SECOND DISCOURS
LA NAISSANCE ET X.ES PROGRÈS J>n CHRISTIANISME,
SECONDE PARTIE
DE JDLIEN A THÉODOSE I".
JjOrsque Julien fut relégué à Athènes par Constance , saint Basile et saint Grégoire deNaziance s'y trouvoient. Le dernier nous a laissé un portrait de l'apostat où se reconnaît l'inimitié
du peintre. « 11 étoit de médiocre taille, le cou )) épais , les épaules larges, qu'il liaussoit et re- )) muoit souvent , aussi Lien que la tête. Ses pieds » n étoient point fermes , ni sa démarche assurée. » Ses yeux étoient vifs, mais égarés et tournoyans^ )) le regard furieux; le nez dédaigneux et inso- » lent , la bouche grande, la lèvre d'en bas pen- » dante, la barbe hérissée et pointue : il fai- M soit des grimaces ridicules , et des signes de » tête sans sujet : rioit sans mesure et avec )) de grands éclats, s'arrêtoit en parlant et re- » prenoit haleine; faisoit des questions imper- » tinentes et des réponses embarrassées l'une » dans l'autre qui n'avoient rien de ferme ni » de méthodique ^. »
^ Cette traduction n'est pas tout-à-fait exacte, et n'a pas surtout l'âpreté de l'original ; mais il y a quelque chose de si simple, de si naturel, de si grave dans le style de Fleury, que je n'ai pas eu la témérité d'entreprendre de refaire ce qu'il a fait. Fleury et Tillemont sont deux hommes qui ne permettent pas qu'on retouche ce qu'ils ont touché. Le dernier a du génie à force de savoir, de conscience et d'exactitude. Il est en présence des faits et des hommes, comme un chrétien des premiers siècles en présence de la vérité : il aimeroit mieux mourir que de faire un mensonge. Son style incorrect, sauvage et nu , est mêlé de choses qui étonnent. C'est ainsi que, peignant les derniers momens de .Tnlien, il
Ammien Marcellin, qui voyoit Julien en beau , conserve pourtant dans le portrait de ce prince quelques traits de celui de Grégoire de Nazianze '. et Julien lui-même, dans le Misopogon, semble attester la fidélité malveillante du pinceau chrétien.
« La nature, commeje le présume, n'a pasdon- » né beaucoup d'agréments à mon visage, et moi, î) morose et bizarre , je lui ai ajouté cette longue » barbe pour lui infliger une peine, à cause de son » air disgracieux. Dans cette barbe je laisse errer
dit, dans le langage des pères de l'Eglise : « Il mourut )' dans la disgrâyfe de Dieu et des hommes. »
'• Mediocris erat staturœ , capillis tanquàin pexisset mollibus , hirsutâ barba in aciitum desinente vestitus , vcnustate oculonim micantium flagrans , qui mentis cjus angustias indicabant , superciliis decofis et Jiaso rectissimo, ore paulb majore , labro inferiore demis so , opimâ et iiicun'd cerwice , liumeris i^astis et latis , ab ipso capite usque unguium summitatcs lineamentorum recta compagine , undh i'iribus (^alebai et cursu. ( Amm., lib. XXV, cap. 1.) D'après ce portrait, Julien avoit les cheveux doux , les sourcils charmants , le nez tout-à-fait grec ; la beauté de ses yeux étincelants annonçoit que son âme étoit mal à l'aise dans l'étroite pi-ison de son corps. Si on lit argutias au lieu (Vangustias dans le texte, on retrouveroit les yeux vifs, mais égarés et tournoyants, qu'attribue à Julien saint Grégoire de Nazianze.
» des insectes ^ comme d'autres bêtes dans une » forêt. Je ne puis boire, ni manger à mon aise, » car je craindrois de brouter imprudemment » mes poils avec mon pain. Il est heureux que je » ne me soucie ni de donner , ni de recevoir des » baisers
» Vous dites qu'on pourroit tresser des cordes » avec ma barbe : je consens de tout mon cœur » que vous en arrachiez les brins; prenez garde )) seulement que leur rudesse n'écorche vos mains » molles et délicates.
» N'allez pas vous figurer que vos moqueries » me désolent; elles me plaisent; car enfin, si » mon menton est comme celui d'un bouc , je » pourrois, en le rasant, le rendre semblable à n celui d'un beau garçon ou d'une jeune fille sur » qui la nature a répandu sa grâce et sa beauté. » Mais vous autres de vie efféminée et de mœurs )) puériles, vous voulez jusque dans la vieillesse res- » sembler à vos enfants : ce n'est pas comme chez » moi, aux joues, mais à votre front ridé, que » l'homme se fait reconnoître.
)) Cette barbe démesurée ne me suffit pas : )) ma tête est sale; rarement je la fais tondre; je )) coupe mes ongles rarement, et j'ai les doigts )) noircis par ma plume.
» Voulez-vous connoître mes imperfections se-
' Discurrentes ineâ pediculos.
» crêtes? ma poitrine est horrible et velue comme » celle du lion , roi dos animaux. Je n'ai jamais » voulu la peler, tant mes habitudes sont brutes et » abjectes. Je n'ai jamaiispoli aucune partie démon » corps : franchement je vous dirois tout, quand » j'aurois même un poireau comme Cimon ^ »
Et c'est le maître du monde qui parle de lui de cette façon ! Mais cette brutale humilité est l'orgueil de la puissance.
Julien avoit des vertus, de l'esprit et une grande imagination : on a rarement écrit et porté une
' Spaheim a traduit le Misopogon ; La Bletteiie en a donné une autre traduction avec celle des Césars et de quelques lettres choisies ; le marquis d'Argens a traduit, sous le nom de Défense du paganisme, ce que saint Cyrille d'Alexandrie nous a conservé de l'ouvrage de Julien contre les chrétiens ; enfin M. Tourlet a publié une traduction complète des œuvres de cet empereur. Je me suis aidé des excellents travaux de mes devanciers, sans adopter tout-à-fait leur version. La traduction du Misopogon de La Bletterie, que M. Tourlet a conservée en la corrigeant, est élégante, mais elle ne dit pas tout l'original. La Bletterie, d'ailleurs homme desprit, déraison, d'instruction et de talent, est resté dans l'ironique; il n'a pas osé aborder le sardonique ; il a eu peur de l'elfronterie des ii ots : je ne parle pas du collectif /ne.çsieurs adressé aux babitans d'Antioche, petite politesse de notre bonne compagnie, qu'il étoit aisé de faire disparoître. La Bletterie croit rpie Julien caloiiniic sa barbe; je le pense aussi ; il est probable qu'il répé'toit les railleries des Antiochiens, ou qu'enchérissant Ini-méme
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on ETUDES
couronne comme lui. li détestoit les jeux , les théâtres, les spectacles ; il étoit sobre, laborieux , intrépide, éclairé, juste, grand administrateur, ennemi de la calomnie et 'des délateurs. Il aimoit la liberté et l'égalité, autant que prince le peut ; il dédaignoit le titre de seigneur ou de maître. Il pardonna dans les Gaules à un eunuque chargé de l'assassiner.
sur ces railleries , il exagérolt ses défauts pour tomber de plu5 haut sur les vicec contraires de ses détracteurs. Nous voyons Julien se baigner dans une maison de campagne , se faire couper les cheveux en arrivant à Gonstantinople ; cela n'annonce pas un homme si indif fërent au soin de sa personne. Saint Augustin , dont la philosophie n'étoit pas il est vrai celle de Julien , pense que la propreté est une demi-vertu.
M. Tourlet a réuni plusieurs fragments de Julien qui ne se trouvent pas dans les anciennes éditions de ses œuvres. Il a rendu ainsi un véritable service aux lettres ; mais la grande découverte à faire seroit celle de l'Histoire des guerres de Julien dans les Gaules. Cet ouvrage est perdu , tandis que des discours assez insignifiants se sont conservés. Cela vient en partie de l'esprit du siècle où vivoit Julien : on attachoit une extrême importance aux éci-its dogmatiques de l'Apostat pour les admirer ou les combattre, et l'on se soucioit peu de ce qui étoit en dehors des controverses religieuses. C'est ainsi que Cyrille d'Alexandrie , dans ses dix livres />ro sanclâ christianorum religione aclçersùs libros athei Juliani, nous a ti'ansmis une grande partie de -l'ouvrage de cei empereur contre la religion chrétienne.
Un jour on lui signala un citoyen qui, disoit-on, aspiroit à l'empire, parce qu'il faisoit préparer en secret une chlamyde de pourpre. Julien chargea l'ollicieux ami du prince légitime de porter à l'usurpateur une paire de brodequins ornés de pourpre, afin qu'il ne manquât rien au vêtement impérial \ La loi défendoit sous peine de mort de fabriquer pour les particuliers une étoffe de pourpre; un usurpateur étoit réduit, dans le premier moment de son élection , à voler la pourpre des enseignes militaires et des statues des dieux.
Maris, évêque arien de Clialcédoine, insultoit Julien qui sacrifioit dans un temple de la Fortune. Julien lui dit : « Vieillard, le Galiléen ne » te rendra pas la vue. m Maris étoit aveugle. — » Je le remercie, » répondit l'évêque, « de m'é- « pargner la douleur devoir un apostat comme » toi ^. » L'empereur supporta cet accablant reproche.
'' Jubci periculoso garriiori pedum tegmina daripurpurea ad adversarium perferenda. ( Amm. )
^ îllum (Julianum) graviter objurgavit, impium et apostatam vocans et religionis expertem. At ille conviciis reddeos convicia cœcum eum apellavit : neque vero, inquit,Deustuiisgalilaeustciinquàmsanaturusc.st. Gralias, tnquit Maris, ago Deo , qui me liuninibus orbavit ne t^iderern i>ullum tuum qui in lantam prolapsus est inipietatem. (Socrat., hist. écoles., lib. ri, cap. 12, p. 150.)
Delphidius , célèbre avocat de Bordeaux, plaidoit devant Julien , contre Numérius accusé de concussion dans le gouvernement de la Gaule jNarbonnoise; Numérius nioit les faits. « Qui ne » sera innocent, » s'écria l'avocat, «~ s'il suffit de » nier? — « Qui sera innocent, » repartit Julien , u s'il suffit d'être accusé ^ ? w
D'autres avocats louoient Julien : «Je me ré- » jOuirois de vos éloges, » leur dit-il, « si vous M aviez le courage de me blâmer^. »
Un certain Thalassius étoit dénoncé par le peuple d'Antioche, comme exacteur et comme ancien ennemi de Gallus et de Julien. « Je re- » connois,» dit l'empereur, « qu'il m'a offensé; » c'est ce qui doit suspendre vos poursuites jus- » qu'à ce que j'aie tiré raison de mon ennemi. » [1 pardonna à l'accusé ^
Un homme vint se prosterner à ses pieds dans un temple, criant merci pour sa vie. A C'est Théodote , » lui dit-on , a chef du con-
^ Ecquis iniiocens esse poterit , si accusasse sufficiet. ( Amin. )
2 Gaudebain plane prœ meque ferebam , si ai lus laudarer qiios et i'ituperasse posse adverlerem , si quid factuni sit seciis aut dictuni. (Amm.)
^ Agnosco queni dicitis offendisse mejustâde causa j et silere pos intérim cousentaneuni est , diini mihi ininiico potiori faciat satis. ( Ainm. )
» seil d'Hiéraple, qui jadis demandoit votre tête » à Constance. — « Je savois cela, depuis lon^- » temps, » répondit l'empereur» « Retourne en » paix à tes foyers, Théodote. J'ai à cœur de di- )» minuer le nombre de mes ennemis et d'aug- » menter celui de mes amis \ »
Une femme plaidoit contre un domestique militaire renvoyé du palais; elle n'avoit osé l'assigner tant qu'il avoit été en faveur. Celui-ci se présente à l'audience impériale avec la ceinture de son emploi; la femme se croit perdue, présumant que son adversaire est rentré en grâce : « Femme, dit Julien, soutiens ton accusation; » le défendeur n'a mis sa ceinture que pour » marcher plus vite dans la houe; elle ne peut » rien contre ton droit ^. »
La publication du Misopogon tient à la même élévation de nature : à part l'orgueil cynique de cet ouvrage, un homme investi du pouvoir absolu, environné d'une armée de Barbares dévoués à ses ordres, un prince qui pouvoit d'un
^ Abi sccurus ad lares , exutus omni metu , clementiâ principis , qui , ut prudens definh'it , inimicorum minuere numerum augereque amicorum sponte sud contendit ac libens. (Amm.)
- Prosequere , mulier, si quid te lœsam existimas .hic enini sic cinctus est ut expediiiiis per lutum incedat .nt pariim nocrrr luis partibus potrst. ( Amm. )
seul signe faire exterminer ses insolents détracteurs, et qui se contente de tirer raison d'un libelle par un pamphlet, est un exemple unique dans l'histoire des peuples et des rois. César, dans l'Anti-Caton, n'eut h se venger que de la vertu, et il ne la put vaincre, même en joignant les armes à ia satyre.
Les Césars sont encore plus extraordinaires que le Misopoi^on. Quel souverain a jamais jugé ses prédécesseurs avec autant de rigueur et de supériorité? Jules César entre le premier au banquets des dieux : Silène avertit Jupiter que ce convive pourroit bien songer à le détrôner , et Jupiter trouve que la tête de ce mortel ressemble pas mal à la sienne. Vient Auguste, dont les couleurs du visage changent comme celles du caméléon ; Tibère à la mine fière et terrible, et au dos couvert de lèpre; Caligula , monstre sur-le-champ précipité dans le Tartare; Claude, pauvre prince qui n'esi rien sans Pallas, Narcisse et Messaline ; Néron , une couronne de laurier sur la tête, une lyre à la main et qu'Apollon jette dans le Cocyte; ensuite des gens de toutes sortes , les Galba , les Othon , les Vitellius ; Vespasien qui accourt pour éteindre le feu mis aux temples ^ ; Titus qu'on envoie à la
■■ Allusion à l'incendie du temple de Jérusalem et du Capitole.
Vénus publique; Domitien qu'on enchaîne auprès du taureau de Phalaris; Nerva , à propos duquel Silène s'écrie : « Vous autres Dieux , vous » laissez quinze années un monstre sur le trône, » et ce vieillard affable et juste n'a pas régné )) un an entier! » Jupiter apaise Silène en lui annonçant que des princes vertueux vont suivre Nerva.
Trajan paroît : aussitôt Silène recommande à Jupiter de veiller sur celui qui verse à boire aux immortels. Que cherche Adrien ? son Antinous? Il n'est point dans l'Olj'mpe. Antonin, modéré, excepté en amour, s'arrêteroit k couper en portions égales un grain de cumin. A la vue de JMarc-Aurèle, Silène déclare qu'il n'a rien à lui reprocher.
Survient un débat entre Alexandre et César jouteurs de gloire. Césai- aiïirmc qu'il a effacé les grands hommes ses contemporains et les grands hommes de tous les siècles et de tous les pays. Que prétend Alexandre avec sa conquête de la Perse ? Peut-il opposer quelque chose h la journée de Pharsale? Quel étoit le capitaine le plus habile de Pompée ou de Darius? Oùétoientles meilleurs soldats. « Toi, Alexandre, tu as égorgé les ci- » toyens de Thèbes , incendié les villes des mal- » heureux Grecs; moi, César, j'ai conquis les « Gaules, passé le Rhin, franchi l'Océan, sauté
» sur le rivaae des Bretons. Tu as vaincu dix mille » Grecs : j'ai détait cent cinquante milleRomains. » Alexandre , qui commençoit à entrer en fureur, apostrophe Jupiter et lui demande quand enfin ce babillard romain cessera de se donner des éloges? Il a triomphé de Pompée ! Pompée pauvre homme qui profita des triomphes de Lucullus î on lui donna le nom de grand, par flatterie, mais pouvoit-on le comparer à Marius, aux deux Scipions , à Camille ? « Tu as battu Pompée, Cé- » sar ? Pompée , si amoureux de sa coiiFure qu'il » ne s'osoit gratter la tête que du bout du doigt! » Tu ne soumis les Gaulois et les Germains que )) pour asservir ta patrie : fut-il jamais rien de )) plus impie et de plus détestable I Ne traite pas » avec tant de dédai n les dix mille Grecs queje me » vis forcé d'accabler. Vous, Romains qui à peine » avez pu vous rendre maîtres de la Grèce dans sa » décadence, vous qui vous êtes épuisés à soumet- » tre un petit état presque ignoré aux beaux jours » de l'Hellénie, que seriez-vous devenus s'il vous )) eût fallu combattre les Grecs unis et florissants? » Il vous sied bien de parler avec mépris de ma » conquête de la Perse, fameux conquérants qui, )) après trois siècles de guerre , êtes parvenus , à )) la sueur de votre front, à vous emparer de » quelques villages au-delà du Tigre! Moins de » dix ans ont suffi à,Alexandre pour dompter la
» Perse et les Indes. » La satire continue de cette manière impitoyable, haute et juste, jusqu'à Constantin outrageusement traité par le restaurateur de l'idolâtrie : il le livre à la déesse de la mollesse qui l'embrasse, le revêt d'une robe de femme de diverses couleurs , et le conduit par la main à la Luxure. Auprès d'elle Constantin trouve un de ses fils (Crispus) qui crioit incessamment : « Corrupteurs de femmes, homicides, » sacrilèges, scélérats, vous tous qui avez besoin » d'expiation, approchez! avec un peu d'eau je » vous rendrai purs. Si vous retombez dans vos » fautes, frappez-vous la poitrine, battez-vous la » tète : tout vous sera remis \ »
Ici il y a triple calomnie et haine atroce : on ne reconnoît plus le souverain supérieur qui condamne les mauvais princes, et le grand homme qui juge ses pairs.
Julien ètoit musicien, et poëte de talent :
' 0<7t; fOooihç , o'îiç ^nuini^rj-jo; , oaii è-juyr,- zat p^c^uoo;, îrw
ôapo'v. Kav 77z^tv ï-jfiyo^ rot; xÙtoïç '/sv/îrat , S^cuji zq ar,Ooz z),»;- ÇavTi , yu\ rvj y.B'^oi.'krr-' TrariÇavri yaOypw yi-jzr;Out. Quisqins mulierum corruptor, quisquis homicida est, quisquis piaculo aut execrando scelere se obstrinxit , fidenter hùc adito. Etenim simul atque hâc aquâ ablutus fuerit, illico eap euin pinuni leddam. Qiiod si iisdem rursùs se (\na^'itiis contaminarit , cfliciain iili , tunso pcctoïc et rapite pcrciiSMi, expietiii'. (In Cacsar., p. 336. B.)
nous avons de lui deux épigrammes élégantes, l'une contre la bière , l'autre où l'orgue est décrit à peu près tel que nous le connoissons '.
■* Il existe en manuscrit, dit-on, un poëme de Julien sur le soleil et quelques harangues non publiées. D'une grande quantité de lettres sorties de la plume féconde de Julien , on n'en connoît guère plus de soixante-quatre. Vossius assure que les Césars étoient intitulés , dans les anciens manuscrits , les Saturnales et le Banquet j mais Suidas distingue les Césars des Saturnales , et cite de ce dernier ouvrage des choses qui ne se trouvent point dans les Césars. Suidas indique encore deux ouvrages perdus de Julien, l'un sur les trois figures, l'autre sur l'origine du mal contre les ignorants. Eunape , dans ses vies des sophistes , parle souvent de Julien ; il en avoit écrit Ihistoire ; peut-être faisoit-elle partie de son histoire des empereurs depuis Alexandre Sévère, On croit que celle-ci se retrouve en partie dans les deux livres de Zosime qui se seroit contenté de retoucher le travail d'Eunape ; Calliste , au rapport de Socrate , avoit mis en vers la vie de Julien. On présumoit, dans le dix-septième siècle, que l'histoire politique d'Eunape étoit dans les bibliothèques d'Italie. Le monde littéraire doil au savant M. Boissonnade une édition grecque d'Eunape, dont M. Cousin juge compétent parle ainsi : son suffrage sera d'un tout autre poids que le mien. « Personne, en effet , n'étoit n mieux préparé à donner une édition critique d'Eunape » que M. Boissonade , (jui a déjà si bien mérité de la » j)hilosopliie néo-platonicienne en publiant une nouvelle » édition de la vie tIc Proclus par Marinus, et le com
Ses lettres sont instructives, quoique dun st^^le peu naturel ^ : en voici une où il y a trop de
» mentaire inédit de Proclus sur le Cratyle. Et comme » si ses propres ressources ne lui suffisoient point, sa mo- » destie lui a fait un devoir de se procurer tous les ma- » tériaux amassés par ses devanciers. Le spécimen de )) Carpzow le mettoit en possession des notes de Fabri- » cius, et par l'intermédiaire de Schœfer, Erfurt ^ entre » les mains duquel étoient tombés les travaux inédits de n Wagner, les a obligeamment communiqués à M. Bois- » sonnade , avec des notes de Reinesius. Pour la vie de » Libanius , il a eu les notes inédites de Valois ; et deux » exemplaires d'Eunape, qui avoient appartenu à Walke- » naer, lui ont fourni quelques corrections heureuses » déposées sur les marges par Walckenaer, ou par lui » recueillies sur l'exemplaire de Vossius conservé à la » bibliothèque de Leyde ; sans compter les conjectures » de l'illustre évêque d'Avranches , Huet , que contient » un des exemplaires de la bibliothèque de Paris, et » d'autres secours qu'il seroit trop long d'énumérer, et » qui tous disparaissent devant la vaste collection de » remarques de toute espèce dont Wyttenbach a enrichi » l'ouvrage de notre savant compatriote : de sorte que » les deux volumes dont se compose cette édition d'Eu- » nape , présentent les travaux des maîtres de différents » pays et de différents siècles , habilement employés par » un des maîtres du siècle présent. »
' Libanius prétend avoir atteint la perfection du style épistolaire, et il accorde la seconde place à Julien, Pline le Jeune offre le modèle de ce bel-esprit élégant et recherché , imité par Julien <^t les Grecs de son temps.
Néréides, de Grâces, de Nymphes, de lieux communs de mythologie, et qui ressemble assez à ces épîtres toutes tleuries de lis et de roses, que le grand Frédéric écrivoit h des gens de lettres la veille d'une bataille; mais le sujet en est touchant et les descriptions agréables; elle nous apprend quelque chose d'intime de la vie et de la jeunesse de Julien.
L'aïeule maternelle de Julien lui avoit laissé une petite terre en Bithynie; l'empereur écrit à un ami dont on ignore le nom , pour lui en faire présent. Quel est le roi d'une province de l'empire romain , qui ne croiroit aujourd'hui déroger à sa puissance, démembrer le domaine de sa couronne, et compromettre la dignité de son sang, en offrant d'aussi bonne grâce l'héritage de sa grand' mère à un ami?
» La maison n'est pas h plus de vingt stades » de la mer; mais on n'y est point étourdi par le » marchand , ou par le matelot criard et querel- « leur. Cependant on v jouit des présents desNé- » réides , et l'on peut y avoir le poisson frais et » palpitant. Si tu montes sur un tertre peu éloi- » gné delà maison, tu verras la Propontide, ses » îles et la ville qui porte le noble nom d'un em- » pereur. Là tii ne seras point au milieu des al- » gués, des mousses et des autres plantes désa- » gréables et inconnues que la mer jette sm' ses
» grèves, mais au milieu des saules, parmi le » thjm et les herbes parfumées. Couché un livre » à la main, après une lecture attentive, tu » pourras reposer tes jeux fatigués : la mer et » les vaisseaux te seront un charmant spectacle. M Dans mon enfance, ce lieu me plaisoit, parce » que j'j trouvois des fontaines qui n'étoient pas » à mépriser, des bains assez propres, un po- » tager et des arbres. Lorsque je devins homme, » je désirai ardemment revoir ce iieu ; j'y suis » maintes fois retourné en compagnie de quel- )) ques amis. Je m'y suis même assez occupé 1) d'agriculture pour y laisser, comme un mo- » nument, une petite vigne qui donne un vin » suave et parfumé. Tu verras dans rnon clos >i Bacchus et les Grâces : la grappe pendante ') au cep , ou portée au pressoii', exhale l'odeur » des roses ; la liqueur dans le tonneau est déjà » du nectar, si nous en croyons Homère. Tu )' me demanderas peut-être, puisque les vignes » viennent si bien dans ce sol , pourquoi je n'en » ai pas planté davantage? Mais d'abord je ne » suis pas uu cultivateur bien habile; ensuite M les JNymphes tempèrent pour moi la coupe » de Bacchus; je ne voulois de vin qu'autant » qu'il en failoit pour moi et mes convives, dont )' tu sais que le nombre n'est pas grand. Accepte
)) donc ce présent , ô tête chérie ^ 1 11 est petit , » sans doute , mais ce qui va d'un ami à un ami , )) de la maison k la maison, est très -doux, » comme le dit le sage poëte Pindare ^. »
Les discours de Julien ont les défauts de la littérature de son temps; mais celui qu'il adresse aux Athéniens , en partie purgé de ces défauts , montre avec quelle gravité il a voit pu écrire l'histoire des guerres des Gaules et de la Germanie. Il est fâcheux que l'Apostat, dans deux panégyriques, ait si bien loué Constance , sou persécuteur, et qu'il ait été si froid dans l'éloge d'Eusébie, sa bienfaitrice, et peut être quelque chose de plus'.
■• ^HÏri YxooCkhl O carum caput! Horace a transporté ce tour dans le latin , et Racine dans le françois.
2 Epist. 46.
^ Cette princesse aussi belle qu'humaine , dit Julien {Paneg. Eus.), est représentée comme aimant les lettres, et pleine de compassion pour les malheureux : in culmine tam celso humana. On la voit protéger Julien , le défendre contre ses ennemis , lui fournir des livres , prendre pour lui tous les soins de la puissance et de la tendresse ; ensuite on la voit donner un breuvage à Hélène , pour la faire se délivrer de son fruit avant terme. Comment Eusébie qui avoit élevé Julien à la pourpre, et qui conséquemmcnt ne sembloit pas craindre son ambition , vouloit-elle le priver de postérité ? Eusébie étoit stérile ; Hélène n'étoit pas jeune , mais elle étoit féconde. Ces contradictions s'expliqueroient par la folie
Grand admirateur du passé, Julien a voulu taire remonter le vocabulaire dont il s'est servi aux jours classiques de la Grèce : assez souvent il habille à l'antique des idées modernes; on se peut faire une idée de ce contraste par un exemple en sens opposé. L'auteur des Vies des grands hommes a écrit en grec dans un idiome complet et vieilli , et il a été traduit en françois dans un idiome incomplet et naissant, d'où il est arrivé une chose assez extraordinaire : le génie de Plutarque étoit naïf, et sa langue ne l'étoit plus ; Amyot est venu , et il a donné à Plutarque la langue qui manquoit à son génie. Mais Amyot échoue dans les morales: le gaulois qui s'étoit , si bien prêté aux récits du biographe , n'a pu rendre les idées complexes et les expressions métaphysiques du Philosophe.
De grandes imperfections balançoient dans Julien ses éminentes qualités : il gâtoit son caractère original en copiant d'autres grands hommes, et sembloit n'avoir de lîaturel que sa perpétuelle imitation. Il s'étoit surtout donné pour modèle Alexandre et Marc-Aurèle; sa mémoire
d'une passion. Dans cette hypothèse , Eusébie auroit désiré placer Julien sur le trône du monde, mais elle n'auroit pu souffrir qu'une femme, plus heureuse qu'elle, fût la mère des enfans de Julien.
euvahissoit ses actions; il avoit fait entrer son érudition clans sa vie. Lorsqu'il renvoya aux évêques le Traité de Diodore de Tarse, en faveur du christianisme, avec ces trois mots : anegnon, egnôn , categnon : Avéyywv , eyvwv , '/.aréyvuiv : J'ai lu, jai compris , j ai condamné; il rappeloit mal le vei , vicli , vici de César. Ses actes de clémence étoient peu méritoires : le dédain y ayant plus de part que la générosité. Léger, railleur, pétulant, questionneur sans dignité, d'une loquacité intarissable, il eût été cruel s'il se fût laissé aller à son penchant'. Dans des emportements involontaires il s'abaissoit jusqu'à frapper de la main et du pied les gens du peuple qui se présentoient à ses audiences'. On pourroit soupçonner sa pudicité : bien que Mamertin assure que son lit étoit plus chaste que celui d'une vestale , il est probable, s'il n'est certain , qu'il eut des enfants naturels ^ Telle est la puissance d'un mot : le nom d'Apostat , donné à Julien , suffit pour flétrir sa mémoire , même aujourd'hui que nous sommes séparés de ce prince par quatorze siècles , et que tombent les institutions qu'il proscrivoit.
' Socr., lib. ai , cap. 21 .
- i\az., p. 121.
^ Jiilian., e[)isl. 40. luliicalor ir.eoruin liberormn
L'antipathie de Julien pour le culte des chrétiens se fortifia de la haine que lui inspira le prince qui massacra son père , livra son frère au bourreau , et menaça long-temps sa vie : les anciens autels étant devenus les autels persécutés, Julien s'y attacha comme un caractère généreux s'attache à la patrie, à la foiblesse et au malheur ; il voulut croire à des absurdités que sa raison condamnoit ; il employa son génie, comme les philosophes de son temps, à expliquer par des allégories le culte de ces divinités, personnifications des objets de la nature, ou passions matérialisées. La beauté des cérémonies du paganisme enchantoit son imagination poétique nourrie des songes de la Grèce : à la renaissance des lettres , au seizième siècle , quelques écrivains de la France et de l'Italie, ravis des belles fables , devinrent de véritables païens et firent abjuration entre les mains d'Homère et de Virgile. Julien attribuoit son salut à sa piété envers les dieux qui l'avoient excepté seul de la juste condamnation prononcée contre la maison impie de Constantin.
Son aversion pour le christianisme se put augmenter encore du spectacle qu'offroit la société lorsqu'il parvint à l'empire. L'hérésie d'Arius avoit tout divisé et subdivisé ; ce n'étoient qu'anathèmes lancés et reçus ; les catholiques mêmes
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ne s'entendoieiit plus; lesévêques se disputoient dessié«ges, et le schisme ajoutoit ses désordres à ceux de l'hérésie. Julien avoit remarqué que les chrétiens sont plus cruels entre eux que les bêtes ne le sont aux hommes^ (c'est un auteur païen qui l'alïirme). Athanase fait la même remarque sur les Ariens ^. Ces querelles dans toutes les villes , dans tous les villages , dans tous les hameaux , affoiblissoient l'empire au dehors , paralysoient le pouvoir au dedans, rendoient l'administration périlleuse et difficile. Les juges et les gouverneurs n'étoient occupés qu'à réprimer les délits et les séditions des chrétiens. Le fameux Georges , évêquc arien d'Alexandrie , persécuteur des païens et des catholiques, avoit désolé l'Egypte par ses rapines et ses cruautés. Diodore, un de ses adhérents, coupoit de sa propre autorité la chevelure des enfants; chevelure que l'idolâtrie maternelle laissoit croître en l'honneur de quelque divinité protectrice. Le peuple lassé se souleva, massacra Georges, pilla sa bibliothèque dont Julif n recommanda au préfet d'Egypte de rassembler soigneusement les débris. La folie des Galiléens, dit le même
^ Nullas infestas liominibus bestias, ut sunt sibi ferales plerique christianorum expertus. ( Amni. , lib. xii , cap. 5.)
2 Ariani Scylhis ipsis crudeliores. (Ath.,. hist. Arian.)
prince, dans sa lettre à Artahius , a presque tout perdu K
Julien , qui n'auroit pu reconnoitre la vérité chrétienne parmi des hommes qui ne s'entendoient pas sur ia nature du Christ, put donc croire qu'il supprimeroit à la fois tous les maux, en étouffant toutes les sectes sous l'ancien culte : erreur d'un juge préoccupé qui prit les effets pour la cause , qui ne vit que l'extérieur des troubles, qui ne fut frappé que du mouvement à la surface et n'aperçut pas l'idée immobile reposant au fond de ces troubles. Une révolution étoit accomplie, un changement opéré dans l'espèce humaine.
Cependant l'éducation d'enfance du gi^and ennemi de la croix avoit été toute chrétienne; il avoit disputé de dévotion à Macellum avec son frère Gallus ; il paroît même qu'après avoir été lecteur dans l'église de Nicomédie , il s'étoit fait tondre pour se faire moine ^ ; intention qu'on a voulu attribuer à l'hypocrisie , et qu'il est plus équitable de regarder comme le mouvement d'une iime
' Eteniin Galilœorum amenda , propemodhm omnia afflixit ac pcrdidit. (Julian. , epist. 7.)
- l'A ad cute.iii usqiie lonsus rnonasticani i>Uarn simulavit. (Socrat. )
exaltée. Julien ne pouvoit être ni chrétien , ni philosophe à demi ; la nature ne lui avoit laissé que le choix du fanatisme.
Quoi qu'il en soit, aussitôt que ce prince fut séparé de Gallus , il s'abandonna à la passion de l'étude, que lui avoit inspirée Mardonius, son premier maître. Il visita à Pergame Edésius, dont l'école jetoit un grand éclat.
Chef du néoplatonisme dont Plotin étoit le fondateur, Edésius , disciple et successeur d'Iamblique, étoit un vieillard dont l'esprit vigoureux s'élevoit vers le ciel , à mesure que son corps se Denchoit vers la terre. Julien vouloit en tirer toute la science ; mais le vieillard lui dit : « Aimable poursuivant de la sagesse , mon » corps est un édifice en ruines prêt à tomber : » interrogez mes enfans \ »
Ces enfants d'Edésius étoient ses disciples : Maxime, Priscus, Eusèbe et Chrisanthe. Julien s'adressa d'abord aux deux derniers. Eusèbe ne croyoit point à la théurgie, et parloit à Julien contre les opérateurs de prodiges; il lui raconta que Maxime avoit fait sourire devant lui au moyen d'un grain d'encens purifié, et d'un hymne chanté à voix basse, la statue de la déesse au temple d'Hécate; qu'ensuite les flambeaux s'é-
1 Eunap., vit. Jambl.-> vit. Max.
tx)ient allumés d'eux-mêmes ^ Aussitôt Julien, transporté de curiosité , ne voulut plus écouter les raisonnements d'Eusèbe, et s'empressa d'aller chercher Maxime h Ephèse.
Maxime, d'un âge approchant de la vieillesse, portoit une longue barbe blanche; son éloquence étoit entraînante; le son de sa voix se marioit si bien avec l'expression de ses regards qu'on ne lui pouvoit résister^. Pressé par Julien il fit venir Chrysanthe , et tous les deux l'instruisirent. Maxime conduisit le jeune prince dans le souterrain d'un temple : après les évocations on entendit un grand bruit, et des spectres de feu apparurent. Julien , saisi de frayeur, fit involontairement et par hàl^tude le signe de la croix : tout s'évanouit. Julien ne se pouvait empêcher d'admirer la puissance du signe des chrétiens, lorsque le philosophe lui dit d'une voix sévère : «Croyez- » vous avoir fait peur aux dieux? ils se sont » retirés, parce qu'ils ne veulent pas avoir de » relations avec des profanes tels que vous ^ w
On ignore le reste de cette initiation; mais on assure que Maxifne prédit l'empire k Julien , s'il juroit d'abolir le christianisme et de rétablir l'ancien culte.
^ Id., ibid.
' Eunap., ibid.; Liban., paneg. 175.
^ Theodor., lib. m , can. 3 ; G-ret^. Naz,., or. 3 , p. 71.
Au surplus, quels que fussent les nuages dont le néoplatonisme environnoit sa doctrine, on sait qu'il admettoit des Puissances subordonnées avec lesquelles on commerçoit par la science de la Cabale. Comme les philosophes ne pouvoient justifier les folies du polythéisme pris dans le sens absolu, ils composoient un système d'allégories dans lesquelles ils renfermoient les vérités de la physique , de la morale et de la théologie. Ils admettoient un Dieu -Principe dont les attributs devenoient des divinités inférieurs. Les astres, la terre , la mer, les royaumes, les villes, les maisons, de même que les vertus et les arts avoient leurs Génies : ceux qui tout à la fois rougi ssoient et se glorifioient des anciennes superstitions, chargeoient ainsi l'imagination d'inventer pour les justifier un système digne d'elle.
Le fond de l'ancienne doctrine platonicienne subsistoit : l'intervalle incommensurable qui sépare l'homme de Dieu , étant rempli par des êtres plus ou moins sublimes à mesure qu'ils sont plus voisins de Dieu ou de l'homme „notre âme selon le degré de sa vertu, remonte cette longue chaîne de Kéros, de Génies et de Dieux et va s'abîmer dans le sein du Grand-Etre, Beauté, Vérité, souverain Bien , Science complète.
Plutôt alléché aux-mys<ères que rassasié de se-
crets , Julien alla chercher jusqu'au fond de la Grèce un vieux prêtre d'Eleusis, qui passoit pour ne rien ignorer. Si nous en croyons Eunape , seule autorité pour ce récit , Julien, au moment de rompre avec Constance , appela ce prêtre dans les Gaules, et lui fit part du projet qu'il n'avoit révélé qu'à Oribase, son médecin, et à Everaère, son bibliothécaire,
Julien étoit versé dans la théurgie et les deux divinations : ses croyances se composoient d'un mélange de néoplatonisme et de quelque souvenir de sa première éducation chrétienne, le tout enveloppé dans l'hellénisme, ou les mythes homériques. Le néoplatonisme joignoit à la doctrine de Platon des idées empruntées aux écoles pythagoricienne, stoïcienne et péripatéticienne. En vertu de la loi de la métempsycose, Julien pensoit avoir hérité de l'àme d'Alexandre : superstition naturelle du courage, du génie et de la gloire.
Libanius compare la vérité rentrant dans l'esprit de Julien , purifiée du christianisme, à la statue des dieux replacée dans un temple autrefois profané. Selon le même Libanius des divinités amies éveilloient le disciple impérial en touchant doucement ses mains et ses cheveux ^ ; il
^ Liban., paneg.
distinguoit la voix de Jupiter de celle de Minerve, et ne se trompoit point sur la forme d'Hercule ou d'Apollon : platonicien par l'esprit, stoïcien par le caractère, cynique par quelques habitudes extérieures, Julien prioit et jeûnoit en l'honneur d'Isis, de Pan ou d'Hécate, comme les pères du désert ses contemporains jeûnoient et prioient aux jours de vigiles et d'abstinence. Si, à cette époque, la philosophie affectoit des austérités et prétendoit opérer des prodiges, c'est qu'elle a voit été conduite h opposer quelque chose aux vertus et aux merveilles des chrétiens.
En effet , peu de temps après le règne de Julien , une persécution s'éleva contre les hommes accusés de magie ; cette magie n'étoit que la réaction et la contre-partie des miracles. Le christianisme avoit forcé l'hellénisme à l'imitation , pour maintenir sa puissance. La cérémonie du taurobole ou du criobole , qui se rattachoit dans son principe à la plus haute antiquité , étoit devenue une simple parodie du baptême. Au bord d'une fosse couverte d'une pierre percée, le sacrificateur égorgeoit un taureau ou un bélier; le sang de la victime couloit au travers des trous , sur le prosélyte placé au fond de la fosse, et les taches de ce pêcheur se trouvoient effacées au moins pour vingt
ans. Les philosophes étoient les solitaires de la religion de Jupiter ; comme les hermites du christianisme , ils s'attribuoient un pouvoir surnaturel. Plotin évoquoit , k l'aide d'un Egyptien, son propre démon; quand il mourut, un dragon sortit de dessous son lit et traversa une muraille. lamblique s'élevoit en l'air , et tout sou corps paroissoit resplendissant : au son d'une parole il fit un jour sortir les Génies de l'Amour , Eros et Anteros , du fond d'un bain. Edésius forçoit les dieux à descendre , et il en recevoit des oracles en vers hexamètres ^ Vous venez de voir les jongleries de Maxime et Chrysanthe. Simon , le magicien , Apollonius de Tliyane , avoient eu les mêmes prétentions aux vertus théurgiques. Celse avoit opposé aux miracles de Jésus-Christ les prestiges d'Esculape, d'Apollon , d'Aristes et d'Abaris. Les philosophes afîectoient un tel air de ressemblance avec les ascètes, que Julien, dans un moment d'humeur contre les cyniques, les compare aux moines galiléens ^ : vous allez bientôt voir ce prince essayant de régler la police des temples d'après la discipline des églises.
^ Eunap.jvit. Soph.jBruker., hist. philosoph. Julian., apud S. Cyrille, lib. vi.
' Julian.. contra imperitos canes., or. 6.
Enfin, les idolâtres réformés avoient placé une Trinité k la tête de leurs dieux : vaincu de toutes parts, le paganisme étoit, pour ainsi dire, obligé de se faire chrétien.
Toutefois, dans cette transfusion du sang social, dans l'accomplissement de la plus grande révolution de l'intelligence , on doit aussi remarquer, à fin d'être juste et sincère, ce que le christianisme pouvoit avoir admis de la philosophie et du paganisme.
. Le christianisme a-t-il reçu de la philosophie les dogmes de la Trinité , du Logos ou du Verbe ?
J'ai déjà eu l'occasion de traiter ailleurs cette matière : j*ai fait observer^ que la Trinité pouvoit avoir été connue des Egyptiens, comme le prouvoit l'inscription grecque du grand obélisque du Cirque Majeur, à Rome ; j'ai cité un oracle de Sérapis , rapporté par Héraclides de Pont et Porphyre-, lequel oracle exprime nettement le dogme de la Trinité ^
^ Génie du Christ., tome l". , liv. i , chap. 3.
^ Porphyre appartient au néoplatonisme, postérieur à la prédication de l'Evangile : sous ce rapport son témoignage est suspect.
' La belle découverte de la lecture des hiéroglyphes a pu jeter de nouvelles" lumières sur le système religieux
Les mages avoient une espèce de Trinité dans leur Metris, Oromasis et Arimanis, ou Mitra,
des Égyptiens. Je dois à M. Charles Le Normant qui a suivi M. de Champollion en Egypte , la note savante qu'on va lii'e. L'auteur, en traitant de la triade égyptienne , dit aussi quelques mots du taurobole. ( Voyez la préface de ces études historiques. )
« La triade égyptienne, identiquement semblable à » la triade hindoue, repose sur une croyance panthéis- » tique : les deux principes fondamentaux ( Ammon-Ra » et Mouth , la grande mère, dans la forme la plus » élevée) représentent l'esprit et la matière ; ils ne sont M pas même corrélatifs, car il est dit qu'A mmon est le » mari de sa mère * , ce qui veut dire que l'esprit est » une émanation de la matière préexistante , du chaos. » Dans le Rituel funéraire **, la pièce capitale et le ré- » sumé de la théologie égyptienne , Ammon dit à IMouth : » Je suis l'esprit , toi tu es la matière: plus loin, dans » Ja prière adressée à Mouth , sous la forme secondaire » de Neitli, on lit ces mots : Ammon est l'esprit divin, » et toi tu es le grand corps , Neith , qui réside dans » Sais. De leui- union piovient Chons , la plus haute » manifestation de l'esprit, la troisième personne de la » triade thébaine. Chons est tellement le même que » le Logos de l'Inde , et même de la Perse , de Platon » et de saint Jean , qu'àThèbes, dans le temple qui lui
Sur le Pylône du tcmpic de Chons a Ivarnak , appelé le î^rand temple du sud, dans le grand ouvrage d'Egypte.
Troisième partie, section m, traduction rominuniquée par M. Clianipoilion.
Oromase et Arimane. Platon semble indiquer la Trinité dans le Timée, l'Epinomis, et dans
» est dédié *, il est nommé Chons Toth , c'est-à-dire » parole. Cette triple unité de Dieu se retrouve ainsi >) dans toutes les dégradations du théisme égyptien , » jusqu'à la triple manifestation corporelle de Dieu dan» » les personnes d'Osiris, d'Isis et d'Horus. Puis vient un » personnage complémentaire , un résumé des formes » multiples de la Divinité , Ammon-Horus ou Horus- » Ammon , qui réunit les deux anneaux opposés de cette j) chaîne immense , et renferme l'unité panthéistique du » monde concentrée dans les trois personnes de l'esprit, » de la matière et du verbe ; Ammon-Horus est le Pan » des Grecs.
1) La trinité clirétienne est fondée sur l'existence d'un » Dieu préexistant à la matière, qui a tiré le monde du «néant; ce Dieu se iKanifeste incessamment dans son » fils; l'esprit est l'intermédiaire de cette manifestation, » qui dans la triplicité constitue l'unité de Dieu. On » voit donc que , pour établir un rapport de cette trinité » à la triade égyptienne , il faudrait supposer dans cette
* Le même que ci-dessus, le dernier signe qui est l'Ibis,
est le symbole du dieu Toth, ^.^^ /'■Oi
et se résout phonétiquement -^ *» >'
dans le mot
tôt qui commence tous les
discours des dieux : . . . .
parole d'jàm'mon-Ba , roi des flifiix , etc. r Renseignement communiqué par M ChampoUion.)
une lettre à Denis-le Jeune ; il énonce le Verbe de la manière la plus claire. Selon lui le
» dernière rabstractiot: du principe féminin et la division » de l'esprit en principe générateur et en esprit propre- " ment dit. La différence fondamentale des deux doctrines » a pour base l'opinion différente que les panthéistes et » les chrétiens professent sur l'origine du mal : l'opti- » misme panthéistique le plus exalté ne peut détruire » l'inhérence du mal à la matière éternelle, et par consé- » quent la nécessité du mal ; Nephtis , la sœur d'Isis , » partage sa couche entre Osiris et Typhon.
» Les premiers apologistes ont aussi attribué au désir X de contrebalancer l'influence des cérémonies chré- )) tiennes l'usage fréquent des sacrifices tauroboliques, à » compter de la dernière moitié du second siècle de notre » ère. Mais il est plus que probable que ces sacrifices )» avoient une autre source que l'imitation des rites du » baptême, ou même que l'idée de réhabilitation d'oîi la » cérémonie baptismale est dérivée. La purification expia- » toire par le sang est universelle dans les cultes de l'Oj) rient ; on en retrouve la trace j usque dans le Lévitique : » £t sanguinem qui erat iii altarl aspersit super Aaron n et çestimeiita ejus , et super filios illius , ac vestes » eoruni (\I1I, 30). Tous les témoignages anciens s'ac- ') cordent à rattacher les tauroboles au culte phrygien ') de Cybèle. Or ce culte , bien qu'introduit à Rome 207 » ans avant J.-C, ne fut long-temps que toléré, et » ne passa tout-à-fait dans la chose publique que sous » le règne d'Antonin. M. de Boze * a très -bien rappelé » les causes de la vénération superstitieuse de cet empe-
Torn II (les Méni. de l'Acad. des [use-
\'erbe très-divin a arrangé l'univers et l'a rendu visible '. Platon avoit emprunté le dogme de la
» reur pour les mystères de Cybè!e : il a montré en même » temps que Faustine la mère étoit la première impératrice » qui eût pris sur les médailles le nom de mère des dieux. » Or le plus ancien taurobole que nous trouvions con- » statépar une inscription se rapporte à l'an 160 de J.-C, » et a été célébré pour la conservation des jours d'An- » tonin et de sa famille *; la plupart des monuments de » ce genre ont, comme le précédent , une couleur poli- » tique. Que les idées de régénération répandues par le » christianisme dans tout le monde aient contribué à )> étendre l'usage des sacrifices tauroboliques, c'est ce » qu'il est difficile de nier; mais les apologistes eux- » mêmes montroient la différence de principe, et par « conséquent d'origine , qui existoit entre le baptême et » le taurobole; le sang du taureau, disoit Firmicus **, » ne rachète pas, il souille. C'est qu'effectivement l'idée » de réhabilitation purifiante et celle d'expiation san- » glante appartiennent à deux systèmes opposés, dont le » second a été aboli par le sacrifice de la grande victime » du christianisme. S'il étoit permis d'assigner une origine » encore plus ancienne que les mystères de Cybèle au » sacrifice taurobolique , nous en retrouverions la trace » dans le mythe persan de Mithra et dans l'immolation » du taureau , qui en est le symbole principal ; or, on sait » que la religion de la mère des dieux n'est, en grande »> partie, qu'une émanation des doctrines persanes. » 1 Plat., tom. II, p. 986, in Epinomid.
* Mémoire précité.
" Cité par M. De Boze.
Trinité de Timée de Locres, qui la tenoit de l'école italique. Les Pythagoriciens avouoient l'excellence du ternaire : le trois n'est point engendré et engendre toutes les autres fractions, d'où il prenoit, dans l'école pythagoricienne, la qualification de nombre sans mère. Les stoïciens professoient la même théologie , ainsi que le témoigne Tertullien qui cite Zenon et Cléanthes^
Aux Indes et au Thibet proprement dit, les livres sacrés mentionnent le Verbe et la Trinité. Entin, les missionnaires anglois croient avoir retrouvé la Trinité jusque dans la religion des sauvages d'Otaïti^.
Les principaux pères de l'Eglise, presque tous sortis de l'école platonicienne , ont avoué que leur ancien maître s'étoit quelquefois approché de la pure doctrine : c'est ce qu'on voit dans Origène, dans Tertullien, dans saint Justin, saint Athanase ^ et dans saint Augustin. Ce dernier raconte qu'ayant lu les traités des platoniciens , il y découvrit les vérités de la foi , relatives au verbe de Dieu , telles qu'elles sont énoncées dans le premier chapitre de l'Evangile
' Tertull., apologet.
^ Génie du Christianisme , tome I'^''., liv. i, chap. 3. ■^ S. Justin,, apolog. ; Origen. contr. Gels, ; Tertull., apolog.; Athan., de incarn; verbi Dei, p. 83.
de saint Jean. H fait observer que plusieurs platoniciens ayant entendu parler du christianisme , convinrent que le Messie étoit l'honime-Dieu , en qui la Vérité permanente, l'immuable Sagesse s'étoit incarnée ^ Platon avoit déclaré que, si le Juste venoit sur la terre, il seroit méconnu et crucifié. Une tradition confuse des incarnations du dieu indien , s'étoit répandue à travers la Perse jusqu'au fond de l'Occident.
Constantin , dans la harangue que j'ai rappelée , signale Platon comme le premier philosophe qui attira les hommes à la contemplation des choses divines ^.
Qu'un homme du génie de Platon ait approché de la vérité révélée par la force de sa pénétration , rien de plus naturel : les vérités de l'intelligence, comme toutes les autres vérités^ nous sont jdIus ou moins accessibles, selon le plus ou le moins de supériorité de notre esprit. Mais la philosophie de Platon est mêlée de tant d'obscurités, de contradictions et d'erreurs qu'il est difficile d'en tirer le système des chrétiens. Ensuite Aristobule, Josèphe, saint Justin, Origène, Eusèbe de Gésarée'', ont avancé et prouvé que
^ Aug., confess., hb. vu; id., epist. 118. ^ Constant, mag., in orat. Sanctor. cœt., cap. 9. ^ Aristobul. apud Euseb., lib. xiii ; Praep. evang., cap. J2; Joseph., lib. n, contra Appion. ; S. Just. ,
Platon avoit eu connoissaiice des livres hébreux, qu'il y avoit puisé cette partie de sa philosophie si peu ressemblante à ce qui lui appartient eu propre , ou plutôt à Pythagore : les Exemplaires des Idées et de l'harmonie des Sphères.
Mais aucune induction raisonnable ne peut être tirée des doctrines qui ont eu cours après l'avènement du Christ : le néoplatonisme , au lieu d'avoir donné aux chrétiens la Trinité, la lui auroit plutôt dérobée : Plotin et Porphyre ont rajusté leur système confus de triade sur le système positif et clair de la nouvelle religion. Alors parut le dogme trinitaire païen plus nettement énoncé, les trois dieux , les trois entendements, les trois Rois réunis dans 1 unité demiurgique. Les philosophes avoient une grande admiration pour ces premières paroles de l'Evangile selon saint Jean :
apologet. ; Orig. , lib. xii , cont. Gels. ; Euseb. , lib. xi , prasp. evang. in proaemio. La version des Septante est postérieure au voyage de Platon eu Egypte; mais il est prouvé par Aristobule ( apud Euseb. , lib. xiii , Pracp. evang., cap. 12), et par Déniétrius (Ni epist. au Plorem. Eg. Reg. apud Joseph. Arist. et Euseb. ), que <les parties considérables des livres hébreux étoient traduite-s en grec long-temps avant la version complète des Septante. ( Voyez défense des SS. Pères , accusés de platonisme, liv. iv , pag. 618 et suivantes. ) Baltus sur <■(; point a complètement raison contre Leclerc.
TOMK n. n
« Au commencement étoit le Verbe ^ et le Verbe étoit en Dieu^ et le Verbe étoit Dieuj ils disoient qu'il faîloit les écrire en lettres d'or, au frontispice des temples ^ ; saint Basile ^ assure qu'ils ëtoient allé jusqu'à s'emparer de ces paroles et à les insérer , comme leur appartenant , dans leurs ouvrages. Amélius, disciple de Plotin, est atteint et convaincu par Eusèbe de Césarée, Théodoret et saint Cyrille d'Alexandrie, d'être un plagiaire de l'Evangile de saint Jean , de cet apôtre qu' Amélius appelle dédaigneusement un Barbare ^ Théodoret compare les néoplatoniciens , imitateurs des fidèles ( et en particulier Porphyre ) , à des singes et à la corneille d'Ésope ''. »
Je ne puis que vous indiquer, dans ces Etudes, des sujets qui demanderoient un développement considérable. Il conviendroit d'examiner si, avant le christianisme révélé , il n'y a pas eu un christianisme obscur, universel , répandu dans toutes
■■ Solebamus audire aureis lUteris conscribendum et... in locis eminentissimis proponendum esse dicebat. ( Aug., de civit. Dei , lib. x, cap, 29 )
2 Basil., hom. 16, in vei'b. illâ : in principio erat Vei'bum.
^ Euseb., praîp. evang., lib. xi, cap. 19; Theodor., sermo. 1 1 ad Graec. ; Cyrill. Alex., iib. viii , in Julian.
^ Theodor. , serm. vit, ad Graec.
les religions et dans tous les systèmes philosophiques de la terre ; si l'on ne retrouve pas partout une idée confuse de la Trinité , du Verbe , de l'Incarnation , de la Rédemption , de la chute primitive de l'homme; si le christianisme ne fit pas sortir du fond du sanctuaire les doctrines mystérieuses qui ne se transmettoient que par l'initiation ; si , portant en lui sa propre lumière, il n'a pas recueilli toutes les lumières qui pouvoient s'unir à son essence ; s'il n'a pas été une sorte d'éclectisme supérieur , un choix exquis des plus pures vérités.
Il y a long-temps qu'on s'est enquis du degré d'influence que la philosophie a pu exercer sur la doctrine des pères de l'Eglise : d'un côté, on a Soutenu qu'ils avoient transformé le christianisme moral des apôtres dans le christianisme métaphysique du concile de Nicée; de l'autre, on a combattu cette assertion '.
Ceux qui vouloient défendre les Pères accusés de platonisme auroient pu faire valoir l'autorité même de Julien, qui prétend prouver
^ Les lecteurs qui seroient curieux de connoître à fond cette contioverse peuvent lire la Défense des saints pères accusés de platonisme , ) ar Baltus, 1 vol. u\-¥., Paris , 1711; Moshem. , de turbatd per Platonicos Ecclesiâ, ap. Cudworth., system. intell., tom. Il, Lugd. Batav., 1783.
la fausseté du système des chrétiens en leur opposant celui du chef de l'Académie : dans un passage d'une grande beauté de style et d'une grande élévation de pensée, il compare la création racontée par Moïse à la création telle que l'a supposée Platon. Le dieu de Moïse, dit-il, n'a créé , ou plutôt n'a arrangé que la nature matérielle, le monde des corps ,• il n'avoit aucune puissance pour engendrer la nature spirituelle , le monde animé ,• tandis que le dieu de Platon enfante d'abord les êtres intelligents , les Puissances , les Anges, les Génies, lesquels créent ensuite , par délégation du Dieu suprême , les Formes ou la Nature Visible qui les représentent, les cieux, le soleil et les sphères qui sont les vêtements ou les images des Puissances , des Ancres et des Génies.
Le principe essentiel de l'àme est un des mystères sur lesquels on s'est fixé le plus tard ; les Pères hésitent et présentent différentes opinions : dans les neuvième , dixième et onzième siècles, le champ des discussions étoit encore resté ouvert sur ce point aux écrivains ecclésiastiques.
Tout ceci ne fait rien à la question fondamentale : fût-il possible de prouver que les doctrines du christianisme ont été plus ou moins connues antérieurement à son^ ère , il n'auroit rien à
perdre à cette preuve. Je vous l'ai déjà dit : des esprits puissants ont pu atteindre à des vérités mères , avant que ces vérités eussent été acquises au genre humain par une révélation directe. Loin de détruire la foi, ce seroit un nouvel et merveilleux argument en sa faveur, car alors il seroit démontré qu'elle est conforme à la religion naturelle des plus hautes intelligences.
Telles sont les relations qui existoient entre la philosophie et le christianisme. Quant au paganisme , le christianisme en prit quelques formules applicables à toute religion , quelques rites, quelques prières, quelques pompes qui n'a voient besoin que de changer d'objet pour être véritablement saintes : l'encens, les fleurs, les vases d'or et d'argent, les lampes, les couronnes, les luminaires, le lin, la. soie, les chants, les processions, les époques de certaines fêtes , passèrent des autels vaincus à l'autel triomphant. Le paganisme essaya d'emprunter au christianisme ses dogmes et sa morale; le christianisme enleva au paganisme ses ornements : le premier étoit incapable de garder ce qu'il déroboit ; le second sanctifioit ce qu'il avoit ravi.
L'apostasie du neveu de Constance , d'abord soigneusement cachée de la foule , fut donc connue d'un petit nombre do philosophes et de
prêtres qui attendoient la réhabilitation des anciens jours, comme des hommes, étrangers au monde où ils vivent, rêvent parmi nous l'impossible retour du passé. Cependant , le secret du changement de Julien ne put être si bien gardé, qu'il n'en transpirât quelque chose au dehors. Il nous reste une lettre de Gallus, de l'an 35 1 ou 352, dans laquelle le césar fait mention des bruits répandus dans Antioche. a On prétendoit , écrit- il à Julien alors en lonie , que vous aviez abandonné la religion de nos ancêtres pour embrasser l'hellénisme , mais j'ai été promptement détrompé. OEtius m'a dit que vous étiez au contraire plein de zèle pour bâtir des oratoires , et que vous vous plaisiez aux tombeaux des martyrs. » Gallus appelle le christianisme la religion de ses ancêtres; saint Grégoire de Nazianze le nomme Yancienne religion. Que le monde romain étoit changé ! combien avoit été rapide la conquête de 1 Evangile !
Mais si le christianisme avoit fait de pareils progrès extérieurs , le développement de sa puissance intérieure n'étoit pas moins étonnant. Déjà l'on pouvoitreconnoître son caractère universel, non-seulement, dans le sens de sa diffusion parmi les peuples, mais dans le sens de sa convenance avec les diverses facultés de l'homme : le voilà ex-
pliquant à l'aide du plus beau langage, les idées les plus sublimes , ce christianisme qui fut prêché par des esprits obtus , de grossiers compagnons sans éducation et sans lettres. Comment Pierre le pêcheur, avoit-il produit Grégoire le poëte, Basile le philosophe, Jean bouche d'or l'orateur? C'est que Jésus, le Christ, étoit derrière Pierre , l'apôtre , et que le Verbe incréé contenoit la vertu de la parole humaine : fils de Dieu , source de toutes lumières et de tous biens, il les distribuoit à ses serviteurs en proportion des besoins successifs de la société , donnant à propos la simplicité ou l'éloquence , la force des mœurs ou les clartés de l'esprit. De cette croix si rude , de ce bois qui ne présenta d'abord à l'adoration de l'univers ou'un sribet et un
condamné, découlèrent graduellement les perfections de l'Essence divine.
Julien parvenu à l'empire, publia un édit de tolérance universelle. Les évêques et les prêtres, h quelque communion qu'ils appartinssent, ariens, donatistes novatiens, eunomiens, macédoniens, catholiques, furent également protégés par celui qui les méprisoit tous , et qui les espéroit afioiblir en les divisant. Néanmoins , il fait lui-même observer qu il rappela les évêques exilés h Icursjvj ers , non à leurs sièges. Il assembioit les chefs des
fOi ETUDES
sectes , et, quand ils s'emportoient il leur crioii : « Ecoutez -moi ! les Francs et les Allamans » m'ont bien (-coûté '. » Dans ses lettres il recommande la modération envers les chrétiens, mais c'est en grimaçant qu'il conserve l'impartialité philosophique; sa haine perce à travers sa tolérance affectée, et lui arrache des mots sanglants,
Atlianase , par une préférence raiéritée, fut excepté de l'amnistie de Julien, «Il seroit dan- » gereux , dit l'Apostat dans sa lettre aux ha- )) bitants d'Alexandrie, de laisser à la tête du » peuple un intrigant , non pas un homme , » mais un petit avorton sans valeur qui s'es- » time d'autant plus grand qu'il appelle plus » de dangers sur sa tête^. )> Et dans une lettre à Ecdicius, préfet d'Egypte, Julien ajoute : « Les » dieux sont méprisés. Chassez le scélérat Atha- » nase; il a osé, sous mon règne, conférer le » baptême à des femmes grecques d'une nais- » sance illustre ^ »
Eunape ne nous laisse aucun doute sur la sin-
^ Audite me, queni Alamanni aiulierunt et Franc i. ( Amm,)
'^ kW àvôpwrttczo; ÈuTcAy;?, Quod si lie ille quidem vir est, sed contemptus homuJicio. (Julian., epist. 51.)
^ Qui ausus est in meo regno fœminas Graecorum ilkistres ad baptismum impellere. (Julian,, epist. 6.)
cérité religieuse de Julien : il suflit d'ailleurs de lire ce qui nous reste des ouvrages de cet empereur, aussi singulier comme homme, qu'extraordinaire comme prince, pour se convaincre qu'il étoit païen de bonne loi. Il avoit pris dans les initiations et les sociétés secrètes un degré d'enthousiasme qui alloit jusqu'à interpréter les songes et à croire aux apparitions.
Au lever et au coucher du soleil , il immoloit une victime à Apollon , sa divinité favorite : il croyoit à la Trinité des platoniciens; le soleil étoit pour lui le Logos, le fils du Père souverain, le Verbe brûlant qui inspire la vie à l'univers. La nuit, Julien honoroit la lune et les étoiles auxquelles s'unissent les âmes des héros. Dans les grandes solennités , il aimoit à jouer le rôle de sacrificateur et d'aruspice.
« Le beau spectacle que de voir l'empereur des » Romains fendre le bois, égorger les victimes, » consulter leurs entrailles , souffler le feu des )) autels en présence de quelques vieilles femmes, » les joues bouiïies, excitant la risée de ceux-là » mêmes dont il désiroit s'attirer les louanges. » Aux fêtes de Vénus il marchoit entre deux troupes de prostitués de l'un et de l'autre sexe , affectant la gravité au milieu des éclats de rire de la' débauche, élargissant ses épaules, portant «ni avant sa barbe pointue, allongeant de petits
pas pour imiter la marche d'un ^éant. Saint Chsysostome ' doute que la postérité veuille croire à son récit; il adjure de la vérité de ses paroles les vieillards qui l'écoutoient , et qui pouvoieut avoir été témoins de ces indignités.
L'empereur faisoit toutes ces choses comme souverain pontife , dignité attachée chez les Romains à la souveraineté politique. 11 épuisoit l'état pour les frais d'un culie que rien ne pouvoit rétablir. 11 offroit en holocauste des oiseaux rares; cent bœufs étoient quelquefois assommés à un seul autel dans un seul jour. Les peuples disoient que, s'il revenoit vainqueur des Perses, il détruiroit la race des taureaux. Il ressembloit en cela , selon la remarque d'Ammien Marcellin , au césar Marcus à qui les bœufs blancs avoient écrit ce billet : « Les bœufs blancs » au césar Marcus, salut : c'est fait de nous si » vous triomphez^. »
De magnifiques présents étoient prodigués par Julien aux sanctuaires célèbres, à Dodone,
^ C'est à Aiitioche que Chrysostome parloit ainsi. Aiiimien lui-même (iit à peu près la même chose, 1. xxii, cap. 14.
^ Le texte de cette plaisanterie est en grec dans Ammien. (Voir la note des savants éditeurs, Amm., in-fol., Lugd. Batav., 1693.), On a appliqué cette épigramiiie à Marc-Aurèle.
à Delphes, à Délos. Eu arrivant à Antioche, son premier soin lut de sacriûer sur la cime du mont Casius. Il apprit avec une sainte joie que le gouverneur de l'Egypte avoit retrouvé le bœuf Apis. Il fit déboucher, à Daphné , la fontaine Castalie; mais, en visitant ce lieu renommé par sa beauté, il eut ungrand sujet de douleur : le bois de lauriers et de cyprès n'étoit plus qu'un cimitière chrétien ; Gallus y avoit déposé le corps de saint Babylas. « Je me )) figurois d'avance, » dit JuHen , « une pompe » magnifique, je ne révois que victimes, liba- » lions, parfums, chœurs de beaux enfants M dont fàme étoit aussi pure que leur robe » étoit blanche. J entre dans le temple, je n'y
» trouve ni encens, ni gâteaux, ni victimes
» J'interroge le prêtre, je demande ce que la » ville sacrifiera aux dieux dans cette fête so- » lennelle. » — « Voici un oie que j'apporte de » ma maison,» me répond-t-il '.
Les temples détruits par le tenips ou par les chrétiens furent réparés. Julien fut le Luther païen de son siècle ; il entreprit la réformation de l'idolâtrie sur le modèle de la discipline des chrétiens. Plein d admiration pour la i'raternité évangélique, il désiroit que les païens se liassont
isopogon.
ainsi d'un bout de la terre à l'autre; il vouloit que les prêtres de l'hellénisme eussent la vertu des prêtres de la croix , qu'ils fussent comme eux irréprochables , que comme eux ils prêchassent la pitié , la charité, l'hospitalité. Il ordonna des prières graves et régiflières à heures fixes, chantées h deux chœurs dans les temples; enfin il se proposoit de fonder des monastères d'hommes et de femmes , et des hôpitaux. « Ne devons-nous » pas rougir que les Galiléens, ces impies, » après avoir nourri leurs pauvres, nourrissent » encore les nôtres laissés dans un dénûment » absolu ^ ? » Saint Grégoire de Nazianze , remarque que ces imitateurs des chrétiens ne se pouvoient appuyer de l'exemple de leurs dieux, et qu'il y avoit contradiction entre leur morale et leur foi.
Le zèle que Julien avoit pour le paganisme,
'' Sed quid est caussœ , cur in hisce , perinde ac si nihil ampliiis opus esset , coiiquiescamus , ac non potiàs conuertamus oculos ad ea , quibus irnpia christianoriini religio crcverit , id est, ad benignitatem in pe regrinos , ad curani ab illis in mortuis sepeliendix positam , et ad sanctinioniam vitœ quarn simulant. . .
Nam turpc prof ecto est , ciimnemo
ex Judeis mendicet , et impii Galilœi non suos modo , sed nostros quoque a tant , ut nostri auxilio , quod à nobis ferri ipsis debeat , dettituti videantur. (Julian., cpist. 49. )
il l'avoit pour la philosophie : il aimoit un rhéteur de la même tendresse qu'il chérissoit un augure. Lors de sa rupture avec Constance, il s'étoit flatté que Maxime accourroit dans les Gaules. Il revenoit de sa dernière expédition d'outre-Rhin, il demandoit partout, chemin faisant, si quelque philosophe n'étoit point arrivé: il avise de loin un cynique; il le prend pour Maxime; il est ravi de joie ; ce n'étoit qu'un autre philosophe, ami de Julien K Ne croit-on pas voir un empereur
'' Ce détail se trouve dans une lettre au philosophe Maxime. Julien nous fait connoître Besançon dans cette lettre , comme Paris dans le Misopogon.
Âd Gallos revertens , circumspiciebam , et percontahar de omnibus qui illiiic venireiit , num quis philosophus , num quis scolasticus , aut pallio penulâve indutus , eo appulisset. Ciim autem T^esontionem ( Biv.evTtwva, Besançon) appropinquareni {est autem oppidulurnnunc refectum, magnum Lauien olim , et niagni- Jîcis templis ornatum , mœnibus Jirmissimis , et loci naturâ munitum , proptereà quod cingitur Dubi ( ^yvougrç, Doubs) : eslque , ut in mari, rupes excelsa , propemodîim ipsis ai^ibus inaccessa , nisi quàjlumen ambiens tanquàm littora quœdam habet projecta ) ciini , inquam , prope abessem ab hâc urbe , vu^ quidam, cynicus cum perd et baculo mihi occurit. jEum ego ciim eminus aspexissem , teipsum esse putavi: cum accessit propiiis , à te omnino illum venirc suspicatus sum. Est autem mihiquidem ille amicus , multiim tamen infrà expectationem meam. (Julian., epist. 38.)
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chrétien liumiliant sa pourpre devant un anachorète, ou un chevalier de la croisade baisant la manche de Pierre l'Hermite?
Mais Julien ne lut pas plus heureux avec les philosophes qu'avec les prêtres : ils se corrompirent à sa cour. Maxime et quelques autres sophistes acquirent des fortunes scandaleuses,- ils démentirent par leurs mœurs la rigidité de leurs doctrines: Chrysanthes, Libanius et Aristomène se tinrent seuls dans une louable réserve. Julien avoit eu saint Basile pour compagnon d'étude à Athènes ; il essaya de l'attirer auprès de lui : le philosophe chrétien , dans sa solitude, repoussa l'amitié du philosophe païen sur le trône.
« Aussitôt , dit saint Chrysostome, (rudement » traduit par Tillemont), aussitôt que Julien eut )) publié son édit pour le rétablissement de l'ido- » latrie , on vit accourir, de toutes les parties du M monde , les magiciens , les enchanteurs, les de- » vins, les augures, et tous ceux qui faisoient » métier d'imposture et d'illusion. De sorte que )) tout le palais se troiivoit plein de gens sans M honneur et de vagabonds. Ceux qui depuis » long-temps étoient réduits à la dernière mi- » sère, ceux qui, pour leurs sorcelleries et ma- )) léfices , avoient langui dans les prisons et dans » les minières, ceux qui traînoient à peine une
)) misérable vie dans les emplois les plus bas et » les plus honteux ; tous ces gens, érigés en prê- » très et en pontifes, se trouvoient en un instant )> comblés d'honneurs. L'empereur, laissant là les » généraux et les magistrats, et ne daignant pas » seulement leur parler, menoit avec lui, par » toute la ville, des jeunes gens perdus de dé- » hanches et des courtisanes , qui ne i'aisoient que » sortir des lieux infâmes de leurs prostitutions. M Le cheval de l'empereur et ses gardes ne le sui- » voient que de fort loin, pendant que cette )) troupe infâme environnoit sa personne et pa- » roissoit, aveclepremier rang d'honneur, au mi- » lieu des places publiques , disant et faisant » tout ce qu'on peut attendre de gens de cette » profession. »
L'apostasie conduisit Julien au fanatisme, et du fanatisme à la persécution : quand Thomme a commis une faute qu'il suppose irréparable, l'orgueil lui fait chercher un abri dans cette faute même. Julien essaya deux choses difficiles : réchauffer le zèle des idolâtres pour un culte éteint ; provoquer des chutes parmi les chrétiens. Embaucheur de la cupidité et de la foiblesse, il offroit de l'or et des honneurs à l'apostasie: il échoua contre la foi fervente et contre la foi tiède. Lui-même se plaint de ne trouver presque personne disposé à sacrifier ; il avoue que son dis-
cours hellénique au sénat chrétien de Berée, loué pour la forme, n'eut aucun succès pour le ibncl ; il gourmande les habitans d'Alexandrie d'abandonner les dieux d'Alexandre pour un Verbe que ni eux, ni leurs pères n'ont jamais vu '. Chrysanthes usa de modération envers les chrétiens, prévoyant que leur culte ne tarderoit pas à triompher. L'ancien monde et le monde nouveau repoussèrent Julien ; l'un , dans sa décrépitude , eût vainement essayé de se redresser comme un jeune homme; l'autre, adolescent vigoureux, ne se put rabougrir en vieillard.
La mission du césar-apôtre auprès des soldats , eut le sort qu'elle devoit avoir dans les camps. Il ordonna aux officiers de quitter la foi ou l'épée : Valentinien déposa la dernière qui lui laissa la main libre pour saisir la couronne. Quant aux légions, celles de l'Occident, composées de Gaulois et de Germains, s'accommodèrent fort du vin , des hécatombes, et des bœufs gras ^ ; on laissa aux légions de l'Orient le Labarum; mais on effaça le monogramme du Christ : l'idolâtrie se
■' Hune verô qiienî neque vos , neque patres vestri vidêre, Jesuni Deum esse Verbiim creditis oportere. ( Juliao., epist. 51 . )
2 Pétulantes antè omnes et Celtae Augebantur
cerimoniarum litus immodicc cum impcnsarum ampHtudtne ante liâc inusitatâ et gravi. (Amra.)
trouva cachée dans une confusion lâche et habile des emblèmes de la guerre et de la royauté.
L'empereur résolut de rebâtir le temple de Jérusalem , afin de confondre une prophétie sur laquelle les chrétiens s'appuyoient. Des globes de feu , s'élançant du sein de la terre, dispersèrent les ouvriers. L'entreprise fut abandonnée ^ ; elle étoit peu digne d'un esprit philosophique. Der-
■" Le texte d'Ammien Marcellin que je vais citer a fort embarrassé Gibbon et avant lui Voltaire : un miracle affirmé par un païen étoit en effet une chose fâcheuse ; il a donc fallu avoir recours à la physique. « Julien , dit » judicieusement l'abbé de La Bletterie, et les philoso- » phes de sa cour mirent sans doute en œuvre ce qu'ils Il savoient de physique pour dérober à la Divinité un » prodige si éclatant. La nature sert la religion si à pro- » pos qu'on devroit au moins la soupçonner de coUu- » sion. » M. Guizot, dans son excellente édition française de l'ouvrage de Gibbon, indique aussi quelques lois de la physique par lesquelles on pourroit expliquer, jusqu'à un certain point, l'apparition des feux qui chassèrent les ouvriers de Julien. M. Tourlet, par un calcul chronologique , établit que le phénomène arrivé à Jérusalem ne fut que le même tremblement de terre qui menaça Constantinople , et dévasta Nicée et Nicomédie pendant le troisième consulat de Julien, en 362. Je suis trop ignorant pour disputer rien aux faits , et n'ai pas assez d'autorité pour les interpréter ou les combattre ; je les rapporte comme je les trouve. Sozomène, Rufin , Socrate , Théodoret , Philostorge , saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome et saint Ambroise confir-