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blissenifint de l'égalité et de la communauté naturelles. Ils prioient nus, comme une marque de liberté; ils avoient le jeûne en horreur; ils léstinoient, se baignoient, se parfumoient. Les propriétés et les femmes appartenoieni, à tous : quand ils recevoient des hôtes, le mari ofïroit sa compagne à l'étranger. Après le repas ils éteiguoient les lumières et se plongeoient aux débauches dont on calomnioit les premiers chrétiens; mais ils arrêtoient autant que possible la génération , parce que le corps étant infâme il n'étoit pas bon de le reproduire \
Motitan couroit le monde avec deux prophétesses, Prisca et Maximilia. Il se disoit le Saint- Esprit et le continuateur des prophètes. Les pratiques des Moutanistes étoient d'une rigueur excessive.
Paul de Samosate se créa une immense for-
^ Nudi tolo corpore prccantur, tanquam per hujusmodi operationem inveniant dicendi apud Deum libertatem ; corpora auteni sua tuin niuliebiia , tum ^iiilia noctu ac diu curant unguentis , balneis epulationibus , concubitibusque et ebrietatibus vacantes et detestantur jejunantem. Atque humana? carnis esuperacto... A^on ad senerandam sobolem coiruptio apud ipsos instituta est , sed voluptatis gratiâ, diabolo illudente talibus, et seductam errore Dei creaturam subsannante. ( Epipli. , episcoD. Constantin contra haereses , p. 71. Lutetiac Pari • sioruni ^ 1012. )
tune par le débit de ses erreurs. Dans les assemblées ecclésiastiques, il s'asseyoit sur un trône; eu parlant au peuple il se frappoit la cuisse de sa main , et Ton entonnoit des cantiques à sa louange.
Au milieu des Donatistes, en Afrique , se formèrent les Circoncellions , furieux qui pilloient les cabanes des paysans, apparoissoient au milieu des bourgades et des marchés, mettoient en liberté les esclaves et délivroient les prisonniers pour dettes. Ils assommoient les catholiques avec des bâtons qu'ils appeloient des israèlites , et commençoient leurs massacres en chantant ; louange à Dieu! Gomme certains disciples de Platon, saisis de la frénésie du suicide, ils se donnoient la mort ou se la faisoieut donner à prix d'argent. Hommes, femmes, enfants s'élançoient dans des précipices ou dans des bûchers ^
Plusieurs conciles, et entre autres celui de Nicée, prononcent des peines contre les eunuques volontaires. A l'imitation d'Origène, il s'étoit formé une secte entière de ces hommes dégradés; on les nommoit Vaiésiens : ils muti-
^ Altorum montiuûi cacuminibus viles animas projicientes , se praecipites dabat. ( Optati Afri Niievitani episcopi de schismate Donatistarum , lib. in, p. 59. Lutetiae Parisiorum , 1 700. )
ioicnt non-seulement leurs disciples, mais leurs hôtes '; ils gucttoient les étrangers sur les chemins pour les délivrer des périls de la volupté. Ils habitoient au ddà du Jourdain, à l'entrée de l'Arabie \
Les Gnostiques partageoient l'espèce humaine en trois classes: les hommes matériels ou hj'liques , les hommes animaux ou psychiquiques , les hommes spirituels ou pneumatiques. Les Gnostic|ues se sululivisoient eux-mêmes en une multitutle de sectes : celle des Ophites révéroit le serpent, comme ayant rendu le plus grand service à notre premier père, en lui apprenant à connoître l'arbre de la science du bien et du mal. Ils tenoient un serpent enfermé dans une cage; au jour présumé de la séduction d'Eve et d'Adam , on ouvroit la porte au reptile qui glissoit sur une table et s'entortilloit au gâteau qu'on lui présentoit: ce gâteau devenoit l'eucharistie des Ophites ^
' Aon solum proprios hoc modo peiflciunt , sed saepe etiam peregrinos accedentes, et adhuc apiid ipsos hospitio exceptos abi ipiunt enitn taies intus et vinculis alligatos pervim castrant. Ut non aniplius sint in voliiptatis periculo impulsi.
^- In Bacathis legione Philadelpliinà ultra Jordanem. (Epipli., episcop. Consi. ad versus haereses, 58, p. 407.)
^ Oriir. cont. Celse.
Des Gnostiques d'une autre sorte croy oient que toutétoit êtres sensibles, et ils se laissoient presque mourir de faim dans la crainte de blesser une créature de Dieu. Quand enfin ils étoient obligés de prendre un peu de nourriture, ils disoient au froment : « Ce n'est pas moi qui t'ai broyé ; ce » n'est pas moi qui t'ai pétri ; ce n'est pas moi M qui t'ai mis au four, qui t'ai fait cuire. » Ils prioient le pain de leur pardonnner et ils le mangeoient avec pitié et remords.
Les Priscilliens dont la doctrine étoit un mélange de celle des Manichéens et des Gnostiques , cassoient les mariages en haine de la génération, parce que la chair n'étoit pas l'ouvrage de Dieu, mais des mauvais anges ; ils s'assembloient la nuit, hommes et femmes, prioient nus comme les Carpocrasiens et se livroient à mille désordres toujours justifiés par la vileté du corps \ L'Espagne infestée de cette secte devint une école d'impudicité.
L'Eglise faisoit tête à toutes ces hérésies : sa lutte perpétuelle donne la raison de ces conciles, de ces synodes, de ces assemblées de tous noms et de toutes sortes que l'on remarque dès la naissance du christianisme. C'est une chose prodigieuse que l'infatigable activité de la communauté chrétienne : occupée à se défendre
^ Sulp. Jev. , lib. III ; Aug. hares. , 70.
contre les édits des empereurs et contre les supplices, elle étoit encore obligée de combattre ses enfants et ses ennemis domestiques. Il y alloit, il est vrai , de rc.cistence même de la foi : si lesîicré.sies n'avoient ('lé continuellement retranchées du sein de 1 Eglise par les canons, dénoncées et stygmatisées dans des écrits, les peuples n'auroient plus su de quelle religion ils étoient. Au milieu des sectes se propageant sans obstacles, se ramifiant à l'infini, le principe? chrétien se fût épuisé dans ses dérivations nombreuses, comme un fleuve se perd dans la multitude de ses canaux.
11 résulte de cet aperçu que les hérésies s imprégnèrent de l'esprit des siècles où elles se succédèrent. Leurs conséquences politiques furent énormes; elles affoiblirent et divisèrent le monde romain : les moines ariens ouvrirent la Grèce aux Goths, les Donatistes l'Afrique aux \ andales, et, pour se dérober à l'oppression des Ariens , les évêques catholiques livrèrent la Gaule aux Franks. Dans l'Orient le Kestoriani.-me refoulé sur la Perse, gagna les Indes, alla s'unir au culte du Lama , et constituer sous un Dieu étranger la hiérarchie et les ordres monastiques de lEglise chrétienne : il fit naître aussi l'espèce de puissance problématique et fantastique du prêtre Jean. D'un autre côté une foule de sectes variées, que
proscrivoit le fanatisme grec , se réfugièrent pêle-mêle en Arabie : de la confusion de leurs doctrines, professées ensemble dans lexil et travaillées par la verve orientale , sortit le mabométanisme , bérésie judaïque-cbrétienne, de qui la baine aveugle contre les adorateurs de la croix se compose des baines diverses de toutes les infidélités dont la religion du Coran s'est formée.
A voir les cboses de plus baut dans leurs rapports avec la gran(ie famille des nations, les bérésies ne furent que la vérité pbilosopbique, ou l'indépendance de l'esprit de l'bomme, refusant son adbésion à la cbose adoptée. Prises dans ce sens, les bérésies produisirent des effets salutaires : elles exercèrent la pensée, elles prévinrent la complète barbarie , en tenant l'intelligence éveillée dans les siècles les plus rudes et les plus ignorants; elles conservèrent un droit naturel et sacré, le droit de choisir. Toujours il y aura des bérésies, parce que l'bomme né libre fera toujours des cboix. Alors même que l'bérésie cboque la raison , elle constate une de nos plus nobles liicultés : celle de nous enquérir sans contrôle, et d'agir sans entraves.