‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 28 sur 59 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

des poètes, emportent Pjthionte, surprennent TréLizonde, ravagent la province du Pont, et, enchaînant les Romains captifs aux rames de leurs vaisseaux, retournent triomphants au désert ^

D'autres Goths ou d'autres Scythes, qu'encourage cet exemple, font construire une Hotte par leurs prisonniers, partent des bouches du Tanaïs, et voguent le long du rivage occidental du Pont- Euxin : une armée de terre marchoit de concert avec la flotte. Ils franchissent le Bosphore, abordent en Asie, pillent Chaicédoine, entrent dans Nicomédie où les appeloit le tyran Chrysogonas, saccagent les villes de Lius et de Pouse, et se retirent à la lueur des flammes dontils embrasent Nicée et Nicomédie ^.

Pendant ces malheurs, Valérien étoit allé à Antioche; il s'occupoit d'une autre guerre à lui fatale. Sapor invité par Cyriade , aspirant à l'empire, étoit entré en Mésopotariiie : Nisibe, Carhes et Antioche devinrent sa proie. Valérien arrive, rétablit Antioche, veut secourir Edesse, que pressoient les Perses , perd une bataille , et demande la paix. Sapor lui propose une entrevue;

' Zosime, lib. i ; Greg. Thaum. , epist. ap. Masc. ■^ Zosim. , lib. i.

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il l'accepte , et demeure prisonnier d'un ennemi sans foi. Le simplicité n'est admirable qu'autant qu'elle est unie à la grandeur , autrement c'est l'allure d'un esprit borné. Valérien étoit un homme sincère, de même qu'il étoit un homme nul ; ses vertus avoient le caractère de sa médiocrité.

En sa personne furent expiés la honte et le malheur de tant de rois humiliés au Capitole. Enchaîné et revêtu de pourpre , il prêtoit sa tête , son cou ou son dos en guise de marche-pied à Sapor lorsque celui-ci montoit à cheval ^ Sapor crojoit à tort fouler la puissance : l'empire persan ne s'étoit pas élevé ; c'étoit l'empire romain qui s'étoit abaissé.

Valérien mort, sa peau empaillée, tannée et

"• Rex Persarum Sapores qui eum cœperat , si quando libueiit aut vehiculuin ascendere aut equum , inclinare sibi Roman uni jubebat ac teiga praebeie , imposito pede super dorsum ejus. (Lactan,, de morte persecut. , cap. 5, p. 60. )

Valerianus scilicet in captivitatem ductus à Sapore non gladio sed ludibrio omnibus vitae suœ diebus mérita pro factis percepit , ita ut quotiescumque rex Sapores equum conscendere vellet non manibus, sed incurvato dorso et in cervice ejus pede posito, equo membra levaret. ( Eutrop. , in vitâ Pontii manuscriptâ , apud Lact. , pag. 60. )

teinte en rouge, resta suspendue pendant plusieurs siècles aux voûtes du principal temple de la Perse ^ Qu'est-ce que la vue de ce trophée fit galliei», au monde? rien. Gallien lui-même, resrardant

emp. tJ

D"", le malheur comme une abdication, se contenta

pape.

De j.-c. 2G0-268. de dire : « Je savois que mon père étoit mortel ^. » Il prit l'autre moitié de la pourpre que Valérien avoit laissée, comme on dérobe le linceul d'un mort.

Il existe de très-belles médailles de Valérien , représentant une femme couronnant l'empereur avec ces mots: Reslitiitori Orientis. La fortune démentit l' effronterie de cette adulation. Galhen

'' Tandem à Sapore rege Persarum jussus excoriari, saleque conditus , in sempiternum tui infortunii trophaeum ante omnium oculos statuisti. ( Euseb. , orat. Const. , p. 442. )

Direpta est ei cutis, et eruta visceribus pellis , infecta rubro colore ut in tem;>lo barbaiorum deorum ad memoriam triumphi clarissimi poneretur. ( Lact. , de morte pers. , cap. 5, p. 59. )

Agathias fait entendre que Yalérien fut écorché vif. Constantin, écrivautà Sapor II en faveur des chrétiens, lui parle de l'horrible trophée que l'on voit encore, dit-il , dans son pays. ( Euseb. , Vit. Const. )

2 Ubi de Valeriano pâtre comperit quod captus esset , id quod philosophorum optimus de lilio amisso dixisse fertur , sciebam me genuisse mortalem , dixit ille, sciebam patretn nicuin cssu mortalem, (Gall., in Hist. Aug.)

ne songea ni à racheter ni à venger son père, il en fit un dieu ^ : cela coûtoit moins.

L'empire présente à cette époque un spectacle affreux, mais singulier; c'étoit comme une scène anticipée du moyen âge. Jamais, depuis les beaux jours de la république , on n'avoit vu à la fois tant d'hommes remarquables : ces hommes nés des événements qui forcent les talents à reprendre leur souveraineté naturelle, ne possédoient pas, les vertus des Caton et des Brutus, mais, fils d'un autre siècle, ils étoient habiles et aventureux. Rentrés malgré eux sous la tente, ces Romains de l'empire avoient repris quelque chose de viril par la fréquentation des mâles générations des Barbares.

Trente ou plus sûrement dix-neuf tyrans parurent pendant les règnes de Yalérien et de Gailien : en Orient, Cyriades, Macrien, Baliste, Odénat et Zéuobie ; en Occident, Posthume, Lokien , Victorin et sa mère \ictoria , Marins et Tetricus; en Illyrie et sur les confins du Danube, Ingennus, Régilien et Auréole; dans le Pont, Saturnin; en Isaurie, Trébellien ; en Thessalie, Pison ; Valens en Grèce ; en Egypte E milieu ;

"• Patrem inultum reliquit. ( Hist. Aug. , p. 466. ) Nec inter deos quidem, nisi coactus, retulit cùm mortuum audisset, ( Ibid, , p. 4^8. )

Celsus en Afrique. La plupart de ces prétendants qui défendirent l'empire contre les ennemis du dehors, et qui se le voulurent approprier, auroient été des princes capables.

Macrien , vieillard rusé , politique et hardi , étoit estropié ^ : il faisoit porter les ornements impériaux par ses deux fils jeunes et vigoureux, au lieu de les traîner lui-même ^.

Odénat, qui repoussa Sapor, et vengea Valérien , est encore plus connu par sa femme Zénobie et par le rhéteur Longin ^.

Baliste , Ingennus étoient d'illustres capitaines.

On donnoit à Galphurnius Pison le nom (Yhomme.

Régilien fut si renommé que le sénat lui décerna les honneurs du triomphe, malgré sa révolte contre Gallien ''.

Posthume qui étendit sa domination sur les Gaules , l'Espagne et peut-être la Grande-Bretagne, eut du génie.

Son successeur Victorin possédoit de grands

^ Hist. Aug., p. 116 , Triginta Tyran. 2Zonar.,p. 296.

Uiist. Aug., p. 215.

Md. p. 194.

talents , mais avec la foiblesse qui souvent les accompagne, l'amour des femmes \

Victoria , mère de Victorin , qui se donnoit le titre d'auguste et de mère des armées , fut la Zénobie des Gaules; celle-ci disoit d'elle : « J'aurois )) voulu partager l'empire avec Victoria qui me » ressemble. » Il n'y eût pas jusqu'à l'armurier Marius , élevé au rang d'auguste par Victoria , qui ne se trouvât être un partisan de caractère. «Amis, dit-il à ses compagnons d'armes deven nus ses sujets , on me reprochera mon premier » état; plaise aux dieux que je ne sois jamais » amolli par le vin , les fleurs et les femmes! » Qu'on me reproche mon état d'armurier , » pourvu que les nations étrangères apprennent » parleurs défaitesquej'ai appris à manier le fer! » Je dis ceci parce que la seule chose que pourra » me reprocher Gallien, cette peste impudique, » c'est que j'ai fabriqué des armes ^. »

■• Id. 187. Cupiditas voluptatis mulierarîae sic perdidit.

^ Scio, commilitones , posse mihi objici artem pristinam , cujus mihi omnes testes estis. Sed dicat quisque quodvult , utinam semper ferrum exerceam : non vino , non floribus , non niulierculis , non popinis ut f'acit Gallienus indignus pâtre suo et sui generis nobilitate, depeream. Ars mihi objiciatur ferraiia, dum me et exterae gentes attrectasse suis cladibus recognoscant in

Marius fut tué par un soldat ^ jadis ouvrier dans sa boutique, qui lui passa sou épée au travers du corps, en lui disant: « C'est toi qui » l'as f'orc^ée ^ »

Après la mort de Marius, Victoria ne s'effraya point: cette Gauloise fit encore un empereur, Tétricus , gouverneur de l'Aquitaine , qui prit la pourpre à Bordeaux.

De ces divers tyrans un seul éloit sénateur, et Pison seul étoit noble. Il descendoit de Numa par ses pères; ses alliances lui donnoient le droit de décorer ses foyers des images de Crassus et de Pompée. Les CalpliUrniens avoient échappé aux proscriptions ; on les retrouve consuls depuis Auguste jusqu'à Alexandre Sévère. Rome se couvroit de plantes nouvelles : quand ses vieilles souches, poussoient quelques rejetons,

Italià. Denique ut omuià Allemannia , omnisque Germania cum casteris , quae adjacent gentibus Romanum populum feriatam putent gentein , ut specialiter in nobis feiTum timeant. Vos tamen cogitetis velim, fecisse vos principera qui nunquam quidquam sciverit tractare nisi l'errum. Quod idcircô dico, quia scio mihi à luxuriosissimà illâ peste, nihil opponi posse nisi hoc, quôd (jladioluni armorumque artifex fuerim. (Hist. Aug. , Tiig. Tyran. , pag. 500. )

^ Hic est gladius quein ipscfecisli. (Hist. Aug., Trig. Tyran, pag. 500. )

ils se flétrissoient vite, et ne se renouveloient plus.

D'autres hommes démérite, tels qu'Aurélien, Claude et ProbuSjServoient Gallieîi en attendant la souveraine puissance. Lui-même ofFroit un caractère sinon estimable du moins peu commun.

Orateur et poëte ^ , Gallien étoit indifi'érent à tout, même à l'empire. Lui apprenoit-on que l'Egypte s'étoit révoltée : « Eh bien ! disoit-il , » nous nous passerons de lin ^. » La Gaule et l'Asie sont perdues : « Nous renoncerons à l'a- » phronitre , nous ne porterons plus de sagum » d'Arras \ » Mais ne touchez pas aux plaisirs de Gallien! Si le bruit d'une rébellion ou dune invasion trop voisine menace sa paix , il court aux armes , déploie de la valeur, écarte le danger, et se replonge avec activité dans sa paresse. Féroce pour conserver son repos, il écrivoit à l'un de ses officiers après la révolte d'Ingennus,

^ Fuit eniru ( quod negari non potest ) oratione , poemate atque omnibus arlibus clarus. ( Hist. Aug. , pag, 469).

- Cuai nuntiatum est ei iEgyptum dissecuisse, dixisse ft-rtur : Quid sine lino œgyplio esse non possumus?

^ Cum autem vastatam Asiaui... Quid, incjuit, sine aphronilris exse non possumus ?... Perdita GalJia... arlisisse t;t dixisse perliibetur : Non sine Atrchatis sagis tuta respublica est? ( Hist. Aug. , pag. i64. )

en Illyrie : « N'épargnez pas les mâles, quel que » soit leur âge , enfants ou vieillards. Tuez qui- 1) conque s'est permis une parole, une pensée )) contre moi ^. » 11 condamnoit à mort quatre ou cinq mille soldats rebelles, tout en bâtissant de petites chambres avec des feuilles de roses, et des modèles de forteresses avec des fruits ^. Un marchand avoit vendu des perles de verre à l'impératrice, pour de vraies perles : Gallien le condamne à être jeté aux bêtes, et fait lâcher sur lui un chapon ^

■• « Gallienus Veiiano.

» Non mihi satisfacies, si tantùm armatos occideris, quos et foi'S belli intei'imere potuisset. Perimendus est omnis sexus virilis , si et senes atque impubères sine reprehensione nostrâ occidi possent. Occidendus est quicumque malè voluit ; occidendus est quicumque malè dixit contra me , contra Valeriani filium , contra tôt principum pati-em et fratrem. Ingennus factus est imperator. Lacera, occide, concide : animum meum intelliiçere potes, meâ mente irascere , quia hoc manu meâ scripsi. » (Trebell. Poil., Trig. tyran. , de Ingeno ; Hist. Aug. , pag. 500. )

^ Terna millia et quaterna militum , singulis diebus occidit ( p. 476) ; cubicula de rosis fecit ; de prunis castella composuit , uvas triennio servavit , hieme summâ melones exhibuit; mustum queraadmodum toto anno haberetur docuit , etc., etc. (Hist. Aug. , p. 475. )

^ Idem , cum quidam gemmas vitreas pro veris vendidisset ejus uxori , atque illâ re proditâ , vindicari

A. chaque nouvelle désastreuse Gallien rioit, demandoit quels seroient les festins, les jeux du lendemain et de la journée ^ Le monde périssoit et il composoit des vers pour le mariage de ses neveux. « Allez, aimables enfants, soupirez com- » me la colombe, embrassez- vous comme le » lierre, soyez unis comme la perle à la nacre^. » Il philosophoit aussi ; il accordoit àPlotin une ville ruinée de la Campanie pour y établir une république selon les lois de Platon ^. Au milieu de la société croulante , couché à des banquets parmi

vellet , surripi quasi ad leonem venditoremjussit, deindè è caveâ caponem emitti : mirantibusque cunctis rem tam ridiculam, per curionem dici jussit : impostiiramj'ecit et passus est. (Hrst. Aug., p. 471. )

'* Sic de partibus mundi cum eas amitteret jocabatur ( p. 464 ) , nec ad talia raovebatur... Sed ab ils qui circà eum erant requirebat : £cquid habemus in prandio? ecqiiœ voluptates paratce sunt ? et qualis cras erit scella? quales circenses ? (Hist. Aug., p. 4^7.)

^ Jocari se dicebat cum orbem terrarum undique perdidisset (p. 475). Hujus est illud epithalamium... cum ille manus sponsorum teneret , saepiùs ita dixisse fertur :

Ite . ait , ô pueri, pariter sudate meduUis ! Omnibus inter vos : non murmura vestra colunibae , Brachia non hederae , non vincant oscula conchae.

(Hist. Aug., p. 470.)

^ Gallienus et uxor ejus Plotinum honorabant ; hic

des femmes % cet Horace impérial ne vouloit de la vie que le plaisir : tout fut troublé sous son règne ^, excepté sa personne; il ne maintenoit le calme , autour de lui et pour lui , qu'à la longueur de son épée.

Représentez-vous l'état en proie aux diverses usurpations, les tyrans se battant entre eux, se défendant contre les troupes du prince légitime, repoussant les Barbares ou les appelant à leur secours : Ingennus avoit un corps de Roxoîans à sa solde, Posthume un corps de Franks. On ne savoit plus où étoit l'empire : Romains et Barbares tout étoit divisé; les aigles romaines contre les aigles romaines, les enseignes des Goths opposées aux enseignes des Goths. Chaque province reconnoissoit le tyran le plus voisin; dans l'im-

igitureorumbenevolentiâ fretus oravit ut dirutam quamdam olim in Campaniâ civitatein philosophis aptam instauraret^ regioneinque circumfusam cultae civitati donaret concederetque ; civitatem habitaturis Platonis legibus gubernari atque ipsam civitatein Platonopolim

appellari Quôd facile impetrasset nisi quidam im-

peratoris familiaresinvidiâ vel indignatione aci'iter obstitissent. ( Plotini vita ejus operibus prasfixa auctore. )

' Concubinîe in ejus tricliniis saepè accubuerunt. Porphyr. (liist. Aug., p. 476.)

2 Oi'bem terrarum triginta propè tyrannis -vastaii l'ecit ; ita ut etiam mulieres meliùs eo imperarent ( Hist. Aug., p. 475. )

possibilité d'être protégé par le droit, on se soumettoit au fait. Un lambeau de pourpre faisoit le matin un empereur, le soir une victime, l'ornement d'un trône ou d'un cercueil. Saturnin , obligé d'accepter la souveraine puissance s'écria : «Soldats, vous changez un général heureux, » pour faire un empereur misérable ^ »

Et à travers tout cela des jeux publics, des martyrs, des sectes parmi les chrétiens, des écoles chez les philosophes, où l'on s'occupoit de systèmes métaphysiques au milieu des cris des Barbares.

La peste, continuant ses ravages, emportoit dans la seule Rome cinq mille personnes par jour : disette, famine, tremblement de terre, météores, ténèbres surnaturelles, révolte des esclaves en Sihcie, rébellion des Isauriens qui renouvelèrent la guerre des anciens pirates ; tumulte effroyable à Alexandrie: chaque édifice dans cette immense cité devint une forteresse , chaque rue un champ de bataille; une partie de la population périt , et le Brachion resta vide. Et parmi ces calamités , il faut encore trouver place pour la suite de la grande invasion des Goths.

^ Commilitones , bonum ducem perdidistis et malum principem fecistis. (Hist. Aug. , Trig. Tyran., p. 522.)

Sapor, rentrant dans l'Asie romaine, reprit Antioche, s'empara de Tares en Silicie et de Gésarée en Cappadoce. Des Goths se jetèrent sur l'Italie; d'autres Goths ou d'autres Scjthes sortirent une troisième fois du Pont-Euxin, assiégèrent Thessalonique , ravagèrent la Grèce ^ , pillèrent Corintlie , Sparte, Argos ; villes depuis long - temps oubliées , qui apparoissent dans ce siècle comme le fantôme d'un autre temps et d'une autre gloire. En vain Athènes avoit rétabli ses murailles renversées par Lysander et Sylla . un Goth voulut brûler les bibliothèques , un autre s'y opposa : « Lais- » sons, dit-il ,à nos ennemis ces livres qui leur ■n ôtent l'amour des armes ^. » La patrie de Thémistocle fut cependant délivrée par Dexippe, l'historien , surnommé le second Thucydide^, et

'' Les auteurs varient sur l'époque de cette invasion ; les uns la placent sous Valérien , d'autres sous Gallien , d'autres encore sous Claude et même jusque sous Aurélien.

2 Zonar. , lib. xii.

^ Il avoit écrit l'Histoire des temps depuis Alexandre Sévère jusqu'à Claude, l'Histoire des^aer^-e* de Scythie et quatre livres de l'Histoire des successeurs d'Alexandre. W nous reste deux fragments des gueiues de Scythie dans les Extraits des ambassades. (Phot. , biblioth. , cap. 82 ; Vossii, dellist. graec, p. 243. )

le dernier des Grecs dans ces âges moyens et dégénérés. Athènes revovoit les Barbares : du temps des Perses, ses grands hommes la sauvèrent; ses chefs-d'œuvre n'ont point permis aux Goths de faire périr sa mémoire.

Enfin les Goths allèrent brûler le temple d'Ephèse sept fois sorti de ses ruines et toujours plus beau ^ : il ne se releva plus. Un conseil éternel amenoit des désastres irréparables; il s'agissoit non de la conservation des monuments, mais de la fondation d'une nouvelle société. Partout où le polythéisme avoit mis des dieux , un destructeur se présenta ; chaque temple païen vit un hontme armé à ses portes; la Providence n'arrêta la torche et le levier que quand la race humaine fut changée.

Toutefois, l'heure finale n'étant pas sonnée, il y eut repos. Odénat vainquit Sapor et soulagea l'Asie ; Posthume contint les nations germaniques; les autres ennemis furent repoussés tantôt par les tyrans, tantôt par les généraux des empereurs. Les tyrans eux-mêmes s'entredétruisirent , et lorsque Claude parvint au pouvoir il ne trouva plus à combattre que Tétricus dans les Gaules et Zénobie en Orient. Elle s'étoit

^ Hist. Aug.,p. 178 ; Jornandès, cap. 20.

17(i ETUDES

déclarée indépendante après qu'Odénat eût été massacré dans un festin.

Auréole ayant pris la pouipre en Italie, le bruit de cette usurpation pénétra jusqu'au fond du palais de Gallien, qui s'en importuna; il quitte ses délices, et assiège Auréole dans Milan; une flèclie , lancée en trahison, le tue lorsqu'à peine armé il couroit à cheval, l'épée à la main , pour repousser une sortie.

Marcien, qui venoit de battre les Goths en Illyrie , étoit le principal chef de cette conspiration.

Une innovation de Gallien resta : il interdit aux sénateurs le service militaire ; soit que l'usurpation de PJson l'eût plus alarmé que les autres; soit que le sénat, en repoussant un parti de Barbares qui s'étoit avancé jusqu'à la vue de Rome, eût agi avec trop de vigueur. Alors s'établit la distinction d'homme de robe et d'homme d'épée. Les sénateurs formèrent un corps de magistrature , dont les membres , ignorés du soldat, perdirent toute influence sur l'armée. Ils murmurèrent d'abord , mais ensuite leur lâcheté regarda comme un honneur le droit qu'elle obtint de se cacher. L'édit de Gallien acheva de rendre militaire la constitution de l'empire, et prépara les grands changements de Dioclétîen.

Ckude II, désigné à la pourpre par Gallien , ca.o.ii. le remplaça. Les grandeurs avoient cessé dinipo- fI'ux . ser; tout étoit jugé, apprécié, connu ; on tuoit ^..'cIlLy. les princes comme d'autres hommes, et cependant chacun vouloit être souverain: jamais on ne fut aussi rampant , aussi prosterné aux pieds du pouvoir qu'au moment où l'on n'y croyoit plus. Le sénat confirma l'élection de Claude, et se porta aux dernières violences contre les amis et les parents de Gallien.

II ne faut pas croire que ces décisions du sénat fussent le résultat de raisons graves, mûrement examinées; ce n'étoient que les acclamations d'un troupeau d'esclaves qui se bâtoieut de reconnoître leur servitude , comme si, entre deux règnes, ils eussent craint d'avoir un moment de liberté. Assemblés en tumulte au temple d'Apollon ( ils ne se purent réunir assez long-temps au Capitole, k cause d'une fête de Cjbèle), les sénateurs s'écrièrent' : «Auguste Claude, que les dieux vous » conservent pour nous! » Cette acclamation fut

^ Haec in Claudium dicta sunt -. Auguste Claudi , dii te nobis praestent ( dictum sexagies ) :'^CIaudi, Auguste, principem aut qualis tu es semper optavimus (dictum quadragies) : Claudi Auguste, te respublica requirebat (dictum quadragies) : Claudi Auguste, tu frater, tu

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