‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 28 sur 80 · TOME iir · texte numérisé non relu

TOME iir

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prima au caractère le régime féodal ; le plus mince aleutier s'estimoît à l'égal d'un roi. L'empereur Frédéric I". traversoit la ville de Tliongue; le baron de Krenkingen , seigneur du lieu, ne se leva pas devant lui, et remua seulement son chaperon , en signe de courtoisie. Le corps aristocratique étoit à la fois oppresseur de la liberté commune et ennemi du pouvoir royal; fidèle à la personne du monarque ators même que ce monarque étoit criminel , et rebelle à sa puissance alors môme que cette puissance étoit juste. De cette fidélité naquit l'honneur des temps modernes : vertu qui consiste souvent à sacrifier les autres vertus; vertu qui peut trahir la prospérité, jamais le malheur; vertu implacable quand elle se croit offensée ; vertu égoïste et la plus noble des personnalités; vertu enfin qui se prête à ellemôme serment et qui est sa propre fatalité, son propre destin. Un chevalier du Nord tombe sous son ennemi : le vainqueur manquant d'arme pour achever sa victoire, convient avec le vaincu qu'il ira chercher son épée ; le vaincu demeure religieusement dans la même attitude jusqu'à ce que le vainqueur revienne l'égorger : voilà l'honneur, premier-né de la société barbare. (Mallet, introd. à l'hist. du Danem.)

De l'état des hommes passons à létat des propriétés.

Le fief qui naquit à l'époque où le servage germanique débouta la servitude romaine , constitua la féodalité. Dans les temps de rév©.lutions et d'invasions successives , les petits possesseurs n'étant plus protégés par la loi, donnèrent leur champ à ceux qui le pouvoient défendre : c'est ce que nous avons appris de Salvien. De cet état de choses à la création du fief, il n'y avoit qu'un pas , et ce pas fut fait par les Barbares: ils avoient déjà l'exemple du bénéfice militaire , c'est-à-dire de la concession d'un terrain à charge d'un service, bien que les fe-ods ne soient pas exactement les prœdia militaria. Il arriva que le roi et les autres chefs ne voulurent plus accepter des immeubles, en installant le propriétaire donateur comme fermier de son ancienne propriété; mais ils la lui rendirent, à condition de prendre les armes pour ses protecteurs : ils s'engageoient de leur côté à secourir cette espèce de sujet volontaire. Voilà le vasselage et la seigneurie.

Toutes les propriétés, dans la féodalité , se divisent en deux grandes classes : l'aleu ou le franc-aleu, le fief et l'arrière-fief. « Tenir en aleu , » dit la Somme rurale, si est tenir terre de Dieu » tant seulement, et ne doivent cens, rente, ne » relief, ne autre redevance à vie ne à iTiort. »

Cujas fait venir le mot Aleu , alodium , d'un

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possesseur de terres sine Iode. Il est plus naturel de le tirer de la terre du Leude , fidèle , ou du 3 rude , ami : driidi et vassalli sont souvent réu nis dans les actes. Leude est le compagnon de Tacite, Thomme de la foi du roi dans la loi salique, et V anstrustion du roi des formules de Marculfe.

L'aleu fut dans l'origine inaliénable sans le consentement de l'héritier.. 11 y eut deux sortes de franc-aleu : le noble et le roturier; le noble étoit celui qui entrainoit justice, censive ou mouvance , le roturier celui auquel toutes ces conditions manquoient; ce dernier, le plus ancien des deux , représentoit le foible reste de la propriété romaine.

Les parlements différoient de principes sur le maintien du franc-aleu. Les pays coutumiers et de droit écrit, dans le ressort des parlements de Paris et de Normandie, ne reconnoissoient le franc-aleu que par titres ; titres qu'il étoit presque toujours impossible de produire. La coutume de Bretagne, sous le parlement de la même province, rejetoit absolument le franc-aleu. Les quatre parlements de droit écrit , Bordeaux , Toulouse , Aix et Grenoble , varioient dans leurs us , et rendoient des arrêts en sens divers: le parlement de Provence ne recevoit pas le franc-aleu, et le parlement de Daupliiné l'admettoit dans quelques dépendances sur titres. Le Languedoc

préteiidoit jouir du franc-aleu avant les Etablissements de Simon de IMontfort qui transporta dans le comté de Toulouse la coutume de Paris. « Après ce grand progrès d'armes , Simon , comte » de Montfort , se voyant seigneur de tant de » terres, de mesnagement ennuyeux et pénible , » il les départit entre les gentilshommes , tant

» français qu'autres : Pour

» contenir l'esprit de ses vassaux et assurer ses » droits , il establit des loix générales en ses » terres , par advis de liuict arclievesques ou » évesques et autres grands personnages. » Tarn inter barones , ac milites , quam inter Burgenses et rurales , seu succédant hœredes , in hœreditatibus suis , secundiim morem. et usum Franciœ , circa Parisius.

Les coutumes de Troyes, de Vitry et de Chaumont , réputoient toute terre franche ou alodiale. Le fief et l'aleu étoient la lutte et la coexistence de la propriété selon l'ancienne société, et de la propriété selon la société nouvelle. Quelquefois le fief se changea en aleu , mais l'aleu finit presque généralement par se perdre dans le fief. Nulle terre sans seigneur devint l'adage des légistes. L'esprit du fief s'empara à un tel point de la communauté qu'une pension accordée , une charge conférée , un titre reçu , la concession d'une chasse ou d'une pêche , le don

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d une ruche d'abeilles , l'air même qu'on respiroit, s'inféoda, d'où cette locution : fief en l'air, fief volant, sans terre, sans domaine.

Y'\eï,feudum ,feoduin , foedam, Jochun dam , fedum y fedium ,fenum, vient d'^ fide, latin, ou plutôt de fehod, saxon , prix. La formule de la vassalité remonte au temps de Cbarlemagne :

Jura ad hœc sancta DeiEvangelia , ut

vassalum domino. •

Le fief étoit la confusion de la propriété et de la souveraineté : on retournoit de la sorte au berceau de la société , au temps patriarcal , à cette époque où le père de famille étoit roi dans l'espace que paissoient ses troupeaux , mais avec une notable différence : la propriété féodale avoit conservé le caractère de son possesseur; elle étoit conquérante; elle asservissait les propriétés voisines. Les champs autour desquels le seigneur avoit pu tracer un cercle avec son épée , relevoient de son propre champ. C'est le premier ' âge de la féodalité. •; . .

Le mot vassal, qui a prévalu pour signifier homme de fief, ne paroît cependant dans les actes que depuis le treizième siècle. Passus ou vassallus , vient de l'ancien mot franc gessell , compagnon ; conversion de lettres , fréquente dans les auteurs latins: Wacta , guet; wadium, gage; it-ïz/z^/, gants , etc.

Il y avoit des fiefs de trois espèces générales : lief" de bannière , fief de haubert , fief de simple écujei-.

Le fief banneret fournissoit dix ou vingtcinq vassaux sous bannière.

Le fief de haubert devoit un cavalier armé de toutes pièces , bien monté et accompagné de deux ou trois valets.

Le fief de simple écuyer ne devoit qu'un vassal armé à la légère.

Tous les fiefs et arrière-fiefs ressort^ssoient au manoir des seigneurs, comme à la tente du capitaine : la grosse tour du Louvre étoit \e fief dominant ou le pavillon du général. Le terrain sur lequel Philippe -Auguste l'avoit bâtie, il Tavoit acheté du prieuré de Saint- Denis - de - la- Chartre, pour une rente de trente sous parisis : ainsi , ce donjon majeur , d'où relevoient tous les fiefs, grands et petits de la couronne , relevoit lui-même du prieuré de Saint-Denis.

Quand le roi possédoit des terres dans la mouvance d'une seigneurie , il devenoit vassal du possesseur de cette seigneurie ; mais alors il se faisoit représenter pour prêter, comme vassal, foi et hommage à son propre vassal \ on vouloit bien user de cette indulgence envers lui, sans qu'il se pût néanmoins soustraire h la loi générale de la féodalité. Philippe III rend , en 1 284 ,

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hommage à l'abbaye de Moissac. En 1350 le grand-chambellan nnid hommage, au nom du roi Jean, à l'cvéque de Paris, pour les chastellenies de Tournant et de Torcy : Joannes , Del gratiâ

Franco rum rex Robertus de Loriaco , de

prœceptonostro , homagium fecit. On citera encore un exemple, parce qu'il est rare dans son espèce et qu'il afiectera les lecteurs ("rançois comme l'historien qui le rappelle. Henri VI, roi d Angleterre , rend hommage à des bourgeois de Paris.

« Henry , par la grâce de Dieu , roi de France » et d' Angleterre ^ à tous ceux qui ces présentes )) lettres verront, salut. Savoir faisons, que, » comme autresfois a fait nostrc très-cher sei- » gneur et ayeul , feu le roi Charles ( Charles VI ), )) dernier trespassé, à qui Dieu pardolnt , par » ses lettres sur ce faites, données le 21'. jour ' » de mai , dernier passé, nous avons député et » députons M*. Jean le Eoy, notre procureur au » Chastelet de Paris, pour, et en lieu de nous, )) à homme et vassal , de ceux de qui sont mou- » vans et tenus en fiefs les terres, possessions » et seigneuries , à nous advenues , en la ville et » vicomte de Paris, depuis quatre ans en ça ; et

» en faire les debvoirs, tels qu'il appartient

» Donné à Paris , le i 5*. jour de mai i 423,

w et de notre règne le premier. Ainsi signé par

» le roi, h la relation du conseil, tenu par i'or- » donnancede monseigneur le régent de France, » duc de Betfort. »

Paris étoit un composé de fiefs; neuf d'entre eux relevoient de l'évôcbé : le Roule, la Grange- Batelière , l'outre Petit-Pont, etc. Les autres fiefs de la ville de Paris appartenoient aux abbayes de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Victor, du grand prieuré de France et du prieuré de Saint- Martin- des- Champs. On comptoit en France soixante-dix mille fiefs ou arrière-fiefs , dont trois mille étoient titrés. Le vassal prêtoit hommage tête nue, sans épée, sans éperons , à genoux , les mains dans celles du seigneur, qui étoit assis et la tête couverte; on disoit : « Je dei^iens cotre homme de ce Jour » en avajit , de vie , de membre , de terrestre » honneur, et à vous serai féal et loyal ^ et foi » à vous porterai des tenements que je recon- » nois tenir de vous , saïf la foi que je dois à « notre seigneur le roi. « Quand cette formule étoit prononcée par un tiers, le vassal répondoit voire : oui, je le jure. Alors le vassal étoit reçu par le seigneur audit hommage à la foi et à la bouche, c'est-à-dire au baiser, pourvu que ce vassal ne fût pas un vilain. « Quelquefois un » gentilhomme de bon lieu est contraint de se » mettre à genoux devant un moindre que luy :

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» de mettre ses mains fortes et généreuses dans » celles d'un lasche et efl'eminé. » ( Traité des fiefs.)

Quand l'hommage étoit rendu par une femme elle ne pouvoit pas dire : « /eo deveigne vostre » feme, pur ceo que ri est couinement , quefeme » dira , que el deviendra feme à aucun /tome , » fors que à sa baron , quand ele est espouse ; » mais elle disoit, etc.

Main, fils de Gualon , du consentement de son iils Eudon et de Viete, sa bru , donne à Dieu et h Saint-Albin en Anjou la terre de Brilchiot; en foi de quoi le père et le fils baisèrent le moine Gaultier ; mais , comme c'étoit chose inusitée qu'une femme baisât un moine , Lambert , avoué de Saint-Albin , est délégué pour recevoir le baiser de la donatrice, avec la permission du moine Gaultier : Jubente TValterio monacho.

Robert d'Artois, comte de Beaumont, ayant à recevoir deux hommages de son amée cousine madame Marie de B rebâtit, dame d Arschot et de Vierzon , ordonna : « Que nous et la dame » de Vierzon devons être à cheval , et notre che- » val les deux, pieds devant en l'eau du gué de » JNoies, et les deux pieds derrière à terre sèche, » par devant notre terre de Meun , et le cheval k » la dite dame de Vierzon les deux pieds der- » rière en l'eau dudit gué , et les deux devant à

» terre sèche par devers notre terre de Meiin. »

L'hommage étoit lige ou simple , l'hommage ordinaire ne se doit pas compter. L'hommelige ( il y avoit six espèces d'hommes dans l'antiquité f'ranke) s'engageoit à servir en personne son seigneur envers et contre toute créature qui peut vivre et mourir. Le vassal simple pouvoit fournir un remplaçant. On fait venir liiçe ou du latin ligare , liga, ligameTi , ittc. , ou du frauk, leude : Vous êtes de Tournaj, laquelle est toute lige au roi de France.

Tantôt le vassal étoit obligé à piège ou plejure, tantôt à service de son propre corps j à devenir caution ou champion pour son seigneur : c'étoit la continuation de la clientèle franke et de l'inscription au rôle J^assaticum.

Quand les rois sémonoient pour le service du fief militaire leurs vassaux directs , les ducs , comtes, barons, chevaliers, châtelains, cela s'appeloit le Baji; quand ils sémonoient leurs vassaux directs et leurs vassaux indirects , c'est-àdire les seigneurs et les vassaux des seigneurs , les possesseurs d'arrière-fiefs, cela s'appeloit l'y^rrière-ban. Ce mot est composé de deux mots de la vielle langue : har, camp, et ban, appel, d'eu le mot de basse ]aùnhé heribannum. H n'est pas vrai que l'arrière-ban soit le réitératif du ban.

«Les vassaux, hommes et cavaliers estoient

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» comme des digues , des remparts , des murs » d'airain, opposez aux ennemis; victimes dé- » vouées à la fortune de l'Estat , possédans une » vie flottante, incertaine, le plus souvent ense- 1) velie dans les ruines communes. » ( DuFrancaleu, )

Les vassaux dévoient aide en monnoie à leur seigneur en trois cas : lorsqu'il partoit pour la Terre Sainte , lorsqu'il marioit sa sœur ou son fils aîné , lorsque ce fils recevoit les éperons de la chevalerie.

Il y avoit des fiefs rendables et receptables : le fief étoit rendable, quand le vassal en certains cas remettoit les châteaux du fief au seigneur, en sortoit avec toute sa famille et n'y rentroit que quarante jours après la guerre finie; le fief étoit receptable quand le feudataire, sans sortir des châteaux qu'il tenoit, étoit obligé d'y donner asile à son seicneur. L'un et l'autre de ces fiefs étoïeni jicrables à cause du serment réciproque.

L'investiture, qui remonte à l'origi ne de la monarchie, se faisoit pour le royaume sous la première race, parla franciske, lehang ou angon; sous la seconde race par la couronne et le manteau; sous la troisième, par le glaive, le sceptre et la main de justice.

L'investiture ou saisine du fief avoit lieu au

moyen de quelque marque extérieure et symbolique,suivantla nature du fief ecclésiastique ou militaire, titré ou simple: onjuroit sur une crosse, sur un calice, sur un anneau, sur un missel, sur des clefs, sur quelques grains d'encens, sur une lance, sur un heaume, sur un étendard, sur une épée, sur une cape, sur un marteau, sur un arc, sur une flèclie, sur un gant, sur une étrille, sur une courroie, sur des éperons, sur des cheveux, sur une branche de laurier, sur un bâton, sur une bourse, sur un denier, sur un couteau, sur une broche, sur une coupe , sur une cruche remplie d'eau de mer, sur une paille, sur un fétu noué , sur un peu d'herbe , sur un morceau de bois , sur une poignée de terre. On trouve encore de vieux actes dans les plis desquels ces fragiles symboles sont conservés ; le gage n'étoit rien , parce que la foi étoit tout. « Le seigneur est tenu à son homme com.me » lhom.me à son seigneur , fors que seulement » en révérence. » Une société à la fois libre et opprimée, innocente et corrompue, raisonnable et absurde, naïve, capricieuse, attachée au passé comme la vieillesse, forte, féconde, avide d'avenir comme la jeunesse, une société entière reposa sur desimpies engagements et n'eut d'autre loi d'existence qu'une parole.

La création des terres nobles dans le régime féodal, étoit une idée politique la plus extraor-

dinaire et en môme temps la plus profonde : la terre ne meurt point comme l'homme; elle n'a point (le passions; elle n'est point sujette aux changements, aux révolutions; en lui attribuant des droits, c'étoit communiquer aux institutions la fixité du sol ; aussi la téodalité a-t-elle duré huit cents ans, et dure encore dans une partie de l'Europe. Supposez que certaines terres eussent conféré la liberté au lieu de donner la noblesse, vous auriez eu une république de huit siècles. Encore faut-il remarquer que la noblesse féodale étoit , pour celui qui la possédoit , une véritable liberté. '

Le roturier ne put d'abord acquérir un fief , parce qu'il nepouvoit porter la lance et Véperon, marques du service militaire; ensuite on se relâcha de cette coutume : le roi dont les trésors s'épuisoient, le seigneur accablé de dettes, furent aises de laisser vendre et de vendre des terres nobles à de riches bourgeois; la terre transmit le privilège, et le roturier, investi du fief, fut à la troisième génération démené comme gentilhomme.

Tout feudataire pouvoit prendre les armes contre son seigneur pour déni de justice, ou pour vengeance de famille; traditions de l'indépendance et des mœurs des Franks. La querelle se pouvoit terminer par le duel , par Vassurement

(caution), ou par une sentence enregistrée à la justice seigneuriale du siizerain. « C'est la paix » de Raolin d'Argées, de ses enfans et de leur » lignage, d'une part; et de l'hermite de Stenay, » de ses enfans , de leur lignage et de tous » leurs consorts, d'autre part. L'hermite a juré » sur les saints, lui huitième de ses amis, que )) bien ne lui fut de la mort de Raolin*, mais » beaucoup d'angoisse; a donné cent livres pour » fonder une chapelle où l'on chantera pour le » repos de l'àme du défunt ; s'est engagé d'en- » voyer incessamment un de ses fds en Palestine. »

On peut remarquer, dans ce traité de la iin du treizième siècle, les co-jurauts des lois ripuaire et saxonne.

Si une veuve noble marioit sa tille orpheline sans le consentement du seigneur suzerain , ses meubles étoient confisqués : on lui laissoit deux robes, une pour les jours ouvrables, l'autre pour le dimanche, un lit, un palefroi, une charrette et deux roussi ns.

Une héritière de haut lignage étoit obligée de se marier pour desservir le fief, comme on voit aujourd'hui les marchandes , qui perdent leur mari, épouser leur premier commis pour faire aller l'établissement. Si cette héritière avoit plus de soixante ans, elle étoit dispensée du mariage.

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Les droits seigneuriaux ont été puisés dans les eutiailles môme du fief. Dans forigine ils étoient appelés lioniieurs , faveurs , comme reconnoissances faites au seigneur par le vassal, des aliénations et transmissions des fiefs d'une personne à 1 autre. C est ce que veut dire Lods et \ entes : laudimia , laudœ, laudatioTies, lausus , de louer, complaire, agréer. Ces droits étoient ou militaires ou fiscaux ou lionorifiques.

Non-seulement le roi, grand chef féodal qui se sustentoit du revenu de ses domaines, levoit encore des taxes, mais tous les seigneurs suzerains et non suzerains , ecclésiastiques ou laïques en levoient aussi de leur côté. Les droits de quint et requint , de lods et ventes , de mj-lods , de ventrolles, de reventes , de revenions , de sixièmes, huitièmes, treizièmes, de resixièmes, de rachats et reliefs, de plait, de morte-main, de rettiers, de pellage , de couletage, d'affouage , de camhage , de cottage, de péage, de vilainage, de chevage, d'aubain, d'ostize, de champart , de mouture, de fours haiiaux, s'étoient venus joindre aux droits de justice, au casuel ecclésiastique, aux cotisations des jurandes, maîtrises et confréries, et aux anciennes taxes romaines : en inventions financières nous sommes fort inférieurs à nos pères. Il est probable que la masse entièce du numéraire passoit chaque année dans les mains du

fisc royal et parliculier, car les marchands et les ouvriers , serfs encore , appartenoient à des corporations de villes ou à des maîtres; ils ne formoient pas une classe généralement indépendante; ils touchoient à peine un bas salaire; le prix de leurs denrées et le travail de leurs journées souvent n'étoient pas à eux.

Quant aux droits honorifiques ils servoient de marques à une souveraineté locale ; tels fiefs, par exemple, allouoient la faculté de prendre le cheval du roi, lorsque le roi passoit sur les terres du possesseur de ces fiefs. D'autres droits n'étoient que dfes divertissements rustiques que la philosophie a pris assez ridiculement pour des abus de la force : lorsqu on apportoit un œuf garrotté dans une charrette traînée par quatre bœufs; lorsque les poissonniers, en l'honneur delà dame du lieu, sautoient dans un vivier à la Saint-Jean ; lorsqu'on couroit îa quintaine avec une lance de bois; lorsque, pour l'investiture d'un fief, il falloit venir baiser la serrure, le cliquet ou le verou d'un manoir, marcher comme un ivrogne , faire trois cabrioles accompagnées d'un bruit ignoble et impur, c'étoient là des plaisirs grossiers, des fêtes dignes du seigneur et du vassal , des jeux inventés dans l'ennui des châteaux et des camps de paroisse, mais qui n'avoient aucune origine oppressive. Nous voyons tous les jours

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