DIOGÈNE
Je t'enfermerai avec la misère, tu ne te soucieras ni de parents, ni de patrie; tu quitteras la maison de ton père ; tu habiteras quelque masure, quelque sépulchre, ou comme moi un tonneau. Ton revenu sera dans ta besace pleine de rogatons et de vieux bouquins : tu disputeras de félicité avec Jupiter; si l'on te fouette, tu n'en feras que rire.
H faudroit que ma peau fût une écaille d'huître ou de tortue.
DIOGÈN E.
Voici ma doctrine : trouver à redire à tout , avoir la voix rude comme un chien , la mine barbare, l'allure farouche et sauvage, vivre au milieu de la foule comme s'il n'y avoit personne, être seul au milieu de tous , préférer la Vénus ridicule, et se livrer en public à ce que les autres rougissent de faire en secret. Si tu t'ennuies tu prendras un peu de ciguë et tu t'en iras de ce monde : voilà le bonheur : en veux tu?
Après Diogène, pour lequel on donne deux
oboies, Mercure fait venir Aristippe; il est ivre et ne peut répondre. Mercure explique sa doctrine : ne se soucier de rien , se servir de tout, chercher la volupté n'importe où.
Heraclite et Démocrite, abrégé de la sagesse et delà folie , succèdent à Aristipe:run rit, l'autre pleure. Démocrite rit parce que tout est vanité, et que l'homme n'est qu'un concours d'atomes produits du hazard. Heraclite pleure parce que le plaisir est douleur, le savoir ignorance, la grandeur bassesse , la santé infirmité , le monde un enfant qui joue aux osselets et se tourmente pour un songe. Heraclite regrette le passé , s'ennuie du présent et s'épouvante de l'avenir.
Jupiter fait sémondrer Socrate.
Qu'es-tu ?