TOME f
Garin triompha, mais ses soldats victorieux lui ôtèrent la vie à l'instigation d'un tribun dont il avoit déshonoré la couche : ils se soumirent k Dioclétien.
Vous aurez à considérer plusieurs choses sous le règne des derniers empereurs , Gallus , Emilien, Valérien , Gallien, Claude, Aurélien^ Tacite , Probus, Carus et ses fds, par rapport aux chrétiens.
Bien que tous les évêques portassent le nom de pape, l'unité de l'église s'établissoit : un traité de saint Cyprien la recommande \
Gallus et Valérien excitèrent des persécutions ; outre ces persécutions générales , il y en avoit de particulières. Les empereurs ayant publié des édits contradictoires au sujet de la religion nouvelle, et ces édits ne s'abrogeant pas mutuellement, il arrivoit que les délégués du pouvoir, selon leurs caractères, leurs principes et leurs préjugés , usoient de la tolérance ou de l'intolérance de la loi ^.
Les papes Corneille, Etienne, Sixte II succombèrent : celui-ci avoit transporté les corps de
^ De unitate ecclesiae catholicae , vulgô de simplicitate praelatorum. ( Opéra Cyp , p. 206. ) ^ Pagian , 252 ; Cataiog. Bûcher.
saint Pierre et de saint Paul dans les catacombes qui servoientde temple et de tombeau aux chrétiens. En parlant des mœurs des fidèles, je vous raconterai quelque chose du martyre de saint Laurent.
Cyprien eut la tête tranchée à Carthage ; trois cents chrétiens sans noms égalèrent à Utique la fermeté de Caton : ils furent précipités dans une fosse de chaux vive K Théogène, évoque , souffrit à Hyppone , Fructueux à Taragone , Paturiu à Toulouse, Denis à Lutèce ^ ; première illustration de cette bourgade inconnue : comme un arbre dans le clos des morts, le christianisme poussolt vigoureusement dans le champ des martyrs. Grégoire le Thaumaturge, près d'expirer, demande s'il reste encore quelques idolâtres dans sa ville épiscopale ; on lui répond qu'il en reste dix-sept. « Je laisse donc à mon successeur » autant d'infidèles que je trouvai de chrétiens » à Néocésarée ^ »
Les Barbares, en entrant dans l'empire, étoient venus chercher des missionnaires : les envoyés de la miséricorde de Dieu allèrent au-devant des envoyés de sa colère , pour la désarmer.
' Prudent. Peristeph. , 12.
^ Martyr. 14 mai.
•^ Greg. Njss., p. 1C06. D.
i^6 ETUDES
Des évêques, la chaîne au cou, guérissoient les malades, en prêchant la sainte parole. Les maîtres prenoient .confiance dans ces esclaves médecins; ils se figuroient obtenir par eux la victoire, et demandoient le baptême. Les prisonniers se changoient en pasteurs; des églises nomades commençoient au miUeu des hordes guerrières rentrées dans leurs forêts comme sous leurs tentes. Ces diverses nations se combattoient les unes les autres, se formoient en confédérations dissoutes et recomposées selon les succès et les revers; gens féroces qui brisoient tous les jougs, et se soumettoient au frein de quelques prêtres captifs.
De tous les corps de l'état l'armée romaine étoit celui où le christianisme faisoit le moins de progrès. Les chrétiens répugnoient à l'enrôlement, parce qu'ils regardoient les festins, la mesure et la marque comme mêlées de paganisme. Maximilien, appelé au service, disoit au proconsul Dion, à Tebeste en Numidie: « Je ne „ recevrai point la marque, j'ai déjà reçu celle » de J.-C. ^ » D'une autre part le légionnaire,
1 Milita et accipe signaculum. — Non accipio signaculum. Jam habeo signum Christi dei mei. ( Acta sincera Ruinartii, p. 310.)
attaché à ses aigles, renonçoit difficilement à l'idolâtrie de la gloire.
Les hérésiarques et les philosophes continuèrent leur succession : Manès avec sa doctrine des deux principes, Plotin et Porphyre, beaux génies , ennemis du Christ.
Dioclétien associa Maximien au pouvoir suprê- d.ocl4i.., me , et nomma deux césars , Galère et Constance : emp. Orient et 1 Italie tomboient dans le départe- pap^s. ment des augustes; les césars eurent la garde du Danube et du Rhin, en deçà desquels se plaçoient les provinces de l'Occident. La possession romaine se trouva divisée en quatre despotats , ce qui prépara la séparation finale des deux empires d'Orient et d'Occident.
L'armée, obéissant à quatres maîtres, n'eut plus assez de force pour les créer; il n'y eut plus ass(-'Z de trésors, dans l'une des quatre divisions territoriales , pour fournir k un usurpateur le moyen d'acheter l'élection. Dioclétien diminua le nombre des prétoriens et leur opposa deux nouvelles cohortes , les joviens et les herculiens.
Mais ce qui fît la sijreté du prince causa la ruine de l'état : ces légions qui choisissoient les empereurs, repoussoient en même temps les Barbares; c'étoit une république militaire qui se donnoit des maîtres nationaux et n'en
vouloit point d'étrangers. Lorsque Dioclétien eut opéré ses cliangemens; lorsque Constantin, continuant la même politique, eut cassé les prétoriens; lorsque, au lieu de deux préfets du prétoire, il en eut nommé quatre; lorsqu'il eut rappelé les légions qui gardoient les frontières pour les mettre en garnison dans le cœur de l'empire, le règne des légions expira : le pouvoir domestique prit naissance. Le droit d'élection fut partagé entre les soldats et les eunuques ^ : la liberté romaine qui avoit commencé dans le sénat, passé au forum, traversé l'armée, alla s'enfermer dans le palais avec des esclaves à part de la race humaine ; geôliers de la liberté qui n'avoient pas même la puissance de perpétuer dans leur famille la servitude héréditaire. Le sénat partagea l'abaissement des légions.
"• Adj'ien de Valois remarque qu'autre chose étoit milites chez les Romains et autre chose exercitus ; à l'appui de sa remarque il cite ce passage d'Idace : j4pud Constantinopolis Marcianus a iwiLiTiBusef ah exercitu, instante etiam sorore Theodosis Pulcheria Regina , efficilur Imperator. Le savant historien entend par exercitu la cour et les officiers du palais : il a raison. Gréiioire de Tours et d'autres auteurs emploient la même distinction : la suite des faits démontre que l'élection étoit devenue double , c'est-à-dire qu'elle s'opéroit par le concours des officiers du palais et de ceux de l'armée. Valesiana , pag. 79.
Rome ne vit presque plus ses empereurs : ils résidèrent à Trêves , à Milan , à Nicomédie ,' et bientôt à Constantinople. Dioclétien modela sa cour sur celle du grand roi : il se donna le surnom de Jupiter; au lieu de la couronne de laurier , il ceignit le diadème , et ajouta au manteau de pourpre la robe d'or et de soie. Des officiers du palais de diverses sortes, et partagés en diverses eco/e^, furent constitués : les eunuques ayoient la garde intérieure des appartements. Quiconque étoit introduit devant l'empereur se prosternoit et adoroit. Les successeurs de Dioclétien , et peut-être lui-même, se firent appeler votre Eternité , et ils vécurent un jour ^ Sachez néanmoins que les empereurs s'arrogèrent ce titre par une espèce de droit d'héritage. Rome se surnommoit la ville éternelle ; le peuple Romain avoit vu dans l'immutabilité du dieu Terme le présage de la durée de sa puissance : en usurpant les pouvoirs politiques, les despotes usurpèrent aussi les forces religieuses. Toutefois cette transmission du sort de l'espèce au destin de l'individu n'étoit qu'une fausseté impie : les nations qui changent de mœurs , de
^ Aur. Vict. , pag. 323. Eutiop. ,pag. 586. Greg. Naz., or. 3. Ath. apolog. cont. Arian. Ammian. Marcel. , lib. XV.
lois, de nom, de sang, ne meurent point, il est vrai; mais est- il rien déplus vite et de plus mortel que l'hommes ?
Ce ne fut guère que six ans après l'association de Maximien à l'empire que Dioclétien s'adjoignit les deux césars Galérius et Constance. On vit dans les Gaules, sous le nom de Bagaudes % une insurrection de paysans, assez semblable h celles qui éclatèrent en France dans le moyen âge. OElianus et Amandus, cbefs de ces paysans, prirent la pourpre : leurs médailles nous sont parvenues ^ moins comme une preuve historique du pouvoir d'un maître que comme un monument de la liberté : on a cru qu'OElianus et Amandus étoient chrétiens ^ Maximien soumit ces hommes rustiques dont le nom reparut au cinquième siècle : Salvien à cette dernière époque excuse leur révolte par leurs souffrances : la faction de la misère est enracinée.
Carausius dans la Grande-Bretagne , Aquilée en Egypte furent vaincus l'un par Constance, l'autre par Dioclétien après une usurpation plus ou moins longue. Galérius, d'abord défait par les Perses, les défit à son tour.
^ Aur. Vict. , p, 524.
2 Eutrop. , p, 585; Goltzii mes. rei antiq. , p. 12.
3 Vit. S. Babol. in Ànd. DiiCli. Hist. Fr. Scrip.
Dioclétien , grand administrateur, homme fin et habile \ répara et augmenta les fortifications
'' J'ai tracé dans les Martyrs les portraits de Dioclétien , de Galérius et de Constantin avec la fidélité historique la plus scrupuleuse : au lieu de les refaire , qu'il me soit permis de les rappeler.
« Dioclétien a d'éminentes qualités. Son esprit est » vaste , puissant , hardi ; mais son caractère , trop sou- » vent foible, ne soutient pas le poids de son génie. » Tout ce qu'il fait de grand et de petit découle de » l'une ou de l'autre de ces sources. Ainsi , l'on remarque •» dans sa vie les actions les plus opposées : tantôt c'est » un prince plein de fermeté, de lumières et de courage, » qui brave la mort , qui connoît la dignité de son rang, » qui force Galérius à suivre à pied le char impérial » comme le dernier des soldats ; tantôt c'est un homme » timide qui tremble devant ce même Galérius, qui » flotte irrésolu entre mille projets , qui s'abandonne aux » superstitions les plus déplorables , et qui ne se sous- » trait aux frayeurs du tombeau qu'en se faisant don- » ner les titres impies de Dieu et d'Eternité. Réglé dans » ses mœurs , patient dans ses entreprises , sans plaisirs » et sans»illusions , ne croyant point aux vertus, n'atten- » dant rien de la reconnoissance, on verra peut-être ce » chef de l'empire se dépouiller de la pourpre , par » mépris pour les hommes , et afin d'apprendre à la » terre qu'il étoit aussi facile à Dioclétien de descendre » du trône que d'y monter. *
)' Soit foiblesse , soit nécessité , soit calcul , Dioclétien >) a voulu partager sa puissance avec Maximien , Cons- » tance et Galérius. Par une politique dont il se repen-
des frontières, battit à l'aide de ses associés et de ses généraux les Blemmyes en Egypte , les Mau-
» tira peut-être , il a pris soin que ces princes fussent m- » férieurs à lui, et qu'ils servissent seulement à rehaus- » ser son mérite. Constance seul lui donnait quelqu'om- » brage à cause de ses vertus , il l'a relégué loin de la ,) cour au fond des Gaules ; et il a gardé près de lui » Galérius. Je ne vous parlerai point de Maximien au- » guste , guerrier assez brave , mais prince ignorant et j> grossier, qui n'a aucune influence. Je passe à Galé-
» rius.
» Né dans les huttes des Daces , ce gardeur de trou- » peaux a nourri dès sa jeunesse, sous la ceinture du » chevrier, une ambition effrénée. Tel est le malheur » d'un état où les lois n'ont point (ixé la succession au ,, pouvoir ; tous les cœurs sont enflés des plus vastes dé- » sirS} il n'est personne qui ne puisse prétendre à l'em- » pire ; et comme l'ambition ne suppose pas toujours le ). talent , pour un homme de génie qui s'élève , vous » avez vingt tyrans médiocres qui fatiguent le monde.
,, Galérius semble porter sur son front la marque ou ., plutôt la flétrissure de ses services ; c'est une espèce », de géant dont la voix est effrayante et le regard hor- » rible. Les pâles descendans des Homains croient se » venger des frayeurs que leur inspire ce césar , en lui .. donnant le surnom d'Armentarius. Comme un homme » qui fut affamé la moitié de sa vie , Galérius passe les » jours à table et pi'olonge dans les ténèbres de la nuit ,, de basses et crapuleuses orgies. Au milieu de ces sa- » turnales de la grandeur , il fait tous ses efforts pour » déguiser sa première nudité sous l'effronterie de son
res en Afrique, les Franks, les Allamans, les Sarmates en Europe; il sema la division parmi les Gotlîs, les Vandales, les Gépides, les Bourguignons , qui se consumèrent en guerres intestines. Ceux des Barbares du JNord que l'on avoit faits prisonniers, furent ou distribués comme esclaves aux habitants des territoires de Trêves, de Langres, de Cambrai , de Beauvais et de Troyes , ou adoptés comme colons, nommément quelques tribus de Sarmates , de Bastarnes et de Carpiens.
Au moment de triompher, le christianisme eut à soutenir une persécution gérférale. Poussé par Galérius , qu'excitoit sa mère, adoratrice des dieux des montagnes, Dioclétien assembla un
» luxe; mais plus il s'enveloppe dans les replis de la robe » de césar, plus on aperçoit le sayon du berger.
« Outre la soif insatiable du pouvoir et l'esprit de » cruauté et de -violence , Galérius apporte encore à la rt cour une autre disposition bien propre à troubler » l'erapire : c'est une fureur aveugle contre les chrétiens. » La mère de ce césar , paysanne grossière et supersti- « tieuse , offroit souvent dans son hameau des sacrifices » aux divinités des montagnes. Indignée que les disciples » de l'Evangile refusassent de partager son idolâtrie , » elle avoit inspiré à son fils l'aversion qu'elle sentoit » pour les fidèles. Galérius a déjà poussé le foible et » barbare Maximien à persécuter l'Eglise ; mais il n'a « pu vaincre encore la sage modération de Tempereur. »
conseil de magistrats et de gens de guerre. Ce conseil fut d'avis de poursuivre les ennemis du culte public. L'empereur envoya consulter Apollon de Milet : Apollon répondit que les justes répandus sur la terre l'empêchoient de dire la vérité; la pythonisse se plaignoit d'être muette. Les aruspices déclarèrent que les justes dont parloit Apollon étoient les chrétiens. La persécution fut résolue. On en fixa l'époque à la fête desTerminaleSjdernier jour de l'année romaine^, jour réputé heureux et qui devoit mettre fin à la religion de Jésus. Dioclétien et Galérius se trouvoientà Nicomédie.
L'attaque commença par la démolition de la basilique bâtie dans cette ville, sur une colline , et environnée de grands édifices 2. On y chercha l'idole qu'on n'y trouva point.
Le décret d'extermination portoit en substance : les églises seront renversées et les livres saints brûlés; les chrétiens seront privés de tous honneurs , de toutes dignités , et condamnés au supplice sans distinction d'ordre et de rang ; ils pourront être poursuivis devant Jes tribunaux et ne pourront poursuivre personne, pas même en réclamation de vol , réparation d'injures
^ 23 février 302.
^- Euseb. , lib. vir, cap. 2.
ou d'adultère; les affranchis redeviendront esclaves V
C'est toujours par l'effet rétroactif des lois ou par leur déni , que les grandes iniquités sociales s'accomplissent : le refus de justice est le point où l'homme se trouve le plus éloigné de Dieu. Un édit particulier frappoit les évêques, ordonnoit de les mettre aux fers et de les forcer à abjurer.
La persécution, d'abord locale, s'étendit ensuite à toutes les provinces de l'empire. La maison de l'empereur fut particulièrement tourmentée : Valérie, fille de Dioclétien, et Prisca , sa femme, accusées de christianisme, sacrifièrent; Dorothée, le premier des eunuques , Gorgonius , Pierre , Judes , Mjgdonius et Mardonius souffrirent. On mit du sel et du vinaigre dans les plaies de Pierre; étendu sur un gril, ses chairs furent rôties comme les viandes d'un festin ^. On jeta pêle-mêle dans les bûchers femmes, enfans et vieillards; d'autres victimes, entassées dans des barques, furent précipitées au fond de la mer ^.
1 Id., ib.
* Lact. , de morte persec. martyr. 26 déc. ' Voici le tableau de cette persécution encore empruntée des Martyrs : ce n'est qu'un abrégé exact du
La bassesse , comme toujours , se trouva à point nommé pour faire l'apologie du crime : deux
long récit d'Eusèbe et de Lactance. ) Euseb. ^ cap. 6, 7, 8, 9, 10, 11 , lib. iv; Lact. )
« La persécution s'étend dans un moment des bords » du Tibre aux extrémités de l'empire. De toutes parts » on entend les églises s'écrouler sous les mains des sol- » dats ; les magistrats, dispersés dans les temples et dans » les tribunaux, forcent la multitude à sacrifier; qui- » conque refuse d'adorer les dieux est jugé et livré aux » bourreaux ; les prisons regorgent de victimes; les che- » mins sont couverts de troupeaux d'hommes mutilés » qu'on envoie mourir au fond des mines ou dans les » travaux publics. Les fouets , les chevalets , les ongles » de fer, la croix, les bêtes féroces déchirent les tendres 1) enfans avec leurs mères ; ici l'on suspend par les pieds » des femmes nues à des poteaux , et on les laisse expi- » rer dans ce supplice honteux et cruel ; là^ on attache » les membres du martyr à deux arbres rapprochés de » force: les arbres, en se redressant^ emportent les » lambeaux de la victime. Chaque province a son sup- » plice particulier : le feu lent en Mésopotamie , la roue » dans le Pont, la hache en Arabie, le plomb fondu » en Cappadoce. Souvent , au milieu des tourmens , on » apaise la soif du confesseur, et on lui jette de l'eau au >. visage , dans la crainte que l'ardeur de la fièvre ne » hâte sa mort. Quelquefois , fatigué de brûler sépaa"é- » ment les fidèles , on les précipite en foule dans le » bûcher : leurs os sont réduits en poudre , et jetés au
» vent avec leurs cendres
)) Les villes sont soumises à des juges militaires, sans
HISTORIQUES. Wl
philosophas 1 écrivirent à la lueur des bûchers contre les chrétiens,
» connaissances et sans lettres , qui ne savent que don- » ner la mort. Des commissaires font les recherches les » plus rigoureuses sur les biens et les propriétés des » sujets ; on mesure les terres, on compte les vignes et » les arbres ; on tient registre des troupeaux. Tous les » citoyens de l'empire sont obligés de s'inscrire dans le V livre du cens , devenu un livre de proscription. De » crainte qu'on ne dérobe quelque partie de sa fortune à » l'avidité de l'empereur , on force par la violence des » supplices les enfans à déposer contre leurs pères , les » esclaves contre leurs maîtres , les femmes contre leurs » maris. Souvent les bourreaux contraignent des mal- » heureux à s'accuser eux-mêmes et à s'attribuer des )) richesses qu'ils n'ont pas. Ni la caducité , ni la mala- » die ne sont une excuse , pour se dispenser de se rendre « aux ordres de l'exécuteur ; on fait comparoître la dou- )> leur même et l'infirmité ; afin d envelopper tout le » monde dans des lois tyranniques , on ajoute des années ') à l'enfance , on en retranche à la vieillesse : la mort )) d'un homme n'ôte rien au trésor de Galérius, et l'em- » pereur partage la proie avec le tombeau : cet homme » rayé du nombre des humains n'est point effacé du » l'Ole du cens , et il continue de payer pour avoir eu le » malheur de vivre. Les pauvres , de qui on ne pouvoit » rien exiger, sembloient seuls à l'abri des violences par I) leur propre misère ; mais ils ne sont point à l'abri de » la pitié dérisoire du tyran : Galérius les fait entasser » dans des barques , et jeter ensuite au fond de la mer, » afin de les guérir de leurs maux. » (Martyrs , liv. xviii.) ^ Pagi, an, 302, n. 13j Epiphan. haeresi. 68.
Le martyre de la légion thébéenne ,^assacrée par ordre de Maximien , est de cette époque. Nantes , dans l'Armorique , se consacra par le sang des deux frères Donatien et Rogatien^
Arnobe et Lactance défendirent le christianisme ; le dernier nous a peint la mort des persécuteurs et l'extinction de leur race ^ : Licinius, Galérius et Candidien, son fils; Maximien avec son fils âgé de huit ans , sa fille âgée de sept, sa femme noyée dans l'Oronte où elle avoit fait noyer des chrétiennes ; Dioclétien , Valérie et Prisca fugitives , cachées sous de misérables habits, reconnues, arrêtées, décapitées à Thessalonique , et jetées dans la mer : victimes de la tyrannie de Licinius, elles «"étoient coupables que d'appartenir à un sang maudit.
Dioclétien et Maximien étoient venus triompher en Italie, l'un des Egyptiens, l'autre des peuples du Nord ; c'est le dernier triomphe authentique qu'ait vu Rome. L'empereur ne descendit du char de sa victoire, que pour monter à Nicomédie sur le tribunal de son abdication. Cette scène eut lieu dans une plaine qu'inondoit la foule des grands, du peuple et des soldats. Dioclétien
■■ Act. sine, , p. 295.
2 De morte persecut.
déclara qu'ajant besoin de repos il cédoitTempire à Galérins. En même temps il indiqua le césâr quidevoit remplacer GaJérius, devenu auguste: e'éloit Daïa ou Daza Maxmiin, fils de la sœur de Galérius. Il jeta son manteau de pourpre sur les épaules de ce pâtre ^ et Dioclétien , redevenu Diodes, prit le chemm ^ de Salone, sa patrie.
Cet homme extraordinaire avoit les larmes aux jeux en déposant le pouvoir; il avoit également pleuré lorsque Galérius, dans un entretien secret, lui signifia qu'il prétendoit être le maître, et que SI lui, Dioclétien , ne vouloit pas s'éloigner, lui, Galérius, l'y saurait contraindre. D'autres ont écrit que Dioclétien renonça au trône par mépris des grandeurs humaines K Soit que ce prince ait quitté l'empire de gré ou de force, avec courage ou foiblesse, sa retraite à Salone a donné à sa vie un caractère de philosophie qui fait aujourd'hui sa principale renommée.
Dioclétien habitoit , au bord de la mer, une maison de campagne ' que Constantin le Grand dit avoir été simple ^ et que Constantin Porphi-
^ Eutrop. p. 56, Vict. epit.
- Rliedœ imposilus , dit le texte.
^Eutiop. lib. IX, cap. 18. Aiirel. yi.-t. Lumen. Panegyr. Vet. vu, 15.
^ Peut-être Spalatio.
^ Adcœtum sanct. , eap. 25. Euseb.