TOME m
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Le moine de Soint-Gall, qui se dit bégayant et édenté, mentionne aussi le lion tué par Pépin le Bref. Le vétéran Adalbert, redisant les exploits de Cliarlemagne à un enfant qui devoit les écrire lorsqu'à son, tour il seroit devenu vieux, ne ressemble pas mal à quelque grenadier de Napoléon , racontant la campagne d'Egypte à un conscrit ; tant la fable et l'histoire sont mêlées dans la vie des hommes extraordinaires!
Erno'd Nigel ou le Noir, dans son poëme sur Plovigh le Débonnaire, décrit le siège de Barcelonne , et c'est encore un ouvrage de chevalerie. Hlovigh ceint l'épée que Karle le Grand portoit h son côté. Les Maures, rangés sur les remparts, défendent la ville; Zadun , leur chef, se dévoue pour lès sauver; il se gjisse le long des murailles pour aller hâter le secours des Sarrazins de Cordoue; il est pris. Mené à Louis, il crie aux siens : «Ouvrez vos portes! m et leur fait en même temps un signe convenu pour les engager à se défendre. La ville est forcée : dans le butin envoyé à Karle se trouvent des cuirasses , de riches habits, des casques ornés de crinières, un cheval parthe avec son harnois et son frein d'or. L'armure de fer des chevaliers n'est point C comme on l'a cru encore mal à propos) du onzième siècle; elle ne vient ni des Franks , ni des Arabes; elle vient des Perses, de qui
les Romains l'empruntèrent : on a vu la description qu'en fait Ammien Marcellin en parlant du triomphe de Constance à Rome; on retrouve pareillement cette armure dans l'escadron de grosse cavalerie que Constantin culbuta lorsqu'il descendit des Alpes pour aller attaquer Maxence.
Les combats singuliers et les fêtes chevaleresques, la construction de ces monuments appelés got hiques qui virent prier les chevaliers des croisades, coïncident aussi avec Tavénement des rois de la seconde race. Hîovigh le Débonnaire envoie l'évêque Ebbon prêcher la foi chez les Danois. Ebbon amène à Hîovigh , Hérold , roi de ces peuples. Hîovigh se rend à Ingelheim aux bords du Rhin : « Là s'élève sur cent colonnes un
» palais superbe Non loin du
» palais est une île que le Rhin environne de » ses eaux profondes , retraite tapissée d'une )) herbe toujours verte , et que couvre une sombre » forêt; )) chasse superbe où Judith, femme de Hîovigh , magnifiquement parée , monte un noble palefroi.
Béro et Samilon , deux guerriers de nation gothique , combattent en champ clos devant Hîovigh, auprès du château d'Aix , dans un lieu entouré de murailles de marbre, orné de terrasses gazonnées et plantées d'arbres. « Les cham-
» pions , d'une hnute taille , sont montés sur des » coursiers rapides ; tous deux attendent le si- » jTiial qui doit être donné par le roi. J3ans l'a- » rêne paroît Gundold qui se fait accompai^ner » d'un cercueil, selon son usai^e dans ces < cca- )) sions. » Béro est vaincu: les jeunes Franks l'arrachent à la mort, et Gundold renvoie «son cercueil sous l'appentis d'où il l'avoit tiré.
Miratui' Gundoldus eiiiiii , feretrumque reiuittit Absque onere tectis, vcnerat undc , suum '.
L'architecture dite lombarde, de l'époque des Karlovin^iens eu Italie, n'étoit que l'invasion de l'architecture orientale ou néogrecque dans l'architecture romaine. Hakem , au huitième siècle, bâtit la mosquée de Cordoue, type primitif del'architecture sarrazine occidentale. Au commencement du neuvième siècle, le palais d'ingelheim avoit des centaines de colonnes, des toitures de formes variées, des milliers de réduits, d'ouvertures et de portes : centum perfijca columjiis..., tectaque multlmoda : mille aditus , reditiis , millenaque claustra domorum. L'église présentoit de grandes portes d'airain et de plus petites
$U> ^ Les savants Bénédictins ne peuvent s'empêcher de
s'écrier dans une note , avec toute la joie naïve de l'érudition : « Gratiae sint Nip;ello qui veterum ritus nobis ediscerit ! »
enrichies d'or : templa Dei.... œrati postes, aurea ostiola. Hérold , sa femme , ses enfants et ses compagnons contemploient avec étonnement le dôme immense de l'église : miratur Heroid , coiijunx miratur, et omnes proies et socii culmina tanta Dei. Voilà donc clairement aux huitième et neuvième siècles les mœurs ,les aventures , les chants, les récits, les champions, les nains, les fêtes , les armes , rarchitecture de l'époque vulgaire de la chevalerie; les voilà en même temps et à la fois, d'une manière spontanée, chez les Maures et chez les chrétiens ; voilà Chariemagne et le kalife Aroun, Cisher et xlntar, et leurs historiens contemporains, Asmaï et le moine de Saint-Gall.
Les romanciers du douzième siècle qui ont pris Charlemague, Roland et Ogier pour leurs héros, ne se sont donc point trompés historiquement; mais on a eu tort de vojloir faire des chevaliers un corps de chevalerie. Les cérémonies de la réception du chevalier, l'éperon, l'épée, l'accolade, la veille des armes, les grades de page, de damoiseau, de poursuivant, d'écuyer, sont des usages et des institutions militaires qui remplaçoient d'autres usages et d'autres institutions tombés en désuétude , mais ils ne constituoient pas un corps de troupes homogène, discipliné, agissant sous un même chef dans une môme subordination.
Les ordres religieux chevaleresques ont été la
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cause de cette confusion d'idées ; ils ont fait supposer une clievalerie historique collective , lorsqu'il n'existoit qu'une chevalerie historique individuelle. Au surplus cette chevalerie individuelle fut délicate, vaillante, généreuse, et garda l'empreinte des deux climats qui la virent éclore; elle eut le vague et la rêverie du ciel noyé des Scandinaves , l'éclat et l'ardeur du ciel pur de l'Arabie. La chevalerie historique produisit en outre une chevalerie romanesque qui se mêla aux réalités, retentit par un extrême écho jusque dans le règne de François I". , où elle donna naissance à Bajard, comme elle avoit enfanté Duguesclin auprès du trône de Charles V. Le héros de Cervantes fut le dernier des chevaliers : tel est l'attrait de ces mœurs du moyeu âge et le prestige du talent, que la satire de la chevalerie en est devenue le panégyrique immortel.
Pour être reçu chevalier, dans l'origine, il falloit être noble de père et de mère, et âgé de vingt et un ans. Si un gentilhomme qui n'étoit pas de parage se faisoit armer chevalier, oti lui tranchoit les éperons dorés sur le fumier. Les fils des rois de France étoient chevaliers sur les fonts de baptême : saint Louis arma ses frères chevaliers ; Duguesclin , second parrain du second fils de Charles V, le duc d'Orléans^
tira son épée et la mit nue dans la main de l'enfant nu : Nudo tradidit ensem nudum, Bayard, sans paour et sans reproiiche, conféra la chevalerie k François 1". Le roi lui dit : « Bayard, mon ami , je veux qu'aujourd'hui sois
» fait chevalier par vos mains Avez ver-
» tueusement, en plusieurs royaumes et piovin-
» ces, combattu contre plusieurs nations
» Je délaisse la France, en laquelle on vous con-
» noh assez Dépêchez- vous. » ■ — Alors
» prit son cpée Bayard et dit : « Sire, autant » vaille que si estois Roland, ou Olivier, Gaude- » froy ou Baudouyn son frère. » — Et pu^.s après si cria haultement , l'espée en la main dextre ; « Tu es bien heureuse d'avoir aujourd'hui à un » si beau et puissant roy donné l'ordre de che- » Valérie. Certes, ma bonne espée , vous serez » moult bien comme relique gardée, et sur tou- » tes aultres honorée; et ne vous porteray ja- » mais, si ce n'est contre Turcs, Sarrazins ou » Mores.» — «Et puis fait deux saults, et après w remit au fourreau son espée. »
Les chevaliers prenoient les titres de don , de sire, de messire et de monseigneur. Ils pouvoient manger à la table du roi ; eux seuls avoient le droit de porter la lance , le haubert , la double cotte de maille, la cotte d'armes, l'or, levair, l'hermine, le petit gris, le velours, lé-
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carlate : ils mettoient une girouette sur leur donjon; cette girouette étoit en pointe comme les pennoiis pour les simples chevaliers , carrée comme les bannières pour les clievaliers bannerets. On reconnoissoit de loin le chevalier à son armure : les barrières des lices, les ponts des châteaux s'abaissoient devant lui; les hôtes qui le recevoient poussoient quelquefois le dévouement et le respect jusqu'à lui abandonner leurs femmes. - ■
La dégradation du chevalier félon étoit affreuse : on le faisoit monter sur un échafaud; on y brisoit à ses yeux les pièces de son armure ; son écu , le blason effacé , éloit attaché et traîné à la queue d'une cavale , monture dérogeante : le héraut d'armes accabloit d'injures l'ignoble chevalier. Après avoir récité les vigiles funèbres , le clergé prononçoit les malédictions du psaume 1 08. Trois fois on demandoit le nom du tlégradé , trois fois le héraut d'armes répondoit qu'il ignoroit ce nom et n'avoit devant lui qu'une foi-mentie. On répandoit alors sur la tête du patient un bassin d'eau chaude; on le tiroit en bas de Téchafaud par une corde; il étoit mis sur une civière , transporté k l'église , couvert d'un drap mortuaire, et les prêtres psaimodioient sur lui les prières des morts.
La chevalerie seconféroit sur la brèche, dans
la mine et la tranchée d'une ville assiégée, sur un champ de bataille au moment d'en venir aux mains. Le besoin de soldats s'accroissant à mesure que les nobles périssoient , le serf tut admis à la chevalerie ; des lettres de Philippe de Valois déclarent gentilhomme le fils d'un serf qui avoit été armé chevalier : les François ont toujours attriiiué la noblesse à la charrue et k l'épée, et placé au même rang le laboureur et le soldat. Dans la suite, au milieu des grandes guerres contre les Anglois, on créa tant de cheval liers que ce titre s'avilit. François I". ajouta aux deux classes de chevaliers hannerets et bacheliers, une troisième classe composée de magistrats et de gens de lettres; ils furent appelés cAevaliers es lois. Enfin , il ne resta de la chevalerie qu'un nom honorifique écrit dans les sctes , ou porté par les cadets de familles.
L'éducation militaire m'amène maintenant à parler de l'éducation civile dans les siècles dont nous nous occupons.