‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 63 sur 80 · Z.OVIS XII · texte numérisé non relu

Z.OVIS XII

De 1498 à i5i5.

Louis XII a obtenu le plus beau surnom des rois de France : il fut tout d'une voix appelé le Père du peuple. Et ici le mot peuple a une grande valeur, et annonce une révolution : ce n'est point un mot banal appliqué à une foule depuis long-temps gouvernée par un maître; c'est un mot nouvellement introduit dans la langue pour désigner une jeune nation affranchie, formée des débris des serfs et des corvéables de la féodalité. Elle ouvroit les temps modernes , cette nation ; elle avoit la force et l'éclat qu'elle eut dans sa première métamorphose , lorsque les Franks, transformés en François , entrèrent dans les siècles du moyen âge.

Louis XU étoit arrière- petit -fils de ce Louis, duc d'Orléans, par qui le sang italien commença à couler dans les veines de nos monarques et à leur communiquer le goût des arts : race légère et romanesque , mais élégante, brave, intelligente, et qui mêla la civilisation à la chevalerie. On ne sauroit trop rappeler le mot de Louis XII en parvenant au

trône : « Le roi de France ne venge pas les » querelles du duc d'Orléans (1498). »

Louis XII épousa la veuve de Charles VIIL La Bretagne fut le dernier grand fief revenu à la couronne. Ainsi périt la monarchie féodale : commencée par le démembrement successif des provinces du royaume, elle finit par la réunion successive de ces provinces au royaume, comme les fleuves sortis de la mer retournent k la mer. Il restoit encore une soumission pour les comtés de Flandre et d'Artois , possédés par l'archiduc d'Autriche; mais ce n'étoit plus qu'un vain hommage auquel ni celui qui le rendoit , ni celui qui le recevoit, n'attachoit aucune idée d'obéissance ou de supériorité. Les lambeaux de la monarchie féodale , traînèrent assez long-temps dans la monarchie absolue, de même que l'on voit aujourd'hui des débris du despotisme impérial flotter parmi les libertés constitutionnelles. Le passé se prolonge dans l'avenir, et une nation ne peut ni ne doit se séparer de ses tombeaux.

La cour de l'Echiquier en Normandie fut érigée en parlement : ainsi tomboient tour h tour les pièces de la vieille armure gothique.

Louis XII porta la guerre en Italie : aussitôt que nos querelles cessèrent au dedans, elles commencèrent au dehors; il falJoit une nouvelle

issue à l'humeur guerrière de la France. Louis XU prétendoit au ducîié de Milan par les droits de Valentine de Milan son aïeule , et au royaume de Naples par les droits de la maison d'Anjou, Dominoient alors à Rome les abominables Borgia : César Borgia , le héros de Machiavel; Alexandre VI avec sa fille triplement incestueuse, nommée Lucrèce, comme pour offrir à Rome un contraste fameux avec l'antique pudeur romaine. Le Milanois fut conquis dans l'espace de vingt jours , le royaume de Naples en moins de quatre mois ; ce royaume fut occupé de concert avec Ferdinand le Catholique. Bientôt les François et les Espagnols se brouillent pour le partage de cet état ( i 500, 1 501 , 1 502 ). D'Aubigny perd la bataille de Seminare, le vendredi 21 avril , et le vendredi , 28 du même mois, le duc de Nemours est vaincu et tué à Cérignole par Gonzalve de Cordoue , dit le grand capitaine. La maison d'Armagnac finit en la personne du duc de Nemours, et ce duc de Nemours n'étoit rien moins que le dernier descendant de Khlovigh : reste étrange au commencement du seizième siècle ! Le parlement d'Aix avoit été créé en 1501.

Cependant Charles-Quint étoit né (1500).

Alexandre meurt (18 août 1 503 ). Après Pie III, qui n'occupa le siège pontifical que vingt-cinq

238 ANALYSE RAISONNEE

jours, vient Jules II, dont le nom annonce et le rétine des arts, et une révolution dans le genre d'influence que la cour de Rome exerça sur le monde chrétien. Cette cour cessa d'être plébéienne, et, par une double erreur, elle s'attacha au pouvoir aristocratique lorsqu'il expiroit. L'ère politique du christianisme déclinoit.

Les Etats de Tours de 1506 vous montrent ces assemblées parvennes à leur dernier point de perfection, séparées de la mai^istrature parlementaire et du pouvoir exécutif". Louis XII les ouvre dans une séance royale , environné des princes du sang et de toute sa cour, ayant à sa droite le chancelier de France : c'est la forme même dans laquelle commencent aujourd'hui les sessions législatives, et ce qui montre que les grands de la cour ne faisoient point ou ne faisoient plus partie des Etats.

La ligue de Cambrai formée contre les Vénitiens se dissipe, comme toutes ces coalitions où des princes ennemis se réunissent dans un intérêt momentané.

Henri VII d'Anglettre meurt, et est remplacé sur le trône par Henri VIII ( 1 509 et 1510 ).

Jules H se ligue contre les François en Italie avec Ferdinand, Henri VIII et .les Suisses. Le dernier des chevaliers François, Bajard , digne de clore l'époque de la chevalerie, se signale à

Saint-Félix et à la journée de la Bastide (1511). Concile général de Pise , où Jules II est cité par Louis XII. Concile de Latran en opposition au concile de Pise.

Bataille de Ravenne gagnée le jour de Pâques, 11 avril 1512, sur les confédérés par le duc de Nemours, le chevalier Bayard, Louis d'Arce et Lautrec. Le duc de Nemours achète la victoire de sa vie, il est tué âgé seulement de vingttrois ans. Ce jeune prince étoit Gaston de Foix, fils de Marie, sœur de Louis XII, pour lequel le comté de Nemours avoit été érigé en duchépairie ( 1507 ). Il ne le faut pas confondre avec Armagnac, duc de Nemours, le dernier des Mérovingiens dont on a parlé.

Le Milanois est perdu pour Louis XII qui ne conserve en Italie que quelques places, avec le château de Milan. Le concile de Pise est transféré à Milan, ensuite à Lyon. Jules II frappe d'interdit le royaume de France et la ville de Lyon en particulier : méprise de temps ; ces foudres , comme la féodalité, étoient épuisés; les vieilles mœurs n'étoient plus que des usages.

Ferdinand s'empare du royaume de Navarre; Maximilien Sforce reprend la souveraineté du Milanois, les Médicis celle de Florence. L'empereur Maximilien I". veut se faire pape. La reine, Anne de Bretagne, meurt. Jules II la swit

dans la tombe. Léon X lui succède. Louis XII reprend le Milanois, et le perd enfin h la bataille de Novare, La France est attaquée par Maximilien, Henri VllI et les Suisses. Tout s'arran^e au moyen de plusieurs mariages, les uns projetés, les autres accomplis. Louis XII épouse Marie, sœur de Henri YIll , dans les bras de laquelle il trouva la mort. Le comte d'Angouléme, qui devint François I", aima Marie et s'en éloigna de peur de perdre une couronne. Ce calcul n'étoit guère de son âge et de son caractère; aussi ne céda-t-il qu'au conseil de Orignaux , ou de Gouflier, ou tle Duprat (1 51 2, 1 51 3,'i 5 1 4, 1 51 5.) Louis XII décède le 1". janvier 1515 à l'hôtel desTournellesàParis. Il réduisitles impôts de plus de moitié; il avoit une alïection tendre pour ses sujets, qui la lui rendirent, malgré ses fautes dans la politique extérieure; il voulut toutes les franchises dont on pouvoit jouir sous la monarchie d'alors. Il est convenable de remarquer qu'à cette époque, et jusqu'à celle où nous vivons , les peuples régloient leur haine ou leur amour sur le plus ou le moins de taxes dont ils se trouvoient chargés. Aujourd'hui que l'espèce humaine a gagné en intelligence et en civilisation, les nations attachent moins leurs affections à ces intérêts tout matériels : elles accorderoient plus volontiers le nom de père au souverain qui accroîtroit

leurs libertés , qu'à celui qui épargneroit leur argent.

FRAMÇOIS Z

De i5i5 à i547-

François P'.étoit arrière-petit-filsdeLouisd'Orléans et de Valentine de Milan. Trois ^générations avoient déjà changé le monde; soixante ans delà découverte de la presse, quoique no»n libre, avoient produit un mouvement considérable dans les esprits. Les controverses de Luther prêt à paroitre , ou ne se fussent pas propagées avec la même rapidité , ou auroient été étouffées, si la presse ne s'était trouvée là tout juste à point pour les répandre.

François I". rentre en Italie ( 1 51 5 ), Le 1 4 de septembre il livre aux Suisses, à Marignan , ce combat que Trivulce appela le combat des géants : ce fut la première grande victoire remportée par les François depuis leurs défaites à Créci , Poitiers et Azincourt. Cette bataille n'avoit plus aucun des caractères de ces premières batailles ; elle étoit à celles-ci ce que les batailles de la révolution ont été à celle de Marignan. Le sénat de Venise déclara , par un décret, que François \". et tous les princes de sa race seroient nobles vénitiens ; décret que

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