‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 15 sur 80 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

2ÎU AiNALYSE KAISOJHJNEE

reclor palatU, modcrator palatii , prœpositus palalil , provisor aidœ regiœ , provisor ,palatii. il ; ; • ^ .; f , • ■•' : . ^ r., >

Pris dans son origine , franke ou germanique , le maire du palais éloit ce duc ou chef de guerre , donL l'élecLiou apparLenoit à la nation tout aussi bien que Félection du ï^o\: Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. J'ai déjà indiqué ce qu'il y avoiL d'extraordinaire dans cette institution qui créoit chez un même peuple deux pouvoirs suprêmes indépendants: ii devoit arriver, et il arriva que l'un de ces deux pouvoirs prévalut. Les maires s'étant trouvés de plus grands hommes que les souverains, les supplantèrent: après avoir commencé par abolir les assemblées générales, ils confisquèrent la rovautt; à leur profit , s'emparant à la lois du pouvoir et de la liberté. Les maires n'étoient point des rebelles; ils avoient le droit de conquérir, parce que leur autorité émauoit du peuple ou de ce qui étoit censé le représenter, et non du monarque : leur élection nationale, comme clsefs de l'armée, leur donnoit une puissance légitime. îl faut donc réformer ces vieilles idées de sujets oppresseurs de leurs maîtres et détenteurs de leur couronne : un roi et un général d'armée, également souverains par une élection séparée {reges et duces sumunt) ^ s'attaquent; l'un triomphe de l'autre, voilà tout.

Uue des dignités périt, et la mairie se confondit avec la royauté, par une seule et même élection. On n'auroit pas perdu tant de lecture et de recherches à blâmer ou à justifier l'usurpation des maires du palais ; on se seroit épargné de profondes considérations sur les dangers d'une charge trop prépondérante, si l'on eût fait attention à la double origine de cette charge , si l'on n'eût pas toujours voulu voir un grandmaître de la maison du roi, là où il falloit aussi reconnoître un chef militaire librement choisi par ses compagnons ; <( Omnes Austrasii , ciun eligerent Chrodiniim majorem, domus. »

J'ai déjà fait observer qu'ii ne seroit pas rigoureusement exact de comparer les nations Germaniques et Slaves aux hordes sauvages de l'Amérique. Dans le tableau général que j'ai tracé des mœurs des Barbares, celles des Franks occupent une place considéiable ; j'ai donc peu de chose à ajouter ici. Cependant je dois remarquer que les Franks passoient encore pour le peuple le moins i^rossier de tous ces peuples; le témoignage d'Agathias est formel: «Les Franks, dit il, ne ressemblent point » aux autres Barbares qui ne veulent vivre » qu'aux champs et ont horreur du séjour des

» villes Ils sont très-soumis

» aux lois, très-polis; ils ne difierent guère

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» de nous que par le laiiirage et le vêlement : M nihiloque a nobis differre quam solum modo » barbarico vestitu et lingiiœ proprletate. » Long- temps avant le sixième siècle, leurs relations avec les Romains avaient urbanisé leurs coutumes , sinon humanisé leur caractère. Salvien dit qu'ils étaient hospitaliers , ce qui signifie ici sociables. Dans le tombeau de Kliildéric I". , découvert en 1 653 , ii Tournai , se trouva une pierre gravée : l'empreinte représentoit un homme fort beau, portant les cheveux longs, séparés sur le front et rejetés en arrière , tenant un javelot de la main droite; autour de la figure étoit écrit le nom de Kliildéric en lettres romaines; un globe de cristal , signe de la puissance, un stjle avec des tablettes, des anneaux , des médailles de plusieurs empereurs, des lambeaux d'une étolïé de pourpre , étoient mêlés à des ossemens : il n'y a rien dans tout cela de trop barbare. On lit aux histoires que les Germains adoucissoient leur rudesse au delà du Rhin par le voisinage des Franks. Selon Constantin Porph}'rogenète, Constantin le Grand fut l'auteur d'une loi qui permettoit aux empereurs de s'allier au sang des Franks; tant ce sang paroissoit noble.

Mais quel que fût le degré de sociabilité des Franks, il me semble qu'il n'en fautifaire ni un

peuple civilisé , ni un peuple sauvage , et qu'il faut lui laisser surtout sa perfidie, sa légèreté, sa cruauté , sa fureur militaire attestées par les auteurs contemporains. Vopiscus et après lui Procope accusent les Francks de se faire un jeu de violer leur foi , et Salvien leur reproche le peu d'importance qu'ils attachent au parjure. « Les M Franks , dit Nazaire , surpassent toutes les na- » tions barbares en férocité. » Un panégyriste anonyme prétend qu'ils se nourrissoient de la chair des bêtes féroces, et Libanius assure que la paix étoit pour eux une horrible calamité.

L'opinion dominante fait des Franks une ligue de quelques tribus germaniques associées pour la défense de leur liberté : c'est encore une de ces opinions sans preuve , qu'aucun document historique n'appuie. Les Franks étoient tout simplement des Germains , comme le témoignent saint Jérôme, Procope et Agathias. Que nos ancêtres aient reçu leur nom de la liberté ou qu'ils le lui aient communiqué, notre orgueil national n'a rien à souffrir de l'une ou de l'autre hypothèse. Libanius, altérant le nom de Friuik pour lui trouver une étymologie grecque, le fait dériver de cppa/.Tot , habiles à se fortifier : d'autres veulent qu'il signifie indomptable dans une langue nommée lijigiui attica ou hattica , sans nous dire

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ce que c est que celte langue. Le savaiit et judicieux greiiier du Tillet , frère du savant évêque de Meaux, avance que le nom de Frank vient de deux mots Teutons Freien ausen , libres jeunes hommes , ou libres compagnies, prononces par synérèse Fransen ; il remarque qu'un privilège de marchands octroyé par Louis le Gros a retenu le mot anse société. Une grande autorité (M. Thierry) suppose au mot tudesque Frankon Frak , la puissance du mot latin /èrojc: nous en restons toujours à la chanson des soldats de Probus pour autorité première. Francus étoit-il un sobriquet militaire donné par les soldats de Probus à cette poignée de Germains qu'ils vainquirent dans les environs de Mayence? Que vouloit dire ce sobriquet? Un savant ^ l'explique du mot Front ou Framée, comme si les soldats de Probus avoient entendu les Barbares crier : A la lance! à la lance I aux armes! aux armes! Mais alors les Germains se seroient tous appelés Franks , puisqu'ils portoient tous la framée : Frameas gérant augusto et hrevi ferrOy dit Tacite.

Quoi qu'il en soit, les Franks habitoient de l'autre côté du Rhin à peu près au lieu où les place la carte de Putinger, dans ce pays qui conv

^ Gibert. • . •

prend aujourd'hui la Franconie, la Thurini^e, la Hesse, et laWestphalie. Ils ravagèrent les Gaules sous Galien , et pénétrèrent jusqu'en Espagne ; ils reparurent sous Probus , sous Constance , et sous Constantin, Constance transplanta une de leurs colonies dans le pays d'Amiens, de Beauvais, de Langres, de Trojes, et conclut un traité avec le reste. Après cette époque, des Franks entrèrent au service des empereurs : on voit successivement Sylvanus , Mellobald , Mérobald, Bakon,Rikliomer, Carietton, Arbogaste, revêtus des grandes cliarges militaii'es de l'empire. Mais d'autres Franks indépendants , Genobalde, Markbomer et Sunnon, restèrent ennemis, et firent du temps de Maxime une irruption dans les Gaules ; ils s'y paroissent être tixés pendant le règne d'Honorius vers l'an 420 , et on leur donne pour conducteur le roi Pliaramond. Comprenons toujours bien que ce nom de roi ne signifie que chef mïVitHire {coning) de différents degrés : sur-roi , sous-roi , demi-roi : ober, under ^ half-koning (Thierry).

Il n'est pas du tout sûr qu'il ait existé un Pharamond , et que ce Pharamond fût le père de Khlodion ; mais il est certain que Khlodion , ou plutôt Khlogion le Chevelu , étoit roi des Franks occidentaux en 427, et qu'il s'empara de Tournay et de Cambrai en 445. Aëtius le chassa

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de ses conquêtes en deçà du Rhin. Khlodion mourut en 447 ou 448.

Les uns lui donnent deux fils , les autres trois , parmi lesquels se trouveroit Auberon dont on feroit descendre Ansbert , tige de la famille de la seconde race.

On ignore quel fut le père de Mérovée ou Mérovigh, successeur de Khlodion : étoit-il son fils? avoit-il un frère aîné lequel implora le secours d'Attila , tandis que Mérovigh se jeta sous la protection des Romains? Il est prouvé que Mérovigh n'étoit pas ce beau jeune Frank qui portoit une longue chevelure blonde, qu'Aëtius adopta pour fils et que Priscus avoit vu à Rome. Les savants ont fort disserté sur tout cela , sans réfléchir que la royauté, ou plutôt la cheftainerie étant élective chez les Franks , il n'y avoit rien de plus naturel que de trouver des chefs successifs qui n'étoient pas fds les uns des autres. Roricon dit qu'après la mort de Khlodion , Mérovigh fut élu roi des Franks. Frédégher raconte que lu femme de Khlodion , se baignant un jour dans la mer, fut surprise par un monstre dont elle eut Mérovigh : fable mêlée de mythologie grecque et Scandinave.

« Selon un certain poëte , appelé Virgile , dit » le même auteur, Priam fut le j)remier roi des M Franks, et Friga fut le successeur de Priam.

» Troie étant prise, les Franks se séparèrent en )) deux bandes; l'une, commandée par le roi » Francio, s'avança en Europe, et s'établit sur les » bords du Rhin. » L'auteur des Gestes des rois franks , Paul Diacre, Roricon , Amoin, Sighebert de Gliemblours, font le même récit. Annius de Viterbe, enchérissant sur ces chroniques, compose une généalogie des rois gaulois et des rois franks; il donne vingt-deux rois aux Gaulois avant la guerre de Troie. Sous Rémus, le dernier de ces rois, arriva la prise de Troie; et Francus , fils d'Hector, vint épouser dans les Gaules la fille de Rémus. On veut que les Franks qui combattit eut dans l'armée romaine , aux champs catalauniques, fussent commandés par Mérovigh.

Mérovigh eut pour successeur, l'an 456, Khildérik F'. , son fils. Khildérik , enlevé encore enfant par un parti de l'armée des Huns, fut délivré par un Frank nommé Viomade. Khildérik était un chef dissolu que les Franks chassèrent. H se retira en Tburinge, auprès d'un roi nommé Bisingb. Les Franks se donnèrent pour chef Egidius, commandant les armées romaines. Au bout de huit ans Khildérik fut rappelé; Viomade lui renvoya la moitié d'une pièce d'or qu'ils avaient rompue, et qui devait être le signe d'une réconciliation avec son pays. Le

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vrai de tout cela , c'est que Khildérik étoit allé à Constantinople, d'où l'empereur le dépêcha en Gaule pour contre-balancer l'autorité suspecte d'Egidius. j "

Bazine, femme du roi de Thuringe, accourut auprès de son hôte Khildérik , et lui dit: «Je viens » habiter avec toi; si je savois qu'il y eût outre- 5) mer quelqu'un qui me fût plus utile que toi, )) je l'eusse été chercher pour dormir avec lui. » Khildérik se réjouit, et la prit à femme. La première nuit de leur mariage, Bazine dit à Khildérik : k Abstenons - nous; lève-toi, et ce )) que tu verras dans la cour du logis, tu le vien- )) dras dire h ta servante, » KhilJérick se leva, et vit passer des bêtes qui ressembloient à des lions, à des licornes et à des léopards. Il revint vers sa femme , et lui dit ce qu'il avoit vu , et sa femme lui dit : « Maître, va derechef, et ce » que tu verrras, tu le raconteras à ta servante. » Khildérik sortit de nouveau, et vit passer des bêtes semblables h des ours et à des loups. Ayant raconté cela h sa femme , elle le fit sortir une troisième fois, et il vit des bêtes d'une race inférieure. Là-dessus Bazine explique à Khildérik toute sa postérité , et elle engendra un fils nommé Khlovigh : celui-ci fut grand , guerrier illustre, et semblable à un lion parmi les rois. Voici déjà poindre l'imagination du

moyen âge; elle se retrouve dans l'histoire du mariage de Khlothilde, ou Khrotechilde , fille de Khilpérik et nièce de Gondebald , roi de Bourgogne.

Le Gaulois Aurélien déguisé en mendiant, portant sur son dos une besace au bout d'un bâton, est chargé du message : il devoit remettre à Khlothilde un anneau que lui envoyoit Khlovigh, afin qu'elle eût foi dans les paroles du messager. Aurélien , arrivé à la porte de la ville ( Genève), y trouva Khlothilde assise avec sa sœur Sœdehleuba : les deux sœurs exerçoient l'hospitalité envers les voyageurs, car elles étoient chrétiennes. Khlothilde s'empresse de laver les pieds d'Aurélien. Celui-ci se penche vers elle, et lui dît tout bas : « Maîtresse, j'ai une grande nou- » velle à t'annoncer , si tu me veux conduire » dans un lieu où je te puisse parler en se- » cret. )> — « Parle , » lui répond Khlothilde. Aurélien dit : «Khlovigh, roi des Franks, m'en- )) voie vers toi ; si c'est la volonté de Dieu , il » désire vivement t'épouser, et, pour que tu » me croyes, voilà son anneau. » Khlothilde l'accepte , et une grande joie reluit sur son visage; elle dit au voyageur : «Prends ces cent )) sous d'or pour récompense de ta peine, avec )) mon anneau. Retourne vers ton maître; dis-lui « que s'il me veut épouser , il envoie prompte-

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» ment des ambassadeurs à mon oncle Gonde- » bald. )) C'est une scène de l'Odyssée. ' Aurélien part; il s'endort sur le chemin; un mendiant lui vole sa besace, dans laquelle étoit l'anneau de Khlotliilde ; le mendiant est pris, battu de verges , et l'anneau retrouvé. Klilovigh dépêche des ambassadeurs h Gondebald qui n'ose refuser Khlotliilde. Les ambassadeurs présentent un sou et un denier, selon l'usage, fiancent Khlotliilde au nom de Khlov gh , et l'emmènent dans une basterne. Khlothilde trouve qu'on ne va pas assez vite; elle craint d'être poursuivie par Aridius, son ennemi, qui peut faire changer Gondebald de résolution. Elle saute sui" un cheval , et la troupe franchit les collines et les vallées.

Aridius sur ces entrefaites, étant revenu de Marseille à Genève , remontre à Gondebald qu'il a égorgé son frère Kliilpérik , père de Khlothilde; qu'il a fait attacher une pierre au cou de la mère de sa nièce et l'a précipitée dans un puits; qu'il a fait jeter dans le même puits les têtes des deux frères de Khlothilde; que Khlothilde -ne manquera pas d'accourir se venger, secondée de toute la puissance des Franks. Gondebald efïrayé envoie à la poursuite de Khlothilde; mais celle-ci prévoyant ce qui devoit arriver, avoit ordonné d'incendier et de ravager douze lieues de pays derrière elle. Khlothilde

sauvée s'écrie : « Je te rends grâce, Dieu tout- » puissant , de voir le commencement de la ven- » geance que je devois à mes parents et à mes M frères ^ ! » Véritables mœurs barbares , qui n'excluent pas la mansuétude des mœurs chrétiennes mêlées dans Klilothilde aux passions de sa nature sauvage.

Avant son mariage, Khlovigh, âgé de vingt ans, avolt attaqué la Gaule. Les monuments historiques prouvent que son invasion fut favorisée , surtout dans le midi de la France , par les évêques catholiques , en haine des Visigoths ariens. Khlovigh battit les Romains à Soissons, et les Allemands à Tolbiak. Il se fit ensuite chrétien : Saint Rémi lui conféra le baptême le jour de Noël, l'an 496.

Les Bourguignons et les Visigoths subirent tour à lour les armes de Khlovigh. Les Armoriques (la Bretagne), depuis long-temps soustraites à l'autorité des Romains , consentirent à reconnoître celle du fils de Mérovigh. Anastase , empereur d'Orient , envoya à Khlovigh le titre et les insignes de patrice, de consul et d'auguste.

Ce fut à peu près à cette époque que Khlovigh vint à Paris : Khildérik , son père , avoit

^ Hist. Franc. , epit.

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occupé cette ville quand il péiiétrti dans les Gaules.

Khlovigli tua ou lit tuer tous ses parents , petits rois de Cologne, de Saint -Orner, de Cambrai et du Mans.

Le premier concile de l'église gallicane se tint sous Khlovigli à Orléans, l'an 511. On y trouve les principes du droit de régale, droit qui faisoit rentrer au lise les revenus d'un bénéfice laissé sans inaître pendant la vacance du bénéfice. Khloviglî ne comprit sans doute ce droit que comme un impôt que les prêtres lui accordoient sur leurs biens : quelques legs testamentaires du chef des Franks , me font présumer qu'il ne parloit pas latin. Il suffit de mentionner ce droit de régale, pour entrevoir les abîmes qui nous séparient du passé : étrangers à notre propre histoire, ne nous semble-t-il pas qu'il s'agisse de quelque coutume de la Perse ou des Indes? On fixe à cette même année 511 la rédaction de la loi salique , la mort de sainte Genovefe (Geneviève) et celle de Khlovigh. La bergère gauloise et le roi frank lurent inhumés dans l'église de Saint- Pierre et de Saint-Paul , qui prit dans la suite le nom de la patronne de Paris ; on céîébroit encore au commencement de la révolution une messe pour le repos de î'àme du Sicambre, dans l'église même où il avoit été enterré.

La vérité religieuse a une vie que la vérité philosophique et la vérité politique n'ont pas : combien de fois les générations s'étoient-elles renouvelées , combien de fois la société avoitelle changé de mœurs, d'opinions et de lois, dans l'espace de 1 280 ans l Qui s'étoit souvenu de Khlovigh à travers tant de ruines et de siècles ? un prêtre sur un tombeau.

Khlovigh laissa quatre fils : Thierry, fils d'une concubine; Khlodomir, Khildebert, Khlother, fils de Khiothilde. Le rojaiime fut partagé selon la loi salique comme un bien de famiîie; on en fit quatre lots qui furent tirés au sort : il n'y avoit point de droit dainesse ; nous avons vu que les lois des Barbares favorisoient le cadet. La France s'étendoit alors du Rhin aux Pyrénées et de l'Océan aux Alpes; elle possédoit de plus la terre natale des Franks, au-delà du Rhin, jusqu'à la Westphalie ; mais ces limites changeoieiit à tout moment. Une section géographique plus fixe avoit lieu ; le royaume de ce côté -ci de la Loire se divisoit en oriental et occidental, Oster-Rike et Neoster-Rike : l'Austrasie comprenoit le pays entre le Rhin , la Meuse et la Moselle; la Neustrie embrassoit le territoire entre la Meuse, la Loire et l'Océan. Au delà de la Saône et de la Loire étoit la Gaule conquise sur les Burgondes ou Bourguignons et les

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Visigoths. Les chroniqueurs et les hagiographes disent souvent la jpra/zce et]sLGaule, distinguant l'une de l'autre.

Les quatre rois, pour succéder à la couronne , obtinrent le consentement des Franks. Les quatre royaumes étoient fédératits sous une môme loi politique ; il y avoit une assemblée commune qui délibéroit sur les aiiaires communes aux quatre états.

Les lils de Khlovigli eurent à soutenir la guerre contre Tlîéodoric roi d'Italie, contre Amalaric, roi desVisigotlis d'Espagne, contre Balric ,roi de Thuringe, contre Sigîiismond et Gondemar, rois de Bourgogne. La Bourgogne fut subjuguée et réunie à la France : ce royaume des Burgondes avoit subsisté cent vingt ans. Khlodomir, roi d'Orléans , fut tué à la bataille de Veseronce près de Vienne.

11 laissa trois fds : Théodebert, Gonther et Klilodoald, élevés par Kblothilde veuve de Klilovigh. Kliildebert et Klilotlier, pour s'emparer de ces jeunes enfants, députent Arcade à Khlotilde : c'étoit un sénateur de la ville de Clermont, homme choisi parmi ces vaincus qui ne refusent aucune condition de l'esclave, et qu'on attaciie au crime comme à la glèbe. Il portoit à Khlotilde des ciseaux et une épée nue, et il lui dit : « 0 glorieuse » reine , tes fils, nos seigneurs , désirent connoitre

M ta volonté concernant tes petits-enfants : or- » domies-tu qu'on leur coupe les cheveux, ou qu'on )) les égorge? » A ce message Khlotliilde saisie de terreur, regardant tour à tour l'épée nue et les ciseaux , répondit : « si mes petits-enfants ne » doivent pas régner, je les aime mieux voir morts » que tondus. » Arcade ne laissant pas à l'aïeule le temps de s'expliquer plus clairement, revient trouver les deux rois et leur dit : «accomplissez votre dessein ; la reine étant favorable se veut bien rendre à votre conseil. » Paroles ambiguës qu'on pouvoit expliquer dans un sens divers, selon l'événement. Khlother saisit le plus âgé des enfants , le jette contre terre et lui enfonce son couteau sous l'aisselle. A ses cris son frère se prosterne aux pieds de Khildebert , embrasse ses genoux et lui dit tout en larmes : « Secoure-moi , » mon très-cher père , afin qu'il ne soit pas fait » à moi comme à mon frère. » Alors Khildebert se prit à pleurer et dit : « Je t'en prie , mon très- » doux frère, que ta générosité m'accorde la vie » de celui-ci. Ce que tu me demanderas, jeté l'ac- » corderai pourvu qu'il ne meure point. » Khlother obstiné au meurtre dit: « Rejette l'enl'ant loin » de toi , ou meurs pour lui : tu as été l'instiga- » teur de la chose et maintenant tu me veux faus- » ser la foi ! w Khildebert entendant ceci repoussa l'enfant , et Khlother lui perça le côté avec son

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