TOME IV
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chrétienté un manifeste , déclarant : u Que Jes gentilshommes décapités ou emprisonnés par Jean, se disant roi de France, avoient été traîtreusement frappés: qu'ils n'avoient fait aucun traité avec lui, et qu'au contraire lui, Edouard, avoit toujours regardé le roi de Navarre et ses amis comme les ennemis de l'Angleterre. » Geofroy d'JIarcourt étoit-il l'ennemi d'Edouard ? Pour appuyer ce manifeste, le duc de Lancastre descendit en Normandie; les Anglois, réunis aux Navarrois , formèrent une armée de quarante mille hommes d'armes, sans compter les gens de pied. Jean s'avança contre les alliés qui venoient de prendre et de raser Verneud au Perche; les Anglois se retirèrent dans les forêts de l'Aigle, et Jean mit le siège devant Breteuil qui n'ouvrit ses portes qu'après deux mois de résistance.
Jean , de retour à Paris , apprend que le prince de Galles, après avoir ravagé l'Auvergne, le Limousin et le Berri , s'approchoit de la Touraine : il fait aussitôt le serment de marcher à lui et de le combattre partout où il le rencontrera. Il convoque barons , grands vassaux , seigneurs , gentilshommes et chevaliers de son royaume, ordonnant qu'aucun d'eux ne se dispense de se trouver au rendez-vous sur les marches de Blois et de Tours.
On s'assemble dans les plaines de Chartres : Craon , Boucicault et l'Hermite de Ghaumont se portent en avant avec trois cents hommes d'armes pour reconnoître et harceler l'ennemi.
Le prince Noir avoit eu d'abord le dessein de rejoindre dans le Perche l'armée du duc de Lancastre ; mais trouvant les passages de la Loire gardés , et apprenant que Philippe réunissoit des forces considérables, il reprit le chemin de Bordeaux par la Touraine et le Poitou: il perdit quelque temps au château de Romorantin dans lequel Boucicault, Craon et l'Hermite de Chaamont s'étoient renfermés, à la suite d une affaire d'avant - poste : c'est le premier siège , comme Créci fut la première bataille , où l'on se soit servi de canon. Le prince de Galles avoit donc du canon dans son armée? 11 ne l'employa pourtant pas à la bataille de Poitiers; nos grands barons dédaignèrent aussi d'en fiaire usage à la bataille d'Azincourt, quoiqu'ils eussent avec eux une artillerie formidable pour le temps. La valeur chevaleresque méprisoit les armes qui pouvoient être également celles du lâche et du brave.
Le prince de Galles, en s'arrêtant devant Romorantin , avoit commis une faute qui le devoit perdre : ce fut cette faute qui le couvrit de gloire et la France de deuil ; elle laissa à Jean le temps
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d'atleiiRire l'armée angloise qui ( n'eut été ce siège imprudent) lût rentrée en Guyenne sans coup férir.
}je& François franchirent la Loire sur différents points.
Le prince Noir commençoit à majiquer de vivres; il avoit fait un détour pour éviter Poitiers, resté fidèle à la France. Ce mouvement permit au roi qui suivoit la ligne la plus courte, de se porter en avant des Anglois.
Or, ceux-ci envoyèrent à la découverte deux cents armures de fer « tous montés sur fleur de coursiers » et commandés par le captai de Buch. Elles tombèrent dans les troupes du roi et virent la campagne couverte d'hommes d'armes : elles fondirent sur les traîueurs. Le bruit de l'attaque parvint l\ Jean au moment même où il alloit entrer dans Poitiers : il retourna sur ses pas avec legrosde son armée. "'
Les coureurs anglois, ayant rejoint le prince de Galles, lui racontèrent ce qu'ils avoient appris et combien l'armée ffançoise étoit nombreuse. Il répondit : « Or, il nous faut savoir à présent » comment nous la combattrons à notre avan- » tage. )) Il prit poste sur un terrain de difficile accès; Philippe de son côté s'arrêta : la nuit vint et couvrit les deux camps.
Le lendemain dimanche, 18 septembre, Fe
roi fit chanter une messe dans sa tente et communia avec ses quatre tilsj, Charles, Louis, Jean, Philippe, et les seigneurs des fleurs de lis, comme on appeloit alors les princes du sang.
Quand cela fut fait, Jean assembla son conseil : il proposa d'attaquer l'ennemi, et le conseil fut de l'avis du roi.
Les historiens ont blâmé cette résolution ; mais ils n'ont considéré ni les circonstances, ni les mœurs. Sans doute il eût été plus sûr d'atfarner les Anglois et de les forcer h se rendre ; mais il étoit aussi très-possible et plus héroïque de les vaincre. Si l'on n'eut pas perdu un jour ; si le duc d'Orléans ne se fût pas retiré avec un tiers de l'armée à l'abord de l'engagement; il est probable que le prince de Galles eût succombé. Et quel juste sujet de ressentiment le roi n'avoit-il pas contre les Angloisi Dans ces temps, d'ailleurs, les batailles n'étoient pas des calculs; elles étoient le fruit du hasard, ou d'une impulsion guerrière; elles n'avoient presque jamais de grands résultats; elles ne changeoient pas la face des empires: c'étoit des actions où l'on décidoit non de l'existence, mais de l'honneur des nations. Aussi les princes s' envoy oient-ils des cartels pour se rencontrer en tel lieu convenu, comme de simples chevaliers s'appeloient en. champs clos. Des hérauts
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d'armes portoient ces défis. « Vous irez à Troyes , » dit le comte de Bukinçjham aux deux hérauts » d'armes qu'il envoya au duc de Bourgogne , » sous le règne de Charles V, vous parlerez aux » seigneurs , et leur direz que nous sommes sor- » tis d'Angleterre pour faire faits d'armes , et ]h » où nous les croyons trouver nous les deman- » dons; et pour ce que nous savons qu'une partie » de la fleur de lis et de la chevalerie françoise » repose là -dedans, nous sommes venus h ce » chemin, et s'ils veulent rien dire, ils nous » trouveront sur les champs. »
On poussoit si loin quelquefois cette délicatesse du point d'honneur entre deux armées, qu'on se refusoit à prendre l'avantage du terrain. Souvent les généraux et les rois faisoient serment de combattre leur ennemi partout où ils le trouveroient, comme les dieux d'Homère juroient par eux-mêmes de faire des choses qui n'étoient pas toujours raisonnables, ou plutôt comme les vieux Germains s'engageoient à porter une longue barbe ou un anneau de fer jusqu'à ce qu'ils eussent abattu un Romain. Deux nations ainsi descendues dans la lice ne pouvoient pas plus refuser !e combat, qu'un homme de cœur ne se peut dispenser de tirer l'épée quand il a reçu un affront.
Il fut donc résolu , dans le conseil du roi , de
marcher droit à l'ennemi. Aussitôt les ordres sont donnés : les cors de chasse et les trompettes sonnent haut et clair; les ménestriers jouent de leurs instruments , les soldats s'apprêtent; les seigneurs déploient leurs bannières; les chevaliers montent à cheval et viennent se ranger k l'endroit où l'étendard des lis et l'oriflamme flottoient au vent.On voyoit courir les chevaucheurs, les poursuivants, les hérauts d'armes, les pages, les varlets avec la casaque, le blason et la devise de leurs maîtres. Partout brilloient belles cuirasses, riches armoiries, lances, écus, heaumes et pennons ; là se trouvoit toute la fleur de la France , car nul chevalier ni écuyer n'avoit osé demeurer au manoir. On entendoit, au milieu des fanfares, de la voix des chefs, du hennissement des chevaux , retentir les cris d'armes des différents seigneurs : Montmorency au premier chrétien, Châtillon au noble duc, Montjoie au blanc épervier , Montjoie Bourgogne , Bourbon notre-dame. Tous ces cris étoient dominés par le cri de France, Montjoie Saint-Denis, par des complaintes en l'honneur de la Vierge, et par la chanson de Roland.
Des vassaux , tête nue , sous la bannière de leur paroisse, et portant des colobes et des tabards (espèce de chemises sans manches et de manteau court) ; des barons en chaperons, en robes longues
et fourrées, marchant sous les couleurs de leurs dames; une infanterie en pelicon ou jaquette, armée d'arcs, d'arbalètes, de bâtons ferrés et de fauchards; une cavalerie couverte de fer et portant le bacinet et la lance; des évêquesen cottes (le mailles et en mitre; des aumôniers, des confesseurs; des croix, des images de saints, de nouvelles et d'anciennes machines de guerre; toute cette armée , enfin , présentoit aux feux du soleil un spectacle aussi extraordinaire que brillant et varié.
Les troupes réunies formoient plus de soixante mille combattants : on y voyoit le frère et les quatre fds du roi, la plupart des seigneurs des fleurs de lis, d'illustres commandants étrangers, trois mille chevaliers portant bannières. Tous ces guerriers avoieiit à leur tête le roi, qui, s il n'é toit pas le plus grandcapitaine de son royaume, en étoit du moins les plus brave soldat et le premier chevalier.
L'armée fut divisée en trois corps ou trois bataille s, coxwme on parloit alors, par l'avis du connétable Jean de Brienne et les deux maréchaux d'Audeneham et Clermont. Le duc d'Orléans, frère du roi, avant sous lui trente-six bannières et deux cents pcnnons, commandoitla première bataille; la seconde avoit pour chef le dauphin Charles , duc de Normandie , qui fut Charles
le Sage ; ses deux frères Louis et Jean marchoient avec lui : les trois princes étoient sous la garde des sires de Saint- Venant , de Landas , de Vondenay et de Gervolles, dit l'Archi-Prêtre, depuis célèbre aventurier. Le roi menoit la troisième bataille avec Philippe, le plus jeune de ses fils , tige de la seconde maison de Bourgogne.
Ces trois corps, qui auroient pu envelopper l'ennemi en tournant la position du prince de Galles, furent disposés sur une ligne oblique, un peu en arrière les uns des autres. L'aile gauche, la pUis avancée vers l'ennemi, et sous les ordres du duc d'Orléans, n'étoit séparée des Anglois que par un monticule, dont on négligea de s'emparer; le dauphin commandoit au centre, et le roi , à l'aile droite, la réserve. On jugera de la science militaire de ce temps, quand on saura que ces dispositions se faisoient avant d'avoir reconnu le terrain occupé par le prince de Galles.
Tandis que l'armée françoise se mettoit en bataille, le roi envoya Eustache de Ribaumont, Jean de Landas et Richard de Beaujeu examiner le camp du Chevalier qui avoit gagné ses éperons à Créci. Cependant Philippe, monté sur un cheval blanc , parcouroit les lignes et disoit : « Quand vous êtes dans vos bonnes villes , vous
» menacez les An^lois , et désirez avoir le » bacinet en la tête devant eux. Or, y êtes-vous; » je vous les montre : si leur veuillez remon- » trer leurs maltalents , et contre-venger les » dommages qu'ils vous ont laits. « L'armée répondit d'une commune voix : « Sire, Dieu y )) ait part. »
Les trois chevaliers envoyés à la découverte revinrent, et rendirent compte au roi de ce qu'ils avoient observé.
L'ennemi s'étoit retranché au milieu d'une vigne, sur une petite hauteur, auprès d'un village appelé Maupertuis; pour aller à lui, il n'y avoit qu'un chemin creux bordé de deux haies épaisses, et si étroit qu'à peine trois cavaliers y pouvoient passer de front : le prince de Galles avoit embusqué des archers derrière ces haies. Parvenu au bout du défilé, on trouvoit l'armée angloise composée en tout de deux mille hommes d armes, de quatre mille archers et de quinze cents aventuriers. Il n'y avoit guère sur ces sept à huit mille hommes que trois mille Anglois, le reste étoit François et Gascons.
Le prince avoit fait mettre pied à terre à sa cavalerie qui ne pouvoit agir dans le lieu où elle se trouvoit : le tout formoit , sur la pente de la colline , un corps d'infanterie pesamment
armé , retranché parmi des buissons et des vignes, couvert sur son front par des archers rangés en forme de herse. Cette disposition étoit l'ouvrage de James d'Audeley, chevalier d'une grande expérience.
Si le roi Jean avoit avec lui la fleur de la chevalerie de France, le prince Noir avoit pour compagnons les plus vaillants guerriers de l'Angleterre et de la Guyenne ; entre les premiers, on remarquoit Jean lord Chandos , les comtes de Warwick et de Suffolk , Richard Stanfort , James d'Audeley et Pierre, son frère, sire Basset et plusieurs autres ; entre les seconds on comptoit le captai de Buch , Jean de Chaumont, les sires de Lesparre, de Rozem, de Montferrant, de Landuras , de Prumes , deBourguenze , d'Aubrecicourt et de Ghistelles : c'est toujours nommer des François.
Ribaumont ayant peint au roi la position des ennemis, Jean lui demanda comment on les devoit attaquer. « Tous à pied, repondit » Ribaumont, excepté trois cents armures de » fer choisies entre les plus habiles et les plus » chevalereuses ; elles entreront dans le chemin » creux pour rompre les archers. Elles seront » suivies du reste des hommes d'armes à pied » pour donner sur les hommes d'armes anglois » qui sont en bataille sur la hauteur au bout du
» défilé, et pour Jes combattre tle la main h la M main. »
Jean suivit cet avis qui lui plaisoit par sa hardiesse : mieux conseillé il auroit fait attaquer les archers à dos et les eût chassés des deux haies avant de s'engatrer dans le défilé. Les maréchaux, d'après le plan adopté, désignèrent les trois cents cavaliers qui dévoient ouvrir le chemin. Le reste des hommes d'armes fut démonté ; on leur ordonna d'ôler leurs éperons, de tailler leurs piques, et de les réduire à cinq pieds de long , pour s'en servir avec plus de facilité dans la mêlée. Un corps d'Allemands , commandé par les comtes de Nidau , de Nassau et deSaarbruck, demeura à cheval afin de soutenir, en cas de besoin , les trois cents hommes d'armes k l'attaque du défilé. Le roi accompagné de vingt chevaliers, se mit au milieu de ces Allemands pour voir de plus près le commencement de l'action. Tout étant ainsi disposé, on donne le signal du combat.
Déjà les trois cents hommes d'armes avoient embrassé leurs targes, quand voici venir un cavalier qui demande à parler au roi : on reconnut le cardinal de Périgord. Le pape ne cessoit de travailler à la réconciliation de la France et de r Angleterre; les deux cardinaux d'Urgel et de Périgord avaient été envoyés vers les deux armées
pour les engager à la paix et traiter de la liberté du roi de Navarre. Le cardinal de Périgord ne s'étoit point rebuté du mauvais succès de ses premières tentatives, et, s'attachant aux pas des princes rivaux, il étoit arrivé à l'instant même où ils alloient vider leur querelle.
Il court vers le roi de France ; aussitôt qu'il l'aperçoit, il descend de cheval, s'incline et s'écrie en joignant les mains : «Très-cher sire, » vous avez ici toute la fleur de la chevalerie de » votre royaume , réunie contre un petit nombre » d'ennemis. Si vous pouvez en obtenir ce que 1' vous désirez sans combattre, vous épargnerez » le sang chrétien et la vie de vos sujets. Vous M savez que Dieu tient dans sa main le sort des » armes; je vous conjure , au nom de ce Dieu et )) de la charité , de me permettre d'aller vers le » prince de Galles lui représenter son péril et » l'avantage de la paix. »
Le roi répondit : « Il nous plaît que cela soit amsi , mais retournez vite. »
Le cardinal chevauche au camp anglois : au nom de la religion , les barrières des deux armées s'abaissent et laissent passer son ministre: il trouva le fils d'Edouard au milieu de ses chevaliers , couvert de son armure noire , et portant la devise des princes de Galles, prise de l'écusson du vieux roi de Bohême : présage qui promettoit à
Poitiers le destin de Gréci. « Certes, beau-fils, lui dit l'envoyé du pape , « si vous aviez exa- » miné l'armée du roi de France , vous me » permettriez d'essayer de conclure avec lui un » traité.» Le prince répondit: «J'entendrai k tout, fors à la perte démon honneur et de celui de mes chevaliers. » Le cardinal répliqua : «Beau-fds, » vous dites bien. » Et il retourna en toute hâte au camp francois.
. Il supplia le roi de suspendre l'attaque jusqu'au lendemain : « Vos ennemis, disoit - il , » ne peuvent échapper. Accordez-leur quelques » instants pour apercevoir leur péril. » Jean s'y refus'a* d'abord sur l'avis de la plus grande partie de son conseil ; mais , par respect pour le saint-siége , il consentit enfin à ce délai qui donna le temps aux Anglois de se retrancher, ralentit l'ardeur du soldat et'fut la principale cause de la perte de la bataille.
Le roi fit dresser une belle tente de couleur vermeille dans l'endroit même où il se trouvoit. Les troupes déposèrent leurs armes, à l'exception du corps commandé par le connétable et par les deux maréchaux.
Le cardinal, retourné au camp anglois et revenu ensuite au camp François , rapporta au roi les propositions du prince de Galles; celui-ci offroit de rendre les prisonniers qu'il avoit faits,
les villes et châteaux qu'il avoit pris depuis trois années; il s'engageoit pendant sept ans à ne point porter les armes contre la France: Villani ajoute qu'il conseutoit à payer deux cent mille nobles ou écus d'or pour les dégâts commis par son armée. Le prince demandoit en mariage une fille du roi , et , pour dot de cette princesse , le seul duché d'Angoulême; enfin il réclamoit la liberté de Charles le Mauvais , et s'engageoit à faire consentir Edouard aux conditions du traité.
Jean , que les historiens représentent comme un téméraire , n'avoit déjà été que trop modéré en accordant aux Anglois une suspension d'armes; il alloit donner une nouvelle preuve de son esprit conciliant en acceptant les olFres du prince Noir, lorsque Renaud de Chauveau , évêque de Ghâlons, se leva dans le conseil.
« Sire , dit-il , s'il m'en souvient bien , le roi )) d'Angleterre, son fds, et son frère le duc de » Lancastre , vous ont à plusieurs reprises in- » suite, et ont rempli votre royaume de meur- » très et de ruines. Sur terre, ils ont humilié » votre père Philippe et massacré votre noblesse; » sur mer ils ont assailli vos vaisseaux et brûlé vos » ports comme des pirates. Quelle vengeance en » avez-vous tirée? Quoi 1 pour prix de ces brigan- » dages, vous donneriez votre tille à des mains » teintes du sang françois? Dieu vous livre votre
iU HISTOIRE
» principal ennemi, ces orgueilleux Anglois, )) ces Gascons infidèles , ces lâches qui viennent » d'égorger les pâtres et les laboureurs , ces in- )) ccndiaires qui ont porté la flamme dans les » hameaux qui fument encore , et vous les lais- » seriez échapper ! Et croyez-vous qu'ils soient » de bonne foi dans ce qu'ils vous proposent? » Ne connaissez- vous pas leur perfidie? Sous -» le prétexte de faire ratifier les conditions par » le monarque anglois, ils gagneront du temps; » Edouard refusera de confirmer le traité con- » clu. Cependant le duc de Lancastre, qui ra- » vage le Perche avec son armée, aura rejoint » le prince de Galles; alors la victoire passera » peut-être à vos ennemis. Dieu vous préserve » de plus grands malheurs! Je demande qu'au- » cun délai ne soit accordé, et que votre ven- » geance cesse d'être suspendue par des pro- » positions insidieuses, et par les lenteurs de » votre conseil. »
Ce discours, dont le prélat soutint la vigueur la pique à la main , fit bouillonner dans le sein du roi l'ardeur guerrière, les barons crièrent : Aux armes! « Allez, dit Jean au cardinal, allez si- » gnifier au prince de Galles qu'il ait à se rendre » prisonnier lui et cent de ses principaux cheva- » liers. A cette condition , je laisserai passer son » armée. » Le prince , au ouïr de ces paroles
qui lui furent rapportées par le cardinal, répondit : « Mes clievaliers ne seront pris que les » aimes à la main. Quant à moi , quelque chose » qu'il arrive, l'Angleterre n'aura pas à payer ma » rançon. »
Ces pourparlers occupèrent toute la journée du dimanche. Pendant la tenue du conseil, divers chevalier des deux armées chevauchèrent le long des batailles. Dans une de ces courses, le maréchal de Giermont rencontra Jean Chandos : ils -portoient tous les deux dans leurs armes le même emblème ; c'étoit une dame vêtue d'une robe bleue, au milieu des rayons d'un soleil. « Chandos, dit le maréchal, depuis M quand avez-vous pris ma devise ?» — « Et » vous la mienne ? répliqua Chandos. » — « Si » nos gens, reprit Clermont, n'étoient au mo- )) ment déjouer des mains, je vous prouverois » tout à l'heure que vous ne devez pas porter » cette devise. » — « Eh ! s'écria Chandos , de- » main nous nous retrouverons, et je vous prou- » verai que la dame bleus esL plutôt mienne que » vôtre. » Cette querelle de chevalerie coûta la vie au maréchal qui fut tué par Chandos.
La nuit étoit venue : Les François , abondamment pourvus de vivres, se fiant dans leur nombre et leur valeur, la passèrent à dormir; les Anglois manquant de tout, veillèrent et se