‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 9 sur 80 · MOEURS DES BARBARES · texte numérisé non relu

MOEURS DES BARBARES

1 ouT ce qui se peut rencontrer de plus varié , de plus extraordinaire , de plus féroce dans les coutumes des sauvages, s'offrit aux yeux de Rome : elle vit , d'abord successivement et

ensuite tout à la ibis dans le cœur et dans les provinces de son empire, de petits hommes maigres et basanés ou des espèces de géants aux yeux verts % à la chevelure blonde lavée dans de l'eau de chaux , frottée de beurre aigre, ou de cendres de frêne ^; les uns nus, ornés de colliers, d'anneaux de fer, de bracelets d'or, les autres couverts de peaux , de sayons, de larges braies, de tuniques étroites et bigarrées ^ , d'autres encore la tête chargée de casques faits en guise de mufles de bêtes féroces '' , d'autres

^ Tum lumine glauco

Albet aquosa acies

(Apollin. in. paneg. Major. )

^ Calcis eniin lixidià fréquenter capillos lavant.

( Diod. , lib. V. )

Infundens acido Lomain butyro

( Apollin., carm. xii. ) ^ Strictiùs assueta; ^estes procera coërcent. [Fraiici.)

Membra virum , patet his altato tegmine poples.

( Ibid. ) Coloratis sagiilis pube tenus amictu.

(Amm., lib. xiv , cap. 4.)

* Tous les cavaliers cimbres avoient des casques en forme de gueules ouvertes et de mufles de toutes sortes de bètes étranges et épouvantables, et, les rehaussant par des panaches faifs couiaie des ailes, et d'une hau-

encore le menton et l'occiput rasés ^ on portant longues barbes et rnoustaclies. Ceux - ci s'escrimoient à pied avec des massues , des maillets , des marteaux , des framées, des angons à deux crochets, des haches à deux tranchants ^, des frondes, des flèches armées d'os pointus^, des filets et des lanières de cuir ^ , de courtes ou de

tcur prodigieuse , ils paroissent encore plus j^rands. Ils étaient armés de cuirasses de fer très-brillantes, et couverts de boucliers tout blancs. ( Plut, in Mar. )

"■ Ad frontem coma tracta jacet, nudata cervix Setaj'um per summa nitet.

(Apollin., in panegyr. Major.)

2 Ancipitibus , securibus et angonibus praecipuè rem gérant ( Franci ) ; sunt verô angones hastae qusedam neque admodùm parvae , neque admodùm magnae ad jactu feriendum, sic ubi opus fuerit, et ubi cominùs collato pede confligendum est, impetusque faciendus, accommodatœ. Hae pleraque sui parte ferro sunt obductae , ità ut perparùm ligni à laminis f'erreis nudum conspiciatur , atque adeô vix totae imae hastae cuspis. ( Agath. hist , lib. ii. )

2 Sola in sagittis spes^ quas inopiâ ferri ossibus asperant. (Tac, de mor. Ger.) Missilibus telis acutis ossibus arte mira coagmentatis. ( A;im., lib. xxxi, cap. 2. )

'* Contortis laciniis illigant, ut laqueatis resistentium membris equitandi vel gravandi adimant facultatem. ( Amm., liv. XXXI, cap, 2. ) Laqueis interceperunt hostes, trahendo conficere. ( Pomp. Mel., lib. i. cap. nlt. )

t04 ETUDES

longues épées; ceux-là enfourchant de hauts destriers bardes de fer ^ ou de laides et chétives cavales, mais rapides comme des aigles ^. En plaine ces hommes hostoyoient éparpillés % ou formés en coin '\ ou roulés en masse; parmi les bois ils montoient sur les arbres objets de leur culte, et combattoient ^ portés sur les épaules et dans les bras de leurs dieux.

Des volumes sufllroient à peine au tableau des mœurs et des usages de tant de peuples.

'• Ceux-là enfourchent de hauts destriers bardés de fer. (Panegyr. vetcr. G-7, p. 138, 1 66 , 167. ) On voit ici que l'armure complète de fer, empruntée des Perses par les Romains , était connue bien avant la chevalerie. Il en est ain«i d'une foule d'autres usages qu'on a placés trop bas dans les siècles.

'' Equis duiis sed defoimibus. ( Amm.,

lib. XXXI, cap. 2. )

* Et his artibus Hunni Gothis snpcriores evasêre, partîm enim circumequitando, partira excurrendo et opportune retrocedendo , jaculantes ex equis maximam Gothorum cocdem fecêre. ( Teste Zozimo , p. 747; Yales. annot. in Amm., lib, xxxi, cap. 2, p. 475.)

'* Acies per cuneos componitur. (Tac. de moi'. Germ.. cap. 6. )

^ Molientibus hostium rari apparuêre, qui conjunctis

arborum truncis velutè f'astiiiiis turrium, samttas^

tormentorum ritu eftiidêre (Grès. Tur., lib. h,,

cap. 9. Herodian , liv. vu, cap. 5. )

Les Agathjrses , comme les Pietés , se tachetoient le corps et les cheveux d'une couleur bleue; les gens d'une moindre espèce portoient leurs mouchetures rares et petites; les nobles les avoient larges et rapprochées ^

Les Alains ne cultivoient point la terre ; ils se nourrissoient de lait et de la chair des troupeaux; ils erroient avec leurs chariots d'écorce de déserts en déserts. Quand leurs bêtes avoient consommé tous les herbages , ils remettoient leurs villes sur leurs chariots et les alloient planter ailleurs^ : Le lieu où ils s'arrêtoient, devenoit leur patrie ^ Les Alains étoient grands el beaux; ils avoient la chevelure presque blonde et quelque chose de terrible et de doux dans le regard ''. L'esclavage étoit inconnu chez eux; ils sortoient tous d'une source libre ^

^ Agadiyrsi interstincti colore caeruleo corpora simul et crines : et humiles quidem minutis atque raris, nobiles vero latls, fncatis et densioribus notis. (Amm. Marc. , lib. xxxi , cap. 2. )

2 Vehit carpentis civitates impositas vehunt. (Amm. Mar., lib, xiii, cap. 2. )

3 Quocùmque ierint illic genuinum existimant larem. (Id.,ibid. )

'* Crinibus mediocriter flavis , oculorura temperatâ torvitate, terribiles. ( Id. , ibid. )

^ Le latin dit plus: Omnes generoso seniine procreati. (Id., ibid.)

Les Goths, comme les Alains, de race Scandinave, leur ressembloient ; mais ils avoient moins contracté les habitudes slaves , et ils inclinoient plus à la civilisation. Apollinaire a peint un conseil de vieillards sçoths. « Selon leur ancien » usa^e, leurs vieillards se réunissent au lever )) du soleil; sous les glaces de l'âge, ils ont » le ieu de la jeunesse. On ne peut voir sans dé- » goût la toile qui couvre leur corps décharné; » les peaux dont ils sont vêtus leur descendent » à peine au-dessous du genou. Ils portent des » bottines de cuirs de cheval , qu'ils attachent par )* un simple nœud au milieu de la jambe dont » la partie supérieure reste découverte ^ » Et , pourquoi ces Golhs étoient-ils assemblés ? pour s'indigner de la prise de Rome par un Vandale, et pour élire un empereur romain 1

Le Sarrazin, ainsi que l'Alain, étoit nomade : monté sur son dromadaire, vaguant dans des solitudes sans bornes , changeant à chaque instant de terre et de ciel , sa vie n'étoit qu'une fuite-.

Les Huns parurent effroyables aux Barbares

'' Apoll. in Avit.

^ Errant semper per spatia longe , lateque distenta — Nec idem perferiint diutiùs cœlum , aut tractus unius soli illis unquam placet. Vita est illis seraper in fugâ , (Amm. Mar., lib. xiv, cap. 5.)

eux-mêmes ; ils considéraient avec horreur ces cavaliers au cou épais, aux joues déchiquetées, au visage noir, applati et sans barbe, à la tête en forme de boule d'os et de chair, ayant dans cette tête des trous plutôt que des jeux ^ , ces cavaliers dont la voix étoit grêle et le geste sauvage. La renommée les représentoit, aux Romains, comme des bêtes marchant sur deux pieds , ou comme ces effigies difformes que l'antiquité placoit sur les ponts ^. On leur donnoit une origine digne de la terreur qu'ils inspiroient : on les faisoit descendre de certaines sorcières appelées Aliorumna , qui, bannies de la société par le roi des Goths Félimer, s'étoient accouplées dans les déserts avec les démons ^

^ E6 quod erat eis species pavenda nigredine , sed vehit quaedam ( si dici fas est ) defoimis ofFa^ non l'acies,

habensque inagis puncta quam lumina nam

maribus ferro gênas sécant hinc imberbes

sene^cunt. ( Jornand. de reb Get. , cap. 24. ) Ubi quoniam ab ipsis nascendi primitiis infantùm ferro sulcantur altiùs gense. Amm. Marcel.)

^ Prodigiosas formae et pandi , ut bipèdes existimes bestias , vei quales in commarginandis pôntibus effigiati stipites dolantur incoraptè. ( Amm., lib. xxxi , cap. 2. )

^ Sicut à nobis dictum est, reperit in populo suo ( Filimer, rex Gothoi um ) quasdam magas muUei'es quas

Différents eu tout des autres hommes , les Huns n'usoient ni de feu , ni de mets apprêtés ; ils se nourrissoient d'herbes sauvages et de viandes demi-crues , couvées un moment entre leurs cuisses ou échauflées entre leur siège et le dos de leurs chevaux \ Leurs tuniques de toile colorée, et de peaux de rats des champs, étoient nouées autour de leur cou ; ils ne les abandonnoient que lorsqu'elles tomboient en lambeaux ^. Ils enionçoient leur tête dans des bonnets de peau arrondis, et leurs jambes velues dans des tuyaux de cuir de chèvre ^. On eût dit

patrio scrmone Aliormnnas is ipse cognominat, easque habens suspectas de niedio sui protiirhat , longèque ab exercitu mio fugatas in solitudinem coëgit terras. Quas spiritus iramundi per ercmum vagantes dùm vidisseiit et earum se complexibus in coïtu miscuissent, genus hoc feiocissimum edidêre. ( Jornand., cap. 24.)

^ In hominum autera figura licet insuavi ità viri sunt asperi , ut neque 'gni, ncque saporatis indigeant cibis , sed radicibus herbarum agrestium et semicruda cujus vis pecoris carne vescantur, quain inter fermera sua et equorum terga subsertam, fotu cale{aciuntbrevi.(Amm., lib. XXXI , cap. 2. )

- Indumcntis nperiuntur bnteis, vel ex pellibus sil-

vestrium murium consarcinatis Sed semel obso-

leti coloris tunica coUo incerta non antè deponitur aut mutatur , quam diuturnâ carie in pannulos defluxerit defrustata. ( Ainm.. lib. xxxi, cap. 2. )

^ Galeris incurvis capita tegunt, liiisuta crura corii*

qu'ils étoient cloués sur leiirsciievaux petits et mal formés, mais infatigables. Souvent ils s'y tenoient assis comme les femmes; ils y traitoient d'affaires , délibérant , vendant , achetant , buvant , mangeant , dormant sur le cou étroit de leur bête, s'y livrant dans un profond sommeil, à toutes sortes de songes '.

Sans demeure fixe , sans foyer, sans lois , sans habitudes domestiques, les Huns erroient avec les chariots qu'ils habitoient. Dans ces huttes mobiles les femmes façonnoient leurs vétemens, s'abandonnoient à leurs maris , accouchoient , allaitoient leurs nourrissons jusqu'à l'âge de puberté. Nul chez ces générations ne pouvoit dire d'où il venoit, car il avoit été conçu loin du

munientes haedinis. (Id., ibid. ) Saint Jérôme appelle ces bonnets des tiares, tiaras galeis. (In epitaph. Nepot. )

^ Verùm equis propè affixi duris quidem, sed deformibus, et muliebriter iisdem nonnunquam incidentes funguntur muneribus consuetis. Ex ipsis quivis in hâc natione per nox et per dies émit et vendit , cibumque sumit et potum, et inclinatus cervici angustaî jumenti^ in altum soporem adusquè varietatem eflunditur somniorum. ( Id. , ibid. )

Nec plus nubigenas duplex natura biformcs

Cognatis aptavit equis

( Glaudian. in Ruf. , de Unn. , lib. i. )

lieu où il étoit né, et élevé plus loin encore ^ Cette manière tle vivre dans des voitures roulantes, étoit en usage chez beaucoup de peuples, et notamment parmi les Franks. Majorieu surprit un parti de cette nation : « Le coteau M voisin retentissoit du bruit d'une noce; les )) ennemis célébroient en dansant, à la manière » des Scythes, Thymen d'un époux à la blonde » chevelure. Après la délai te on trouva les pré- » paratifs de la fête errante, les marmites, les » mets des convives , tout le ré^al prisonnier et

)) les odorantes couronnes de fleurs

» Le vainqueur enleva le chariot de la ma- » riée ^. »

■• Omnes eniin sine sedibus flxis, absque larae vel lege aut ritu stabili dispalantur , seraper fugientium similes cum carpentis in quibus habitant : ubi conjuges tetra illis vestimenta contexunt , et coëunt cum maiitis, et pariant et adusquè pubertatem nutriunt pueios. Nullusque apud eos interrogatus respondere undè oritur potest, alibi conceptus , natusque procul, et longius educatus. (Id.,ibid. )

2 fors ripae colle propinquo ,

Barbaricas resonabat hymen , scythicisque choreis Erubebat flavo similis nova nupta marito.

Barbarici vaga testa tori , convictaque passim Fercula , captivasque dapes, cirroque madente Ferre coronatos redolentia serta lebetas ,

Sidoine est un témoin considérable des mœurs des Barbares dont il voyoit l'invasion. «Je suis, )) dit-il , au milieu des peuples chevelus , obligé » d'entendre le langage du Germain, d'applau- » dir, avec un visage contraint, au chant du » Bourguignon ivre , les cheveux graissés avec » du beurre acide.... Heureux vos yeuxl heu- )> reuses vos oreilles qui ne les voient et ne les » entendent point ! heureux votre nez qui ne M respire pas dix fois le matin l'odeur empestée )) de l'ail et de l'ognon ^ ! »

Tous les Barbares n'étoient pas aussi brutaux. Les Franks, mêlés depuis long-temps aux Romains , avoient pris quelque chose de leur propreté et de leur élégance. « Le jeune chef

rapit esseda victor

Nubentemque nurum

( Apollin. , in panegyr. Major.)

^ Inter ci'inigenas situm catervas , Et germanica verba sustinentem, Laudentem tetreo subindè vultu, Quos Burgundio cantat esculentus Infundens acido comam butyro ?

Felices oculos tuos, et aures , Felicemque libet vocare nasum, Cui non allia sordidaeque cepae Ructant niane novo decem apparatus.

(Apollin., carm. xn. )

)) marclioit à pied au milieu des siens ; son )) vêtement d'écarlatc et de soie blanche, étoit » enrichi d'or, sa chevelure et son teint avoient )) l'éclat de sa parure. Ses compai^nons por- » toicnt pour chaussure des peaux de bêtes gar- » nies de tous leurs poils; leurs jambes et leurs M genous étoient nus ; les casaques bigarrées de » ces guerriers montoient très-haut, serroient » le hanches et descendoient à peine au jarret; )) les manches de ces casaques ne dépassoient » pas le coude. Par-dessus ce premier vêtement )) se voyoit une saye de couleur verte bordée » d'écarlate, puis une rhénone fourrée, retenue » par une agrafe ^ Les épées de ces guerriers » se suspendoient à un étroit ceinturon et » leurs armes leur servoient autant d'ornemens » que de défense : ils tenaient dans la main droite » des piques à deux crochets ou des haches à » lancer; leur bras gauche était caché par un » bouclier aux lymbes d'argent et à la bosse )) dorée ^. » Tels étoient nos pères.

Sidoine arrive à Bordeaux, et trouve auprès d'Euric, roi des Visigoths , divers Barbares qui subissoient le joug de la conquête. « Ici se présente

^ Sorte de manteau en usage chez les peuples des bords du Rhin.

- ApoUin., lib. iv, epist. ad Doninit.

le Saxon aux jeux d'azur : ferme sur les flots , il chancelle sur la terre. Ici l'ancien Sicambre , à l'occiput tondu , tire en arrière , depuis qu'il est vaincu , ses cheveux renaissans sur son cou vieilli ; ici vagabonde l'Hérule aux joues verdàtres qui laboure le fond de l'Océan , et dispute de couleur avec les algues; ici le Bourguignon, haut de sept pieds, mendie la paix en fléchissant le genou ^ m

Une coutume assez générale chez tous les Barbares, étoit de boire la cervise (la bière), l'eau, le lait et le vin dans le crâne des ennemis. Etoient-ils vainqueurs? ils se livrolent à mille actes de férocité; les têtes des Romains entourèrent le camp de Varus, et les centurions furent égorgés sur les autels de la divinité de la

^ Istic saxona caeruhim videmus, Assuetum antè salo , sohim timere.

Hic tonso occipiti , senex Sicaniber , Postquam victus es, elicis retrorsùm Cervicem ad veterein novos capillos :

Hic glaucis Herulus genis vagatiir, Imos Oceani colens recessus , Algoso propè concolor pi'oFundo.

Hic Burgundio septipes fre({uenter Flexo poplite supplicat quietem.

Apollin., lib. vni, cpist, 9.) TOME m. 8

guerre \ Etoient-ils vaincus? ils tournaient leur fureur contre eux-mêmes. Les compagnons de la première ligne des Cimbres que délit Marins, furent trouves sur le cliamp de bataille attachés les uns aux autres ; ils avoient voulu impossibilité de reculer et nécessité de mourir. lueurs femmes s'armèrent d'épées et de haclies; hurlant, grinçant des dents de rage et de douleur, elles frappoieiit et Cimbres et llomains , les premiers comme des lâches , les seconds comme des ennemis; au fort de la mêlée elles saisissoient avec leurs mains nues les épées tranchantes des légionnaires, leur arrachoient leurs boucliers et se faisoient massacrer. Sanglantes, écheveiées, vêtues de noir, on les vit , montées sur les chariots , tuer leurs maris, leurs frères, leurs pères, leurs fils, étouffer Leurs nouveaux-nés, les jeter sous les pieds des chevaux et se poignarder. Une d'entre elles se pendit au bout du timon de son chariot, après avoir attaché par la gorge deux

^ Medio campi albentia ossa , ut fugerant , ut restiterant , disjecta vel aggerata. Adjacebant fragmiua telorum , equorunique artus , situul truncis arborum antefixa ora; liicis propinquis bavbarae arae, apud quas tribunos , ac primoium ordinum centuriones mactaverant et cladis ejus superstites , pugnam aut vincula elapsi , refevebant , iiic cecidisse legatos, iliic raptas aquilas. ( Tacit., ann. 1 , 61 . )

de ses enfants à chacun de ses pierls. Faute d'arbres pour se procurer le même supplice, le Cimbre vaincu se passoit au cou un lacs coulant , nouoit le bout de la corde de ce lacs aux jambes ou aux cornes de ses bœufs : ce laboureur d'une espèce nouvelle , pressant l'attelage avec i aiguillon , ouvroit sa tombe '.

On retrouvoit ces mœurs terribles parmi les Barbares du cinquième siècle. Leur cri de guerre faisoit palpiter le cœur du plus intrépide Romain : les Germains poussoieut ce cri sur le bord de leurs boucliers appliqués contre leurs bouches ^. Le bruit de la corne des Goths étoit célèbre; j'en ai parlé.

Avec des ressemblances et des différences de coutumes, ces peuples se distinguoient les uns des autres par des nuances de caractères : « Les Gotlis M sont fourbes, mais chastes , dit Salvien; les AlJa- » mans impudiques, mais sincères; les Francks » menteurs, mais hospitaliers; les Saxons cruels, » mais ennemis des voluptés ^ » Le même auteur

"i Plutarc. , in vit. Maiii.

^ Nec tàm voces illte quam virtutis concentus videntui'. Adfectatur praecipuè asperitas soni , et fractaui miirmur objectis ad os scutis, qiio plenioi" et gravior vox repercussu intumescat. (Tacit., de mor. Germ., 3.)

^ Gothorum gens perfida , sed pudica est : Alamanorum impudica , sed minus perfida ; Franci mendaces ,

fait aussi l'éloge de la pudicité des Goths , et surtout de celle des Vandales. Les Taïfales, peuplade de la Dacie , pèchoient par le vice contraire. Gliez eux les jeunes garçons étoient forcés de se marier par contrat avec des hommes : la fleur de leur jeunesse se consumoit dans ces exécrables unions; ils ne pouvoient être délivrés de ces incestes qu'après avoir tué un sanglier ou un ours \

Les Huns, perfides dans les trêves, étoient dévorés de la soif de for. Abandonnés h l'instinct des brutes , ils ignoroient 1 honnête et le déshonnête. Obscurs dans leur langage, libres de toute religion et de toute superstition , aucun respect divin ne les enchaînoit. Colères et capricieux , dans un même jour ils se séparoient de leurs amis sans qu'on eût rien dit pour les irriter, et leur revenoient sans qu'on eût rien fait pour les adoucir ^. . .

sed hospitales : Saxones crudeUtale elferri , sed castitate mirandi. ( Salvian., de gubern. Dei , lib. vu, p. 256. Parisiis , 1 608. )

^ Ut apud eos nefandi concubitus fœdere copulentur maribus pubères; aetatis viiiditatem in eorum polliitis usibus consuniptiiri. Porrô si quis jam adiiltus aprum exceperit «olus, vel interemerit ursiini itnmanem , colluvione liberatur incesti. (Amm., lib. xxxi, cap. 9. ;

^ Anim. Marcel., lib. xxxr, cap. 2. -

Quelques-unes de ces races éloieut anthropophages. Un Sarrasin tout velu et nu jusqu'à la ceinture, poussant un cri rauque et lugubre, se précipite, le glaive au pomg, parmi les Goths arrivés sous les murs de Constantinople après la défaite de Valens; il colle ses lèvres au gosier de l'ennemi qu'il avoit blessé et en suce le sang aux regards épouvantés des spectateurs ^ Les Scj^thes de l'Europe montroient ce même instinct du furet et de la hyène ^ : saint Jérôme avoit vu dans les Gaules des Atticotcs, horde bretonne, qui se nourrissoient de chair humaine: quand ils rencontroient dans les bois des troupeaux de porcs et d'autre bétail , ils coupoient les mamelles des bergères et les parties les jdIus succulentes des pâtres , délicieux festin pour eux ^ Les Alains arrachoient la tête de l'en-

' Ex eâ enim crinitus quidam , nudus omnin prœter pubem , subraucum et lugubre strepens , educto pugione agmini se niedio Gothorum inseruit, et interf'ecti hostis jugulo labra admovit, efFusumque cruoreni exsuxit. ( Amm., liv. xxxi , cap. 1 6. )

^ Ipsis et vulneribus ebibêre. ( Pomp. Mêla, de Scyth. Europ., lib, II, cap. I.)

* Quid loquar de caeteris nationibus , quùm ipse adolescentulus in Galliâ viderim Atticotos , gentem britannicam, humanis vesci carnibus ; et quùin per silvas porcoruin grèges et annentorum pecuduinque reperiant ,

ncmi abattu , et de la peau de son cadavre ils capararonnoient leurs chevaux \ Les Jjudins et les Gelons se laiso ent aussi des vêtements et des couvertures de cheval avec la peau des vaincus^ <lont ils se réservoienl la tête ^ Ces mêmes Gelons se découpoient les joues; un visage tailladé , des blessures qui présentoient des écailles livides surmontées d'une crête rouge, étoient le suprême honneur *.

L'indépendance étoit toutle fond d'un Barbare, comme la patrie étoit tout le fond d'un Romain, selon l'expression de Bossuet. Etre vaincu ou enchaîné paroissoit h ces hommes de batailles et de

pastorum liâtes et feminarnm , et yj^^j';///^* solere abscindere , et has solas ciborum debcias aibitrari ? (S. Hieron. , tora. iv , p. 201 ; adv. Jovi-n. , lib. ii. )

'' Interfectorum avulsis capitibus detractas pelles pro pbaleris jnmentis accommodant bellatoriis. (Amm. Marc.. , lib. xxi, cap. 2. )

■^ Budini sunt et Gcloni perquam feii, qui detiactis cutibus bostium indumenta sidi, equisque tegminaconficiiint. ( Id. , ibid. )

^Ilios, reliqui corporis ; se, capitum... (Pomp. Mêla., lib. XI , caput 4.)

* Illustri jam tiim donatur celsus honore, Squameus et rutilis etiamnùm livida crestis

Ora gerens

( Apollin. in paneg. Avit, v. 241,

solitudes, chose plus insupportable que la mort : rire en expirant étoit la marque distinctive du héros. Saxon le grammairien dit d'un guerrier : « il tomba , rit et mourut ^ » Il y avoit un nom particulier dans les langues germaniques pour désigner ces enthousiastes de la mort : le monde devoit être la conquête de tels hommes.

Les nations entières, dans leur âge héroïque, sont poètes : les Barbares avoient la passion de la musique et des vers; leur muse s'éveilloit aux combats , aux festins et aux funérailles. Les Germains exaîoient leur dieu Tuiston ^ dans de vieux cantiques : lorsqu'ils s'ébranloient pour la charge , ils entonnoient en chœur le Bardit , et de la manière plus ou moins vigoureuse dont cet hymne retentissoit , ils présageoient le destin futur du combat ^

Chez les Gaulois , les Bardes étoient chargés de transmettre le souvenir des choses dignes de louanges ^

' Mallet, Intiod. à l'hist, du Danem. , cap. 19. Sax. Gramm.

2 Célébrant carminibus antiquis Tuistonem deum.

^ Sunt illic hœc quoque carmina quorum relatu, quem Barditum vocant , accendunt animaB futurœquas pugnaî fortunamipsocantu augurantur. (Tac. demor. Germ.,iii.)

^ Bardi, qui de laudationibus rebusque poët.icis stUTdent. (Strab. , lib. vi. )

Jornandès raconte qu'à l'époque où il écrlvoit , on enlendoit encore les Gotlis répéter les vers consacrés à leur législateur \ Au banquet royal d'Attila, deux, Gépides célébrèrent, les exploits des anciens guerriers : ces chansons de la gloire attablée animoient d'un attendrissement martial le visage des convives. Les cavaliers qui exécutèrent autour du cercueil du héros tartare une espèce de tournois funèbre , chantaient : « C'est ici Attila , roi » des Huns, engendré par son père Mund- » zuch. Vainqueur des plus fières nations, il » réunit sous sa puissance la Scythie et la Ger- » manie, ce que nul n'avoit fait avant lui. L'une » et l'autre capitales de lempire romain chan- » celoient à son nom : apaisé par leur soumis- )) sion , il se contenta de les rentlre tributaires. ■> Attila, aimé ju-qu'au bout du destin, a fini » ses jours , non par le fer de l'ennemi , non )) par la trahison domestique , mais sans dou- » leur, au milieu de la joie : Est-il une plus » douce mort que celle qui n'appelle aucune » vengeance ^ ? />

^ Jormandes , iib. viii.

2 Praecipuus Hunnorum rex Attila , pâtre geuitus Mundzucco, fortissimarum i^entium dominus, qui inaudità ante se poteutià solus Scythica etGeraiHiiica régna

HISTORIQUES. 12t

Uii manuscrit orisinaire de l'abba ve de Fuîde , maintenant à Cassel ^ , a par hasard sauvé de Ja destruction le fragment d'un poëme teutonique qui réunit les noms d'Hildebrand , de Théodoric , d'Hermanric, d'Odoacre et d'Attila. Hildebrand , que son fils ne veut pas reconnoître , s'écrie : « Quelle destinée est la mienne î » J'ai erré hors de mon pays soixante hivers et » soixante étés, et maintenant il faut que mon » propre enfant m'étende mort avec sa hache, » ou que je sois son meurtrier. )>

L'Edda (l'aïeule), recueil de la mythologie Scandinave, les Sagga ouïes traditions historiques des mêmes pays, les chants des Scaldes rappelés par Saxon le grammairien , ou conservés par Olaiis Wormsius , dans sa Littérature runicjue , offrent une multitude d'exemples de ces poésies. J'ai donné ailleurs une imitation du poëme lyrique de Lodbrog, guerrier, scalde et

possedit, nec non utiaqtie Ronianœ urbis imperia captis civitatibus terruit , et ne prœda reliqua siibderent , placatus precibus , annuum vectigal accepit. Quumque hsec omnis piovenlu felicitatis egerit , non vulnere liostium , non fraude suorum , sed gente incolumi inter gaudia laetus, sine sensu doloris occubuit. Quis ergo liunc dicat exitum , quem nuUus a^stimat vindicandum ? (Jor niand. , cap. 49. )

' \ oyez ci-après la note 1, page 123.

pirate. «Nous avons combattu avec l'épée

» Les aigles et les oiseaux aux pieds

» jaunes poussoient des cris de joie

)> Les vierges ont pleuré long-temps

» Les heures de la vie s'écoulent : nous sourirons » quand il faudra mourir '. » Un autre chant tiré <îe l'Edda , reproduit la même énergie et la même férocité.

Hogni et Giinar , deux héros de la race des Nifilungs, sont prisonniers d'Attila. On demande à Gunar de révéler où est le trésor des Nifllungs et d'acheter sa vie pour de l'or.

Le héros répond :

« Je veux tenir dans ma main le cœur d'Ho- » gni , tiré sanglant de la poitrine du vaillant » héros , arraché avec un poignard émoussé du » soin de ce fds de roi.

» lis arrachèrent le cœur d un lâche qui s'ap- » peloit Hialli , ils le posèrent tout sanglant sur » un plat et l'apportèrent à Gunar.

^ Martyrs , lib. vi. Pugnavimus ensibus

Yitae clapsae sunt horœ; Ridens raoriar.

Le texte Scandinave de cette ode a été publié en lettres runiques par Wormius, Litt. run. , p, 197, et transporté dans le recueil de Biorner : elle a \in£;tncuf strophes.

M Alors Gunar , ce chef du peuple, chanta : « Ici je vois le cœur sancjlant aHialli; il n'est M pas comme le cœur d'Hogni , le brave; il trem- » Lie sur le plat où il est placé, il tremhloit la » moitié davantage quand il étoit dans le sein » du lâche, »

)) Quand on arracha le cœur d'Hogni de son » sein, il rit; le guerrier vaillant ne songea pas M à gémir. On posa son cœur sanglant sur un » plat et on le porta à Gunar.

)) Alors ce noble héros , de la race des Nif- » flungs, chanta : « Ici je vois le cœur d'Hogni , » le brave; il ne ressemble pas au cœur d'Hialli , » le lâche; il tremble peu sur le plat où on l'a » placé, il trembloit la moitié moins quand il » étoit dans la poitrine du brave. »

» Que n'es-tu, ô Atli (Attila), aussi loin de » mes yeux que tu le seras toujours de nos » trésors! En ma puissance est désormais le )) trésor caché des Nifflungs : car Hogni ne vit » plus.

n J'étois toujours inquiet quand nous vivions )) tous les deux, maintenant je ne crains rien; )« je suis seul ^ . »

Ce dernier trait est d'une tendresse sublime.

^ Je dois ce chant , tiré de l'Edda , et le fragment du poëme épique du manuscrit de Fulde , à M. Ampère ,

Ce caractère de la poésie héroïque primitive est le même parmi tous les peuples barbares;

dont j'ai parlé dans la préface de ces Etudes. On sera bien aise d'entendre ce jeune littérateur, plein de savoir et de talent, sur un yenre d'étude qu'il a approfondi, et qui manquoit à la France. Mon travail auroit paru moins aiide aux lecteiu's , si j'avois toujours pu Tenrichir de morceaux pareils à celui qui va terminer cette note.

«La grande famille des nations germaniques (c'est » M. Ampère qui parle) peut se diviser en trois bran- » ches , la branche i;o!.hi(jue, la branche teutonique et » la branche scandinaxe.

» 11 ne reste d'autre monument des langnes gothiques '> que la traduction de la Bible par Ulfilas.

» Le plus ancien monument des langues teu toniques » est un fragment épique conservé dans un manuscrit » contenant le livre de la Sagesse et quelques autres " traités religieux. Ce manuscrit, originaire de l'abbaye » de Fulda, est maintenant à Cassel , où je l'ai vu. Dans » l'intérieur de la couverture, uie main inconnue avait » tracé le fragment dont je parle , le tout du liuitième » siècle ou de la première moitié du neuvième*. Les per- ') sonnages qui paroissent dans ce court morceau, ceux » dont on parle, leur situation respective, et les événe- » mens auxquels il est fait allusion, tout cela appartient )' à ce grand cycle épique de l'ancienne poésie allemande, « dont les Niebelungen et le Livre des Héros sont des

Griinm die Bcrdeii nltesten deutsclien gedicliLe. Cassel , l8l2, ji. OJ.

il se retrouve chez l'Iroquois qui précéda la société dans les forêts du Canada , comme chez

') refontes phis modernes. Cette page du manuscrit de « Cassel est donc le plus ancien et le plus curieux débris » de ce cycle. Il nous intéresse à double titre, car ce » monument germanique est pour nous un monument » national. La langue dans laquelle il est écrit est le haut » allemand , dont l'idiome des Francs étoit un dialecte. » Ce morceau faisoit probablement partie de ces poèmes » barbares et déjà très-anciens au commencement du » neuvième siècle, que Charlemagne avoit fait recueillir » et transcrits de sa propre main *.

» Ce fragment contient le récit d'une rencontre entre » deux guerriers du cycle dont j'ai parlé : le vieil Hilde- '> brand et son fils Hadebrand. Hildebrand est l'ami, le '> Mentor du héros par excellence , de Théodoric. Selon " la légende, et non pas selon l'iiistoire , Théodoric avoit » été forcé de laisser son royaume aux mains d'IIerman- » rie, qui, à l'instigation d'Odoacre s'en étoit emparé. ') Le héros fugitif avoit trouvé un asile chez le roi des » Huns , Attila. Ainsi s'étoit groupé, d'une manière fa- «buleuse, le souvenir de ces quatre noms historiques » resté confusément dans la mémoire des peuples. L'u- ') surpateur étant mort , Théodoric revenoit dans ses j> états avec le vieil Hildebrand, quand celui-ci rencon-

* L'opinion si souvent énoncée que Charlemagne ne savait pas écrire pourvoit bien être une fable. Voici ce que dit de hii un contemporain : Item barbara et aiitiquissima carmina qnibits veterum aclus et bella cantabantur scripsit memoriceqite mandavit. ( Eginhart , Vita Car. Magni, c. ng. )

le Grec redevoiiu sauvai^e , <|ui survit à la société sur ces niontagiies du Pinde où il n'est

D tre son lils Iladcbrarul, qui ctoit resté ù Dern (Vérone). » Ils ne se connoissoient ni l'un ni l'autre. Ici commence » le fragment dont le grand ^tyle rapj>elle l'école liomé 1) rique :

J'ai ouï dire que se proi'oqucrcnt dans une rencontre Hildebrand et Hadtbrand, le père et le fils. Alors les héros arrangèrent leur sarrcau * de guerre , se couvrirent de leur vêtement de bataille , et pardessus ceignii'ent leurs glaives. Comme ils lancoient les chevaux pour le combat , Hildebrand , fils d' H erebrand , parla .- c'étoit un homme noble , d'un esprit prudent. Il demanda brièvement qui étoit son père parnd la race des hommes , ou de quelle famille es-tu? Si tu me l' apprends , je te donnerai un vêtement de guerre à triple fil', car je connais , ô guerrier.' toute la race des hommes.

Hadebrand , fils d' Hildebrand , répondit .• Des hommes vieux et sages dans mon pays , qui maintenant sont morts , m'ont dit que mon phre s'appelait Hildebrand^ je m'appelle Hadebrand. Un jour il s'en alla vers l'est; il fuyait la haine d'Odaacre [Othachr), il était avec Théodoric {Theathrich] et un grand nombre de ses héros. // laissa seuls , dans son pays , sa jeune épouse , son fils encore petit , ses armes qui n'avaient plus de maître ; il s'en alla du côté de l'est. Depuis , quand comuiencérent les malheurs de mon

Ce mot est d'origine germanique : il est ici employé dans le texte (saro). Je l'ai conservé , ne sachant comment le remplacer.

resté que la Muse année. « Je ne crains pas la mort, disoit l'Iroquois; je me ris des tourmens.

cousin Théodoric , quand il fut un homme sans amis, mon père ne voulut plus rester ai'cc Odoacre. 31 on père ètoit connu des guerriers vaillansj ce héros intrépide combattait toujours à la tête de l'armée^ il aimoit trop à combattre , je ne pense pas qu'il soit encore en i>ie. — Seigneur des hommes , dit Hildebrand ; jamais du haut du ciel tu ne permettras un combat semblable entre hommes du même sang. Alors il ôta un précieux bracelet d'or, qui entouroit son bras , et que le roi des Huns lui avait donné. Prends-le, dit-il à sonjîls , je te le donne en présent. Hadebrand, fils d'Hildebrand, répondit .- C'est la lance à la main , pointe contre pointe , qu on doit recevoir de semblables présens. Vieux Hun! tu es un mauvais compagnon ; espion rusé , tu veux me tromper par tes paroles , et moi je veux te jeter bas avec ma lance. Si vieux , peux-tu forger de tels niensonges ? Des hommes de mer, qui avoient navigué sur la mer des Vendes , m'ont parlé d'un combat dans lequel a été tué Hildebrand , fils d'Herebrand. Hildebrand , fils d' Herebrand , dit .- Je vois bien à ton armure que tu ne sers aucun chef illustre , et que dans ce royaume tu n'as rien fait de vaillant. Hélas! hélas ! Dieu puissant ! quelle destinée est la mienne ! J' ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés. On me plaçait toujours à la tête des combattans ; dans aucun fort , on ne m'a mis les chaînes aux pieds , et maintenant il faut que mon propre enfant me pourfende avec son glaive , îu étende mort avec su. hache , oit que je sois son meurtrier. Il

)) Que ne puis-jc dévorer le cœur de mes en- » nemis! m

jpciit {arriver facilement , si ton bras te sert bien, que tu ravisses à un homme de cœur son armure , que tu pilles son cadavre ; fais-le , si tu crois en avoir le droit j et que celui-là soit le plus infâme des hommes de V hlst qui te détourneroit de ce combat , dont tu as un si grand désir. Bons compagnons qui nous regardez , Jugez dans votre courage qui de nous deux aujourd'hui peut se vanter de mieux lancer un trait, qui saura se rendre maître de deux armures. Alors ils firent voler leurs javelots à pointes tranchantes ., qui s arrêtèrent dans leurs boucliers ; puis ils s'élancèrent

l'un sur Vautre. Les haches de pierre résonnoient

Ils frappaient pesamment sur leurs blancs boucliers; leurs armures étaient ébranlées , mais leurs corps demeuroient immobiles

.' Ici s'arrûte le fragment. Je cite les premiers vers du » texte pour donner idée de l'allemand d'alors ; on verra » qu'il étoit beaucoup plus sonore que l'allemand d'au- » jourd'hui :

Ik gihorta that seggen, that sih urhettun anon muotin Flildibraht enti Hathubrant untar heriuntuem. Sunu fatar ungo. Iro sarorihtun, Garutun se iro guthamun , gurtur sih iro suert ana , Helidos , uber ringa do si to dero hiltu ritun.

« Comme exemple de l'ancienne poésie Scandinave, je » citerai le trait suivant tiré de l'Edda. Ici nous trouve- » rons autant de grandeur, mais moins de calme ; plus

« Mange oiseau ( c'est une tête qui parle à un » aigle dans l'énergique traduction de M. Fau- ))riel), mange oiseau, mange ma jeunesse; » repais- toi de ma bravoure , ton aile en devien- » dra grande d'une aune et ta serre d'un em- » pan "*. »

Les lois mêmes étoient du domaine de la poésie. Un homme d'un rare talent dans l'histoire, M. Thierry, a fort ingénieusement remarqué que les premières Ugiies du prologue

» de violence et de férocité, mais une férocité sublime. » ( Ici M. Ampère donne le chant de Gunar tel que je l'ai transporté dans mon récit , pag. 122 ).

«Voici, continue le savant traducteur un échan- » tillon de la langue Scandinave ancienne , dans la- » quelle existe ce morceau remai'quable , comme en » général tous ceux de l'Edda, par un caractère sombre » et grand. »

Hiarta skal mér Havgna 1 hendi liggja Blothugt ôr briosti Scorit bald-ritha Saxi slithi'-beito Syni thio thaus

Skaro their hiarta

Hjalla ôr brjosti

Blothuct that a bjoth langtho

Ok bâi'o for gunar.

^ Chants populaires de la Grèce.

TOMB ni bis. g

(\c la loi saliquc semblent être le texte littéral d'une ancienne chanson; il les rend ainsi d'un style ferme et noble :

«La nation desFrauks, illustre, ayant Dieu » pour fondateur, forte sous les armes, ferme » dans les traités de paix, profonde en conseil, )) noble et i-aine de corps , d'une blancheur et » d'une beauté siui^ulière, hardie, agile et rude » au combat , depuis peu convertie à la foi » catholique, libre dhérésie ; lorsqu'elle étoit » encore sous une croyance barbare, avec l'in- » spiration de Dieu, recherchant la clef de la » science; selon la nature de ses qualités, dési- » rant la justice , gardant sa piété; la loi salique » fut dictée par les chefs de cette nation , qui en » ce temps commandoient chez elle

» Vive le Christ qui aime les FranksI Qu'il

)) regarde leur royaume Cette nation est celle

» qui, petite en nombre, mais brave et forte, » secoua de sa tête le dur joug des Romains. »

La métaphore abondoit dans les chants des scaldes : les fleuves sont la sueur de la terre et le sang des vallées , les flèches sont \esjilles de r infortune, la hache est la main de l' homicide, l'herbe est la chevelure de la terre, la terre est le vaisseau qui Jlottc sur les âges, la mer est le champ des pirates , un vaisseau est leur patin ou le coursier des flotà.

Lés Scandinaves avoient de plus quelques poésies mythologiques. « Les déesses qui pré- » sident aux combats , les belles Walkyries )) étoient k cheval , couvertes de leur casque et » de leur bouclier. Allons, disent-elles, pous- » sons nos chevaux au travers de ces mondes » tapissés de verdure qui sont la demeure des » dieux. »

Les premiers préceptes moraux étoient aussi confiés en vers à la mémoire : « L'hôte qui vient » chez vous a les genoux froids; donnez-lui du » feu. 11 n'y a rien de plus inutile que de trop » boire de bière : l'oiseau de l'oubli chante » devant ceux qui s'enivrent , et leur dérobe leur » àme. Le gourmand mange sa mort. Quand un )) homme allume du feu, la mort entre chez lui » avant que ce feu soit éteint. Louez la beauté )) du jour quand il est fini. Ne vous fiez ni à la

» glace d'une nuit, ni au serpeîit qui dort, ni » aux tronçons de l'épée, ni au champ nouvel-

» iement semé. »

Enfin les Barbares connoissoient aussi les

chants d'amour : « Je me battis dans ma jeu-

» nesse avec les peuples de Devonstheim, je

» tuai leur jeune roi; cependant une fille de

» Russie me méprise.

» Je sais faire huit exercices; je me tiens ferme

» à cheval; je nage, je glisse sur des patins, je

» lance le javelot , je manie la rame: cependant » une fille de Russie me méprise K »

Plusieurs siècles après la conquête de l'empire romain , l'usage des hymnes guerriers continua : les défaites amenoient des complaintes latines dont l'air est quelquefois noté dans les vieux manuscrits : Angelbert gémit sur la bataille de Fontenay et sur la mort de Hugues, bâtard de Cljarlemagne. La fureur de la poésie étoit telle, qu'on trouve des vers de toutes mesures jusque dans les diplômes du huitième, du neuvième et du dixième siècle ^. Un chant teutonique conserve le souvenir d'une victoire remportée sur les Normands, l'an 881 , par Louis , lils de Louis le Bègue. « J'ai connu un roi appelé le seigneur » Louis , qui servoit Dieu de bon cœur, parce

M que Dieu le récompensoit Il saisit la lance

» et le bouclier, monta promptement à cheval, » et vola pour tirer vengeance de ses ennemis ^. » Personne n'ignore que Charlemagne avoit fait recueillir les anciennes chansons des Germains. La chronique saxonne donne en vers le récit d une victoire remportée par les Anglois sur les

^ Les deux £dda , les Sai^ha; AVorni. litt. Runic. j Maliet, Hist. de Danem.

- Voyez entre autres une Charte de l'an 835. ^ Rerum Gall. et Franc, script., t. ix, p. 99.

Danois, et l'histoire de Norvège . l'apothéose d'un pirate du Danemark , tué avec cinq autres chefs de corsaires sur les côtes d'Albion \

Les nautoniers normands célébroient euxmêmes leurs courses ; un d'entre eux disoit : «Je suis né dans le haut pavs de Norvège; » chez des peuples liabiles à manier l'arc; mais » j'ai préféré hisser ma voile, l'effroi des labou- » reurs du rivage. J'ai aussi lancé ma barque » parmi les écueils , loin du séjour des hom- » mes. » Et ce scalde des mers avoit raison , puisque les Danes ont découvert le Vineîand ou l'Amérique.

Ces rhjthmes militaires se viennent terminer à la chanson de Roland qui fut comme le dernier chant de l'Europe barbare. « A la bataille d'Has- » ting , dit admirablement le grand peintre » d'histoire que je viens de citer, un Normand » appelé Taillefer poussa son cheval en avant )j du front de bataille, et entonna le chant » des exploits, fameux dans toute la Gaule, )) de Charlemagne et de Roland. En chantant » il jouoit de son épée , la lançoit en l'air avec » force et la recevoit dans sa main droite; les

"* Yoyez ces chants dans \' Histoire de la conquête de l' Angleterre par les Normands , de M. A. Thierry, 1. 1 , p. 131 de la 3". édit.

» Normands répéloient cew refrains ou crioient : » Dieu aide! Dieu aide M »

Wace nous a conservé le même fait dans une autre langue :

Taillefer, qui moult bien chantoit Sur un clieval qui tost alloit , Devant eus alloit chantant De rAllemaigtie et de RoUant , Et trOlivier et de vassaux.

Qui moururent à Rainschevaux.

Cette ballade héroïque qui se devroit retrouver dans le roman de Rollant et d'Olivier, de la Bibliothèque des Rois Charles V, VI et VII ^ , fut encore chantée h la bataille de Poitiers.

Les poésies nationales des Barbares étoient accompagnées du son du fifre, du tambour et de la musette. Les Scythes , dans la joie des festins, faisoient résonner la corde de leur arc ^. La cithare ou la guitare étoit en usage dans les Gaules '' , et la harpe dans file des Bretons : il y avoit trois choses qu'on ne pouvoit saisir pour

'' Thierry, Hist. de la conquête de l'Angl. par les Normands, t. I, p. 213.

^ Ducanc^e . voce ccmtinela RoUandi:^\ém. de l'Ac. des Inscript., t. I, partie i, p. 317: Hist. litt. de la France, t. VII, Avertis., p. 73.

^ Diod. Sic.

, '* Plut, in Demetr. ■

dettes ciiez un homme libre du pays de Galles : son cheval , son épée et sa harpe.

Dans quelles langues tous ces poëmes étoientils écrits ou chantés? Les principales étoient la langue celtique , la langue slave , les langues leutonique et Scandinave: il est difficile de savoir à quelle racine appartenoit l'idiome des Huns. L'oreille dédaigneuse des Grecs et des Romains ii'entendoit dans les entretiens des Franks et des Tartares que des croassemens de corbeaux ' ou des sons non articulés , sans aucun rapport avec la voix humaine " ; mais quand les Barbares triomphèrent , force fut de comprendre les ordres que le maître donnoit à l'esclave. Sidoine Apollinaire félicite Syagrius de s'exprimer avec pureté dans la langue des Germains : « Je ris, dit le littérateur puéril , en voyant un » Barbare craindre devant vous de faire un barri barisme dans sa langue ^ » Le quatrième canon du concile de Tours ordonne que chaque évêque

"• Julian. Op.

■^ Nec aliâ voce notura, nisi quae liumani sermonis imaginem assignabat. (Jornand., cap. 24, de reb. Get. )

^ iEstimari minime potest , quanto mihi cœterisque sit risui , quoties audio quôd te praesenti formidet facere linguse suae Barbarus barbarismum, (lier. Gall. et Franc, scrip., tom. I , pag. 794. )

traduira ses sermons latins en langues romane et tudesque ^ Louis le Débonnaire fit mettre la Bible en vers teutons. Nous savons , par Loup de Ferrières, que sous Charles le Gliauve on envojoit les moines de Ferrières k Pruym pour se familiariser avec la langue germanique^. On fit connoître à la même époque les caractères dont les Normands se servoient pour garder la mémoire de leurs chansons ; ces caractères s'appeloient riuistabath^ ce sont les lettres runiques : on y joignit celles qu'Ethicus avoit inventées auparavant et dont saint Jérôme avoit donné les signes.

La parole usitée dans les forets , est dès sa naissance une parole complète pour la poésie : sous le rapport des passions et des images, elle -dégénère en se perfectionnant. L'homme perd en imagination ce qu il gagne en intelligence ; enchaîné clans la sociabilité, l'esprit s'effraie d'une expression indépendante et dépouille sa libre et fière allure. Il n'y a rien d'aussi vivant que le grec d'Homère , depuis long-temps passé avec Ulyse et Achille : ce ne sont pas les langues primitives qui sont mortes , c'est le génie qui n'est plus là pour les parler et les entendre.

■* Concil. Gall.

^ Lup. Ferr. , ep. 70 et 91.

Quelques monumens des langues de nos ancêtres nous restent ; on est obligé d'avouer qu'elles étoient plus douces et plus harmonieuses dans leur âge héroïque , qu'elles ne le sont aujourd'hui dans leur âge humain. L'évèque des Goths , Ulphilas , traduisit dans son idiome paternel , au quatrième siècle , les Evangiles : conservés jusqu'à nos jours, ils ont été imprimés avec des glossaires et de savantes recherches ^. Si vous comparez le teutonique d'Ulphilas avec le teutonique du serment de Charles et de Louis, tel que Nithard ^ nous l'a transmis , et avec le teutonique du chant de victoire de Louis, fils de Louis le Bègue ^ , vous reconnoîtrez qu'à mesure que l'on descend vers l'allemand moderne, la prononciation devient plus rude et plus difficile. Les mots de l'idiome d'Ulphilas se terminent très-souvent par des voyelles et surtout par la vojelle a : wisandoiia (existence), Gotha (Dieu), waldufuja (puissance) , godamma (bon) , etc. Ce gothique a beaucoup de rapport avec le Scandinave du fragment manuscrit de Fulde et du Chant de

^ Ulphilas, Gotliische Bibcl ùbcrsgtzung. ( Edit. de Jean Christ. Zahn, Wcissenfels , 1805. )

" Nithardi histor. , lib m , p. 227, in ler. Gall. script., t. YII.

^ Rer. Gall. script., t. IX, p. 99.

Gunar , tiré de i'Edda \ On ne voit pas même, dans le fac slmile du texte d'Ulpliilas, les lettres qu'il lut, dil-ou, obligé d'inventer pour rendre la prononciation de ses compatriotes; ^■51 y remarque seulement quelques ligatures grecques mêlées aux caractères latins , mais ne présentant pas dans leur aggrégation le même pouvoir labial , lingual et guttural qu'elles expriment dans le grec.

D'après un passage d'Hérodote, un système assez plausible assigne aux pi.-uples de la Finlande et de la Gothie une origine asiatique; on les fait descendre d'une colonie des Médes, et 1 on a trouvé des analogies entre la langue des Perses et celle des Suédois et des Danois. Des noms propres surtout ont paru les mêmes dans les deux idiomes : le Gustaff ou Gustaw des Suédois répond au Gustdspe ou Hjstaspe des Perses; Ote/i, Olstanus, Ostanus,vo\sàe Suède, portent les noms persans d'Otanus, Olstaiies et Ostanes. Gibert ^ , à Fappui de son système ( aujourd'hui étendu et reproduit) auroit pu remarquer que I'Edda mentionne un peuple conquérant venu de l'Asie dans les régions

^ Voyez plus haut. pag. 122 , 123 et 129, note 1, ce chant et ce fragment.

o - Mémoires pour ser\ ir a l'hist. des (isules . p. 241 .

septentrionales de la Baltique. Le savant Robert Henri, ministre de la communion calviniste h Edimbourg , a enrichi son Histoire d'Angleterre de difFérens spécimen des dialectes bretons et anglo-saxons à différentes époques : le tableau placé à la fin de ce volume , vous donnera une idée des langues que parloient les destructeurs du monde romain.

Passons à la religion des Barbares. Les historiens nous disent que les Huns n'en avoient aucune ^ ; nous voyons seulement qu'ils croyoient, comme les Turcs , à une certaine fatalité. Les Alains , comme les peuples d'origine celtique, révéroient une épée nue fichée en terre ^. Les Gaulois avoient leur terrible i)w ,père de la Nuit, auquel ils immoloient des vieillards sur le dolmin, ou la pierre druidique ^ ; les Germains adoroient la secrète horreur des forêts "*. Autant la religion de ceux-ci étoit simple , autant celle des Scandinaves étoit compliquée.

Le géant Ymer fut tué par les trois fils de Bore : Odin , Vile et Ve. La chair de Ymer forma

^ Sine larae, vel lege aut ritu stabuli. ( Amm. Marc.) 2 Gladius barbï îib. XXXI , cap. 9. ) Tertul. et Au| Tacit., de mor. Gerni.

2 Gladius barbai ico ritu humi figitur nudus. ( Id. ,

^ Tertul. et August.

la terre, son sang la mer , son crâne le ciel ^ Le Soleil ne savoit pas alors où étoit son palais, la Lune ignoroit ses forces , et lesEtoiles ne connoissoient point la place qu'elles dévoient occuper.

Un autre géant, appelé Norv , fut le père de la Nuit. La Nuit, mariée à un enfant de la l'amille des Dieux , enfanta le Jour. Le Jour et la Nuit furent placés dans le ciel , sur deux chars conduits par deux chevaux; Hrini-Fax (crinière gelée) conduit la Nuit; les gouttes de ses sueurs fontla rosée: Skin-Fax (crinièrelumincuse), mène le Jour ^. Sous chaque cheval se

1 Texte scaiKlina\e.

Or y mis holdi

Var iorp vni skavp\ d ,

En or sveita sœr ,

En or hausi liiinii).

Traduction latine. "^

Ex Ymeris caine

Terra creata est ;

Ex sanguine autcm mare ;

Ex cranin autem cœlum.

(Edda saemundar hinns froda, p. 58. Haf'aiœ, 1787.)

^ Skiii-Fao-i (juba splendens) vocatur Qui sercnum trahit

trouve une outre pleine d'air : c'est ce qui produit ]a fraîcheur du matin.

Un chemin ou un pont conduit de la terre au firmament : il est de trois couleurs et s'appelle î'arc-en-ciel. Il sera rompu quand les mauvais Génies après avoir traversé les fleuves des Enfers , passeront à cheval sur ce pont.

La cité des Dieux est placée sous le chêne Ygg-Drasill ^ qui ombrage le monde. Plusieurs villes existent dans le ciel.

Le Dieu Tlior est fils aîné d'Odin ; Tjr est la divinité des victoires. Heindall aux dents d'or, a été engendré par neuf vierges. Loke est l'artisan des tromperies. Le loup Feuris est fils de Loke ^ ; enchaîné avec difficulté par les Dieux ,

Diem super humanum genus.

Hriiii-Faxi (juba pniinosus) vocatur

Qui singulas trahit

Noctes super bénéficia numina.

De lupatis stillare l'acit guttas

Quovis manè,

Jude venit ros in convalles.

(Id, p. 8 et9. )

^ Subtus ab arbore Ygg-Drasilli.

Qui curret

Per aescuhim Ygg-Drasilly.

2 Snorr. Edda , fab. 29.

il sort cle su Ijouchf^ uwo écume qui devient la source du fleuve Vam (les vices).

Frigga est la principale des Déesses guerrières qui sont au nombre de douze; elles se nomment Walkiries: Gadur , Rosta et Skulda (l'zivenir ), la plus jeune des douze fées , vont tous les jours à cheval choisir les morts ^

Il y a dans le ciel une grande salle, le Valhalla, où les braves sont reçus après leur vie. Cette salle a cinq cent quarante portes ; par chacune de ces portes sortent huit guerriers morts pour se battre contre le Loup ". Ces vaillants squelettes s'amusent à se briser les os , et viennent ensuite dîner ensemble : ils boivent le lait de la chèvre Heidruna qui broute les feuilles de l'arbre Lœrada ^ Ce lait est de Thydromel : on en remplit tous les jours une cruche assez large pour

1 Snorr. Edda, fab. 29.

2 Qiiingenta ostiorum Et ultra quadraginta , Ità puto in Valhalla esse :

Octinginti Einherioruni Exeunt simul per unum ostium , Cùm contià lupum pugnatum eunt.

( Edda saimundar hinns frôda , p. 53. )

^ Heidruna vocatur capra Quae stat supra auiam Odini Et pabulum sibi carpit ex Lœradi ramis :

enivrei' les héros décédés. Le monde finira par Il 11 embrasement.

Des magiciens ou des fées, des prophétesses , des Dieux défigurés empruntés de la mythologie grecque, se retrouvoient dans le culte de certains Barbares. Le surnaturel est le naturel même de l'esprit de l'homme : est-il rien de plus étonnant que de voir des Esquimaux assemblés autour d'un sorcier sur leur mer solide , à l'entrée même de ce passage si longtemps cherché , qu'une éternelle barrière de glace fermoit au vaisseau de l'intrépide capitaine Parry ^ ?

De la religion des Barbares descendons à leurs gouvernements.

Ces gouvernements paroissent avoir été en général des espèces de républiques militaires dont les chefs étoient électifs , ou passagèrement héréditaires par l'effet de la tendresse ,

Craterem illa ( quotidiè ) implebit

Liquidi illius medonis.

Non potis est iste potus deficere.

(Id.,p. 52.) Voyez aussi Mallet, Introd. à l'histoire de Danemaick , et les monuinens de la mythologie des anciens Scandinaves , poui" servir de preuve à cette introduction, par le même auteur, in-4". , Copenhague, 1766.

^ Second voyage du capitaine Parry pour découvrir le passage au nord-ouest de l'Amérique.

de la gloire, ou de 3a tjraimie paternelle. Toute l'antiquité européenne du Paganisme et de la barbarie n'a connu que la souveraineté élective : la souveraineté héréditaire fut l'ouvrage du Christianisme; souveraineté môme qui ne s'établit qu'au moyen d'une sorte de surprise, laissant dormir le droit à côté du fait.

La société naturelle présente les \*ariétés de gouvernement de la société civilisée : le despotisme , la monarchie absolue , la monarchie tempérée, la république aristocratique ou démocratique ^ Souvent même les nations sauvages ont imaginé des formes politiques d'une complication et d'une finesse prodigieuses , comme le prouvoit le gouvernement des Hurons. Quelques tribus germaniques, par l'élection du roi et du chef de guerre , créoient deux autorités souveraines indépendantes Tune de l'autre; combinaison extraordinaire.

Les peuples , sortis de l'orient de l'Asie, difîéroient en constitutions des peuples venus du nord de l'Europe : la cour d'Attila ofïroit le spectacle du sérail de Stanboul ou des palais de Pékin , mais avec une différence notable ; les femmes paroissoient publiquement chez les

^ Voyez, dans le vol. VII de cette édition , le voyage en Amérique, gouvernement des Sauvages, p. 47.

Huns; Maximin fut présenté à Gerça, principale reine ou sultane favorite d'Attila ; elle étoit couchée sur un divan ; ses suivantes brodoient assises en rond sur les tapis qui couvroient le plancher. La veuve de Bléda avoit envoyé en présens aux ambassadeurs de belles esclaves.

Les Barbares, qui en raison de quelques usages parti>puliers ressembloient aux sauvages que j'ai vus au Nouveau-Monde, différoient d'eux essentiellement sous d'autres rapports. Une centaine de Hurons , dont le chef tout nu portoit un chapeau bordé à trois cornes , servolent autrefois le gouverneur françois du Canada : lespourroit-on comparer à ces troupes de race slave ou germanique, auxiliaires des troupes romaines? Les Iroquois , au temps de leur plus grande prospérité , n'armoient pas plus de dix mille guerriers : les seuls Goths mettoient , comme un excédant de leur conscription militaire, un corps de cinquante mille hommes à la solde des Empereurs; dans le quatrième et dans le cinquième siècle les légions entières étoient composées de Barbares. Attila réunissoit sous ses drapeaux sept cent mille combattants, ce qu'à peine seroit en état de fournir aujourd'hui la nation 1?. plus populeuse de l'Europe. On voit aussi dans les charges du palais et de l'Empire , des Franks, des Goths, des Suèves, des Vandales : nourrir, vêtir, équiper tant

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