‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 27 sur 59 · DE DÈCE OD DECIUS A CONSTANTIN · texte numérisé non relu

DE DÈCE OD DECIUS A CONSTANTIN

L4A véritable histoire des Barbares s'ouvre avec décids.

le règne de Dèce. On les va maintenant mieux fab.e»,

connoître ; ils vont donner un autre mouve- p^pes.

ment aux affaires ; ils vont mêler les races , mul- ■ ^o ^ '• tiplier les malheurs, accomplir les destinées du

vieux monde , commencer celles du monde nouveau. Aux courses rapides , aux incursions passagères que les Calédoniens faisoient dans la Grande-Bretagne, les Germains et les Franks dans les Gaules, les Quades et les Marcomans sur le Danube, les Perses et les Sarrazins en Orient, les Maures en Afrique, succéderont des invasions formidables : les Goths paroîtront; les autres Barbares, campés sur les frontières, les pousseront , les suivront. Il semble déjà que le bruit des pas et les cris de cette multitude^ font trembler le Capitole.

Les Goths, peut-être, de l'ancienne race des Suèves, et séparés d'elle parCotualde, les Goths fils des conquérants de la Scandinavie , dont ils avoient peut-être chassé les Cimbres, a voient étendu leur domination sur une partie des autres Barbares , les Bastarnes, lesVenèdes, les Saziges , les Roxolans , les Slaves, ou Vandales, ou Esclavons , les Antes et les Alains originaires du Caucase ^ Odin, leur premier légis-

"i Consuhez pour cette histoire embrouillée des Barbares, Bayer, Gatterer, Adelung, Schlœzer^ Reineggs , Malte-Brun, etc., etc. Ces savants hommes ont des systèmes contradictoires : l'un ne voit en Germanie que des Suèves et des non Suèves; l'autre veut que les Slaves soient les Vandales; celui-ci fait des Slaves des Yenèdes et reconnoît des Slaves mêlés et des Slaves proprement

lateur, fut aussi leur dieu de la guerre , à moins qu'on ne suppose deux Odin : en le plaçant dans le ciel , ils ne firent qu'une seule et même

dits. Les Suèves deviennent des Allamans , les Allemands d'aujourd'hui, etc., etc. Au milieu de tout cela, il faut encore trouver place pour le système par la division des langues, la race finnoise, caucasienne, que sais-je ? J'ai présenté ici au lecteur et dans Vexposition de ce discours , ce qui m'a semblé le moins obscur. Je crois avoir été le premier à recueillir les noms et le nombre des hordes de l'Amérique septentrionale ( Voyage en Amérique) , malgré l'aridité et la confusion des traditions de ces sauvages , il est moins difficile de s'en faire une idée approximative que de répandre quelque clarté sur l'histoire des peuples germaniques. Les Romains, qui ignoroient les langues de ces p&uples , ont tout confondu , et quand ces peuples se sont civilisés , déjà loin de leur origine ils n'ont plus trouvé que quelques chansons et des traditions orales mélangées de fables et de christianisme. Malheureusement la grande Histoire des Goths de Cassiodore est perdue, et il ne nous en reste que l'abrégé de Jornandès. Grotius a donné une édition des écrivains goths. Agalthias et surtout Procope, offrent une des grandes sources de l'histoire gothique. Jornandès parle de quelques chroniques des Goths en vers, citées par Ablavius et l'on a dans la traduction des quatre Evangiles par Ulphilas , le plus ancien monument de la langue teutonique. Il est du quatrième siècle. Ulphilas avoit été obligé d'inventer des lettres inconnues , pour exprimer certains sens de la langue des Goths. Le serment de Charles, en allemand, dans Nithard (842), est postérieur de plus de 480 années à la traduction d'Ul-

chose de la loi et de la religion. Odin avoit un temple à Upsal , où l'on immoloit tous les neuf ans deux hommes et deux animaux de chaque espèce, si toutefois Odin, Upsal et son temple existoient dans ces temps reculés ^ ou si même ils ont jamais existé.

Dans le siècle des Antonins, au moment où l'empire romain arrivoit au plus haut point de sa puissance, les Goths firent leur premier pas , et s'établirent à l'embouchure de la Vistule. Les colonies des Vandales, ou sorties de leur sein, ou Slaves enrôlés à leur suite, se répandirent le long des rivages de l'Oder , des côtes du Mecklembourg et de la Poméranie. Les Goths, séparés en Ostrogoths et en Visigoths , Goths occidentaux et Goths orientaux , se subdivisèrent encore par bandes ou tribus, sous les noms d'Hérules, de Gépides, de Burgondes, ou Bourguignons, de Lombards^. Si Ton ne veut pas que ces der-

philas et de plus de cinq siècles au chant teutonique qui célèbre la victoire de Louis , fils de Louis-le-Bègue sur les Normands, en 88 1. La chronique de Marins, qui commence à l'an 4^5 et finit à l'an 58i, contient des renseignements sur les Goths et sur les Bourguignons. On a une généalogie des rois goths , publiée d'après un manuscrit du monastère de Moissac.

^ Adam de Brème, saxo gram. LesEddas, lesSaggas, Hist. de Suède, etc., -etc.

2 On fait descendre les Burgondes ou Bourguignons.

niers soient d'origine gothique, il faudra du moins admettre qu'ils étoient devenus Goths par ]a conquête, et qu'ensuite détachés de la confédération gothique , quand celle-ci vint à se briser y ils fondèrent les monarchies des Burgondes et des Lombards.

Les Goths levèrent leur camp , firent un second pas, se montrèrent sur les confins de la Dacie, et bientôt arrivèrent au Pont-Euxin. Le roi qui gouvernoit alors leur monarchie héréditaire se nommoit Amala ; il prétendoit descendre des Anses ^ , ou demi-dieux des Goths.

Trajan, en subjuguant les Daces au delà du Danube, rendit, sans le savoir, l'empire voisin

des Vandales , Slaves ou Venèdes conquis par les Goths. Ils étoient ennemis des Allamans. ( Ammien Marcellin , liv. xxviii ; Pline, Hist. Nat. 4- ) Une tradition les faisoit venir des soldats romains qui gardoient vers les rives de l'Elbe les forteresses de Drusus. (Orose, liv. vn. ) Paul Warnefrid (le diacre ) place le berceau des Goths et des Lombards dans la Scandinavie. Entre les règnes d'Auguste et de Trajan, on trouve les Lombards établis sur l'Elbe et l'Oder. (YelleiusPaterculus, 1 1. )

^ Proceres suos non puros homines , sed semi deos , id est Anses vocavêre. — Horura evato , ut suis fabulis ferunt , primus fuit Gaapt , qui gcnuit Halmal , Halmal vero genuit Augis , Augis genuit eum qui dictus est Amala à quoetorigo Amalorum decurrit. (Jornand. de reb.Getic, p. 60^. )

de ses destructeurs. Les Goths ne furent connus sous leur véritable nom que pendant le règne de Garacalla : quand Rome l'eut appris, elle ne l'oublia plus.

Fiers de leurs conquêtes , grossis de toutes les hordes qu'ils s'étoient incorporées, les Goths, comme un torrent enflé par des torrents , se précipitèrent sur l'empire vers l'époque de la chute de Philippe et de l'élévation de son successeur.

Conduits par leur roi Gniva , ils inondent la Dacie , franchissent le Danube , forcent Martianopolis k se racheter, se retirent, reviennent, assiègent Nicopolis , emportent Philippopolis d'assaut, égorgent cent mille habitans et emmènent une foule de prisonniers illustres ^ Ghemin faisant , ils s'amusent à donner un maître au monde; sauvages demi-nus, ils accordent la pourpre à Priscus, frère de Philippe, qui la leur avait demandée. Dèce accourt avec son fils pour s'opposer à leurs ravages; trahi par Gallus qui veut aussi recevoir l'empire de la main des Barbares , attiré dans un marais , il y reste avec son fils et son armée ^ .

'' Ammien. Marcel., xxxi , c, 5.

2 Aurel. Victor., c. 29; Jornandès, cap. 18 ; Zosime, lib. I ; Zonarc, lib. xii ; Hist. Aug., p. 225.

Dèce, prince remarquable d'ailleurs, qui vit commencer la grande invasion des Barbares , s'étoit de même armé contre les chrétiens : impuissant à repousser les uns et les autres, il ne put faire face aux deux peuples à qui Dieu avoit livré l'empire. Cette persécution amena des cbutes que saint Cyprien attribue au relâchement des mœurs des fidèles ^ Dans l'amphithéâtre de Carthage le peuple crioit : « Cyprien aux lions! » L'éloquent évêque se retira ^. Denis d'Alexandrie fut sauvé ; ses disciples le cachèrent. Grégoire , le Thaumaturge , invita ses néophites à se mettre en sûreté et se tint lui-même à l'écart sur une colline déserte. L'exécution du prêtre Pionius à Smyrne, de Maxime en Asie , et de Pierre h. Lampasque, est restée dans les fastes de la religion. Le pape Fabien confessa d'àme et de corps le 20 de janvier l'an 250. A compter de son martyre les années du pontificat romain deviennent certaines, comme l'ère du Christ est fixée à la Croix. Alexandre, évêque de Jérusalem , Babylas , évêque d'Antioche , qui avoit obligé l'empereur Philippe et sa mère à se mettre au rang des pénitents la nuit de Pâques, périrent dans les cachots : l'un, vieillard, étoit

1 Epist. 1 1 .

2 Ep. 10,20, 59,60.

éprouvé pour la seconde fois; l'autre voulut être enterré avec ses fers ^ . Origène , cruellement torturé , résista.

Un jeune homme de la Basse-Thébaïde , nommé Paul , fuyantla persécution, trouva une grotte ombragée d'un palmier et dans laquelle couloit une fontaine qui donnoit naissance à un ruisseau. Paul s'enferma dans cette grotte , y vécut 90 ans , et remporta cette gloire de la solitude qui a fait de lui le premier hermite chrétien ^.

Divers évêques fondèrent des églises dans les Gaules : Denis k Paris , Gatien à Tours , Stremoine à Cîermont , en Auvergne , Trophime à Arles , Paul h Narbonne , Martial à Limoges.

Après le martyre de Fabien, trois évêques proclamèrent papeNovatien , premier anti-pape,

■• ... vinculis,.. cumquibus suum corpus sepeliri mandavlt. (Martyrol. , 24 jan.

2 Prudentissimus adolescens ad montium déserta fugiens tandem reperlt saxeum montem. Ad cujus radiceoi haud procul erat grandis spelunca quœ lapide claudebatur : quo remoto avidiùs exploi'ans animadvertit intùs grande vestibulum , quod, aperto desuper cœlo, patulis diffusa ramis vêtus palma contexerat, fontem lucidissimum ostendens : cujus livum tantummodo foras erumpentem statim modico foramine eadem quae genuerat aquas terra sorbebat. ( Hieron. in vitâ Pauli Eremitae , p. 338. Basileae. )

chef du premier schisme. Le clergé avoit élu de son côté Corneille, homme d'une grande fermeté : il y eut vacance du siège pendant seize mois. On comptoit alors à Rome quarante -six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarante-deux acolytes, cinquante-deux exorcistes, lecteurs et portiers, quinze cents veuves et autres paavres nourris par l'Eglise K Seize évêques avoient concouru à l'ordinatioVi de Corneille, confirmée par le peuple. Les soldats de Jupiter faisoient des tyrans, les soldats du Christ des saints ; différence des deux empires.

Gallus, proclamé auguste avec Hostilien , second fils de Dèce, s'engage à payer aux Goths un tribut annuel Ils consentent à ce prix à respecter les terres romaines : on tient les conditions qu'on reçoit, non celles qu'on impose; les Goths manquent à leur parole. Une peste effroyable se déclare. Gallus fait exécuter Hostilien , fils de Dèce , et le remplace par son propre fils. La persécution continue. Deux papes, Corneille et Lucius P'., y succombèrent.

^ In quâ-tamen non ignoi-abat (Novatus ) presbytères esse quadraginta sex , diaconos septem , accoluthos quadraginta duos, exorcistas et lectores unà cum ostiariis quinquaginta duos , viduas et alios morbo atque egestate afflictos mille et quingentos. (Euseb , Hist. , lib. vi, <.ap. 35, p. 178.

GiLLus . ÉMiut!, , Emilien bat les Goths en Mœsie, et prend la

emp. ■*■

coRKEiLLE, ponipre; Gallus marche contre lui. Les troupes

Llcils 1er. , j ^ ,, , . *

papes. de Gallus se révoltent, le tuent lui et son fils,

De J.-C. ï5i-2Ô3. , . , , ' -, .

et passent sous les aigles dJLmilien. Valenen anienoit au secours de Gallus les léçjions de la Gaule. Celles-ci , en apprenant la mort de l'empereur, proclament Valérien ; Emilien est assommé à son tour par ses soldats \ Valérien partage la puissance avec sou fils Gallien. Un tyran s'étoit élevé sous le règne de Dèce; un autre sous celui de Gallus.

valérieh. Eprouvé dans les emplois militaires et civils,

emp. député des deux premiers Gordiens au sénat ,

Etiehhe, Sixte II , __ -i,- ^ r \ in'' 1

dems, V alerien se trouva mêle a toutes les aiiaïres de son

papes.

De J.-C. 253-260. temps. La censure lui fut déférée d'une commune voix, lorsque les deux Décius rétablirent cette magistrature, réunie à la dignité impériale. « La vie de Valérien, disoit-on, censure perpétuelle , retraçoit les mœurs de la vénérable antiquité. » Pourtant Valérien n'étoit qu'un génie raccourci qui n'avoit pas la taille de sa fortune.

Gallien, que son père avoit fait auguste, alla commander clans les Gaules. Le père et le fils couroient de tous côtés pour s'opposer aux Barbares : ils étoient aidés d'habiles capitaines. Posthume , Claude , Auréliea , Probus , qui se

^ Zonar. , lib. xii jEutiop. , lib. ix , c. 6.

formoient à l'école des armes par des crimes et par la nécessité. Les Germains, peut-être de la ligue des Franks , envahirent la Gaule jusqu'aux Pyrénées, traversèrent ces montagnes, ravagèrent une partie de l'Espagne , et se montrèrent sur les rivages de la Mauritanie, étonnés de cette nouvelle race d hommes \ Ils furent combattus et repoussés par Posthume sous les ordres de Gallien. Les Allamaus, autres Germains, au nombre de trois cent mille, s'avancèrent en Italie, jusques dans le voisinage de Rome. Gallien les força à la retraite. Les Goths, les Sarmates et les Quades trouvèrent Valérien en Illyrie, qui les contint, assisté de Claude, dAurélien et de Probus.

La Scytlîie vomissoit ses peuples sur l'Asie- Mineare et sur la Grèce. Il est probable que ces Scythes Borans, qui se débordèrent alors, n'étoient autres qu'une colonne des Goths , vainqueurs du petit royaume du Bosphore. Ils s'embarquent sur le Pont-Euxin dans des espèces de cabanes flottantes, se confiant k une mer orageuse et à des marins timides. Repoussés en Colchide, ils reviennent à la charge, attaquent le temple de Diane et la ville d'QEeta , qu'immortalisèrent la fable et le génie

^ Eiitiop. , IX, 6; Aurelius-Victor.

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