TOME IV
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s'écrie : « L'heure est donc venue où la France » doit couvrir d'un voile son superbe panache, » et laisser tomber sa tête dans le giron de » l'Ant^lelerre ! » Lorsque rhéroine est condamnée, elle prononce ces paroles : « Jeanne d'Arc ■» vécut chaste et sans reproche dans ses pen- » sées. Son sang pur, que vos mains barbares » versent injustement, criera vengeance contre » vous aux portes du Ciel \ »
Schiller, dans son admirable tragédie, met ces mots dans la bouche de Jeanne inspirée : « Ce royaume doit-il tomber? Cette contrée » glorieuse, la plus belle que le soleil éclaire » dans sa course, pourroit-elle porter des chaî-
M nés? Eh quoi! nous n'aurions plus de
!) roi à nousl de souverain né sur notre sol! Le ') Roi qui ne meurt jamais disparoîtroit de no-
» tre pays! L'étranger qui veut régner
)) sur nous, pourroit-il aimer une terre où ne » reposent pas les dépouilles de ses ancêtres? » Notre langage pourroit-il être entendu de son » cœur ? A-t-ii passé ses premières années au » milieu d'une jeunesse Françoise, et peut-il être » le père de nos enfants? »
Et Voltaire, le pofite francois, entre le poëte anglois et le poëte allemand , que fait-il dire à
■• OEuvies tle Shakspeare , rollect. Guizot.
la Pucelle? Recormoissons-îe , à l'honneur du temps où nous vivons, ce crime du génie, cette débauche du talent ne seroit plus possible aujourd'hui; Voltaire seroit forcé d'être François, par ses sentimens comme par sa gloire. Avant l'établissement de nos nouvelles institutions , nous n'avions que des mœurs privées; nous avons maintenant des mœurs publiques, et, partout où celles-ci existent, les grandes insultes à la patrie ne peuvent avoir lieu : ]a liberté est la sauvegarde de ces renommées nationales qui appartiennent à tous les citoyens. Au surplus Voltaire historien et philosophe est juste, autantque Voltaire poète et impie est inique ^
Le traité d'Arras réconcilia le roi de France et le duc de Bourgogne ; Paris ouvrit ses portes au maréchal de l'Isle-Adam (1 436) , et Charles VII, un an après, y fit son entrée solennelle. Une trêve avoit été conclue entre la France et l'Angleterre; elle expira en 1448.
Charles VII et ses généraux reprennent toute la Normandie , la Guyenne et Bordeaux. Les Anglois sont chassés de France où, après une si longue occupation et tant de malheurs, ils ne conservent que Calais, première conquête
■" Théâtre allemand , collect. Ladvocat ; voir VJEssai sur les mœurs.
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d'Edouard III (1449,1450,1451,1452,1453).
Taibot, le dernier des héros de cet âge dans les rangs anglois, avoit été tué à la bataille de Gastillon.
Alors vivoit Agnès Sorel, dame de beauté, qui régnoit sur le roi et le poussoit à la gloire. Charles VII eut trois lilles d'Agnès Sorel , Charlotte , Marguerite et Jeanne : iMonstrelet assure que ce monarque n'entretint jamais qu'un commerce d'àme et de pensées avec sa maîtresse (144 , 1446).
Le dauphin (Louis Xî), cantonné dans le Dauphiné pendant quinze ans, tantôt en révolte ouverte, tantôt en conspiration secrète contre son père, se retire auprès du duc de Bourgogne, où il demeure six ans (1456).
Procès fait au duc d'Alenoon, prince du sang. I! est condamné à mort; la peine est commuée en une prison d'où Louis XI le délivra pour l'y remettre encore, parce qu'il conspira de nouveau.
Rivalité des maisons d'Yorck et de Lancastre en Angleterre. Révolutions et guerres de la rose blanche et de la rose rouge ( 1 457, 1 458 , 1 459, 1460, 1461).
Charles VII se laisse mourir de faim dans la crainte d'être empoisonné par son fils. Il expire à M-eun, en Berry, le 22 juillet 1461. On a dit
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ingénieusement qu'il n'avoit été que le témoin des merveilles de son règne.
Charles VII étoit ingrat, insouciant et léger; défauts qui lui furent utiles dans la mauvaise fortune, parce qu'en la sentant moins il eut l'air de la dominer.
Vingt années de malheurs mûrirent les esprits et leur communiquèrent une activité prodigieuse. Les lois , l'administration, l'art militaire, les sciences, les lettres s'éclairèrent des besoins d'une société tourmentée par tous les fléaux de la guerre civile et de la guerre étrangère. La puissance populaire s'accrut de tout ce que perdit la puissance aristocratique; en même temps que la royauté contestée , que la couronne attaquée dans son hérédité, consacrèrent leurs droits légitimes, en étant obligées de recourir à ceux mêmes de la nation.
Les grandes scènes et les grandes causes ne se jugent ni ne se plaident devant les peuples, sans que de nouvelles idées ne s'introduisent dans les masses, et que le cercle de l'esprit humain ne s'élargisse. Aussi voyons-nous sous Charles VI et Charles VII les mouvements populaires succéder aux mouvements aristocratiques, et des excès d'une autre nature se commettre ; des massacres de prêtres et de nobles dans les prisons annoncent la renaissancedespassions plébéiennes. L'augmen-
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tatioii de la moyenne propriété ;raccroissenieiiE des cités et de leur population ; le progrès du droit civil; la destruction matérielle du corps des nobles ; la multiplication des cadets de famille qui presque tous privés d'héritage , n'avoient plus la ressource de vivre commensaux de leurs aînés et se perdoient par misère dans la roture: voilà les principales causes qui amenèrent pendant les règnes de Charles VI et de Charles Vil une des grandes transformationsde la monarchie. Sous Charles VII expirèrent les lois de la féodalité dont il ne demeura que les habitudes. La conquête étrangère ayant obligé à la défense commune, on se donna naturellement au chef militaire autour duquel on s'étoit rassemblé ; or, cela n'arrive jamais sans que des libertés périssent. L'impôt levé pour la solde des compagnies régulières ne fut point et ne put être consenti par la nation , pendant les troubles de l'état ; il resta de ces troubles , à la couronne , un impôt non voté et une armée permanente , les deux pivots de la monarchie absolue. Les mœurs devinrent demi-chevaleresques, demi-soldatesques; le chevalier se métamorphosa en cavalier et \e pédaille en fantassin. Les frères Bureau fondèrent l'artillerie : tout le monde à cette époque , bourgeois et gens déplume , avoit porté les armes. ' p.oboy.u.'<>n
Charles VII institua le conseil d'état qui devint le conseil exécutii". Le parlement ne faisant plus partie du conseil du roi, vit mieux les limites de ses fonctions judiciaires , en même temps qu'il garda les fonctions politiques dont il s'étoit emparé; car, vers la fin du quatorzième siècle, les Etats avoient presque cessé d'être convoqués.
L'histoire des idées commence à se mêler à l'histoire des faits. Les spectacles modernes prennent naissance, ou du moins, étant déjà nés , ils se développent. Aux combats d'animaux , aux mimes delà première et de la seconde races, succédèrent , sous la troisième, les troubadours et trouvères, les jongleurs, les mènestriers, l'associatioji de la Mère folle, les Cotifrères de la passioti, les En fans sans -souci , les Coqueluchiers , les Cornards , les Moralités jouées par les clercs de la Bazoche, la Royauté des fous par les écoliers, et enfin les Mystères , plaisirs grossiers sans doute , enfance de l'art où tout se trouvoit confondu, musique, daase , allégorie, comédie, tragédie, mais scènes pleines de mouvement et de vie , et dont nous aurions tiré une littérature bien plus originale et bien plus féconde, si notre génie sous LouisXIV ne s'étoit fait grec et latin. Les Erifans sans-souci jouoient particulièrement la comédie ; leur chef
s'appeloit le prince des sots , et portoit un capuchon surmonté de deux oreilles d'àne. Les Cornai ds avoient pour cheïY abbé des Comards. Je ne sais si l'on a jamais remarqué que les premières éditions de la Mer des histoires et chroniques de France sont ornées de très-belles majuscules et de vignettes qui représentent \eprince des sots , et des scènes peu chastes. Le mariage, chez les anciens, n'a jamais été comme chez les modernes , et surtout comme chez les François , un sujet de raillerie; cela tient à ce que les femmes n'étoient pas mêlées à la société antique ainsi qu'elles le sont à la société nouvelle. La comédie naissante n'épargna ni les choses, ni les personnes; elle fut licencieuse à l'exemple des mœurs qu'elle avoit sous les jeux, hardie de même que les guerres civiles au milieu desquelles elle surgit. La tragédie prit son plus grand essor pendant les troubles de la Fronde.
La fureur de ces spectacles devint si grande que tout le monde voulut être acteur; des princes, des militaires, des magistrats, des évêques se faisoient agréger à ces troupes comiques dont la profession étoit libre. L'esprit passoit par degré des plaisirs matériels à ceux de l'intelligence. Le christianisme ayant porté la morale dans les passions , avoit combiné et modifié ces passions d'une manière toute nouvelle ; le génie pouvoit
fouiller cette mine, non encore exploitée, dont les filons étoient inépuisables.
Du point où la société étoit parvenue sous Charles Vif, il étoit loisible d'arriver également à la monarchie libre ou k la monarchie absolue : on voit très-bien le point d'intersection et d'embranchement des deux routes; mais la liberté s'arrêta et laissa marcher le pouvoir. La cause en est qu'après la confusion des guerres civiles et étrangères, qu'après les désordres de la féodalité, le penchant des choses étoit vers l'unité du principe gouvernemental. La monarchie en ascension devoit monter au plus haut point de sa puissance; il falloit qu'eu écrasant totalement la tyrannie de l'aristocratie , elle eût commencé à faire sentir la sienne, avant que la liberté pût régner à son tour. Ainsi se sont succédés en France , dans un ordre régulier, l'aristocratie, la monarchie et la république, le noble, le roi et le peuple : tous les trois, ayant abusé de la puissance , ont enfin consenti à vivre en paix dans un gouvernement composé de leurs trois éléments.
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