TOME III
Une biche ouvre le chemin aux Huns à travers les Palus Méotides, et disparoit \ La génisse d'un pâtre se blesse au pied dans un pâturage; ce pâtre découvre une épée cachée sous l'herbe ; il la porte au prince tartare : Attila saisit le glaive et sur cette épé« qu'il appelle l'épée de Mars ^ , il jure ses droits à
lestinae, beatissimo Hieroayiiio presbytero réfère n te , audivi se f'amiliarissiinum Ataulpiio apud Narbonam fuisse : ac de eo sœpè sub lestibcatione didicisse quod ille, quam essetanimo, \iiibus iiii^enioque nimius, referre solitus essetse in primis ardriitei' inhiasse, ut oblitciato romano no nine , lomanuni omiie solum Gothorum imperium <'t faceret et vocaret : essetque , ut vuigaritcr loquar, Gothia quod Rou)aijia fuisset ; . . . .
At
ubi inulta experientia probavisset , neque Gothos ullo modo parère Icgibus posse propter elTrenatam barbariem, neque reipublicae interdici leges oportere, elegisse se saltem , ut oloiiam sibi et restituendo in inte<irujDa augendoque Roaiano uomine , Gothorum viribus quaeret, habereturque apud posteros Romanae restitutionis auctor, postquam esse non ])0terat iminutator. ( Gras. , lib. VII. )
^ Mox quoqiie ut Scythica lena iguotis apparuit , cerva dispai'uit. (Jornand., de reb. Get., cap. 24.)
^ Qiium pastor quidam gregis unain buculain conspiceret claudicantem, nec eausaiu tanti vulneris inveniret, sollicitus vestigja cruoris insequitur : tandemque venit
la domination du monde. Il disoit : « L'étoile » tombe; la terre tremble, je suis le marteau » de l'univers. » 11 mit lui-même parmi ses titres le nom de fléau de Dieu , que lui donnoit la terre ^
G'étoit cet homme que la vanité des Romains traitoit de général au service de V empire, le tribut qu'ils lui pajoient, étoit à leurs yeux ses appointements : ils en usoient de même avec les chefs des Goths et des Burt^ondes. Le Hun disoit à ce propos : « Les généraux des empe- » reurs sont des valets , les généraux d'Attila des » empereurs ^. »
ad gladium , quem depascens herbas bucula incautè calcaverat, effossuuique protinus ad Attilam defert. Quo iile munere grâtulatus, ut eiat magnanimus , arbitratiir se totius mundi principem constitutum , et per Martis gladium potestateni sibi concessam esse bellorum. (Prise, ap. Jornand., cap. xxxv. )
^ Stella Ciidit -. tellits treniit .■ en ego maliens orbis. Seque juxta eremitae dictum flagellum Dei , jussit appellari. (Reruin huugariarum scriptores varii. Francforti, 1600.)
2 Jam tuiii enim cum irascebatur dicebat exei'cituum duces, suos esse servos : qui quidem AttiljE, non tamen impei atoribus romanis, eraiit honore et dignitate pares. (Ex Prise, rhet. Gothic. hist. excerpt., p. 46.)
11 vit à Milan un tableau où des Goths et des Huns étoient représentés prosternés devant des empereurs; il cortimanda de le peindre, lui Attila, assis sur un Irône, et les empereurs portant sur leurs épaules des sacs d'or qu'ils répandoient à ses pieds \
« Croyez - vous , demandoit-il aux ambassa- » dcurs de Théodose II, qu'il puisse exister une » forteresse ou une ville, s'il me plaît de la faire » disparoître du sol ^. »
Après avoir tué son frère Bléda , il envoya deux Goths, l'un h Théodose, l'autre à Vaîentinien , porter ce message : « Attila, mon maître » et le vôtre, vous ordonne de lui préparer un ). palais \. .. ^ , .^.,,, ,^: . ^.,.,, ;. ,^^.,. ,,.,,„ ^:.
"• Cum autem in picturâ vidisset Romanorum quidem re£^es, in aureis thronis sedentes, Scythas vero caesos et ante pedes ipsorum jacentes, pictorem accersituni jussit se pingei e sedcntem in solio -. Romanorum veio reges ferentes saçcos in liiuneiis, et aute ipsius pedes aurum efFundenles. (Suid., in voc. Msdio/avr^, p, 517. )
2 Quœ enim urbs, quae arx qnâ latepatet Romanorum imperiura, salva et ineolumis evadere potuit quameverteie aut diniere apud^e constitutum habuerit. (Exeerpta ex histoiià gothicâ Prisci rhetoris de legationibus , in corpore historiae byzant., p. 53.)
^ Imperat tibi per me dominus meus et dominas tuiis
« L'herbe ne croît plus, disoit encore cet » exterminateur, partout où le cheval d'Attila » a passé. » .
L'instinct d'une vie mystérieuse poursuivoit jusque dans la mort ces mandataires de la Providence. Alaric ne survécut que peu de temps à son triomphe : les Goths détournèrent les eaux du Busentum, près Cozence; ils creusèrent une fosse au milieu de son lit desséché; ils y déposèrent le corps de leur chef avec ime grande quantité d'argent et d'étoffes précieuses; puis ils remirent le Busentum dans son lit, et un courant rapide passa sur le tombeau d'un conquérant \ Les esclaves employés à cet ouvrage furent égorgés, afin qu'a-ucun témoin ne pût dire où reposoit celui qui avoit pris Rome, comme si Ion eût craint que ses cendres ne fussent recherchées pour cette gloire ou pour ce crime.
Attilas, uti sibi palatium seu regiam Romae egregiè adornes. (Chronicon Alexandrinum , p. 734.)
^ Hujus ergo in medio alveo, coUeclo captivorum agmine , sepulturse locum efFodiunt. In cujus fodiae gremio Alaricum multis opibus obruunt : rursusque aquas in suum alveum reducentes , ne à quoquam quandoque locus cognosceretur, fossores omnes interemerunt. ( Joinand., de reb. Get,, cap. xxx. )
Attila, expiré sur le sein d'une femme, est d'abord exposé dans son camp entre deux longs rangs de tentes de soie. Les Huns s'arrachent les cheveux et se découpent les joues pour pleurer Attila , non avec des larmes de femme, mais avec du sane d'homme \ Des cavaliers tournent autour du catafalque en chantant les louanges du héros. Cette cérémonie achevée on dresse une table sur le tombeau préparé, et les assistans s'assevent à un festin mêlé de joie et de douleur. Après le festin le cadavre est confié ^^ la terre dans le secret de la nuit; il étoit enfermé en un triple cercueil d'or, d'argent et de fer. On met avec le cercueil des armes enlevées aux ennemis, des carquois enrichis de pierreries , des ornemens militaires et des drapeaux. Pour dérober à jamais aux hommes la connoissance de ces richesses, les ensevelisseurs sont jetés avec l'enseveli ^. '
Au rapport de Priscus, la nuit même où Je Tartare mourut , Vempereur Marcien vit en
^ Ut praeliator eximiuà non faemineis lamentationibus et lacrimis , sed sancuine luççeretur virili. (JornancL , cap. 49. )
^ Nam de totâ sente Hnnnorum electissimi equitis in eo loco quo erat positus , in niodum circensicum cursi-
songe, à Gonstantinople , l'arc rompu d'Attila \ Ce même Attila, après sa défaite par Aëtius , avoit formé le projet de se brûler vivant sur un bûcher composé des selles et des ha mois de ses chevaux , pour que personne ne se pût vanter d'avoir pris ou tué le maître de tant de victoires ^ ; il eût disparu dans les flammes comme Alaric dans un torrent: images de la
bus ambientes , facta ejus cantu t'unereo tali ordine
referebant
Postquam talibus lamentis est defletus , stravam super tumuliim ejus, quam appellant ipsi, ingenti commessa tione concélébrant, et contraria invicem sibi copulantes, luctum funereum mixto gaudio explicabant, noctuque secreto cadaver est terra l'econditum. Cujus fercula priuium auro , secundo arçento , tertio ferri riççore commu-
niuDt
Addunt arma hostium csedibus acquisita , phaleras vario gemmarum fulgore preciosas, et diversi generis insignia , quibus colitur aulicum decus. Et ut lot et tantis divitiis humana curiositas arceretur, operi deputalos detestabili mercede trucidarunt, emersitque momentanea mors sepelientibus cum sepulto. ( Jornand. , de reb. Get, , cap. 49.)
^ Arcum Attilae in eâdem nocte fractura ostenderet. (Prise, in Jornand., cap. 40.)
- Equinis sellis construxisse pyram , seseque, si ad\.'rsarii irrumperent , flammis injicere voluisse ; ne aut a!iquis ejus vulnere laetaretur, aut in potestatem hoslimn
grandeur et des ruines dont ils avoient rempli leur vie et couvert la terre.
Les fils d'Attila , qui formoiant h eux' seuls un peuple ' , se divisèrent. Les nations que cet homme avoit réunies sous son glaive se donnèrent rendez-vous dans la Pannonie, au bord du ileuve Netad , pour s'affranchir et se déchirer. Une multitude de soldats sans chef ^ , le Goth frappant de l'épée , le Gépide balançant le javelot, le Hun jetant la flèche, le Suève h pied, l'Alain et l'IIérule, l'un pesamment, l'autre légèrement armés ^ , se massacrèrent à l'envi : trente mille Huns restèrent sur la place, sans
, -, .<• ; >■' ! •. ij! inii.i'it!-
tantorum hostium gentium dominus perveniret
Multarum victoiiarum dominus. (Jornand.,
de reb. Get., cap. 41 — 43.) . .
^ Filii Attilrc, quorum per licentiam libidinis penè populus fuit. (Jornand., cap. 50.)
^ Commititur in Pannoniâ juxta flumen qui nomen est Netad. Illic concursus factus est gentium variarum , quas in suâ Attila tenuerat ditione. Dividuntur régna cum populis, fiuntque ex uno corpore membra diversa, nec quae unius pas?ioni compaterentur, sed quai exciso capite invicem insanirent ; quœ nuuquam contra se pares invenerant, nisi ipsi mutuis se vulneribus sauciantes, se ipsos discerperent fortissimas nationes. ( Jornand. , cap. 50.)
' Pugnantem Gothum ense furentem , Gepidam in
compter leurs alliés et leurs ennemis. Ellac , fils chéri d'Attila , fut tué de la main d'Aric j chef des Gépides. L'héritage du monde qu'avoit laissé le roi des Huns n'avoit rien de réel; ce n'étoit qu'une sorte de tiction ou d'enchantement produit par son épée : le talisman de la gloire brisé, tout s'évanouit. Les peuples, passèrent avec le tourbillon qui les avoit apportés. Le règne d'Attila ne lut qu'une invasion. •
L'imagination populaire , fortement ébranlée par des scènes répétées de carnage , avoit inventé une histoire qui semble être l'allégorie de toutes ces fureurs et de toutes ces exterminations. Dans un fragment de Damascius, on lit qu'Attila livra une bataille aux Romains , aux portes de Rome : tout périt des deux côtés , excepté les généraux et quelques soldats. Quand les corps furent tombés, les âmes restèrent debout, et continuèrent l'action pendant trois jours et trois nuits : ces guerriers ne combattirent pas avec moins d'ardeur morts que vivants \
vulnere suorum cuncta tela frangentem , Suevum pede, Hunnum sagitta prœsumere , Alanum gravi, Herulum levi armatura aciem instruere. (Id., ibid.)
^ Commissâ pugnâ contra Scythas ante conspectum
Mais, si (l'un côté les J3arbares étoient poussés à détruire, d'un wutre ils étoient retenus : le monde ancien, qui touchoit à sa perte, ne devoit pas entièrement disparoître dans la pjartie où commencoit la société nouvelle. Quand Alaric eut pris la ville éternelle, il assigna l'écilise de Saint-Paul et celle de Saint- Pierre pour retraite à ceux qui s'y voudroient renfermer. Sur quoi saint Aniçustin fait cette belle remarque : Que si le fondateur de Rome avoit ouvert dans sa ville naissante un asile , le Christ y en établit un autre plus glorieux que celui de Romulus \
Dans les horreurs d'une cité mise ;i sac , dans une capitale tombée pour la première fois et pour jamais du rang de dominatrice et de maî-
urbisRomae, tanta iitrinque facta est caedes , ut nerao pugnantium ab utrâqiie parte servaretur, praeter quam duces paucique satellites eorum : cùm cecidisseut pugnantes , corpore defatigati animo adhue erecti , pugnabant très intégras noctes et dies, nihil viventibus pugnando inferioies, neque manibus neque animo. (Phot., Bibl., p. 1039.)
^ Romulus et Remus asylum constituisse pei'hibentur quaerentes cieandaî multitudinem civitatis : miiandum in honorem Christi praecessit exemplum. Hoc constituerunt eversores urbis quod instituerant antea conditores. (Aug., Civ., lib. 1 , cap. 34, ]^. 22. Basileaî. )
tresse de la terre, on vit des soldats (et quels soldats I ) protéger la translation des trésors de l'autel. Les vases sacrés étoient portés un à un et à découvert; des deux côtés marchoient desGoths l'épée à la main : les Romains et les Barbares chantoient ensemble des hymnes à la louange du Christ \
Ce qui fut épargné par Alaric n'auroit point échappé à la main d'Attila : il marchoit à Rome; saint Léon vient au-devant de lui ; le Fléau de Dieu est arrêté par le Prêtre de Dieu ^ , et le prodige des arts a fait vivre le miracle de l'histoire dans le nouveau Capitole qui tombe à son tour.
Devenus chrétiens les Barbares mêloient à leur rudesse les austérités de l'anachorète : Tliéodoric , avant d'attaquer le camp de Litorius ,
^ Super capita data palam , auiea atque argentea vasa portantur, exsertis undique ad defensionem gladiis pia pompa munitur. Hymnis Deo , Romanis Barbaiisque concinentibus , canitur. — Pei sonat latè in excidio urbis
salutis tuba (Oros. , Historiar. , lib. vu, cap. 39,
pag. 574. Lugduni Batavorum , 1767.)
^ Occurente sibi ( Genseiico ) extra portas sancto Leone episcopo , cujus supplicatio ita eum Deo agente lenivit , ut, cum omnia in potestate ipsius essent, traditâ sibi civitate, ab igné tamen et caede atque suppliciis abstineret. ( Prosp. Chronic. )
passa la nuit vêtu d'une ^ hère , et ne la quitta que pour reprendre le sayon de peau. i
Si les Romains l'emportoient sur leurs vainqueurs par la civilisation , ceux-ci leur étoient supérieurs en vertus. « Lorsque nous voulons in- )* sulter un ennemi , dit Luitprand, nousl'appe- » \ons Romain : ce nom signifie bassesse, lâcheté, » avarice , débauche, mensonge; il renferme seul )) tous les vices ^. « Les Barbares rejetoient l'étude des lettres, disant : (f L'enfant qui tremble » sous la verge, ne pourra regarder une épée » sans trembler ^ » Dans la loi salique, le meurtre d'un Frank est estimé deux cents sous d'or, celui d'un Romain propriétaire, cent sous; la moitié d'un homme ^ ' •' .
^ Indutus cilicio pernoctavit. (Salvian., de Gubern. Dei, p. 165.)
2 Yocamus Raraaiium, hoc solo, id est quidquid luxuria; , quidquid mendacii, imô quidquid vitiorum est comprehendentes. ( Luitprand. légat, apud Murât. , Scriptor. Ital., aoI. II , part, i , p. 481 . )
^ Eos nunquam hastam aut gladium despecturos mente intrepidâ , si stuticam tremnissent, (Procop., de Bell. gothico, lib. I , p. 312. )
^ Si quis ingenuusFrancum, aut hominum barbarum, odciderit , qui lege salicâ vivit , viii denariis qui faciunt solidos ce, culpabilis judicetur. (Tit. XLiii , art. 1.) Si Romanus homo possessor occisus fuerit , iv denariis qui faciunt solidos c , culpabilis judicetur. (Tit. xuii, art. 7.)
Dignités , âge , profession , religion , n'arrêtèrent point les fureurs de la débauche; au milieu des provinces en flamme , on ne se pouvoit arracher aux jeux du Cirque et du théâtre : Rome est saccagée , et les Romains fugitifs viennent étaler leur dépravation aux yeu% de Cartilage, encore romaine pour quelques jours ^ Quatre fois Trêves est envahi, et le reste de ses citoyens s'assied, au milieu du sang et des ruines, sur les gradins déserts de son amphithéâtre.
« Fugitifs delà ville de Trêves, s'écrie Salvien, )) vous vous adressez aux empereurs afin d^obtenir :> la permission de rouvrir le théâtre et le cirque : » mais où est la vi!le, où est le peuple pour qui » vous présentez cette requête"?»
Cologne succombe au moment d'une orgie générale; les principaux citoyens n'étoient pas
^ Qu3c (pcstilenlia tla^nionum )• animos miserorum adeô obcaîcavit tenebris , taiitâ deformitate ftedavit ut etiam modo, Roruanâ xirbe vastatâ f'ugientes , Carthaginem veniie potuerunt, in theatris quotidiè ceitatini pio
histrionibus déliraient Vos nec contriti
ab hoste luxuriaiii repressistis -. perdidistis utilitatem ca-' lainitatis et miserrimi focti estis et pessimi permansistis. (Aug.> de Civ. Dei, lib, i, cap. 32. )
- Theatra igitur quseritis, circum à principibus postulatis; quaeso cuistatiii,cui populo, oui civitati? (Salvian., de Gubern. Dei, lib. vi, p. 217.)
en état de sortir de lubie, lorsque l'ennemi, maître des remparts , se précipitoit dans la ville \
Presque toutes les maisons de Garthage étoient des lieux de prostitution ; des hommes erroient dans les rues couronnés de fleurs, répandant au loin l'odeur des parfums, habillés comme des femmes, ia tête voilée comme elles, et vendant aux passants leurs abom/nables faveurs^. Genseric arrive: au dehors le fracas des armes, au dedans le bruit des jeux; la voix des mourants, la voix d'une populace ivre se confondent; à peine le cri des victimes de la guerre se peut-il distinguer des acclamations de la foule au Girque \
' Ad ii,ressum uutaburidi (p. 213). Barbaris penè in conspectii omnium sitis, iiiillus metus erat hominum , non custodia civitaturu. (Salv., de Gubcrn. Dei , lil). vi, p. 214.)
^ Adeo omnia penè compila , omnes vias , quasi foveae libidinum... Fœtebant, ut ila dixerim, cuncti urbis illius cives cœno libidinis spurcum sibimelipsis mutuo impudicitia^ nidoreiîi inhalantes ( pag. 260). Indicia sibi quae dam monstruosae impuiitatis innectebant et faemineis tegniinum illigamentis capita velarent atque publiée in i\\ itate ( p. 266 ). Latrono quodam modo excubias vide- !et (p. 269). (Salv., de Gubern. Dei , lib. vu. )
^ Fraaîor, ut ita dixerim, extra Jiiuros et intra muros , prîeliorum et ludicrorum confundebantur : vox morien-
Souvenez-vous, pour ne pas perdre de vue le train du monde, qu'à cette époque Rutilius mettoit en vers son vo^^age de Rome en Etrurie, comme Horace, aux beaux jours d'Auguste , son vojago de Rome à Brindes ; que Sidoine-Apollinaire chantoit ses délicieux jardins dans l'Auvergne envahie par les Visigoths; que les disciples d'Hypathia ne respiroient que pour elle dans les douces relations de la science et de l'amour; que Damascius à Athènes attachoit plus d'importance à quelque rêverie philosophique qu'au bouleversement de la terre ; qu'Orose et saint Augustin étoient plus occupés du schisme de Pelage que de la désolation de l'Afrique et des Gaules; que les eunuques du palais se disputoient des places qu'ils ne dévoient posséder qu'une heure; qu'enfin il y avoit des historiens qui fouilloient comme moi les archives du passé au milieu des ruines du présent, qui écrivoient les annales des anciennes révolutions au bruit des révolutions nouvelles; eux et moi prenant pour table dans l'édifice croulant , la pierre tombée à nos pieds, en attendant celle qui devoit écraser nos têtes.
ti.um voxque bacchantium : ac vix discci'ni forsitan poterat plebis ejulatio quae cadebat in bello , et sonus populi qui clamabat in circo. ( Sal\ian., de Gubern. Dei, lib. VI. p. 210.)
On ne se peut faire aujourd'hui qu'une foible idée du spectacle que présentoit le monde romain , après les incursions des J3ar])ares : le tiers, (peut-être la moitié) de la population de l'Europe et d'une partie de l'Afrique et de l'Asie , fut moissonné par la guerre, la peste et la famine.
La réunion de tribus germaniques, pendant le règne de Marc-Aurèle , laissa sur les bords du Danube des traces bientôt effacées; mais lorsque les Gotlis parurent au temps de Philippe et Dèce, la désolation s'étendit et dura. Valérien et Galîien occupoientla pourpre quand les Franks et les Allamans ravagèrent les Gaules et passèrent jusqu'en Espagne.
Dans leur première expédition navale les Goths saccagèrent le Pont , dans la seconde ils retombèrent sur l'Asie Mineure, dans la troisième la Grèce fut mise en cendres. Ces invasions amenèrent une famine et une peste qui dnra quinze ans ; cette peste parcourut tontes les provinces et toutes les villes : cinq mille personnes mouroient dans un seul jour*^. On reconnut par le registre des citoyens qui
'>^.]Vain et pestilentia tanta existerai vel Piomae, vel in Achaicis urbibus , ut uno die quinque millia horainum parimorbo périrent. (Hist. Aug., p. 177.)
recevoient une rétribution de blé à Alexandrie , que cette cité a voit perdu la moitié de ses habita ns \
Une invasion de trois cent vingt mille Gotlis sous le règne de Claude, couvrit la Grèce; en Italie, du temps de Probus , d'autres Barbares multiplièrent les mêmes malheurs. Quand Julien passa en Gaule , quarante-cinq cités venoient d'être détruites par les Allamans : les habitans avoient abandonné les villes ouvertes, et ne cultivoient plus que les terres encloses dans les murs des villes fortifiées. L'an 412, les Barbares parcoururent les dix -sept provinces des Gaules, chassant devant eux comme un troupeau, sénateurs et matrones, maîtres et esclaves, hommes et femmes, filles et garçons. Un captif qui cheminoit à pied au milieu des chariots et des armes, n'avoit d'autre consolation que d'être auprès de son évêque, comme lui prisonnier : poëte et chrétien, ce captif prenoit pour sujet de ses chants les malheurs dont il étoit témoin et victime. « Quand l'océan auroit » inondé les Gaules, il n'y auroit point fait de
^ Quaerunt etiam quamobreni civitas ista maxima, non amplius tantam habitatorum multitudinem ferat ,
quantam senum quorum nomina in tabulas publicas
pro divisione frumenti factitatas- (Euseb. , Hist. eccles., iib. VII, cap. 21.)