‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 50 sur 59 · MOEURS DES CHRÉTIENS. AGE HÉROIQDE · texte numérisé non relu

MOEURS DES CHRÉTIENS. AGE HÉROIQDE

A.RRÊTONS-NOUS pouF contemplcF Ics vastes ruines que nous venons de traverser. Ce n'est rien que de connoître les dates de leur ébou- Jement, rien que d'avoir appris le nom des

hommes employés à cette destruction : il faut entrer plus profondément , plus intimement dans les mœurs, dans la vie des trois peuples chrétien , païen et barbare qui se confondirent pour donner naissance à la société moderne. Elle va paroître cette société , puisque l'empire d'Occident est détruit : voyons ce que fut le monde ancien dans les quatre siècles qui précédèrent sa mort , et ce qu'il étoit devenu lorsqu'il expira. Commençons par les chrétiens.

Le christianisme naquit à Jérusalem dans une tombe que j'ai visitée au pied de la montagne de Sion : son histoire se lie à celle de la religion des Hébreux.

Pendant la durée du premier Temple tout fut renfermé dans la lettre de la loi de Moïse; quand le roi , le peuple ou quelque partie du peuple se livroient à Tidolàtrie, le glaive les châtioit.

Sous le second Temple la pureté de la loi s'altéra par le mélange des dogmes exotiques : la synagogue se forma.

La conquête d'Alexandre introduisit à son tour la philosophie grecque dans le système hébraïque. Des écoles juives se constituèrent; ces écoles, répandues dans la Médie, l'Elymaïde, l'Asie-mineure , l'Egypte, la Gyrénaïque, l'île de Crète , et jusque dans Rome , subirent

rinfluence des religions, des lois, des mœurs et de la langue même de ces divers pays : les livres des Machabées se scandalisent de ces nouveautés,

« Eu ce temps-là il sortit d'Israël des enfants » d'iniquité qui donnèrent ce conseil à plusieurs : » allons, et faisons alliance avec les nations qui » nous environnent

» Et ils bâtirent dans Jérusalem un collège à » la manière des nations ^

» Les prêtres mêmes ne faisoient aucun

» état de ce qui étoit en honneur dans leur pays, » et ne croyoient rien de plus grand que d'excel- » 1er en tout ce qui étoit en estime parmi les » Grecs ^.

II se forma bientôt quatre sectes principales : celle des Pharisiens , celle des Saducéens, celle des Samaritains, celle des Esseniens.

Les Pharisiens altéroient le dogme et la loi, en reconnoissant une sorte de destin impuissant qui n'ôtoit point la liberté à l'homme ; ils se divisoient en sept ordres. Livrés à des imaginations bizarres, ils jeûnoient, et se flagelloient; ils prenoient soin en marchant de pas toucher les pieds de Dieu, qui ne s'élèvent que de quarante-huit

' Macliab., lib. i, cliap. 1.

2 Machab., lil). ii , chap. 4.

pouces au-dessus de terre. Ils mettoient surtout un grand zèle à propager leur doctrine.

Ce qui distingue les sectes juives des sectes grecques, c'est précisément cet esprit de propasjation. La sagesse hellénique se réduisoit en général k la théorie ; la sagesse juive avoit pour fin la pratique; l'une formoit des écoles , l'autre des sociétés. Moïse avoit imprimé une vertu législative au génie des Hébreux, et le christianisme, juif d'origine, retint et posséda au plus haut degré cette vertu.

Les Saducéens s'attachoient à la lettre écrite; ils rejetoient la tradition , et conséquemment la science cabbalistique : ne trouvant rien sur l'àme dans les livres de Moïse, ils étoient matérialistes et préféroient Epicure à Zenon.

Les Samaritains n'adoptoient que le Pentateuque et remontoient à la religion patriarcale.

Les Esseniens de la Judée (qui produisirent les Térapeutes de l'Egypte, secte plus contemplative encore) repoussoient la tradition comme les Saducéens, et croyoient à l'immortalité de l'àme comme les Pharisiens. Us tuyoient les villes, vivoient dans les campagnes , renonçoient au commerce et s'occupoient du labourage. Us n'avoient point d'esclaves et n'amassoient point de richesses : ils mangeoient ensemble , portoient des habits blancs qui n'appartenoient en

propre à personne, ^t que chacun prenoit à ■son tour. Les uns demeuroient dans une maison commune, les autres dans des maisons particulières, mais ouvertes à tous. Ils s'abstenoient du mariage et élevoient les enfants qu'on leur confioit. Ils respectoient les vieillards, ne mentoient pomt, ne juroient jamais. Us promettoient le silence sur les mystères : ces mystères n'étoient autres que la morale, écrile dans ia loi.

Les premiers iidèl es prirent desEsseniens cette simplicité oie vie, tandis que les Térapeutes donnèrent naissance à la vie monastique chrétienne.

Mais, d'une autre part, l'essenianisme étoit la «eule secte juive qui n'attendît point le Messie et qui condamnât le sacrifice, en quoi les chrétiens ne la suivirent pas. Une opinion commune reposoit au fond de la société Israélite : le sauveur de la race de David, de tous temps promis , étoit espéré de siècle en siècle , d'année en année, de jour en jour, d'heure en heure ; Homme et Dieu , Roi -conquérant pour les Saducéens, les Garai tes ou Scripturaires ; Sage ou Docteur pour les Samaritains.

^ Il y avoit encore chez ce peuple un fait qui n'appartenoit qu'à ce peuple , je veux flire la grande école poétique des prophètes : commençant auprès du berceau du monde, elle erra quarante ans avec l'arche dans le désert •

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