‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 36 sur 80 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

de bois étoient couvertes de nappes doubles appelées doubiiers ; on les plissoit comme rivière ondorante qu'un petit vent frais fait doucement soulever. Les serviettes sont plus modernes. Les fourchettes, que ne connoissoient point les Romains, furent aussi inconnues des François jusque vers la fin du quatorzième siècle; on ne les trouve que sous Charles V.

On mangeoit à peu près tout ce que nous mangeons, et même avec des raffinements que nous ignorons aujourd'hui; la civilisation romaine n'avoit point péri dans la cuisine. Parmi les mets recherchés je trouve le dellegrout y le maupigyrnum y le karumpie. Qu'étoit-ce? On servoit des pâtisseries de formes obscènes , qu'on appeloit de leurs propres noms; les ecclésiastiques, les femmes et les jeunes filles rendoient ces grossièretés innocentes par une pudique ingénuité \ La langue étoit alors toute nue; les

' Alias fin gunt oblongd figura , alias sphericâ et orbiculari , alias triaiigidd qiiadran^ulâque i quœdam ventricolœ sunt .- quœdam pudenda muliebria , aliœ virilia ( si diis placet ) reprœsentant . adeo degeneravêre boni mores ut etiani christianis obscœna et pudenda in cibis placeant. Sunt etenini quos

saccharatos appellitent. ( De re cibariâ ; To. Bruyerino Campegio Lugdunensi auctore , lib. vi, cap. 7, pag. 402, prima editio. IjUgduni, 1560. ) - ■

traductions de la Bible de ces temps sont aussi crues et ^lus indécentes que le texte. U Instruction du chevalier Geoffroy Latour-Landrj, gentilhomme angevin à ses filles , donne la mesure de la liberté des enseignements et des mots.

On usoit en abondance de bière, de cidre et de vins de toutes les sortes : il est fait mention du cidre sous la seconde race. Le clairet étoit du vin clarifié mêlé à des épiceries , l'hypocras du vin adouci avec du mie!. Un festin donné par un abbé , en 1310, réunit six mille convives devant trois mille plats.

Les repas royaux étoient mêlés d'intermèdes. Au banquet que Charles V offrit à l'empereur Charles IV, s'avança un vaisseau mû par des ressorts cachés : Godefroi de Bouillon se tenoit sur le pont , entouré de ses chevaliers. Au vaisseau succéda la cité de Jérusalem avec ses tours chargées de Sarrazins; les chrétiens débarquèrent, plantèrent les échelles aux murailles, et la ville sainte fut emportée d'assaut.

Froissart va nous faire encore mieux assister au repas d'un haut baron de son siècle.

« En cet état que je vous dis le comte de Foix » vivoit. Et quand dans sa chambre à mi-nuit » venoit pour souper en la salle, devant lui avoit » douze torches allumées que douze varlets por-

452 AJVALYSË RAlSOiMNÉE '

» toient , et icelles douze torclies éloieiit tenues » devant sa table qui donnoient gran(f clarté en » la salle, laquelle salle éloit pleine de chevaliers » et de écuyers ; et toujours étoient à toison tables )) dressées pour souper qui souper vouloit. Nul » ne parloit à lui à sa table si il ne l'apjjeloit. ]! » mangeoit par coutume foison de volaille et en » spécial les ailes et les cuisses tant seulement, » et guère aussi ne buvoit. 11 prenoit en toute » menestrandie (musique) grand ébattement, car » bien sy connoissoit. Il faisoit devant lui ses » clercs volontiers chanter chansons, rondeaux et » virelais. Il séoit à table environ deux heures et » aussi il véoit volontiers étranges entremets, et » iceux vus, tantôt les faisoit envoyer par les » tables des chevaliers et des écuyers.

» Brièvement et ce tout considéré et avisé , » avant que je vinsse en sa cour je avois été en n moult de cours de rois, de ducs, de princes, >i de comtes et de hautes danKîs ; mais je n'en » fus oncques en nulle qui mieux me plût ni qui » fût sur le fait d'armes plus réjouie comme celle » du comte de Foix étoit. On véoit en la salle » et es c'iambres et en la cour chevaliers et écuvers .) d'honneur aller et marcher, et d'armes et d'a- » mour les ovoit on parler. Toute honneur étoit » là-dedans trouvée. Nouvelles dequel royaume » ni dequel pays que ce fût là-dedans on y ap-

» prenoit; car de tous pays, pour la vaillance du » seigneur, elles y appleuvoient et venoient. »

Ce comte si célèbre par sa courtoisie n'en avoit

pas moins tué de sa propre main son fils unique :

« Le comte s'enfelonna (s'irrita), et sans mot dire,

M il se partit de sa chambre et s'en vint vers la

» prison où son fils étoit; et tenoit à la maie heure

)) un petit long coutel et dont il appareilloit ses

» ongles et nettoyoit. Il fît ouvrir 1 huis de la pri-

» son et vint à son fils, et tenoit Talemelle (lame)

» de son coutel par la pointe, que il n'y en avoit

» pas hors de ses doigts la longueur de l'épaisseur

» d'un gros tournois. Par mautaient (malheur)

» en boutant ce tant de pointe dans la gorge de

» son fils , il l'asséna ne sçais en quelle veine et

» lui dit : « Ha traitour (traître)! pourc|uoi ne

» manges -tu point? » Et tantôt s'en partit le

» comte sans plus rien dire ni faire et rentra en

» sa chambre. L'enfès (enfant) fut sang mué et

» effrayé de la venue de son père, avecques ce que

» il étoit foible de jeûner et qu'il vit ou sentit la

» pointe du coutel qui le toucha à la gorge, comme

» petit fut en une veine , il se tourna d'autre

» part et là mourut. »

Froissard est à la peine pour excuser le crime de son hôte, et ne réussit qu'à faire un tableau pathétique.

Oii avoit été obligé de frapper la table de lois

somptuaires : ces lois iiaccordoient aux riches que deux services et deux sortes de viande, à l'exception des prélats et des barons qui manûjeoient de tout en toute liberté ; elles nepermettoientla viande aux négociants et aux artisans qu'à un seul repas; pour les autres repas, ils se dévoient sustenter de lait , de beurre et de légumes.

Le carême , d'une rigueur excessive , n'empêchoit pas les réfections clandestines. Une femme avoit assisté nu-pieds à une procession , el faisait la marmiteuse plus que dix. Au sortir de là ^ t hypocrite alla dîner avec son amant , d un quartier d'agneau et dun jambon. La senteur en vint jusquà la rue. On monta en haut. Elle fut prise , et coîidamnée à se promener par la ville avec son quartier à la broche ^ sur l'épaule^ et le jambon pendu au col. (^Brantôme.)

Les voyageurs trouvoient partout des hôtelleries : chevauchant avec messire Espaing de Lyon, maître Jehan Froissard va d'auberge en auberge s'enquéraut de l'histoire des châteaux qu'il aperçoit le long de la route , et que lui raconte le bon chevalier son compagnon. « Et nous » vînmes à Tarbes et nous fûmes tout aise à l'hos- » tel de l'Étoile et y séjournâmes tout séjour , « car c'est une ville trop bien aisée pour séjour- » ner chevaux : de bons foins, de bonnes avoines » et de belle rivière puis vînmes à Orthez.

» Le chevalier descendit à son hôtel et je descendis M à l'hôtel de la Lune. »

On rencontroit sur les chemins des Lasternes ou litières, des mules, des palefrois et des voitures à bœufs : les roues des charrettes étoient à l'antique. Les chemins se distinguoient en chemins péageaux et en sentiers ^ des lois en régioient la largeur : le chemin péageau devoit avoir quatorze pieds {J\lss. Sainte-Palajé) ; les sentiers pouvoient être ombragés, mais il falloit élaguer les arbres le long des voies royales, excepté les arbres d'abris (Capitulaires ). Le service des fiefs creusa cette multitude infinie de chemins de traverse dont nos campagnes sont sillonnées.

Les bains chauds étoient d'un usage commun et portoient le nom d'étuves : les Romains nous avoient laissé cet usage qui ne se perdit guères que sous la monarchie absolue, époque où la France devint sale. On crioit dans les rues de Paris sous Philippe Auguste :

Seigneur, voulez-vous vous baigner?

Entrez donc sans délaïer;

Les bains sont chauds, c'est sans mentiir

G'étoit le temps du merveilleux en toute chose : l'aumônier, le moine, le pèlerin, le chevalier, le troubadour avoient toujours à dire ou à chanter des aventures. Le sovr, autour du foyer h bancs,

on écoutoit ou le roman deLaucelot du Lac , ou l'histoire lamentable du châtelain de Coucy, ou l'histoire moins triste de la reinePédauque , « lar- » gement pattée comme sont les oies, et comme » jadis à Toulouse les portoit(les pattes) la reine » Pedauque (Rabelais); » ou l'histoire du gobelin Orton , t>rand nouvelliste qui venoit dans le vent et qui fut tué dans une grosse truie noire ( Froissa rt).

La belle Mélusine étoit condamnée à être moitié serpent tous les samedis, et fée les autres jours, à moins qu'un chevalier ne consentît à l'épouser en renonçant à la voir le samedi. Raimondiu, comte de Forez, ayant trouvé Mélusine dans un bois, en fit sa femme; elle eut plusieurs enfants, entre autres un fils qui avoit un œil rouge et un œil bleu : Mélusine bâtit le château de Lusignan. Mais enfin Raimondin s'étant mis en tête devoir sa femme un samedi lorsqu'elle étoit demi-serpent, elle s'envola par une fenêtre et elle demeurera fée jusqu'au jour du jugement dernier. Lorsque le manoir de Lusignan change de maître ou qu'il doit mourir quelqu un de la famille seigneuriale , Mélusine paroît trois jours sur les tours du château , et pousse de grands cris. Telle étoit la Psyché du moyen âge et ce château de Lusignan que Charles Quint admira et dont Brantôme déplore la ruine.

Avec ces contes on écoutoit encore ou le sirvante du trouvère contre un chevalier félon, ou la vie d'un pieux personnage. Ces vies de saints, recueillies par les Boliandistes , n'étoient pas d'une imagination moins brillante que les relations profanes : incantations de sorciers, tours de lutins et de farfadets, courses de loups-garous, esclaves rachetés, attaques de brigands; voyageurs sauvés et qui à cause de leur beauté épousent les filles de leurs hâtes (saint M axi?ne) '^ lumières qui pendant la nuit révèlent au milieu des buissons le tombeau de quelque vierge; châteaux qui paroissent soudainement illuminés (saint Viventius , Maure et Brista).

Saint Deicole s'étoit égaré; il rencontre un berger et le prie de lui enseigner un gîte: « Je n'en » connois pas, dit le berger, si ce n'est dans un lieu » arrosé de fontaines, au domaine du puissant » vassai , Weissart. » — « Peux-tu m'y conduire? » répondit le saint. » — « Je ne puis laisser mon » troupeau , répliqua le pâtre. )> Deicole fiche son bâton en terre, et quand le pâtre revint, après avoir conduit le saint, il trouve son troupeau couché paisiblement autour du bâton miraculeux. Weissart, terrible chàtelnin , menace de faire mutiler Deicole, mais Berthiîde, femme de Weissart a une grande vénération pour le prêtre de Dieu. Deicole entre dans la forteresse ; les serfs

458 ANALYSE RAISONNEE

empressés le veulent débarrasser de son ynanteau ; il les remercie, et suspend ce manteau à un rayon de soleil «qui passoit à travers la lucarne d'une tour(l3oIl. t. Il, p. 202).

Chercher k dérouler avec nîéthode le tableau des mœurs de ces temps, seroit à la fois tenter l'impossible et mentir à la confusion deces mœurs. Il faut jeter pêle-mêle toutes ces scènes telles qu'elles se succédoient sans ordre ou s'enchevêtroient dans une commune action, dans un même moment : il n'y avoit d'unité que dans le mouvement général qui entrai noit la société vers un perfectionnement éloigné, par la loi naturelle de l'existence humaine.

D'un côté la chevalerie, de l'autre le soulèvement des masses rustiques; tous les dérèglements de la vie dans le clergé et toute l'ardeur de la foi. Les Galois et Galoises , sorte de pénitents d'amour, se chauflbient l'été à de grands feux et se couvroient de fourrures; l'hiver ils ne portoient qu'une cotte simple et ne mettoient dans leurs cheminées que des verdures. Plusieurs transissoient de pur froit et mouroient tout rojdes de lez leurs amyes et aussi leurs amyes de lez eulx en parlant de leurs amourettes ^ Lors de

■" Lalour, hist. du Poitou; Saiute-Palaye, Mém. sur l'anc. chev. , cinquième partie , dans les net. , p. 387.

la f^aiidoisie dArras les hommes et les femmes retirés dans les bois, après avoii' trouvé un certain démon , se livroient à une prostitution générale. Les Turlupins pratiquoient les mêmes désordres.

Des moines libertins se veulent venger d'un évêque réformateur qui venoit de mourir; pendant la nuit ils tirent du cercueil le cadavre du prélat, le dépouillent de son linceul, le fouettent et en sont quittes pour payer chaque année quarante sous d'amende. Les Gordeliers avoient renoncé à toute espèce de propriétés : le pain quotidien qu'ils mangeoient, étoit-il une propriété? Oui, disoient les religieux d'une autre robe; donc le Cordelier qui mange, viole la constitution de son ordre, donc il est en état de péché mortel, par la seule raison qu'il vit et qu'il faut manger pour vivre. L'empereur et les Gibelins se déclarèrent pour les Gordeliers, le pape et les Guelfes contre les Gordeliers, De là une guerre de cent ans, et le comte du Mans, qui fut depuis Philippe de Valois , passe les Alpes pour défendre l'Eglise contre lesVisconti et les Gordeliers ^

On couroit a-u bout du monde, et l'on osoit

"• Spicil. , t. ï, p. 73; Hist. des ouvrages des sav. , an 1700, p. 72; Lett. sur le péché imaginaire , p. 22 et suiv.

460 AINALÏSI:: KAISOAJNÉE

à peine, dans le nord de la France, hasarder un voyaij;e d'un monastère à un autre, tant la route (ie, quelques lieues paroissoit longue et périlleuse! Des G^rovagues ou moines errants (pendants des chevaliers errants), cheminant à pied ou chevauchant sur une petite mule, préchoient contre tous les scandales; ils se faisoicnt brûler vifs par les papes auxquels ils reprochoient leurs désordres, et noyer par les princes dont ils attaquoient la tjrajinic. Des gentilshommes s'embusquoient sur les chemins et dévalisoient les passants, tandis que d'autres gentilshommes devenoient en Espagne, en Grèce, en Dalmatie, seigneurs des immortelles cités dont ils ignoroient l'histoire. Cours d'amour où Ion raisonnoit d'après toutes les règles du scottisme et dont des chanoines étoient membres; troubadours et ménestrels vaguant de châteaux en châteaux , déchirant les hommes dans des satires, louant les di'.mcs dans des ballades; bourgeois , divisés en corps de métiers , célébrant des solennités patronales où les saints du paradis étoient mêlés aux divinités de la fable; représentations théâtrales ; fêtçs des fous ou des cornards; messes sacrilèges; soupes grasses mangées sur l'autel ; Vite missa répondu par trois braiments d'âne; barons et chevaliers s'engageant dans des repas mystérieux à porter la

guerre dans un pays, faisant vœu sur un paon ou sur un héron d'accomplir des faits d'armes pour leurs mies; juifs massacrés et se massacrant entre eux , conspirant avec les lépreux pour empoisonner les puits et les fontaines; tribunaux de toutes les sortes, condamnant, en vertu de toutes les espèces de lois, à tQKtes les sortes dç supplices , des accusés de toutes les catégories depuis l'hérésiarque écorché et brûlé vif, jusqu'aux adultères attachés nus l'un à l'autre et promenés au milieu du peuple ; le juge prévaricateur substituant à l'homicide riche condamné un prisonnier innocent; des hommes de lois commençant cette magistrature qui rappela , au milieu d'un peuple léger et frivole, la gravité du sénat romain : pour dernière confusion , pour dernier contraste, la vieille société civilisée à la manière des anciens, se perpétuant dans les abbayes; les étudiants des universités faisant renaître les disputes philosophiques de la Grèce; le tumulte des écoles d'Athènes et d'Alexandrie, se mêlant au bruit des tournois , des carrousels et des pas d'armes. Placez enfin , au-dessus et en dehors de [cette société si agitée , un autre principe de mouvement, un Tombeau objet de toutes leS tendresses, de tous les regrets, de toutes les espérances, qui

atliroit sans ctsse au delà des mers les rois et les sujets, les vaillants et les coupables; les premiers pour chercher des ennemis, des royaumes, des aventures; les seconds pour accomplir des vœux , expier des crimes , apaiser des remords.

L'Orient, iiialgré le mauvais succès des croisades , resta loni^-temps pour les François le pays de la religion et de la gloire; ils tournoient sans cesse les yeux vers ce beau soleil, vers ces palmes de l'idumée, vers ces plaiiiies de Rama où les inlidèles se reposoient à l'ombre des oliviers plantés par Baudouin , vers ces champs d'Ascalon qui gardoient encore les traces de Godefroi de Bouillon et de Tancrède , de Philippe Auguste et de Couci , de saint Louis et de Sergine, vers cette Jérusalem un moment délivrée , puis retombée dans ses fers, et qui se montroit à eux comme à Jérémie , insultée des passants, noyée dans ses pleurs, privée de son peuple, assise dans la solitude.

Tels furent ces siècles d'imagination et de force qui marchoient avec tout cet attirail au milieu des évéîiements historiques les plus variés, au milieu des hérésies, des schismes, des guerres féodales, civiles et étrangères; ces siècles doublement favorables au génie ou par la solitude

des cloîtres quand on la reclierchoit , ou par le monde le plus étrange et le plus divers quand on le préféroit à la solitude. Pas un seul point de la France où il ne se passât quelque fait nouveau , car chaque seigneurie laïque ou ecclésiastique étoit un petit état qui gravitoit dans son orbite et avoit ses phases ; à dix lieues de distance les coutumes neseressembloient plus. Cet ordre de choses , extrêmement nuisible à la civilisation générale, imprimoit à l'esprit particulier un mouvement extraordinaire; aussi toutes les grandes découvertes appartiennent - elles à ces siècles. Jamais l'individu n'a tant vécu :1e roi revoit l'agrandissement de son empire , le seigneur la conquête du fief de son voisin, le bourgeois l'augmentation de ses privilèges, le marchand de nouvelles routes à son commerce. On ne connoissoitlefondde rien; on n'^avoit rien épuisé; on avoit foi à tout ; on étoit à l'entrée et comme au bord de toutes les espérances , de même qu'un voyageur sur une montagne attend le lever du jour dont il aperçoit l'aurore. On fouilloit le passé ainsi que l'avenir; on découvroit avec la même joie un vieux manuscrit et un nouveau inonde; on marchoit à grands pas vers des destinées ignorées , mais dont on avoit l'instinct, comme on a toute sa vie devant soi

clans la jeunesse. L'enfance de ces siècles fut barbare , leur virilité pleine de passion et d'énergie , et ils ont laissé leur riclie héritage aux âges civilisés qu'ils portèrent dans leur sein fécond.

•It

DE L'HISTOIRE DE FRANCE. 4f;ô

Teutonique. Ulphilas ^.

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