TOME n
familles? autant de prêtres, de cérémonies, de rites que d'imasçinations pour les inventer? La pluralité des religions privées remplaceroitelle l'unité de la religion publique? Auroitelle le même effet sur l'homme ? Quel chaos que le mouvement et l'exercice de ces cultes infinis et djversl toutes les bizarreries, tous les désordres d'esprit et de mœurs qui ont décrédité les sectes philosophiques et les hérésies , revivroient ; toutes les aberrations sur la nature de Dieu renaîtroient. Qu'est-il, ce Dieu? est-il éternel ? a-t-il créé la matière ? existe-t-il à part auprès d'elle? est-il une source d'où sortent et où rentrent les intelligences? La matière même existet-elle? L'univers est-il en nous? hors de nous? Qu'est-ce que l'esprit , effet ou cause ?Ira-t-on jusqu'à supposer, dans un nouveau système, que Dieu n'est pas encore complet, qu'il se forme chaque jour par la réunion des âmes dégagées des corps; de sorte que ce ne seroit plus Dieu qui auroit formé l'homme, mais les hommes qui seroient les créateurs de Dieu? Et comment revêtirez-vous d'une forme sacrée pour remplacer la forme chrétienne, ces allégories, ces mythes, ces rêveries, ces vapeurs des esprits défectueux, nébuleux et vagues, qui cherchent la religion et qui n'en veulent pas? Le mysticisme , l'éclectisme ouïe choix des vérités dans chaque système, peuvent-ils de-
venir un culte? ces vérités sont-elles évidentes , et tous les esprits consentent-ils aux mêmes abstractions métaphysiques?
Enfin tout système philosophique , en s'implantant dans les ruines du christianisme, ne trouveroit plus pour véhicule populaire le moyen qui se rencontra autrefois : la prédication de la morale universelle. L'Evangile eut à développer ces grands principes de liberté et d'égalité qui , connus de quelques génies privilégiés , étoient ignorés des nations et combattus par les lois. Aujourd'hui l'ouvrage est accompli : la philosophie peut recommander une réforme , mais elle n'a aucun enseignement nouveau à propager. Gomment alors , sans la ressource d'une morale à établir, déterminerez- vous les hommes à changer les mystères chrétiens, contre d'autres mystères , aussi difficiles à comprendre?
Ces choses étant impossibles , on n'aperçoit réellement derrière le christianisme que la société matérielle; société bien ordonnée, bien réglée, jusqu'à un certain point exempte de crimes, mais aussi bien bornée, bien enfantine, bien circonscrite aux sens polis et hébétés. Lorsque dans la société matérielle on pousseroit les découvertes physiques et les inventions des machines jusqu'aux miracles , cela ne produiroit que le genre de perfectionnement dont la machine même est
susceptible. L'homme privé de ses facultés divines^ est indigent et triste ; il perd la plus riche moitié de son être : borné à son corps qu'il ne peut ni rajeunir, ni faire vivre, il se dégrade dans Téclielle de l'intelligence. Nous deviendrions par l'absence de religion des espèces d'Indiens ou de Chinois. La Chine et l'Inde, l'une par le matérialisme , l'autre par une philosophie pétrifiée , sont de véritables nationsmomies : assises depuis des milliers de siècles, elles ont perdu l'usage du mouvement et la faculté de progression, semblables à ces idoles muettes et accroupies, à ces sphinx couchés et silencieux qui gardent encore le désert dans la Thébaïde.
Religieusement parlant, on est obligé de conclure de ces investigations impartiales, qu'il n'y a rien après le christianisme.
Mais si le christianisme tombe comme toute institution que l'homme a touchée et à laquelle il a communiqué la défaillance de sa nature , si le temps de cette religion est accompli, qu'y faire? Le mal est sans remède. Je ne le pense pas. Le christianisme intellectuel, philosophique et moral a ses racines dans le ciel, et ne peut périr; quant à ses relations avec la terre, il n'attend pour se renouveler qu'un grand génie. On. aperçoit très-bien aujourd'hui la possibilité de
îa fusion des diverses sectes dans l'unité catholique : mais la première condition pour arriver à la recomposition de l'unité, c'est l'affrancliissement complet des cultes. Tant que la religion catholique sera une religion soldée , dépendante de l'autorité politique et de la forme variable des gouvernements, tant qu'elle continuera d'être gênée dans ses mouvements, entravée dans ses assemblées particulières et générales , contaminée dans ses chaires et ses écoles par l'argent du fisc ; en un mot tant qu'elle ne retournera pas au pied et à la liberté de la croix, elle languira dégénérée.
Le tableau de la chute du polythéisme et de la destruction des écoles philosophiques , auroit été mal aperçu , s'il s'étoit déroulé lentement dans l'ordre chronologique du récit : le triomphe complet de la religion chrétienne , sous le règne de Théodose, indiquoit la place où ce tableau devoit être exposé. Reprenons la suite des faits politiques et militaires.
ou
ÉTUDE QUATRIÈME
ou
QUATRIÈME DISCOURS
r-A NAISSANCE ET XiES PROGRÈS DU CHRISTIANTISME,