SECONDE PARTIE
SDITE DES MOEDRS DES BARBARES.
JL E S conducteurs des nations barbares avoient quelque chose d'extraordinaire comme elles. Au milieu de l'ébranlement social x^ttila sembloit né pour l'effroi du monde ; il s'attacboit h sa
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destinée je ne sais quelle terreur , et le vulgaire se faisoit de lui une opinion formidable. Sa démarche étoit superbe ; sa puissance apparoissoit dans les mouvements de son corps, et dans le roulement de ses regards. Amateur de la guerre, mais sachant contenir son ardeur, il étoit sage au conseil, exorable aux suppliants, propice à ceux dont il avoit reçu la foi. Sa courte stature, sa large poitrine, sa tête plus large encore, ses petits yeux, sa barbe rare, ses cheveux grisonnant, son nez camus, son teint basane annonçoient son origine K
Sa capitale étoit un camp ou grande bergerie de bois, dans les pacages du Danube : les rois qu'il avoit soumis veilloient tour h tour à la porte de sa baraque ; ses femmes habitoient d'autres loges autour de lui. Couvrant sa table de plats de bois
"i Vil" in concussionem gentis natus in mundo, lerrarum omnium raetus : quincscioqua sorte terrebatcuncta, formidabili de se opinione vulgata. Erat namque superbus incessu,huc atque illuc circumferens occulos, ut elati potentia ipso quoque motu corporis appareret. Bellorum quidem amator, sed ipse manu temperans , consilio validissimus , supplicantibus exorabilis, propitius in iide semel receptis. Forma brevis , lato pectore, capite grandiori, minuîis oculis, rarus baibà, canis aspersus , simo naso , teter colore , originis sua? signa l'estituens. (Jornand., cap. 35, de reb. Get, ) . .
et de mets grossiers , il laissoit les vases d'or et d'argent, trophée de la victoire et chefs-d'œuvre des arts de la Grèce , aux mains de ses compagnons ^. C'est là qu'assis sur une escabelle, le Tartare recevoit les ambassadeurs de Rome et de Constantinople. A ses côtés siégeoient non les ambassadeurs , mais des Barbares inconnus , ses généraux et capitaines : il buvoit à leur santé, finissant, dans la muniticence du vin, par accorder grâce aux maîtres du monde ^. Lorsque Attila s'achemina vers la Gaule , il menoit une meute de princes tributaires qui attendoient, avec crainte et tremblement, un signe du commandeur des monarques pour exécuter ce qui leur seroit ordonné ^
'' Attilae in quadrâ ligneâ, et nihil prxter carnes. Conviviis aurea et aigentea pocula quibus bibebant suppeditabantur. Attilae poculum erat ligneura. ( Ex Prisco rhetore gothicœ historiae excerpta Carolo Gantoclaro interprète, p. 60. Parisiis, 1606.)
•^ Tum convivaruni primum ordinem, ad Attilae dcxtram sedere constituerunt , secundùra ad laevam : in quo nos etBerichus, vir apud Scytbasnobilis, sed Berichus superiore loco. (Ex Prise, rhet. goth. hist. excerpt.,p. 48.)
Sedentes ordine salutavit. Reliquis deinceps ad bunc modumhonore affectis, Atlilas, nos ex Tbracum instituto, ad parium poculorum certamen provocavit. (Id., p. 49.)
^ Turba regum , diversarumque nationum ductores , ac si satellites, absque aliquâ murmurationc cuni timorc
Peuples et chefs rcmplissoient une mission qu'ils ne se pouvoient eux-mêmes expliquer : ils abordoient de touscôtés aux rivages de la désolation , les uns à pied, les autres à cheval ou en chariots , les autres traînés par des cerfs ^ ou des rennes , ceux-ci portés sur des chameaux , ceuxlà flottant sur des boucliers^ ou sur des barques de cuir et d'écorce \ Navigateurs intrépides parmi les glaces du nord et les tempêtes du midi, ils sembloient avoir vu le fond de l'Océan à découvert ''. Les Vandales qui passèrent en Afrique, avouoient céder moins à leur volonté qu'à une impulsion irrésistible ^.
et treinoi'e unusr]uis(|uc adstabat , aut certè quodjussus fuerat ox:.e([uebatur. (Joriiand., cap. 38. de reb. Get.)
^ Fuit aliiis currus quatuor cervis junclus , qui fuisse dicitur rei^is Gothorum. ( Vopisc, in vit. Aurelian. )
- Enatantes super parmà positi amnem , in ulteriorem egressi sont ripam. (Greg. Tur., lib. iii , p. 15.)
^ Quin et Aremoricus piratum Saxona tractus Superabat , cui pelle salum sulcare Britannum Ludus, et aperto glaucum mare fîndere ierabo.
(ApoU. , in Panegyr. Avit. )
^ ImosOceani colens recessus. (Id., lib. viii, epist. 9.) ^ Cœlestis manus ad punienda Hispanorum flagitia , etiam ad vastandani Africain transira cogebat. Ipsi denique fatebantur non suum esse quod facerent, agi enim se divino jussu ac perurgeri. (Salvian., de gubernat. J3ei, lib. VII, p. 250.)
Ces conscrits du Dieu des armées n etoieiit que les aveugles exécuteurs d'un dessein éternel : de là cette fureur de détruire, cette soif de sang qu'ils ne pouvoient éteindre ; de là cette combinaison de toutes clioses pour leurs succès , bassesse des hommes, absence décourage, de vertu, de talent , de génie. Genseric étoit uu prince sombre , sujet aux accès d'une noire mélancolie; au milieu du bouleversement du monde, il paroissoit grand, parce qu'il étoit monté sur des débris. Dans une de ses expéditions maritimes, tout étoit prêt , lui-même embarqué : ou alloitil ? il ne le savoit pas. « Maître, lui dit le pilote , » à quels peuples veux-tu porter la guerre? — A » ceux-là , répond le vieux Vandale , contre qui )> Dieu est irrité \ »
Alaric marcboit vers Rome : un liermite barre le chemin au conquérant; il l'avertit ^ que le ciel venge les malheurs de la terre : « Je ne puis
' Gum è Carthaginis poitu veiis passis soluturus esset, interrogatus à nauclero, que tendere populabundus vellet, respoudisse : Quo Deas impulerit. (Zosim., de bello Vandilico., Ub. i, p. 188.)
Narrant cum è Cartliaginis portu solvens à nautâ interrogaretur quo bellum inferre vellet , respondisse : In eos quibus iratuse.st Deus. (Piocop , hist. Yand., iib. i.)
- Probus, aliquis monachus ex his qui in Italiâerant, Romam festinanti Alarico consuluisse ut urbi parceret,
» ni'arrêter, ^iil Alaric , quelqu'un me presse, 5) et me pousse à saccager Rome. » Trois fois il assiège la ville éternelle avant de s'en emparer : Jean et Brazilius, qu'on lui députe lors du premier siège pour l'engager à se retirer, lui représentent que s'il persiste dans son entreprise, il lui faudra combattre une multitude au désespoir. « L'herbe serrée, repart l'abatteur )) d'hommes, se fauche mieux \ ■» Néanmoins il se laisse fléchir et se contente d'exiger des suppliants , tout l'or, tout l'argent , tous les ameublemens de prix , tous les esclaves d'origine barbare : « Roi , s'écrient les envoyés du » sénat, que restera-t-il donc aux Piomains? » — « La vie ^. »
Je vous ai déjà dit ailleurs qu'on dépouilla les
nec se tantorum malorutn auctorem constitueret. Alaricus respondissc dicitur, se non volentem hoc tentare : sed esse quemdain qui se obtundendo urgeat, ac prœcipiat ut Romam evertat. (Sozom., lib. ix , cap. 6, p. 481.)
^ Ipsius, inquit , fœnum rariôve faciliùs resecatur. (Zozim., lib. v^ p. 106.)
2 Aiebat enim non aliter se finem obsidionis facturum nisi aurum omne, quod in urbe foret, et argentum accepisset prœterea quidquid suppellectilis in urbe reperiret : itemque mancipia barbara. Iluic cum dixisset alter \ea,atorum si quidem hœc abstulisset quid eis tandem relia querct in urbe qui essent? Animas, respondit. (Id.^ ibid.)
images des dieux, et que l'on fondit les statues d'or du Courage et de la Vertu. Alaric reçut cinq mille livres pesant d'or, trente mille pesant d'argent, quatre mille tuniques de Joie, trois mille peaux teintes en écarlate, et trois mille livres , de poivre \ C'étoit avec du fer que Camille avoit racîieté des Gaulois les anciens Romains.
x\taulpîie , successeur d' Alaric , disoit : « J'ai eu la passion d'effacer le nom romain de lu terre, et de substituer à l'empiré des Césars l'empire des Goths, sous le nom de Gotliie. L'expérience m'ajaut démontré l'impossibilité où sont mes conîpatriotes de supporter le joug des lois, j'ai changé de résolution; alors j'ai voulu devenir le restaurateur de l'empire romain , au lieu d'en être le destructeur. » C'est un prêtre nommé Jérôme, qui raconte en 416 dans sa grotte de Bethléem, à un prêtre nommé Orose, cette nouvelle du monde ^ : autre merveille.
■* Quinquies mille libras auri , et praeter has tricies mille libras argenti , quater mille tunicas sericas , et ter mille pelles coccineas^ et piperis pondus qiiod ter mille libras œquaret. ( Id ., p. 107. )
2 Nam ego quoque ipse viriim quemdam Narbonensem , illustris sub Theodosio miiitiae , etiam reliifiosum prudentemque et gravem apud Bethléem oppidum Pa-