TOME III
354 ANALYSE IIAISONNEE
de Nevers, à condition qu'il succc^deroit au comté de Flandre. L'Allemai-ne ctoit divisée entre les deux prétendants à l'empire, Frédéric d'Autriche et Louis de Bavière. L'Italie prenoit part k cette division dans les deux partis guelfes et gibelins : les Yisconti s'élevèrent dans ces troubles. Le pape publia contre eux une croisade comme autrefois contre les comtes de Toulouse.
Reparurent sous Philippe le Long ces bandes de paysans armés, qui, sous le nom de Pastoureaux, avoient déjà désolé la France pendant la captivité de saint Louis, et qui, sous prétexte d'aller délivrer la Terre-Sainte, ravagèrent leur propre pays et massacrèrent les juifs. Le mouvement qui pendant plusieurs siècles , avoit poussé les Germains vers le Midi et les Arabes vers le Nord, conserva son principe dans les races qui l'avoient opéré : l'humeur vagabonde et inquiète des Barbares continua de s'agiter, tant que la société demeura privée de ses droits; c'étoit l'indépendance naturelle de l'individu qui se montroit au défaut de la liberté politique de l'espèce.
Quelques ordonnances sur la justice font honneur à Philippe V : il est défendu aux juges de débiter nouvelles ou eshattements pendant les audiences, de recevoir paroles privées ^ 11 est
1 Ordon. des R., t. I, p. 673, 702, 729.
défendu de passer ou conseiller au roi aucune lettre contraire aux anciens règlements ^ Messire Dieu qui tient sous sa main tous les rois , ne les a établis en terre quajîn quils gouvernent ensuite dûment ^. On fixe au règne de Philippe V l'époque du droit qui rend le domaine de la couronne inaliénable ^ (1321) : les lois générales prenoient la place des lois privées. Le roi ne pouvoit plus acquérir ni vendre, comme les autres possesseurs des grands fiefs; il sortoit du pérage : mis à part de l'aristocratie et de la démocratie, il commençoit ce pouvoir inviolable que la liberté lui reconnoit aujourd'hui pour sa propre garantie et pour le maintien de l'ordre. Mais la nation renaissante, en même temps qu'elle élevoit la royauté à une hauteur inaccessible , régularisoit le mouvement de cette royauté, et il y avoit une loi supérieure à la volonté de la couronne , l'inaîiénabilité.
Philippe le Long s'occupa de l'administration; il régla la dépense de sa maison. Il faut prendre garde de confondre les idées par la ressemblance des mots : les anciens rois n'avoient point de liste civile; ils vivoient des revenus de leurs domaines; quand ils administroient leur maison,
1 Ordon. des R. , t. I , p. 672, 673.
2 Ordon. des R. , t. I, p. dm.
^ Ordon. des R., t. 1, p. 665.
ils admiiiistroient de fait les revenus de la couronne; l'impôt, qui avoit toujours une destination spéciale, étoit applicable aux lieux où il étoit levé, et ne tomboit dans les cofïres du roi que par abus. Toutes ces grandes charges aujourd'hui antiquailles de la royauté , qui n'ont plus de place dans la constitution de l'état, qui coûtent beaucoup et ne sont bonnes à rien , étoient dans l'origine des places administratives. Le maître de l'écurie du roi devint, sous Philippe V, premier écuver du corps; il se changea en grandécuyer sous Louis XL Philippe établit des capitaines généraux dans les grandes villes; le système d'élection prévaloit toujours, et ces capitaines étoient élus par le conseil des prud'hommes. Enfin Philippe avoit songé à établir l'égalité des poids et mesures, et une seule monnoie pour la France. Les siècles marchoient.
Philippe aimoit les lettres ; il s'entoura de poètes et de savants, ce qui n'est remarquable que par ses ordonnances dans lesquelles l'on sent un esprit quelque peu philosophique , étranger à cet âge. Toulouse devint métropole; seize évêchés nouveaux furent établis.
A peu près k cette époque Le Dante mourut en Italie , et le sire de Joinville en France ; celui-ci étoit plus que centenaire : représentant des temps de saint Louis parmi des hommes qui déjà ne lui
ressembloient plus , il devoit nous transmettre cette chronique pleine de charmes dont la langue n'est plus la nôtre ; nous lui devons le premier monument de notre littérature , comme Le Dante a glorifié sa patrie de cet ouvrage, à la fois portrait vivant et statue colossale du moyen âge.
CHARIiES IV.
De i32a à iSîS.
Philippe V mourutàLongchamp , le 3 janvier, âgé de vingt-huit ans , après en avoir régné six. Il laissa quatre filles: un fils qu'il avoit eu de Jeanne, héritière du comté de Bour^osrne, mourut en bas âge. Charles IV, dit le Bel , succéda à Philippe. L'archevêque de Reims, Robert de Courtenai, sacra les trois frères : Louis Hutin , Philippe le Long et Charles le Bel ^ : honneurs répétés dont il offre en sa personne le seul exemple, et qui prouvoient en même temps la vanité et la rapidité des honneurs de la terre.
Charles IV s'occupa vivement, dans les premiers moments de son règne, d'une croisade pour secourir les chrétiens de Chypre et d'Ar-
1 Baluzc, t li. p. 4.^(0.
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ménie ^ Ce ne fut qu'un projet coûteux. On fit la recherche des financiers, presque tous Lombards. Gérard Laguette , receveur général des revenus de la couronne ^, mourut dans les tortures de la question.
Des commissions royales allèrent dans les provinces châtier les juges prévaricateurs et les nobles qui s'emparoienl du bien d'autrui. Jourdain de Lille, seigneur de Cazaubon, étoit accusé de rapt, de vol et d'as-iassinat : cité à la cour du Roi, il assomma l'huissier qui vint lui signifier l'ordre, et osa comparoître devant ses juges, accompagné de la principale noblesse de sa province. Il n'en fut pas moins condamné à mort, traîné à la queue d'un cheval et pendu ^ Ce fait prouve l'usurpation de la couronne et la décadence du pouvoir féodal. Jourdain de Lille étoit un brigand, mais il étoit souverain dans sou château ; s'il, eût manqué de foi au roi , comme son homme-hge, il eût été punissable; il n'avoit commis que des crimes privés , et dans la loi du temps , ne tenant sa puissance que de Dieu, il n'éloit punissable que de Dieu.
^ Ruin., an. 1322, n°. 36 et suiv.
^ Abr. chron., t. II, p. 839.
^ Spicil., t. m, p. 80, 81 ; Hist des Lang. , t. IV, p. 191.
Mais la monarchie n'étoit plus la monarchie <l'Hugues Capet, et les masses roturières avoient gagné par l'intervention du trône ce que leurs oppresseurs aristocratiques avoient perdu.
Des contestations en Flandre pour la succession du comté, entre Louis II, petit-fils du vieux comte de Nevers, et Robert de Cassel , fils de ce même comte (de 1323 k 1325); une défaite des Navarrois par les Basques; une guerre en Guyenne occasionée pour la construction d'un château, entre le roi de France et le roi d'Angleterre, comme duc d'Aquitaine, remplissent les années 1323, 1324- et 1325. A Toulouse, s'établirent . des débats plus pacifiques : l'académie de la gaie société des sept torbadors donna naissance à celle des jeux floraux. Ce règne de six ans de Charles le Bel n'est remarquable que par la révolution qu'il amena en finissant , et par les idées qui se développèrent en Angleterre.
Edouard II avoit épousé Isabelle de France, sœur de Charles le Bel, et dont il eut Edouard III, je l'ai dit. Ed'ouard II étoit livré aux favoris. Ga veston, gentilhomme de Gascogne , lui avoit déjà été arraché par les seigneurs ; il prit un autre favori , Hugues Spenser , lequel , avec son père aussi nommé Hugues, devint le maître de l'état.
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Les barons s'assemblèrent ; les Spenser en firent décapiter vingt-deux, parmi lesquels se trouvoit Thomas de Lancastre, oncle du Roi. Après beaucoup d'événements et d'aventures, Edouard II , accusé au parlement d'avoir violé les lois du pays et de s'être livré à d'indignes ministres, lut , par arrêt de ce même parlement, déposé, condamné à garder une prison perpétuelle, la couronne passant immédiatement à Edouard III ^ L'arrêt lui fut lu en prison, en ces termes : Moi Guillaume Trussel, procureur du parlement et de toute la nation anglaise , je vous déclare dans leur nom. et de leur autorité , que je révoque et rétracte l hommage que je vous ai j ait; et dès ce moment je vous prive de la puissance rojale , et proteste que je ne vous obéirai plus comme à mon roi.
Voilà dès l'an 1327 (14 janvier) un roi jugé et déposé par ses sujets.
L'Angleterre devoit multiplier ces exemples. Le roi Jean avoit déjà concédé la grande Charte; les Communes étoient entrées au parlement comme dans nos Etats; en 1265, le parlement appelé Leicester avoit ofiert le premier modèle de la division du parlement en deux chambres ; événement qu'on ne remarqua point , mais dont
1 Thoyr., Hist. d'Ang., t. III, p. 132 ; Hum.
les conséquences dévoient être senties si loin et si fort. On fit dire au jeune Edouard III dans sa proclamation que son père s en est ousté des governement du roïalme de sa bone yolunté ^ , mais cesprincipes de souveraineté absolue, de succession , de non élection , étoient encore si peu reconnus , quoi qu'on en ait dit , que nous allons voir Edouard III disputer la couronne de France à Philippe de Valois, nonobstant la loi salique. Edouard II, renfermé au château de Bardai, fut assassiné au moyen d'un fer rouge qu'on lui enfonça dans le fondement à travers un tujau de corne.
Un vieux poëte anglois représente Edouard regardant des bergers dans la campagne à travers les fenêtres grillées de sa tour , et disant à peu près comme Lucrèce : « Heureux , ô vous qui regardez » du rivage et qui n'êtes point engagé dans le )) naufrage que vous voyez ! »
Oh ! happy y ou ! Who look as from the shore I Et had no venture in the wreck you see!
Uévêque deHerford, consulté pour savoir s'il étoitloisible de tuer un roi détrôné , avoit répondu par une phrase qui selon la ponctuation pouvoit signifier que cela étoit permis, ou que cela n'é-
' Ryni., t. II, p. 171
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toit pas permis : le crime étoit chargé de la vraie lecture ^
La mère d'Edouard fut reléguée au château de Rising^ ; Mortiner son favori subit le supplice que Spenser avoit lui-même subi ; et ce fut en raison des droits de cette reine captive, infidèle, déshonorée qui avoit privé son mari de la couronne et delà vie, qu'Edouard 111 réclama la couronne de France.
Charles IV, qui passa dans son temps pour un philosophe, décéda au Lois de Yincennes, le 1"'. de février 1328. Jl avoit eu à soutenir la cruelle et ridicule guerre des bâtards , vagabonds sortis de la Gascogne qui se disoient fils naturels des gentilshommes gascons; c'étoit \e^ pastoureaux sous une autre forme. Charles avoit épousé trois femmes : Blanche de Bourgogne , Marie de Luxembourg et Jeanne d'Evreux. Les enfants des deux premières moururent à la mamelle ; Jeanne lui donna deux filles. Il la laissa grosse de sept mois en mourant ; il dit aux seigneurs assemblés autour de son lit que si la reine accouchoit d'une fille , ce seroit aux grands barons de France à adjuger la couronne à qui de droit appartiendrait. Il nomma Philippe de \alois
'' Rym. , t. X, p. 63 dans la note.
- Froissa rd.
régent du royaume pour l'interrègne^ : cela confirme tout ce que j'ai dit sur le peu de fixité du principe héréditaire.
Avec le règne de Philippe VI, dit de Valois, commence une ère nouvelle pour la France : nous avons atteint le point culminant des temps féodaux qui vont maintenant décliner. Si les révolutions n alloient pas si vite dans ma patrie; si les heures qui suffisent aujourd'hui à la besogne des siècles ne ni'emportoient avec elles, j'aurais placé ici les quatre grands tableaux de la monarchie féodale : la Féodalité, la Chevalerie, l'Education, les Mœurs générales des douzième , treizième et quatorzième siècles. Mais à peine puis-je consacrer une centaine de pages à ce qui demanderoit des volumes. Je vais présenter une ébauche qu'achèveront des mains plus habiles et plus heureuses.
FÉODALITÉ, CHEVALERIE , ÉDUCATION , MOEURS GÉNÉRALES DES DOUZIÈME, TREIZIÈME ET QUA- TORZIÈME SIÈCLES.
Lorsque les Franks s'établirent en Gaule , ce pays pouvoit contenir de dix-sept à dix-huit millions d'hommes sur lesquels ci.nq cent mille
^ Froissard.
chefs de famille lout au plus étoient de condition h payer la capitatiou ; cela veut dire que plus des deux tiers des habitans étoient de condition servile. L'esclavage portoit sa peine en soi : les invasions étoient faciles chez des peuples dontles deux tiers désarmés et opprimés n'avoient aucun intérêt à défendre la patrie. Le même terrain qui fourniroit maintenant plus de quinze mille hommes en état de résister, n'avoit pas deux raille citoyens à opposer à la conquête.
Les esclaves, chez les Romains et chez les Grecs, étoient de deux sortes principales , les uns attachés à la maison et à la personne du maître, les autres plantés sur le sol qu'ils cultivoient. Les Germains ne connoissoient que ce dernier genre d'esclaves; ils les traitoient avec douceur et en faisoient des colons plutôt que des serfs.
Les Franks multiplièrent ces esclaves de la terre dans les Gaules; peu à peu Yesclai'cige se changea en servage , lequel servage se convertit en salaire , lequel salaire se modifiera à son tour : nouveau perfectionnement qui signalera la troisième ère et le troisième grand combat du christianisme.
Si la moyenne propriété industrielle recommença par la bourgeoisie, la petite propriété agricole recommença par les serfs afiranchis devenus fermieis-propriétaires moyennant une
redevance , quand ]a servitude germanique eut prévalu sur la servitude romaine : celle-ci paroît même avoir été complètement abolie sous les rois delà seconde race; on ne voit plus en effet sous cette race de serfs de co^rps, ou d esclaves domestiques dans les maisons \ Il en résulta ce bel axiome de jurisprudence nationale : tout esclave qui met le pied sur terre de France, estlibre. C'est donc un fait étrange mais certain, que la féodalité a puissamment contribué à l'abolition de l'esclavage par l'établissement du servage. Elle y contribua encore d'une autre manière, en mettant les armes à la main du vassal : elle fit du serf attaché à la glèbe un soldat sous la bannière de sa paroisse; si on le vendoit
^ L'esclavage de corps ne cessa pas partout à la fois ; ils se prolongea sui'tout en Angleterre par trois causes -. le dur esprit des habitans, l'invasion normande qui ranima le droit de conquête , l'usage du pays qui n'admet l'abolition formelle d'aucune loi. En 1283 les Annales du prieuré de Dunstale fournissent cette note : « Au » mois de juillet de la présente année, nous avons » vendu Guillaume Pyke, notre esclave, et reçu un marc » du marchand. » C'étoit moins que le prix d'un cheval. Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, dans ces guerres que les Anglois faisoient à Charles 1". pour la liberté des hommes , on voit ces fameux Niveleurs vendre comme esclaves des royalistes faits prisonniers sur le champ de bataille.
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encore quand et quand la terre , on ne le vendoit plus comme individu avec les autres bestiaux. Le serf sur les murs de Jérusalem escaladée, ou vainqueur des Anglois avec Du Guesclin . ne portoit plus le ter qui enchaîne, mais le fer qui délivre. Le paysan serf, demisoldat, demi-laboureur, demi-berger du moyen âge, étoit peut-être moins opprimé, moins ignorant, moins grossier que le paysan libre des derniers temps de la monarchie absolue.
On doit néanmoins faire une remarque qui expliquera la lenteur de l'afFranchissement complet dans le régime féodal. L'affranchissement chez les Romains ne causoit presque aucun préjudice au maître de l'aiFranchi il n'étoit privé que d'un individu. Le serf constituoit une partie du Jïef^ en l'affranchissant on abrégeait le fief , c'est-à-dire qu'on le diininuoit, qu'on amoindrissoit à la fois la qualité, le droit et \2l fortune du possesseur. Or, il étoit difficile à un homme d'avoir le courage de se dépouiller, de s'abaisser, de se réduire soi-même à une espèce de servitude, pour donner la liberté à un autre homme.
Voyons maintenant quelle étoit la classe d'hommes qui dbminoit les serfs , les gens de poueste , les vilains taillables à merci de la tête jusqu'aux pieds.
L'égalité régnoit dans l'origine parmi les
Franks. Leurs dignités militaires étaient électives. Le chef ou le roi se donnoit des Jîdèles ou compagnons, des leudes , des anstrustions . Ce titre de leude étoit personnel; l'hérédité en tout étoit inconnue. Le leude se trouvoit de droit memhre du grand conseil national et de l'espèce de cour d'appel de justice que le roi présidoit : je me sers des locutions modernes pour me faire comprendre.
J'ai dit que cette première noblesse des Franks, si c'étoit une noblesse, périt en grande partie à la bataille de Fontenai. D'autres chefs franks prirent la place de ces premiers chefs, usurpèrent ou reçurent en don les provinces et les châteaux confiés à leur garde : de cette seconde noblesse franke personnelle, sortit la première noblesse françoise héréditaire.
Celle-ci , selon la qualité et Fimportance des fiefs, se divisa en quatre branches : i°. les grands vassaux de la couronne, et les autres seigneurs qui, sans être au nombre des grands vassaux, possédoient des fiefs à grande mouvance; 2°. les possesseurs de fiefs de bannières ; 3°. les possesseurs de fief de haubert ; 4°- l^s possesseurs de fief de simple écuyer.
De là quatre degrés de noblesse : noblesse du sang royal, haute noblesse, noblesse ordinaire, noblesse par anoblissement.
Le service militaire introduisit chez la noblesse la distinction du chevalier , miles, et de l'écuyer, servitium scuti. Les nobles abandonnèrent dans la suite une de leurs plus belles prérogatives, celle de juger. On comptoit en France quatre mille ianiilles d'ancienne noblesse , et quatrevingt-dix mille familles nobles pouvant l'ournir cent mille combattants. C'étoit à proprement parler, la population militaire libre.
Les noms des nobles dans les premiers temps n'étoient point héréditaires, quoique le sang, le privilège et la propriété le fussent déjà : on voit dans la loi salique que les parents s'assembloient la neuvième nuit , pour donner un nom à l'enfant nouveau né. Bernard le Danois fut père de Torfe, père de Turchtil , père d'Anchtil, père de Robert <^Harcourt ,• le nom héréditaire ne paroît ici qu'à la cinquième génération.
Les armes conféroient la Koblesse : la Noblesse seperdoit par la lâcheté; elle dormoit seulement quand le noble exerçoit une profession roturière non dégradante; quelques charges la communiquoient, mais la haute charge même de chancelier resta long temps en roture. Dans certaines provinces le ventre anoblissoit , c'est-à-dire que la noblesse étoit transmise par la mère.
Les échevins de plusieurs villes recevoient la Noblesse; ou Tappeloit Noblesse delà cloche.
parce que les échevins s'assembloient au son d'une cloche. L'étranger noble, naturalisé, en France , demeuroit noble.
Les nobles prirent des titres selon la qualité de leurs fiefs; (ces titres, à l'exception de ceux de baron et de marquis, étoient d'origine romaine;) ils furent ducs, barons, marquis, comtes, vicomtes , vidâmes, chevaliers, quand ils possédèrent des duchés , des marquisats, des comtés, des vicomtes , des baronnies. Quelques titres appartenoient à des noms sans être inhérents à des fiefs; cas extrêmement rare.
Le gentilhomme ne pajoit point la taille personnelle, tant qu'il ne faisoit valoir de ses propres rnains qu'une seule métairie; il ne logeoit point les gens de guerre : les coutumes particulières lui accordoient une foule d'autres privilèges. . Les nobles se distinguoient par leurs armoiries qui commencèrent à se multiplier au temps des croisades. Ils portoient ordinairement un oiseau sur le poing, même en vojage et au combat: lorsque les Normands assaillirent Paris sous le roi Eudes, les Franks qui défendoient le petit pont, ne l'espérant pas pouvoir garder, donnèrent la liberté à leurs faucons. Les tournois dans les villes, les chasses dans les châteaux, étoient les principaux amusements de la noblesse.
On ne se peut faire une idée de la fierté qu'im-