‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 26 sur 59 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Pdiliite , eiTip.

Faeii

i4r) ÉTUDES

Le dernier descendant des Gracques comptoit k peine vingt-trois années : l'humble tombeau du ieune empereur romain s'éleva loin du Tibre, au confluent du Chaboras et de l'Euphrate, à quelque distance des ruines de cette Babylone qui vit pleurer Israël auprès des sépulcres des grands rois.

Philippe , proclamé auguste, et son fds césar, conclurent la paix avec Sapor et vinrent à Rome. De,..r:^i-.49. Jugez de l'état où Rome étoit parvenue : on ne sait si l'on ne doit point placer à l'époque de l'avènement de Phihppe , l'existence de deux empereurs, un Marcus, philosophe de métier, et un Severus Hostilianus. On ne connok que les noms de ces deux titulaires du monde ; on ignore même s'ils ont régné.

C'est aussi à compter de cette époque qu'on nomme tyrans, pour les distinguer des empereurs , les prétendants à l'empire, lesquels, élus parles légions, n'étoient pas avoués du sénat. Il n'y avoit pourtant entre ces hommes également oppresseurs que l'inégalité de la fortune : on donnoit au succès le titre que l'on refusoit au

malheur.

On est encore dans le doute sur la vérité d'un fait grave : Philippe étoit-il chrétien? les preuves sont foibles , et nous aurons dans la suite d'assez méchans princes dé la Foi , sans revendiquer ce-

îui-ci ; mais c'est une marclie historique à signaler que la coïncidence de l'élévation à l'empire d'un Goth dans Maximin, et peut-être d'un chrétien dans Philippe.

Philippe céléhra les jeux séculaires : ( 248 an. 21 avril) Horace les avoit chantés sous Auguste; jeux mystérieux solennisés pendant trois nuits à la lueur des flambeaux au bord du Tibre ' , et qu'aucun homme ne voyoit deux fois dans sa vie : ils accomplissoient alors une période de mille ans pour l'ancienne Rome; ils furent interrompus. Plus de mille autres années s'écoulèrent avant qu'un prince de la Rome nouvelle les rétablît sous le nom àe jubilé, l'an i 300 de l'ère vulgaire. Boniface YIII officia avec les ornemens impériaux; deux cent raille pèlerins se trouvèrent réunis à la fête. Clément YI , Urbain VI et Paul II , fixèrent successivement le retour du jubilé, le premier à la cinquantième, le second à la trente -troisième, le dernier à la vingt -cinquième année; Clément, en considération de la brièveté de la vie; Urbain , en mémoire du temps que Jésus-Christ a passé sur la terre; Paul, pour la rémission plus prompte des fautes. Les esclaves et les étrangers n'assistoient point aux jeux séculaires de Rome

' Zosim. , lib. ii.

14è ÉTUDES

idolâtre : les infortunés et les voyageurs étoient

appelés au jubilé de Rome chrétienne.

Philippe fit la guerre aux Garpiens , peuples habitants des monts Carpathes dans le voisinage des Goths : ces derniers avoient commencé, dès le règne d'Alexandre Sévère , à recevoir un tribut des Romains; les Garpiens voulurent obtenir la même faveur, et furent vaincus.

Tout à coup s'élèvent deux nouveaux empereurs. Saturnien en Syrie, Marinus en Mœsie. Dèce , dont le nom rappelle la première grande invasion des Barbares , étoit né de parents obscurs ; élevé au consulat ou par ses talents ou par les révolutions qui faisoient surgir indistinctement le mérite et la médiocrité, le vice et la vertu , Dèce se trouva chargé de punir les partisans de Marinus : ils le forcèrent de prendre sa place, de marcher contre Philippe et de lui livrer bataille. Les crimes étoient tombés dans le droit commun , et les guerres civiles formoient le tempérament de l'état. Philippe fut vaincu et tué k Vérone ^ , son fils égorgé à Rome.

On raconte de ce jeune homme que depuis l'âge de cinq ans il n'avoit jamais ri ; il ne monta point au trône , et perdit les joies de l'enfance : il les eût gardées , s'il fût resté sous la tente de

1 Zosim., lib. i ; Zdnar., lib, xii.

l'Arabe. Dans ces temps, un prince ne périssoit presque jamais seul; ses enfans étoient massacrés avec lui. Cette leçon répétée ne corrigeoit personne : on trouvoit mille ambitieux, pas un père.

Tel étoit l'état det hommes et des choses à l'avènement de Dèce ; tout hâtoit la dissolution de l'état. Les Barbares n'avoient rien devant eux, sauf le christianisme qui les attendoit pour les rendre capables de fonder une société, en bénissant leur épée.

PREMIER DISCOURS

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