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d'hommes, est le t'ait d'une société déjà poussée loin dans les arts industriels; prendre part aux affaires de la civilisation grecque et romaine, suppose un développement considérable de l'intelligence. La bizarrerie des coutumes et des mœurs n'inlirme pas cette assertion : l'état politique peut être très-avancé chez un peuple , et les individus de ce peuple conserver les habitudes de l'état de nature.
L'esclavasre étoit connu de toutes ces hordes ameutées contre le Capitole. Cet affreux droit, émané de la conquête, est pourtant le premier pas de la civilisation : l'homme entièrement sauvage tue et mange ses prisonniers; ce n'est qu'en prenant une idée de l'ordre social, qu'il leur laisse la vie à fin de les employer à ses travaux.
La noblesse étoit connue des Barbares comme l'esclavage; c'est pour avoir confondu l'espèce d'égalité militaire qui naît de la fraternité d'armes, avec l'égalité des rangs, que l'on a jamais pu douter d'un fait avéré. L'histoire prouve invinciblement que différentes classes sociales existoient dans les deux grandes divisions du sang Scandinave et caucasien. Les Golhs avoient leurs ^ses ou demi-dieux : deux familles dommoient toutes les autres , les Amali et les Baltes.
Le droit d'aînesse étoit ignoré delà plupart des
Barbares; ce fut avec beaucoup de peine que la loi canonique parvint à le leur faire adopter. Nonseulement le partage é;:^al subsistoit cliez eux , mais quelquefois le dernier né d'entre les enfants, étant réputé le plus foible, obtenoit un avantage dans la succession. « Lorsque les frères ont par- » tagé le bien de leur père , dit la loi galîique , » le pius jeune a la meilleure maison , les instru- » ments de labourage, la cbaudièrede son père, » son couteau et sa cognée \ » Loin que l'esprit de ce qu'on appelle la loi salique fût en vigueur dans la véritable loi salique , la ligne maternelle étoit appelée avant la ligne paternelle dans les héritages et les affaires résultant d'iceux. On va bientôt en voir un exemple à propos de ]a peine de l'boaiicide ^.
Le gouvernement suivoit la règle de la famille; un roi, en mourant, partageoit sa succession entre sesenfans, sauf le consentement ou la
1 Leg. Wall., lib. ii , cap. 17.
- On trouve une très-bonne note sur la succession de la Terre salique , article 5 du titre 62 , dans la nouvelle traduction des lois des Francs , par M. J.-F.-A. Peyré. J'aime à rendre d'autant plus de justice à cet estimable auteur^ qu'on a peu ou point parlé de son travail auquel M. Isambert a joint une préface. On ne saurait trop encourager ces études sérieuses qui coûtent tant de peine et rapportent si peu de gloire.
ratification populaire : la loi poliLicjue ii'étoit dans sa simplicilô que la loi domestique.
Chez plusieurs tribus germaniques la possession étoit annale; propriétaire de ce qu'on avoit cultivé, le fonds, après la moisson, retournoit à la communauté ^ Les Gaulois étendoient le pouvoir paternel jusque sur la vie de l'enfant ; les Germains ne disposoient que de sa liberté^. Au pays de Galles, le Pencénedlt ou chef du clan, gouvernoit toutes les familles ^
Les lois des Barbares, en les séparant de ce que le christianisme et le Code romain y ont introduit, se réduisent à des lois pénales pour la défense des personnes et des choses. La loi salique s'occupe du vol des porcs, des bestiaux, des brebis, des chèvres et des chiens, depuis le cochon de lait jusqu'à la truie qui marche à la tête d'un troupeau , depuis le veau de lait jusqu'au taureau, depuis l'agneau de lait jusqu'au mouton, depuis le chevreau jusqu'au bouc, depuis le chien conducteur de meutes jusqu'au chien de berger. La loi gailique défend de jeter
■• Arva per annos mutant. ( Tacit. , de mor. Germ. y cap. 26, )
2 César, de bell. Gai. , lib, m , cap, 19. ï Leg. Wal., p. 164.
une pierre au bœuf atlacbé à la cîiarrue et cie lui trop serrer le joug \
Le cheval est particulièrement protégé : celui qui a monté un cheval ou une jument sans la permission du maître, est mis h l'amende de quinze ou de trente sous d'or. Le vol du cheval de guerre d'un Frank , d'un cheval hongre , d'un cheval entier et de ses cavales, entraîne une forte composition ^. La chasse et la pèche ont leurs garants : il y a rétribution pour une tourterelie ou un petit oiseau dérobés aux lacs où ils s'étoient pris, pour un faucon happé sur un arbre , pour le meurtre d'un cerf privé qui servoit à embaucher les cerfs sauvages, pour l'enlèvement d'un sanglier forcé par un autre chasseur, pour le déterrement du gibier ou du poisson cachés , pour le larcin d'une barque ou d'un filet à anguilles. Toutes les espèces d'arbres sont mises à l'abri par des dispositions spéciales ; veiller à la vie des forêts ^ , c'étoit faire des lois pour la patrie.
L'association militaire, ou la responsabilité de la tribu et la solidarité de la famille , se retrouvent dans l'institution des co-jurants ou com-
^ Leg. Wal. , lib. m, cap. 9.
2 Lex Salie. , tit. 25. — Lex Ripu. , tit. 42.
^ Lex Salie , tit. 8. — Lex Ripu. , tit. 68.
purgateurs: qu un homme soit accusé duii délit ou d'un crime, il peut, selon la !oi allemande et plusieurs autres, échapper à la pénalité, s'il trouve un certain nombre de ses pairs pour jurer avec lui qu'il est innocent. Si l'accusé étoit une femme, les comnursrateurs dévoient être femmes ^
Le couraç^e étant la première qualité du Barbare , toute injure qui en suppose le défaut est punie; ainsi , appeler un homme lepus, lièvre, ou coixcAGATiîs, embreué , amène une composition de trois ou de six sous d'or^; même tarif pour le reproche fait à un ççuerrier d'avoir jeté son bouclier en présence de l'ennemi.
La Barbarie se montre toute entière dans la législation des blessures ; la loi saxonne est la plus détaillée à cet égard : quatre dents cassées au devant de la bouche ne valent que six schillings , mais une seule dent cassée auprès de ces quatre dents, doit être payée quatre schillings; l'ongle du pouce est estimé trois scîiiî-
^ Leg. Wall.
2 Lex Salie. , tit. 32 :
Renard se pense qu'il feia , Et comment le chunchiera.
(Roman duRenard. apud Cang. gloss. , voce Coucfig.)
lings, et une des membranes du nez le même prix ^
La loi ripuaire s'exprime plus noblement : elle demande trente-six sous d'or pour la mutilation du doigt qui sert à décocher les flèches ^ ; elle veut qu'un ingénu paye dix-huit sous d'or, pour la blessure d'un autre ingénu dont le sang aura coulé jusqu'à terre ^. Une blessure à la tête, ou ailleurs, sera compensée par trente-six sous d'or, s'il est sorti de celte blessure un os d'une grosseur telle, qu'il rende un son en étant jeté sur un bouclier placé à douze pieds de distance ^. L'animal domestique qui tue un homme est donné aux parens du mort avec une composition ; il en est ainsi de la pièce de bois tombée sur un passant. Les Hébreux avoient des règlemens semblables.
Et néanmoins ces lois si violentes dans les choses qu'elles peignent , sont beaucoup plus douces en réalité que nos lois : la peine de mort n'est prononcée que cinq fois dans la ioi
^ Lex anglo-saxonic. , p. 7.
^ Sisecundus digitus, undè sagittatur. ( Lex ripuar. , lif. V, art. 12 )
^ Ut sanguis exeat , terram taiigat. (Id., tit. ii, art. 12. )
* Os exindè exierit, quod , super viani duodecim pedum io sculo jactum, sonaverit. (Id. , tit. lxx, art. 1. )
salique et six lois dans la loi ripuairo, et, ehose inûniment remarquable, ce n'est jamais, un seul cas excepté, pour eljàtimcnt du meurtre: l'homicide n'entraîne point la peine capitale , tandis que le rapt, la prévarication , le renversement d'une charte, sont punis du dernier supplice; encore pour tous ces crimes ou délits, y a-l-ii la ressource des co-jurants.
La procédure relative au seul cas de mort eu réparation d'homicide, est un tableau de mœurs. Quiconque a tué un homme et n'a pas de quoi payer la composition, doit présenter dou7x' co-jurants lesquels déclarent que le délinquant n'a rien ni dans la terre, ni hors la terre au delà de ce qu'il offre pour la composition. Ensuite l'accusé entre chez lui , et prend de la terre aux quatre coins de sa maison ; il revient à la porte , se tient debout sur le seuil , le visage tourné vers l'intérieur du logis ; de la main gauche,il jette la terre par-dessus ses épaules sur son plus proche parent. Si son père, sa mère et ses frères ont fait l'abandon de tout ce qu'ils avaient, il lance la terre sur la sœur de sa mère ou sur les fils de cette sœur, ou sur les trois plus proches parens dans la ligne m.aternelle \ Cela
'' Yoilà l'exeniplc de la picfcicnce dans la ligne ma ternelle.
fait, déchaussé et en chemise, il saute à l'aide d'une perche par-dessus ]a haie dont sa maison est entourée ; alors les trois parens de la ligne maternelle se trouvent chargés d'acquitter ce qui manque à la composition. Au défaut des parents maternels, les parents paternels sont appelés. Le parent pauvre qui ne peut payer, jette à son tour la terre recueillie aux quatre coins de la maison , sur un parent plus riche. Si ce parent ne peut achever le montant de la composition, le demandeur oblige le défendeur meurtrier, à comparoître à quatre audiences successives ; et enfin si aucun des parents de ce dernier ne le veut redimer, il est mis à mort : de vitâ compoiiat.
De ces précautions multipliées pour sauver les jours d'un coupable, il résulte que les Barbares traitoient la loi en tyran et se prémunissoient contre elle; ne faisant aucun cas de leur vie ni de celle des autres , ils regardoient comme un droit naturel de tuer ou d'être tués. Un roi même , dans la loi des Saxons, pouvoit être occis; on en étoit quitte pour payer sept cent vingt livres pesant d'argent. Le Germain ne concevoit pas qu'un être abstrait , qu'une loi pût verser son sang. Ainsi , dans la société commençante , l'instinct de l'homme repoussoit la peine de mort, comme dans la société achevée la raison
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de l'homme 1 abolira : cette peine n aura donc été établie qu'entre l'état purement sauvage et l'état complet de civilisation, alors que la société n'avoit plus l'indépendance du premier état, et n'avoit pas encore la perfection du second.
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ÉTUDE SIXIÈME