‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 58 sur 80 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

178 AJNALYSE RAISONWEE

sif^iiale la naissance de la monarchie des Etats, comme le soulèvement des laboureurs de la Vendée marque la fin de cette monarchie. Au milieu des épouvantables cruautés de la Jacquerie, Guillaume Caillet, Guillaume Lalouette et le valet de ferme de celui-ci , le Grand-Ferré ^ lurent pourtant des héros.

Les paysans, tant ceux qui s'étoient soulevés que ceux qui étoient restés chez eux , avoient fortifié leurs villages et placé des sentinelles dans les clochers de leurs paroisses : à l'approche de l'ennemi, ces sentinelles tintoient la campane ou donnoient l'alarme avec un cornet; aussitôt les laboureurs répandus sur les champs se réfugioient dans léglise. Les riverains de la Loire se retiroient la nuit dans des bateaux qu'ils arrêtoient au milieu du fleuve. A Paris, on défendit de sonner les cloches, excepte celle du coiwre-feu (1358) depuis les vêpres chantées jusqu'au grand jour du lendemain ^ afin que les bourgeois en faction ne fussent distraits par aucun bruit. Les chemins se couvrirent d'herbe, les monastères furent abandonnés; les sillons laissés en friche ne servirent plus que de camps aux différentes troupes de brigands, de Jacques, de soudoyers anglois , navarrois , frauçois , qui s'y succédoient comme des hordes d'Arabes passant dans le désert :

on ne reconnoissoit l'existence des hommes dans ces solitudes , qu'à la fumée des incendies qui s'élevoit des hameaux. Nous avons encore les complaintes latines que l'on chantoit sur les malheurs de ces temps, et ce couplet pour les Bonshommes :

Jacques Bonshommes , Cessez , cessez , gens d'armes et piétons , De piller et manger le bonhomme , Qui de long-temps Jacques Bonhomme Se nomme.

Voilà ce que firent les Jacques , les compagnons , les bourgeois de Paris : la France leur fut redevable du commencement d'une infanterie nationale qui remplaça l'infanterie féodale des Communes, joint à ce sentiment d'indépendance naturel à la force armée; force tyrannique quand elle triomphe régulièrement, libératrice quand elle naît spontanément dans le sein d'un peuple opprimé.

La France ne fut point délivrée de la conquête, sous Charles V, par l'énergie des masses populaires comme dans la dernière révolution, mais par la sagesse de la couronne; aussi la délivrance fut-elle plus lente. Il ne resta de l'insurrection parisienne que les fossés creusés et les remparts élevés en moins de deux ans par les bourgeois ,

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dans un nionn^sit do ten'cnr panique excilcc par iVlarcol.

. La révolulion politique produite par les Etats de 1 356 et 1 357 ne passa point les murs de Paris. Paris ne donnait pas alors le mouvement au royaume; Paris n'étoit point la capitale de la France, c'étoit celle des domaines du roi: grande Commune qui agissoit spontanément , que les autres Communes n'imitoient pas, et dont elles savoient à peine le nom : Saint-Denis en France, en raison de sa célébrité religieuse, étoit beaucoup plus connu que Paris. Dans le pays de la langue d'Oc et même de la langue d'Oyl , il y avoit des villes qui égaloient en richesses et surpassoient en beauté cette boueuse Lutècc dont Philippe Auguste avoit à peine fait paver quelques rues.

Des germes de liberté politique se trouvèrent donc perdus au milieu de la monarchie féodale qui, bien qu'ébranlée dans ses institutions, étoit encore toute-puissante par ses mœurs. iVussi, après les Etats de 1356 et 1357, voit-on le pouvoir à peine né de ces Etats décroître. La couronne, qui les avoit convoqués pour se défendre, en eut peur : leur retour dans des temps de calamités , ne parut phis qu'un signal de détresse , et leur souvenir se lia à celui des malheurs qu'ils navoient pas faits, et qu'on ne leur laissoit pas

le temps de réparer. Le Parlement, dans leur abseuce , usurpa le pouvoir politique qui leur échappoit , particulièrement le droit de doléanceet desanctionde l'impôt. Quoiqu'il en soit, c'est cette monarchie des trois Etats substituée k la monarchie Féodale, qui nous a transmis la monarchie constitutionnelle , après la courte apparition de la monarchie Absolue de Louis XIV et de Louis XV.

La paix fut conclue entre le Régent et le roi de Navarre, en iSSg. La même année, la trêve avec l'Angleterre expira. On se battit, on négocia pour la délivrance du roi Jean. Un projet honteux de traité fut proposé, et rejeté par les trois Ordres des Etats. Guillaume de Dormans, avocat général , du haut du perron de marbre de la Cour, lut le traité au peuple assemblé; le peuple s'écria que ledit traité nétoit point passable ni faisable , et que toute la nation étoit résolue de faire bonne guerre au roi angiois.

Advint enfin le traité de paix de Brétigny, signé à Brétigny-lez-Chartres, le 8 mai 1360. Une observation qui me semble avoir échappé aux historiens doit être faite : Jean, en cédant tant de provinces à Edouard, ne cédoit pourtant presque rien des domaines de son royaume proprement dit. C'étoit des seigneurs indépen-

dants, les La Marche, les Cominges, les Périgord, les Chàtillon, les Foix, les Armagnacs, les Albrets , qui cliangeoient seulement de seigneur, qui, ne reconnoissant jamais que la couronne de France eût eu le droit de leur donner un autre suzerain , en appelèrent sous Charles V à cette couronne , et secouèrent le joug étranger. Ainsi ce démembrement de la monarchie féodale ne se pourroit comparer en aucune manière au démembrement de la monarchie compacte et constitutionnelle d'aujourd'hui.

Le roi Jean revint en France , après quatre ans un mois et six jours de captivité, le 25 octobre 1360; il assista à un tournois à Saint-Omer, vint prier à Saint-Denis, ce qui valoit mieux , et fit son entrée dans Paris le i 3 décembre. Il marchoit sous un drap d'or soutenu par quatre lances ; des fontaines de vin couloient dans les rues tapissées : le peuple françois admire le malheur comme la gloire.

A cette époque, Du Guesclin s'attacha au service de la France. Il commençoit à devenir fameux. « Vous verrez (lecteur) une àme forte )) nourrie dans le fer, pétrie sous des palmes, » dans laquelle Mars fit école long-temps. La » Bretagne en fut l'essai, l'Anglois son boute-

» hors, la Castille son chef-d'œuvre; dont les » actions n'étoient que hérauts de sa gloire, » les défaveurs, théâtres élevés à sa constance , » le cercueil , embassenient d'un immortel tro- » phée. » ( J^ie de Du Guesclin. )

La France avoit perdu des provinces par le traité de Brétigny ; elle reçut, en compensation de cette perte, un présent qui lui devint funeste : Philippe de Rouvre, âgé de quinze ans, dernier duc de la première maison de Bourgogne qui avoit subsisté trois cent trente années depuis Robert de France, premier duc, fils du roi Robert, et pelit-fils de Hugues Gapet, mourut au château de Rouvre vers les fêtes de Pâques, en 1362. Le duché et une partie du comté de Bourgogne, et tout ce qui provenoit de l'héritage direct d'Eudes IV , échut au roi Jean , fils de Jeanne de Bourgogne, sœur d'Eudes. Jean avoit d'abord réuni cette riche succession cl la couronne; s'il eût maintenu cette réunion^ il auroit évité bien desmalheurs à sa race; mais il donna l'investiture du duché de Bourgogne à son quatrième fils Philippe, premier duc de la seconde maison de Bourgogne : «Pour reconnoître, » disent les lettres datées de Germiny le 6 sep- » tembre 1363, le zèle que Philippe lui avoit » témoigné à lui Jean , en s'exposa nt à la mort » et combattant intrépidement à ses côtés à la

184 ANALYSE JIAISONNEE

M bataille de Poitiers, où ce iils si cher avoit été )> blessé et fait prisonnier avec lui. » Ces mêmes lettres instituent le duc de Bourgogne, premier pair de France. Jean régularisa le guet ou la garde nationale à Paris, et retourna en Angleterre pour mourir.

Se voulut-il donner lui-même en otage au lieu de son fils, le duc d'Anjou , qui avoit faussé sa foi? Gela est Lien dans son caractère. Retourna-t-il à Londres afin de satisfaire une passion, causa joci? dit le continuateur de Nangis. Auroit-il été le rival d'Edouard auprès de la comtesse de Salisbury? Edouard avoit cinquante ans; la comtesse n'étoit plus jeune; Jean lui-même étoit âgé de quarante-quatre ans. Les personnages qui avoient figuré sous Philippe de \ alois vieillissoient; un grand nombre d entre eux avoient déjà quitté la scène, un monde nouveau s'élevoit; le prince Noir, qui ne fut jamais populaire eu Angleterre , étoit devenu prince souverain d'Aquitaine ; on entrevoyoit déjà dans Charles régent , Charles le Sage; Du Guesclin faisoit oublier le héros de Poitiers. Jean termina-t-il sa tragique histoire par un roman? On peut tout croire des hommes. Jean mourut le 8 avril de l'année 1364 : quatre mille torches et quatre mille cierges éclairèrent ses funérailles dans l'église de Saint-Paul à Londres : c'étoit moins de

flambeaux que les Auglois n en avoient allumés pour voir les morts sur le champ de bataille de Gréci.Le corps du roi Jean fut rapporté en France et enterré auprès du grand autel de l'abbaje de Saint-Denis, le 6 de mai de la même année 1 364. En dehors du règne de Jean remarquons la république de Nicolas Rienzi à Rome , et la condamnation de Marin Falieri, doge de Venise. De temps en temps les principes populaires se faisoient jour , comme les volcans à travers les ma.sses qui pèsent sur eux.

CHARI.ES V.

De i364à i38o.

Une seule qualité doit être relevée dans Charles V, parmi celles qu'il possédoit : la connoissance des hommes et l'intelligence nécessaire pour les apprécier. Il se servit de ce qu'il y avoit de supérieur autour de lui, sans être obligé d'atteindre lui-même à une grande supériorité. A n'en citer que deux exemples, il choisit pour ses armées Bertrand Du Guesclin et Bureau de Larivière pour ses conseils. Les défauts mêmes de Charles V lui furent utiles; la foiblesse de son corps, le condamnant à la retraite, favorisa le développement de son esprit. Du Guesclin délivra

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la France des grandes-compai^nies en les menant en Espagne. Les guerres du prince de Transtamare et de Pierre le Cruel se mêlèrent aux guerres de la France, et amenèrent des révolutions où le prince Noir et Du Guesclin augmentèrent leur renommée. En Bretagne Clisson avoit paru, Charles de Blois avoit été tué k la bataille d' Au rai.

Les grands barons de la Gascogne se soulevèrent contre les Anglois qui les avoient opprimés. Charles V lit sommer le prince Noir de se rendre à Paris pour oujt droict sur les dictes complaintes et griefs émeus de par vous à faire sur vostre peuple qui clame à avoir et à oujr ressort en nostre cour et à ce nj êtes point de faulte. Un valet de l'autel du roi porta à Londres une lettre de Charles V qui dénonçoit la guerre h Edouard : celui-ci ne pouvoit en croire ses yeux; lui et ses ministres examinèrent à diverses reprises les sceaux attachés à cette déclaration inattendue. Edouard, endormi sur les lauriers de la victoire, ne s'étoit aperçu ni de la fuite des ans, ni des changements survenus autour de lui , ni de ce renouvellement de la race humaine au milieu de laquelle restent quelques hommes du passé que l'on ne comprend plus , et qui ne comprennent rien. L'astre du vainqueur de Créci pàlissoit : sa gloire d'un autre siècle

ne touchoit plus une jeunesse qui, avec d'autres passions, découvroit un autre avenir. Le lecteur de l'histoire est comme l'homme qui avance dans la vie, et qui voit tomber un à un ses contemporains et ses amis ; à mesure qu'il tourne les pages, les personnages disparoissent; un feuillet sépare les siècles , comme une pelletée de terre les générations.

Chandos n'étoit plus; le prince de Galles étoit mourant. Edouard fit une tentative pour aborder en France , dans le dessein de secourir Thouars , la dernière place qui lui restât en Poitou : cette fois la mer méconnut sa tête blanchie et le repoussa ; le vent de la fortune enfloit d'autres voiles. Le prince de Galles, transporté à Londres, expira âgé de quarante-six ans , au palais de Westminster. Il laissoit un fils, le malheureux Richard II, à qui l'on disputa jusqu'à la légitimité de sa naissance. Edouard III ne tarda pas à suivre le prince Noir dans la tombe : ce n'étoit plus le brillant chevalier de la comtesse de Salisburj ; c'étoit l'esclave d'une courtisane qui le vola sur son lit de mort , et lui arracha l'anneau qu'il |>0rtoit au doigt (i 377).

On peut remarquer en 1371 , la naissance, de Jean de Bourgogne et de Louis . duc d'Orléans : ainsi se forme la chaîne des pro-

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spêrilés et des calamités des empires. Le grand scliime d'Occident éclata en 1379 ynti la mort de Grégoire Xi, et la double élection d'Urbain VI et de Clément VJI. Charles V adhéra h ce dernier pape, et l'Université suivit le même parti. Des troubles commencèrent en Flandre : le duc de Bretagne, tenant ferme ùr l'alliance angloise, vit la noblesse de son duché se soulever contre lui. Enfin Du (incsclin, après avoir éprouvé une disgrâce de cour, et remis peut-être l'épée de connétable à Charles V, ce qui n'est pas prouvé, alla mourir devant Castel-JVeufde Randan. On sait que les clefs de la ville furent remises h son cercueil ; il respiroit encore cependant , lorsqu'elles furent apportées. Dans le testament de Du Guesclin , et dans le codicile de ce testament , daté du 9 et du iO juillet 1 380, il prend le titre de connétable de France. Bertrand dit à Olivier de Clisson , son compagnon: « Messire Olivier, je sens que la ^) mort m'approche de près, et ne vous puis dire » beaucoup de choses. Vous direz au roi que je » suis bien marrj que je ne lui ai fait plus long- » temps service , de plus fidèle n'eussé-je pu , et, » si Dieu m'en eût donné le temps, j'avois bon ^> espoir de lui vuider son royaume de ses ennew mis d'Angleterre. Il a de bons serviteurs qui s'y <» emploieront de mêmes effets que moi ; et vous,

» messire Olivier, pour ie premier. Je vous prie M de reprendre l'ëpée qu'il me commit, quand » il me donna l'épée de connétable, et la lui » rendre; il sçaura bien eu disposer et Taire élec- » tion de personne digne. Je lui recommande ma » femme et mon frère , et adieu , je n'en puis » plus. » Du Guesclin n'écrivoit pas, mais il savoit signer. J'ai vu sa signature, Bertrand ,'à\\ bas de quelques dispositions de famille.

Charles V ne survécut à Du Guesclin que de deux miois et quatre jours; il mourut au château de Beauté-sur-Marne , le 1 6 septembre à midi, de fan 1380. Ce prince disoit des rois : « Je ne les trouve heureux que parce qu'ils » peuvent faire du bien : » mot qui peint toute » sa vie.

Le règne de Charles V fut un règne de réparation, et de recomposition de la monarchie. L'art militaire fit des progrès considérables sous le Bon Connétable, Bayard, dans sa jeunesse, Turenne, dans son âge mur. Une sagesse obstinée renferma Charles V dans son palais; il se souvenoit de Créci et de Poitiers; il vouloit confier le sort de la France, non à l'impétuosité, mais à la patience du courage françois. Il laissa le royaume ouvert à toutes les courses d'Edouard qui promena ses troupes de Bordeaux h. Calais et de Calais à Bordeaux, tant qu'il voulut. JNos

soldats voyoient avec dépit, du haut des remparts où on les tenoit confinés , ces courses ; mais les Anglois perdoient toujours quelques places, les provinces cédées se fatiguoient du joug étranger ; les anciens grands vassaux de la couronne portoient leurs plaintes aux pieds de Charles V qui , la main appuyée sur le cœur de la France et sentant la vie revenir, parloit en maître.

CHARZiES VI.

De i38o à i4'i2.

La minorité de Charles VI fut en proie aux déprédations et aux rivalités des trois oncles paternels et tuteurs de ce prince , les ducs d'Anjou , de Berry et de Bourgogne : le duc de Bourbon , homme estimable , ne put presque rien pour contre-balancer les maux d'une administration sans talent et sans justice.

Soulèvement de Rouen et de Paris ; Juifs, fermiers et receveurs, pillés et massacrés; Etats où Ion entend parler du peuple et de la nation; guerre civile en Bretagne: désordres occasionnés par le schisme : tel est le prologue de la tragédie dont le premier acte s'ouvre à la folie de Charles VI. Le vertueux avocat général

Jean Desmarets fut traîné à l'écliafaud comme complice des séditions auxquelles il avoit au contraire opposé l'autorité de sa vertu.

«Maître Jean, lui disoit-on , en le menant » au supplice , criez merci au roi à fin qu'il vous » pardonne. » Desmarets répondit : « J'ai servi » au roi Philippe son grand aïeul, au roi Jean » et au roi Charles, son père, bien etlojaument; » ne oncques ces trois rois ne me sçurent que » demander , et aussi ne feroit cestuy s'il avoit » connoissance d'homme : à Dieu seul veux » crier merci. » Paroles magnanimes s'il en fut jamais.

Les exécutions nocturnes, commencées sous ce règne, continuèrent; on ne dérobe pas l'iniquité en la cachant.

Les corps étoient jetés dans la Seine avec cet écriteau : « Laissez passer la justice du roi. » Avertissement à la Loire en 1793, pour laisser passer la justice du peuple, hes assassinats juridiques datent du gouvernement des Valois : on marchoit vers la monarchie absolue.

Jean, fils du duc de Bourgogne, fut marié à Marguerite de Hainaut, et Charles VI, âgé de 17 ans, épousa Isabeau , fille d'Etienne, duc de Bavière, âgée de 14 ans. 11 Y a des noms qui sont à eux seuls l'arrêt des destinées ( 1 385 ) ; « Il est d'usage en France, dit Froissart , que quel-

102 ANALYSE KAISONJVEE

» que clame, comme fille de liaut seigneur que ce M soit, qu'il convient qu'elle soit regardée et avisée )) toute nue par les dames pour savoir si elle est w propre et Ibrmée pour porter enfants. » Du moins les flancs de cette femme qui devoit être si souvent regardée toute ?iue, dévoient porter Charles VIL

Grand projet de descente en Angleterre (i 386), quinze cents vaisseaux rassemblés au port de l'Ecluse; cinquante mille chevaux destinés à être embarqués; des munitions de guerre et de bouche, parmi lesquelles on remarque des barils de jaunes d'œufs cuits et piles comme rie la farine. Une ville de bois de trois mille pas de diamètre, munie de tours et de retranchements, étoit composée de pièces de rapport qui se démontoient et remontoient à volonté; elle pouvoit contenir une armée : nous n'avons pas aujourd'hui, dans notre état perfectionné d'industrie, l'idée d'un ouvrage aussi gigantesque de menuiserie et de charpenterie ; il est évident, par les boiseries qui nous restent du moyen âge, que l'art du menuisier étoit poussé beaucoup plus loin que de nos jours. Les vaisseaux de la flotte étoieut ornés de sculpture et de peinture; les mâts couverts d'or et d'argent ; magnificence qui rappelle la flotte de Cléopàtre. La haute aristocratie étoit descendue du plus haut point de sa puissance au

plus haut degré de sa richesse; elle a voit abouti au luxe, comme tout pouvoir, et par conséquent sa force déclinoit : les petits hommes qui faisoient ces grands préparatifs furent écrasés dessous. Les intrigues et les passions du duc de Berrv, ïes vols de toutes les espèces d'agents, le retour de la mauvaise saison, empêchèrent la France de reporter en Angleterre les maux que celle-ci lui avoit faits, et ce fut en vain que les propriétaires furent taxés à la valeur du quart de leur revenu pour une inutile parade ( 1 386 ).

Ces princes de la première maison de Valois étoientdes esprits fastueux, bornés et ingouvernables : ilsavoient rempli leur maison de cette foule de valets décorés , sangsues du peuple et plaies des cours. Cette noble tourbe jouissoit d'immunités abusives; il n'y avoit pas de surnuméraire de garde-robe qui, en attendant l'exercice de ses fonctions, ne fût exempt des charges publiques.

Le 1^^ janvier de cette année 1386 vit la fin du roi de Navarre, homme qui aimoit le crime de la même ardeur qu'il aimoit la débauche : s'il eût connu un moyen d'en ranimer le goût dans son cœur , il s'en seroit servi comme il se servoit du linceul imprégné d'esprit-de-vin , où il se faisoit coudre pour rappeler ses forces épuisées avec les femmes , et dans lequel il fut brûlé.

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