Gordien III se prépare à repousser Sapor ; avant de sortir de Rome il ouvre le temple de Janus ; c'est la dernière fois qu'il est question de cette cérémonie dans l'histoire. On présume que le temple ne se ferma plus: ce fut comme un présage des destinées de l'empire. Gordien , passant par la Mœsie et par la Tlirace, défit les Goths et fut moins heureux contre les Alains. Il remporta quelques avantages sur Sapor. Il dut son succès à Mysithée que le sénat honora
^ Vopisc. in vit. Aurelian. , Hist. Aug.
du nom de tuteur de la république : Gordien eut la candeur d'en convenir, en rendant compte de ses victoires au sénat ^ : c'est être digne de la gloire que de la rendre à celui qui nous la donne.
Rome caduque ne portoit qu'en souffrant un grand citoyen : quand par hasard elle en produisoit un, comme une mère épuisée elle n'avoit plus la force de le nourrir. Mysithée mourut , peut-être empoisonné par Philippe qui lui succéda dans la charge de préfet du prétoire. Dès ce moment le bonheur abandonna Gordien : il y a des esprits faits pour paroître ensemble et qui sont leur complément mutuel. Les sociétés, à leur naissance , réparent facilement la perte d'un homme habile ; mais quand elles touchent à leur terme , si les gens de mérite qui leur restent viennent à manquer , tout tombe.
Le nouveau préfet du prétoire étoit Arabe et fils d'un chef de brigands : Philippe, d'abord associé à Gordien , finit par l'immoler. Gordien s'abaissa à demander successivement le partage égal du pouvoir, le rai^g de césar, la charge de préfet du prétoire , le titre de duc ou de gouverneur de province , enfin la vie : le meurtrier lui refusa tout, excepté de petites funérailles.
^ Hist. Aug. Aurcl. Vict.