‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 14 sur 80 · PREMIERE RAGE · texte numérisé non relu

PREMIERE RAGE

Qu ETOiENT devenues les trois vérités de l'ordre social quand l'empire d'Occident s'écroula?

La vérité religieuse avoit fait un pas immense : le polythéisme étoit détruit, et avec le dogme d'un Dieu s'établissoient les vérités, corollaires de ce dogme.

La vérité pliilosopliique étoit rentrée dans la vérité religieuse comme au berceau de la civilisation.

206 ANALYSE RAlSONiNEE

La vérité politique avoit suivi les progrès de la vérité religieuse. Les destructeurs du monde romain étoient liLres; ils trouvèrent sur leur chemin une société organisée dans la servitude : la jeune liberté sauvage s'assit d'abord sur cette société, comme le vieux despotisme romain l'avoit fait : des républiques militaires , frankes , burgondes , visigotiies , saxonnes, gouvernèrent des esclaves à l'instar des anciennes républiques civiles , grecques et latines.

A oilà le point où avoient abouti les faits nés du choc des générations païennes, chrétiennes et barbares, à partir du règne d'Auguste pour arriver h celui d'Augustule.

Maintenant les trois vérités fondamentales combinées d'une autre façon, vont produire aussi les faits du moyen âge : la vérité religieuse, dominant tout, ordonnera la guerre et commandera la paix , favorisera la vérité politique (la liberté) dans les rangs inférieurs de la société, ou soutiendra partiellement le pouvoir dans des intérêts privés; elle poursuivra avec le fer et le feu la vérité philosophique échappée de nouveau du sanctuaire sous l'habit de quelque moine savant ou hérétique. Ainsi continuera la lutte jusqu'au jour où les trois vérités, se pondérant , produiront la société perfectionnée des temps actuels.

DE L'IilSTOlRE DE FRAT^CE. 207

J'ai dit que l'empire roniain-latiu étoit devenu l'empire romain - barbare , un siècle et demi avant la chute d'Augustule : cet empire mixte subsista plus de quatre siècles encore après la déposition de ce prince. Les Franks , les Bourguignons et les Visigoths en Gaule, les Ostrogoths et les Lombards en Italie, furent des possesseurs que les populations connoissoient , qu'elles avoient vus dans les légions, et qui, soumis à leurs lois nationales, laissoient au monde assujetti ses mœurs, ses habitudes , souvent même ses propriétés : une religion commune étoit le lien commun entre les vaincus et les vainqueurs. Ce n'est qu'après l'invasion des Normands , sous les derniers rois franks de la race karlovingienne, que la transformation sociale commence à frapper les jeux.

Il n'y eut jamais de complète barbarie , comme on se l'est persuadé ; on ne peut pas dire qu'un peuple soit entièrement barbare , quand il a conserve la culture de lintelligence et la connaissance de l'administration. Or létude des lettres , de la philosophie et de îa théologie continua ])armi le clergé ; l'administration municipale , fiscale, publique et domestique demeura long-temps ce qu'elle avoit été sous l'empire. La science militaire périt dans la discipline , mais l'art de la fortification

ne se détériora point et même les machines de guerre se perfectionnèrent. 11 n'y a donc rien de nouveau à remarquer sous les deux premières races, si ce n'est les mœurs particulières des familles investies du pouvoir, l'aclièvement de la monarchie de l'église , et les hautes sources qui comme des écluses, lâchèrent sur l'Europe le torrent des siècles féodaux.

Toutefois deux observations doivent être faites. Le chef du gouvernement étoit électif sous la race mérovingienne et sous la race karlovingienne , de même qu'il l'avoit été au temps des Césars; mais auprès du gouvernement des Franks se trouvoit une institution qui le faisoit différer de l'antiquité romaine : des Conseils , composés d'évêques et de chefs militaires , décidoient les affaires avec le roi; des Assemblées générales , ou plutôt les grandes revues des mois de mars et de mai , recevoient une communication assez légère de la besogne traitées dans ces assemblées particulières : celles-ci étoient nées de la tradition des Etats des Gaules rétablis un moment par Arcade et Honorius , mais elles s'étoient surtout modelées sur l'organisation des Conciles. Si l'on veut avoir une idée juste de ces temps sans y chercher des nouveautés qui n'y sont pas, il faut reconnoître que la société entière prit la forme eclésiastique : tout se gouverna

pour l'église et par l'église , depuis les nations jusqu'aux rois dont le sacre étoit purement le sacre d'un évêque. Que des laïques fussent admis à siéger avec le clergé, ce n'étoit pas coutume insolite : dans plusieurs Conventions religieuses, les empereurs Romains présidoient, et les grands-officiers de la couronne délibéroient ; nous avons vu des philosophes et des païens même assister au concile de Nicée.

La seconde observation sur cette époque historique est relative aux maires du palais. Le premier maire dont il soit fait mention est Goggon , qui fut envoyé à Atlianaghilde de la part deSighebert, pour lui demander la main de Brunehilde.

Deux origines doivent être assignées à la mairie ,\ une romaine, l'autre franke ou germanique. Le maire représentoit le m.agister officiarum. ; celui-ci acquit dans le palais des empereurs la puissance que le m.aire obtint dans la maison du roi frank. Considérée dans son origine romaine, la charge de maire du palais fut temporaire sous Sighebert et ses devanciers , viagère sous Khlother, héréditaire sousKblovigh II: elle étoit incompatible avec la qualité de prêtre et d'évêque. Elle porte dans les auteurs le nom de Magister palatii , prœfectits aulœ , recto r aulœ , gubernator palatii , major domus^

Page 1