‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 45 sur 80 · INVASION DE LA FRANCE PAR EDOUARD · texte numérisé non relu

INVASION DE LA FRANCE PAR EDOUARD

Ce siège fut fatal ; il détermina Edouard à passer en France , et priva Philippe de cent mille hommes qui auroient pu se trouver à la bataille de Gréci. Tout se préparoit alors dans les conseils de Dieu. « Mais, dit le grave historien qui a le » mieux connu nos antiquités, les adversités ad- » venues à la France et les grandes victoires du » roi Edouard ne doivent persuader la justice » de sa querelle, mais être estimées châtiment » des vices des François. La restitution des pertes » et conservation de l'état jusqu'à présent mani- » Testent que ce n'a été ruine. »

Le duc de Normandie avoit fait serment de ne point abandonner le siège d'Aiguillon que la ville ne fût prise , à moins que son père ne le rappelât. Il lit partir le connétable d'Eu et Tancarville, pour rendre compte à Philippe de la résistance qu'il éprouvoit. Pliilippe retint auprès de lui ces deux seigneurs, et fit dire à son fils de .continuer le siège jusqu'à ce qu'il obligeât la ville à se rendre par la famine, puisqu'il ne la pou voit emporter de force.

Cependant le roi d'Angleterre, instruit de ce

qui se passoit en Guyenne se préparoit à secourir en personne le comte Derbv. 11 assembla, dans le port de Southampton, mille vaisseaux, quatre mille hommes d'armes, dix mille archers, seize mille hommes d'inlanterie légère, dont dix mille étoient Gallois et six mille Irlanduis : il laissa le gouvernement de l'Angleteire aux archevêques deCantorbury et d'York , aux évêques de Lincoln et de Durham , et aux seigneurs de Percy et de Neville; il donna la garde particulière de la reine au comte de Kent, son cousin. Le vent étant devenu favorable, Edouard, vers la tin du mois de juin de l'an 13i6, lit voile avec toute son escadre pour les côtes de Gascogne.

Il avoit auprès de lui , sur son vaisseau, Geofroy d'Harcourt et le jeune prince de Galles qui entroit dans sa quinzième année. Les autres seigneurs embarqués étoient les comtes d'Hereford , de Northampton, d'Anuidel , de Gornouailies. de Warwick, de Huntingdon , de Suflblck et d'Oxford. Parmi les barons et chevaliers , on comptoit Jean Louis et Roger de Beauchamp, Reaauld de Cobham , les sires de Mortimer, de Mowbray, de Roos, de Lucy, de Felton , de Bradestan, de Moulton , de Man, de Basset, de iierkley et de Willoughby, D autres combattants , qui devinrent dans la suite célèbres, Jean Chandos, Fitz-Warren , Pierre

et James d'Audelaj , Roger de Wettevalle, Barthélémy de Burgherst, Richard dePembridge, étoient aussi à bord de la Navée, au simple rang de bacheliers. Il faut encore compter quelques étrangers, Oulphart de Ghisteîle, du pays de Hainaut , et cinq ou six chevaliers d'Allemagne.

Pendant deux jours les vaisseaux firent bonne route vers le port qu'ils cherchoient : s'ils eussent entré dans la Gironde , la France étoit sauvée, et la France devoit être perdue. Celui qui commande à la mer fit cesser le vent par qui la flotte sembloit être favorisée ; il en envoya un autre qui la refoula violemment sur la Cor- Douailles ; on jeta l'ancre. Edouard attendit, implora le retour de la première brise , ne se doutant pas que la tempête qui soulevoit alors son pavillon , le menoit à la victoire.

Nous avons dit que Geofroy d'Harcourt étoit embarqué sur la Nef royale', il n'avoit jamais été d'avis d'attaquer la France du côté de la Guyenne, trop éloignée du centre de notre empire, et défendue, comme province frontière, par une multitude de châteaux ; quelque chose sembloit avoir fait à ce traître la révélation de la colère du ciel : rien de plus intelligent que la vengeance et la haine. Quand Harcourt vit la flotte repoussée aux côtes d'Angleterre, il profita de cet accident pour ébranler la résolution d'Edouard. «Sire,

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