‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 16 sur 80 · TOME m · texte numérisé non relu

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couteau, comme il avoit fait k son frère; ensuite Khlother et KhildeLert tuèrent les nourriciers, et les enfants compacçnons de leurs neveux : l'un ctoit âgé de dix ans l'autre de sept. Khlodoald, le troisième fils de Khlodomir, fut sauvé par le secours d'hommes puissants ^ Khlodoald, devenu grand, abandonna le royaume de la terre, passa k Dieu , coupa ses cheveux et, persistant dans les bonnes œuvres, sortit prêtre de cette vie (7 septembre 560). Il bâtit un monastère au bourg de Noventium qui changea son nom pour prendre celui du petit-fils de Khlovigh. Et Saint-Cloud vient de voir partir pour un dernier exil le dernier successeur du premier de nos rois !

Dans ces crimes de Khlother et de Khildebert distinguez ce qui appartient à la civilisation de ce qui tient à la barbarie. Le massacre par les propres mains de Khlother est du sauvage ; le désir d'envahir un trône et d'accroître un état , est de l'homme civilisé. Tous les frères de Khlotherétant morts, il hérite d'eux : il livre bataille à son fils Khramn qui s'étoit déjà révolté; il le défait et le brûle avec toute sa famille dans une chaumière. Khlother meurt à Compiègne (562).

Ses quatre fils partagèrent de nouveau ses

"* A'iios fortes qui postea miIco liarones

appellati sunt.

états, toujours avec l'assentiment des Franks; mais les quatre royaumes n'eurent pas les mêmes limites.

Sighebert épousa Bruneliilde , fille puînée d'Athanaghikîe , roi des Visigotlis : elle étoit arienne et se fit catholique. Kliilpéric I". eut pour maîtresse Frédégonde , qu'il épousa lorsque Galswinte, sa femme, sœur aînée de Bruneliilde , fut morte.

Les démêlés et les fureurs de ces deux belles femmes amènent des guerres civiles , des empoisonnements, des meurtres, et occupent les règnes confus de Karibert , de Contran , de Sighebert I". , de Khilpéric P'. , de Khildebert II , de Khlotlierll, de Thierry I"'. , de Théodebert II. Khlotlier II se trouve enfin seul maître du royaume des Franks en 61 3.

Les Lombards s étoient établis en Italie (563) seize ans après l'extinction du royaume des Ostrogoths. L'exarchat de Ravenne avoit commencé sous le patrice Longin , envoyé de l'empereur Justin. Les maires du palais firent sentir leur autorité croissante dans l'Austrasie et la Bourgogne.

Les Gascons ou Wascons, vers l'an 593, descendirent des Pyrénées et s'établirent dans la Novempopulanie à laquelle ils donnèrent leur nom; ils s'étendirent peu i\ peu jusqu'à la Ga-

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ronne. Il y eut gueire avec ces peuples : Théodebert II, après les avoir défaits , leur donna pour chei' Genialis, qui l'ut le premier duc de Gascogne.

Il ne faut croire ni tout le bien que Fortunat, Grégoire de Tours et Saint-Grégoire, pape , ont dit de Brunehilde , ni tout le mal qu'en ont raconté Frédégaire, Aimoin et Adon , qui d'ailleurs n'étoient pas contemporains de celte princesse : c'étoit à tout prendre une femme de génie , et dont les monuments sont restés. Si elle fut mise à la torture pendant trois jours, promenée sur un chameau au milieu d'un camp , attachée à la queue d'un cheval , déchirée et mise en pièces par la course de cet animal fougueux , ce ne fut pas pour la punir de ses adultères , puisqu'elle avoit près de quatre-vingts ans. Si elle avoit fait mourir dix rois (ce qui est prouvé faux), il eût été plus juste de lui faire un crime des princes qu'elle avoit mis au monde, que de ceux dont elle avoit délivié la France.

Khlother décéda l'an 628. 11 eut deux lils : Dagobert et Karibert. Karibert mourut vite, et Dagobert donna du poison à Khildérich , fils aîné de Karibert. Un autre iils de ce prince, Bogghis, se contenta de l'Aquitaine à titre de duché héréditaire.

Le roi Dagobert menoit toujours avec lui

grande tourbe de concubines, c est-à-dire de meschines qui pas n'étoient ses épouses , sans autres quil avoit autre part qui avoient et nom et à ornement de rojnes (Aier des Hist. et ehron. ). Grégoire de Tours cite trois reines : Nanthilde, Vidfguiide et Berthilde; il se dispense de nommer les concubines , parce qu'elles sont, dit-il, en trop grand nombre. Les trésors de Dagobert et de saint Eloi sont demeurés fameux. En chasses le roi se déportoit a coustumcment ( Mer des Hist. ). 11 y a une belle et poétique histoire d'un cerf qui se réfugia dans une petite chapelle bâtie à Catulliac par sainte Gerîeovefe , sur les corps de saint Denis et de ses compagnons. Ce fut Va que Dagobert jeta les fondements de ce Capitole des François où se conservoient leurs chroniques avec les cendres royales, comme les pièces à l'appui des faits. Buonaparte fit reconstruire les souterrains dévastés, et leur promit sa poussière en indemnité des vieilles gloires spoliées :il a déçu sa tombe. Louis XVIIÏ occupe h peine un coin obscur des caveaux vides , avec les restes plus ou moins retrouvés de Marie- Antoinette, de Louis XVI, et quelques ossements rapportés de l'exil. Puis, s'est venu cacher auprès de son père le dernier des Condé, devant le cercueil duquel Bossuet fût demeuré muet. Enfin le duc de Berry attend inutilement son

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père, son frère et son fils dans ces sépulcres d'espérance. Que sert-il de préparer d'avance un asile au néant, quand l'homme est chose si vaine qu'il n'est pas même sûr de naître?

Les deux fils de Dagobert , Sighebert II ou III , roi d'Austrasie, Khlovigh II , roi de Bourgogne et de Neustrie , gouvernèrent l'empire des Franks. Peppin le Vieux avoit été maire du palais sous Dagobert ; il continua de l'être sous Sighebert.

Suit l'histoire confuse de Dagobert II et III, de Khlother III , de Khildéric II , de Thierry III. La puissance royale avoit passé aux maires du palais après les sanglants démêlés de Grimoald, d'Arkembald, de l'évêque Léger, et dEbroin.

Ebroïn est assassiné ; plusieurs maires du palais sont élus : Berther est le dernier. Peppin de Héristal , duc d'Auslrasie, petit-fîls de Peppin le Vieux , père de Karle le Martel, aïeul de Peppin le Bref, et trisaïeul de Charlemagne, fait la guerre à Thierry, auquel il donnoit toujours le nom de roi. Thierry est battu, et Peppin au lieu de le détrôner, règne à côté de lui sous le nom de maire du palais. Peppin fait rentrer dans l'obéissance les peuples qui s'étoient soustraits à l'autorité des Franks.

A Thierry III commence la série des rois surnommés fainéants. L'àpre sève de la première race s'affadit prompiement, et les fils de

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Khlovigh tombèrent vite du pavois dans un fourj^on traîné par des bœufs.

Peppin continua de régner sous Khlovigh III , Khildebert III, fils de Thierry, et sous une partie du règne de Dagobert III , fils de Khildebert III ( de 692 à 714 ). Peppin meurt et paroît avant de mourir, ou méconnoître les grandes qualités de son fils Karle ( Martel ) , ou n'oser Je faire élire à sa place , parce que Karle n étoit que le fils d'une concubine, Alpaïde : il lui substitua son petit-fils Theudoalde. Un enfant devint maire du palais sous la tutelle de Plectrude, son aïeule , comme s'il eût été un roi héréditaire. Karle, qui ne portoit pas encore son surnom,. est emprisonné au désir de Plectrude. Les Francs se soulèvent : Theudoalde fuit ; Karle se sauve de sa prison ; les Austrasiens le reconnoissent pour leur duc.

Les Sarrazius appelés par le comte Julien, chassoient alors les Visigoths et envahissoient l'Espagne. Les peuples du Nord se ruoient sur la France.

Dagobert meurt , et laisse un fils nommé Thierry, mais les Franks choisirent Daniel, fils de Khijpéric U, qui régna sous le uorn de Khilpéric II.

Il combattit Karle, duc d'Austrasie, qui le vainquit. Celui-ci fit nommer roi Khlother IV.

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Ce Khiother mourut tôt, etKhilpéric II, retiré en Aquitaine, fut lappelé par Karle qui se contenta d'être son maire du palais.

Thierry IV, dit de Chelles, fils deDaqobertllI, succède à Khilpéric Jî ( 720 ). C'est sous ce règne que Karle le Martel déploya ces talents de victoire qui lui valurent son surnom. Les Sarrazins avoicnt déjà traversé l'Espagne , passé les Pyrénées, et inondé la France jusqu'à la Loire. Karle le Martel les écrasa entre Tours et Poitiers , et leur tua plus de trois cent mille hommes (732). C'est un des plus grands événements de l'histoire: les Sarrazins victorieux, le monde étoit mahométan. Karle abattit encore les Frisons, les fit catholiques, bon gré, malgré, et réunit leur pays à la France.

Karle vainquit Eudes, duc d'Aquitaine, et lorca Herald , fils d'Eudes , à lui faire hommage des domaines de son père.

Thierry étant décédé , Karle régna seul sur toute la France comme duc des Franks, depuis 737 jusqu'à 742. Il contint les Saxons soulevés de nouveau , chassa les Sarrazins de la Provence. Grégoire III lui proposa de se soustraire, lui pape, à la domination de l'empereur Léon, et de le proclamer, lui Karle, consul de Rome : commencement de l'autorité temporelle des papes. ^ '

Karle meurt (741). Karloman et Peppin , ses fils, se partagent l'autorité royale. Peppin élu chef de la INeustrie, de la Bourgogne et de la Provence, proclame roi Khildéric III, fils de Khildéric 11, dans cette partie du ro3^aurae; Karloman reste gouverneur de l'Austrasie , puis se retire à Rome et embrasse la vie monastique.

Quand le voyageur français regarde le Soracte f» l'horizon de la campagne romaine, se souvientil qu'un Frank , fils de Karle le Martel , frère de Peppin le Bref et oncle de Gharlemagne, habitoit une cellule au haut de cette montagne?

Khildéric III est détrôné, tondu et enfermé dans le monastère de Sithin ( Saint-Bertin ). Il mourut en 754. Son fils Thierry passa sa vie à l'ombre des cloîtres dans le couvent de Fontenelîe, en Normandie. Les Mérovingiens avoient régné deux cent soixante-dix ans.

Si les Etudes qui précèdent sont fondées sur des faits incontestables , le lecteur ne s'est point trouvé en un pays nouveau dans le royaume des Franks ; c'est toujours \ empire barbare romain , tel qu'il existoit plus d'un siècle avant l'invasion de Khlovigli. Seulement le peuple vainqueur qui s'est substitué à la souveraineté des Césars, parle sa langue maternelle, et se distingue par quelques coutumes de ses forêts; le fond de la société est demeuré le même.

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Au lieu de généraux romains, on voit des chefs germaniques qui se font gloire de jeter sur leur casaque étroite et bigarrée , la pourpre consulaire qu'on leur envoie de Constantinople, mais à laquelle ils n'étoient pas étrangers. Tout étoit romain , religion , lois , administration : les Gaules, et surtout le Lyonnois, TAuvergne, la Provence, le Languedoc, la Guyenne , étoient couverts de temples, d'amphithéâtres, d'aquéducs, d'arcs de triomphe, et de villes ornées de Capi tôles; les voies militaires existoient partout; Brunehilde les fit réparer. 11 est vrai que les rois de la première race et les maires du palais les plus fameux , entre autres Karle le Martel , saccagèrent des cités qu'avoient épargnées les précédents Barbares. Avignon fut détruit de fond en comble; Agde et Beziers éprouvèrent le même sort. C'est encore Karle le Martel qui renversa Nîmes (738); il y ensevelit ces ruines que nous essayons d'exhumer.

La nature des propriétés ne changea pas davantage sous la domination des Franks; l'esclavage étoit de droit commun chez les Barbares comme chez les Romains, bien quil fût plus doux chez les premiers. Ainsi la servitude que l'on remarque en Gaule devenue franke, n'étoit point le résultat de la conquête; c'étoit tout simplement ce qui existoit parmi le peuple

vainqueur et parmi le peuple vaincu , l'ejOfet de ces lois grossières nées de la rude liberté germanique, et de ces lois élaborées, écloses du despotisme raffiné de la civilisation romaine. liCS Gaulois, que la conquête franke trouva libres, restèrent libres; ceux qui ne l'étoient pas portèrent le joug auquel les condamnoitleCode romain, les lois saîique, ripuaire, saxonne , gombelte et visigotlie. La propriété moyenne continuoit à se perdre dans la grande propriété, par les raisons qu'en donne Salvien : De Gub. (Voyez V Etude cinquième , troisième partie.)

Quant à l'état des personnes , le tarif des compositions annonce bien la dégradation morale de ces personnes , mais ne prouve pas le changement de leur état. Les noms seuls suffisent pour indiquer la position des hommes : presque tous les noms des évéques , et des chefs des emplois civils, sont latins de ce côté-ci de la Loire , dans les premiers siècles de la monarchie, et presque tous les noms de l'armée sont Franks; mais en Provence, en Auvergne, et de l'autre côté de la Loire jusqu'aux Pyrénées, presque tous les noms sont d'origine latine ou gothique dans l'armée , l'Eglise et l'administration. Lorsque les chefs fianks commencèrent à entrer eux-mêmes dans le clergé et que le soldat devint moine, l'évêque et le moine se firent à

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leur tour soldats. On voit , dès la première race, l'évêque d'Auxerre, llaincmar, combattre avec Karles le Martel contre les Sarrasins, et contribuer puissamment à la victoire. (Hist. épis. Autis. )

Les sciences et les lettres furent à cette époque dans les Gaules, ce qu'elles étoient dans le monde romain, selon le dei^ré d'instruction et le plus ou moins de tranquillité des diverses provinces de l'empire. Fortunat, Fredéglier, Gréi^oire de Tours, MarcuUe, saint Rémi, une foule d'ecclésiastiques et quelques laïques lettrés écrivoient alors.

' Sous le rapport politique , nous voj^ons le dernieV des Mérovingiens tondu et renfermé dans un cloître : ce n'est point encore là une nouveauté; l'usage remontoit plus haut; on rasoit les derniers empereurs d'Occident pour en faire des prêtres et des évêques.

Mais il ne me semble pas certain que Khilpéric devînt moine, bien qu'on lui coupât les cheveux et qu'on le confinât dans un monastère. Couper les cheveux à un Mérovingien, c'étoit tout simplement le déposer et le reléguer dans la classe populaire. On dépouilloit un roi fiank de sa chevelure comme un empereur de son diadème : les Germains dans leur simplicité, avoient attaché le signe de la puissance à la couronne naturelle de l'homme.

11 arriva que l'inégalité des rangs se glissa par cette coutume dans la nation ; pour que les chefs fussent distingués des soldats , il fallut bien que ceux-ci se coupassent les cheveux; le simple Frank porloit les cheveux courts par derrière et longs par devant (Sidoine). Khlovigh et ses premiers compagnons , en revenant de la conquête du royaume des Visigotlis , offrirent quelques cheveux de leur tête à des évêques : ces Samson leur laissoient ce gage comme un signe de force et de protection. Un pêcheur trouva le corps d'un jeune homme dans la Marne; il le reconnut pour être le corps de Khlovigh II , à la longue chevelure dont la tête étoit ornée, et dont l'eau n'avoit pas encore déroulé les tresses ( Greg. Tur. , lib. 8 ). Les Bourguignons , à la bataille deVéseronce, reconnurent au même signe qu'un chef frank , Khlodomir , avoit été tué. « Ces » chefs , dit Agathias , portent une chevelure » longue ; ils la partagent sur le front et la lais- » sent tomber sur leurs épaules; ils la font » friser; ils l'entretiennent avec de l'huile ; elle M n'est point sale, comme celle de quelques » peuples , ni tressée en petites nattes comme » celle des Goths. Les simples Franks ont les » cheveux coupés en rond , et il ne leur est pas » permis de les laisser croître. »

On prêtoit serment sur ses cheveux.

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A douze ans ou coupoit pour la première fois la clievelure aux eufants de la classe commune; cela donnoit lieu à une fête de famille appelée capitoldtoria.

Les clercs étoient tondus comme serfs de Dieu : la tonsure a la même origine.

On condamnoit les conspirateurs à s'inciser mutuellement les cheveux.

Les \isigoths paroissent avoir attaché aux cheveux la même puissance que les Franks : un canon du concile de Tolède, de l'an 628, déclare qu'on ne pourra prendre à roi celui qui se sera fait couper les cheveux.

Quand les cheveux repoussoient le pouvoir revenoit. Thierry III recouvra la dignité royale qu'il avoit perdue en perdant ses cheveux {Quam nuper tonsoratiir amiserat,recepit dignitatern). Khlovigh avoit fait couper les cheveux au roi Khararik et à son fds, Khararik pleuroit de sa honte, son fils lui dit : « Les feuilles tondues M sur le bois vert ne se sont pas séchées; elles » renaissent promptement. ') {In viridi ligno hœ frondes succisœ siint , nec omninb arescuiit; sed velociter émergent. )

La couronne même de Charlemagne, n'usurpa point sur la chevelure du Frank l'autorité souveraine : Lother se vouloit saisir de Karle , son frère , pour le tondre et le rendre incapable de

la royauté ; la nature avoit devancé l'inimitié fraternelle, et la tête de Karle le Chauve oftroit l'image de son impuissance à porter le sceptre.

Mais vers la fin du sixième siècle, il y avoit déjà des Gaulois- Romains qui laissoient croître leur barLe et leurs cheveux : les Francks toléroient cette imitation, pour cacher peut-être leur petit nombre. « Grégoire de Tours remarque que le » bienheureux Léobard n'étoit pas de ceux qui » cherchent à plaire aux Barbares en laissant flot- » ter épars les anneaux de leurs cheveux. » (Dimissis capilloriun Jlagellis Barharum plnudebat. De vit. Patrum. ) Le précepteur de Dagobert, Saudreghesil , avoit une longue barbe, puisque Dagobert la lui coupa. Enfin, dans le douzième siècle, les rois abrogèrent la loi qui défendoit aux serfs de porter les cheveux longs : cette abrogation fut obtenue à la sollicitation de Pierre Lombard , évêque de Paris , et de plusieurs autres prélats. Les ecclésiastiques en envoyant leurs serfs à la guerre, et les donnant pour champions, exigèrent qu'ils eussent 1 extérieur des ingénus contre lesquels ils combattoient. Voilà comment la longue chevelure a miarqué parmi nous une grande époque historique , comment elle a servi à signaler le passage de l'esclavage à la liberté, et la transformation du Frank en François. Il faut toutefois remarquer qu'il y avoit des Gaulois

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appelés Capillati , Crinosi , une Gaule chevelue, Gallia comataj que les Bretons portoient les cheveux longs comme les Franks ( Fredegher ) ; que dans les vies de plusieurs saints Gaulois, on voit ces saints arranger leurs chevelure. Est-il probable que les Franks, en se fixant au milieu de leurs conquêtes, aient lorcé tous les peuples qui reconnoissaient leur domination , à quitter leurs usages? C'est donc particulièrement de la nation victorieuse qu'il faut entendre tout ce qui est dit concernant les cheveux dans notre histoire.

Je ne m'arrêterai point à 1 examen de cette seconde invasion des Francks , qu'on place à Tavénement des maires de la race karlovingienne, laquelle invasion auroit donné la couronne à cette race. Qu'il y eut des guerres civiles continuelles entre les Franks de TAustryisie et les Franks de la Neustrie , rien n'est pi us vrai ; que ces guerres conférèrent la puissance à ceux qui avoient le génie , et qu'elles mirent lesKarlovingiens à la place des Mérovingiens, rien n'est encore plus exact; mais dans tout cela, il le faut dire, il n'y a pas trace d'invasion nouvelle. En attendant des preuves qui jusqu'ici ne se trouvent point , je ne puis penser comme des hommes habiles dont je me plais d'ailleurs à reconnoître tout le mérite ^

^ J^oyez la Préface.

îl y eut, sous la première race et jusque sous la seconde, dans les familles souveraines barbares un désordre qui n'exista point dans les familles souveraines romaines : les princes franks avoient plusieurs femmes et plusieurs concubines, et les partages avoient lieu entre les enfants de ces femmes sans distinction de droit d'aînesse, sans égard à la bâtardise et à la légitimité.

En résumé, la société , dans sa décomposition et sa recomposition lente et graduelle , fut presque immobile sous les Mérovingiens : une transformation sensible ne se manifesta que vers la fin de la seconde race. Il n'y a donc rien d'important à examiner dans les cinq cents premières années de la monarchie , si ce n'est la marche ascendante de l'Eglise vers le plus haut point de sa domination. Les bas siècles furent tout entiers le règne et l'ouvrage de l'Eglise : je montrerai bientôt sa position, quand nous serons arrivés à l'entrée même de cette autre espèce de barbarie, qu'on appelle le moyen âge; barbarie d'où sont sorties, par la fusion complète des peuples païen , chrétien et barbare , les nations modernes.

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