TOME IV. l
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roître ces inconvéniens de la barbarie, mais pour attaquer les autorités seigneuriales. S'il établit les cent gentilshommes au bec de corbin , origine des gardes du corps; s'il prit des Suisses à sa solde et y joignit un corps de dix mille hommes d'infanterie françoise, ce n'e^t pas qu'il eût en vue de créer une armée nationale , c'est qu'il formoit une garde pour sa personne. Quand il s'humilioit devant Edouard IV et le duc de Bourgogne , ce n'étoit point par une méconnoissance de sa grandeur; mais pour obtenir le loisir de poursuivre dans l'intérieur de la France les seigneurs puissants. Il harcela sans relâche le duc de Bretagne; il attachoit bien plus d'importance à la conquête des états de ce duc qu'à celle de ceux du duc de Bourgogne , parce qu il nevouloit pas avoir derrière lui une principauté indépendante ; porte toujours ouverte sur son royaume par où l'ennemi pouvoit toujours entrer. 11 fit ou laissa empoisonner son frère, le duc de Guyenne , parce qu'il ne vouloit pas plus d'apanagistes que de grands vassaux : l'apanage étoit en effet une sorte de démembrement.
Cette suite d'idées le mena à négliger le mariage du Dauphin et de Marie de Bourgogne. Le dauphin étoit un enfant de huit ans, laid et mal conformé; Marie étoit une belle princesse de vingt ans; elle eût été obligée d'attendre,
dans une espèce de veuvage de dix ans, la croissance dun avorton dont les dix-huit ans auroient peut-être dédaigné ses trente années^ Louis XI avoit trop de jugement pour ne pas calculer ce qui pouvoit arriver pendant la durée de ces longues fiançailles sans noces , dont le moindre accident pouvoit rompre les foibles liens. Il détestoit en outre les Flamands, et les Flamands le détestoient ; l'esprit de liberté qui régnoit depuis trois siècles dans ces communes manufacturières, étoit antipathique à son génie. Les comtes de Flandre étoient plutôt les sujets des Flamands, que les Flamands n'étoient leurs sujets. C'est dans ce pays resserré, ancien berceau des Franks, que s'est maintenu jusqu'à nos jours ce feu d'indépendance et de courage qui animoit les compagnons de Khlovigh.
Qu'auroit fait Louis Xt, tuteur de son fils, de ces bourgeois qui firent exécuter sous les yeux de Marie de Bourgogne ses deux ministres, Hymbercourt et Hugonet? Elever des échafauds , c'étoit attenter aux droits de Louis XL II trouva plus sûr et plus court de s'emparer du duché de Bourgogne qui revenoit naturellement à la couronne à la mort de Charles le Téméraire , les apanages ne passant point aux filles. Il s'empara des villes sur la Somme, et de plusieurs villes dans l'Artois sur lesquelles il avoit
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des prétentions assez fondées; mais, pour éteindre le droit de suzeraineté que l'Artois avoit sur la ville de Boulogne, il transporta et conféra cette suzeraineté à la sainte Vierge, sa petite maîtresse , sa grande amie.
Par le mariage du Dauphin et de Marie de Bourgogne , il se seroit commis avec le corps germanique : la Franche - Comté , le Luxembourg, le Hainaut et !a Hollande relevoicnt de l'empire; or Louis XI ne vouloit de querelles que quand il se crojoit sûr du succès. Toutes ces considérations le portèrent à préférer le certain à l'incertain , h prendre ce qu'il pouvoit garder, à laisser ce qui présentoit des chances périlleuses. 11 ne favorisa pas davantage l'union de Charles d'Angoulême, de la maison d'Orléans, avec l'héritière de Charles le Téméraire, parce que c'eût été rétablir sous un autre nom la puissance des ducs de Bourgogne. Mais s'il rejeta le mariage du Dauphin avec Marie, il rechercha le mariage de ce même Dauphin avec Marguerite , fille de Marie et de Maximilien , parce que d'un côté il y avoit proportion d'âge, et que de l'autre on gratifioit Marguerite des comtés d'Artois et de Bourgogne ; or cette dot n'oflfroit aucune matière à contestation avec la Flandre et lEmpire. Ce mariage n'eut pas lieu , parce que la dame de Beaujeu, qui suivit la po-
Jitique de sou père, prêtera pour sou ueveu Charles VIII l'héritière de Bretagne.
En tout, Louis XI étoit ce qu'il falloit qu'il fût pour accomplir son œuvre. Né à une époque sociale où rien n'étoit achevé et où tout étoit commencé, il eut une forme monstrueuse, indéfinie, toute particulière à lui, et qui tenoit des deux tyrannies entre lesquelles il paroissoit. Une preuve de son énergie sous cette enveloppe , c'est qu'il craignoit la mort et l'enfer, et que pourtant il surmontoit cette irayeur quand il s'agissoit de commettre un crime. Il est vrai qu'il espéroit tromper Dieu comme les hommes ; il avoit des amulettes et des reliques pour toutes les sortes de forfaits. Louis XI vint en son lieu et en son temps : il y a une si grande force dans cet à-propos, que le plus vaste génie hors de sa place peut être frappé d'impuissance, et que l'esprit le plus rétréci , dans telle position donnée, peut bouleverser le monde.
Louis XI, vers la fin de sa vie, s enferma au Plessis-lez-Tours , dévoré de peur et d'ennui. Il se traînoit d'un bout à l'autre d'une longue galerie, ayant sous les yeux pour toute récréation, quand il regardoit par les fenêtres, le paysage, des grilles de fer, des chaînes, et des avenues de gibets qui menoient à son château : pour seul promeneur dans ces avenues, paroissoit Tristan
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le grand-prévôt, compère de Louis. Des combats de chats et de rats, des dansesde jeunes paysans et de jeunes paysannes qui venoient figurer dans les donjons du Plessis le bonheur et l'innocence champêtres, servoient à dérider le front du tyran. Puis il buvoit du sang de petits enfants, pour se redonner de la jeunesse; remède qui sembloit tout- it -fait approprie au tempt-rament du malade. On faisoit sur lui, disent les chroniques, de terribles et de merveilleuses médecines. Enfin il fallut mourir. Louis XI porta le premier le titre de Roi Très- Chrétien, et les protestants jetèrent au vent ses cendres : les excès de la liberté religieuse et politique profanèrent la tombe de celui qui avoit abusé du pouvoir et de la religion.
Les principaux conseillers de ce roi furent Philippe de Comines, homme complaisant, qui a laissé des Mémoires hardis; et Jean du Lude, homme encore plus souple, que son maître appeloit Jeaîi des habiletés.
Louis XI laissa deux fdles et un fils légitimes, la dame de Beaujeu, Anne duchesse d Orléans et Charles VIII. Ce vilain homme fit aussi subir à des femmes le despotisme de ses caresses. Il eut de Marguerite de Sassenage une fille qui , mariée à Aymar de Poitiers, fut l'aïeule de la belle Piane de Poitiers.
Quand Louis XI disparoît, l'Europe féodale tombe; Coustantinople est pris; les lettres renaissent; l'imprimerie est inventée, l'Amérique, au moment d'être découverte ; la grandeur de la maison d'Autriche se fait pressentir parle mariage de l'héritière de Bourgogne avec Maximilien. Henri VIII, Léon X, François I"., Charles-Quint, Luther avec la Réformation, ne sont pas loin : vous êtes au bord d'un nouvel univers.
CHARLES VZII.
De i483 à 1498.
Du Haillant ne veut pas que Charles VIII soit fils de Louis XI, ou du moins qu'il soit fils de la reine Charlotte de Savoie: il avoitouï dire cela. A ce compte, une foule de rois n'auroient pas été fils de leur prétendu père, car -ces histoires d'enfants supposés sont renouvelées de règne en règne dans tous les pays. Au surplus l'adultère est toujours un crime, et dans la famille particulière des princes l'infidélité des femmes est afl3.igeante ; mais dans la famille générale des peuples , peu importeroit ( n'étoit la violation du droit et le désordre moral ) d'où viendroit le royal enfant : s'il devoit à une fiction légale les avantages de l'hérédité et les qualités d'un grand
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homme, alors, souverain de droit et de fait, il emprunteroit à la naissance et au génie une double légitimité. Mais Charles Vlll étoit bien tils de Louis XL
Ce dernier, par un trait remarquable de sa politique , avoit réglé qu'Anne de France , dame de Beaujeu , sa fille, seroit chargée du gouvernement de la personne du roi. Louis XI s'étoit souvenu des abus delà régence sous Charles VL Les Etats de Tours de 1 484 confirmèrent Anne dans ce gouvernement , malgré 1 opposition du duc d'Orléans qui s'étoit adressé au parlement de Paris, lequel déclina sa compétence et renvoya l'affaire aux Etats. Us nommèrent un conseil de dix personnes où dévoient assister les princes du sang. Le point le plus élevé de la monarchie des états se trouve sous le règne de Charles VIII et de Louis XII.
Charles VITl fait mettre en liberté Charles d'Armagnac , Irère de Jean , tué à Lectoure. Tous les Armagnacs sont rendus à la liberté ou rétablis dans leurs biens. Laudois, favori de François II, duc de Bretagne, est pendu.
HenriVil d'Angleterre défait ettueRichardlIL Henri VII, de la branche de Lancastre, épousa Elisabeth d'Yorck, et confondit les droits des deux maisons qui s'étoient si long-temps disputé
Le duc d'Orléans, mécontent de la cour, s'étoit retiré en Bretagne : il commence, aidé des Bretons et d'une troupe d'Anglois , une courte guerre civile. li est défait et prisa la bataille de Saint- Aubin , que gagna Louis II, sire de La Trémoïlie (1488).
Charles YIII épouse, en 1491 , Anne, héritière du duché de Bretagne ; Marguerite , fille de Maximilien , qu'il avoit fiancée et ensuite renvoyée à son père, est mariée h. l'infant d'Espagne, dont elle eut Charles-Quint.
L'an 1492 chute de Grenade, fin delà domination des Maures en Espagne , et découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.
Expédition de Charles VIII en Italie. Jusqu'alors l'Italie n'avoit vu les François que comme des espèces d'aventuriers : aussitôt que les rois de France eurent brisé le dernier anneau de la chaîne féodale , ils purent marcher hors de leur pays à la tête de leur nation. Les droits de Charles VIII sur la souveraineté de Naplesétoient la cession qui lui en avoit été faite par Charles d'Anjou, héritier de son oncle René. Charles VIII arrivé à Rome (1494) y trouva un empire aussi chimérique que le royaume qu'il prétendoit conquérir : André Paléologue, héritier de l'empire de Constantinople qu'il n'avoit pas, céda ses prétentions au roi de France, et le pape Alexan-
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dre VI livra à Charles, Zizim , frère de Bajazet, exilé dans les états du saint-siége. Charles VIII entra dans Naples le 21 février 1 495 avec les ornements impériaux, soit qu'il les portât comme empereur d'Occident ou comme empereur d'Orient. Uneli^ue conclue à Venise entre le pape, l'empereur, le roi d'Arragon, Henri Vil, roi d'Ani^leterre, Ludovic Sforce et les Vénitiens, oblige Charles VIII à évacuer l'Italie. Les François repassent les Alpes après avoir vaincu à Fornoue. On admira le service de l'artillerie françoise; pour la première fois une armée régulière de notre nation se montra dans la belle contrée où elle devoit un jour acquérir tant de gloire.
Charles VIII expire au château d'Amboise le 7 avril 1498 : son fils le Dauphin étoit mort âgé de trois ans. Une branche collatérale monte sur le trône,
« Charles VIII , petit homme de corps et peu » entendu, dit Comines, étoit si bon qu'il n'est » point possible de voir meilleure créature. »