‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 64 sur 80 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Louis XVllI demanda à elFacer de sa main , lorsqu'il reçut l'ordre de quitter Vérone. Commencement de la vénalité des charges , qui amène l'inamovibilité des iusres.

Ferdinand, roid'Arraqon par lui-même, roi de Castille par sa femme Isabelle, roi de Grenade par conquête, roi de Navarre par usurpation, héritier de trois bâtards couronnés, meurt, et Charles-Quint monte sur le trône.

Le traité de Fribourg produit entre la France et les Suisses cette paix nommée perpétuelle , qui ne laissa plus à ceux-ci que l'honneur de verser leur sang pour les François (1516).

Concordat entre Léon X et François 1"., auquel s'opposèrent le clergé , l'université et le parlement, comme attentatoire aux libertés de l'Eglise nationale. Luther, cette même année ( 1517), s'éleva contre les Indulgences prêchées eu Allemagne. Henri VIII étoit sur le trône; il alloit porter un autre coup k la foi catholique dont il se constitua d'abord le défenseur. En 1 521 , Ignace de Lojola fut blessé dans le château de Pampelune que les François tenoient assiégé : Loyola fut pour les Réformés ce que saint Dominique avoit été pour les Albigeois; mais la Saint-Barthélemjne détruisit point le protestantisme, et les Croisés exterminèreut les Albigeois.

DE L'HISTOIRE DE FRANCE. 2i3

Charles-Quint est élu empereur après la mort de Maximilien : son concurrent étoit François I". (1519). Alors la France se trouva enveloppée par les possessions de la maison d'Autriche : î'Espaqne , conquérante en Amérique et dans les Indes , disoit que le soleil ne se couchoit pas sur ses élats. La découverte de l'Amérique produisit une révolution dans le commerce , la propriété et les finances de l'ancien monde. L'introduction de l'or du Mexique et du Pérou baissa le prix des métaux, éleva celui des denrées et de la main-d'œuvre , fit changer de main la propriété foncière, créa une propriété inconnue jusqu'alors, celle des capitalistes, dont les Lombards et les Juifs avoient donné la première idée. Avec les capitalistes naquit la population industrielle et la constitution artificielle des fonds publics. Une fois entrée dans cette route , la société se renouvela sous le rapport des finances comme elle s'étoit renouvelée sous les rapports moraux et politiques.

Aux aventures des Croisades succédèrent des aventures d'outre-mer d'une toute autre importance; le globe s'agrandit, le sj'stème des colonies modernes commença, îa marine militaire et marchande s'accrut de toute l'étendue d'un océan sans rivages. La petite mer intérieure de l'ancien monde ne resta plus qu'un bassin de peu d'impor-

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tance, depuis que les richesses des Indes arrivoient en Europe par le cap desTempêtes. A trois années de distance 1 heureux Charles-Quint triomphoit de Montezume à Mexico, et de François 1". à Pavie.

Mais ce qui fit avancer les autres peuples vers Tindépendance et la civilisation , enchaîna les nations soumises au sceptre de Philippe IT ; les Amériques, l'Espai^ne et les Pajs-Bas perdirent leurs libertés pour des siècles. Ces champs de JaFlandre, où lesComm unes avoient si long-temps combattu ])Our leur émancipation , ne furent plus ensanglantés que par des échatauds ou par les batailles que s'y livrèrent les maisons de France et d'Autriche.

L'entrevue de François I". et de Henri VIÎ, près de Gui nés , appelée le camp du drap d'or , lut une dernière parade des temps féodaux , un simulacre des tournois, des cours plénières, de ces anciennes mœurs déjà assez passées pour n être plus que des spectacles (1520).

Le duc de Bouillon déclara la guerre à l'empereur : celui-ci crut que le duc étoit secrètement appuyé de France : commencement des guerres entre Charles- Quint et François i"'^ Le Milanois est perdu de nouveau; Léon X, qui a donné son nom à son siècle, meurt. 11 écrivoit à Raphaël : « \ons rendrez

» mon pontificat à jamais célèbre. » Il prophétisoit. Malheureusement la renaissance des arts tomba presqu'au moment de la Réformation dont la rigidité proscrivoit les arts. Si l'ardeur religieuse des siècles qui élevèrent les monumens gothiques , avoit encore existé au temps des Michel-Ange et des Raphaël , de combien d'autres chefs-d'œuvres Rome , déjà si riche , seroit ornée l

A Léon X succède Adrien VII, qui laissa la tiare à- Clément VII , autre Médicis ( 1 521 ).

Prise de Rhodes par Soliman II (1 522).

Le connétable de Bourbon que persécutoit la duchesse d'Angoulême, passe au service de Charles-Quint. Le marquis de Villane, sollicité par l'empereur de prêter son palais au connétable , répondit : « Je ne puis rien refuser à » votre majesté, mais si le duc de Bourbon loge » dans ma maison , j'y mettrai le feu aussitôt » qu'il en sera sorti, comme lieu infecté par la )) trahison, et ne pouvant plus être habité d'un » homme d'honneur. » Seul traître que les Bourbons aient jamais compté dans leur race.

Le capitaine Bayard est tué dans la retraite de Rebecque (1524). « Il fut tiré ung coup de hac- )) quebouze, dont la pierre le vint frapper au » travers des rains,et luy rompit tout le gros )» os de l'eschine. (^uand il sentit le coup , se

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prinL à crier Jésus ! Et puis disl : Hélas ! mon Dieu , je suis mort ! Si print son espée par la poignée et baisa la croisée, en signe de la croix, et en disant tout liault : Miserere mei , Deus, secundiim misericordiam iuarn; devint incontinent tout hlesme, comme failly des esperitz, et cuyda tomber : mais il eut encore le cueur de prendre l'arson de la selle; et demoura en cest estât jusques à ce que ung jeune gentil homme, son maistre d'hostel , luy ayda h. descendre, et le mit soubz ung

arbre Ses povres

serviteurs domestiques estoient tous transsiz, entre lesquelz estoit son povre maistre d'hostel , qui ne l'abandonna jamais; et se confessa le bon chevalier h luy, par faulte de pçestre. Le povre gentil homme fbndoit en larmes, voyant son bon maistre si mortellement navré, que nul remède en sa vie n'y avoit; mais tant doulcement le reconfortoit icelluy bon chevalier, en luy disant : Jacques, mon amy, laisse ton deuil; c'est le vouloir de Dieu de m'oster de ce monde; je y ay la sienne grâce longuement demouré , et y ay receu des biens et des honneurs plus que h moy n'appartient : tout le regret que j'ay à mourir , c'est que je n'ay pas » si bien fait mon devoir que je devoys. »

Le connétable de Bourbon , du parti des enne-

mis, se présenta pour consoler Bayard : « Mon- » seigneur, lui dit le capitaine, ne faut avoir )) pitié de moi , mais de vous qui êtes armé contre » votre roi, votre pays et votre foi. » Bourbon insista, et parla de bons chirurgiens; Bayard répliqua : « Je cognois que je suis blessé à mort. )) Je prends la mort en gré et n'y ai aucune » desplaisance. » Le connétable s'en alla les larmes aux yeux et s'écria nt : « Bien heureux le » prince qui a ung tel serviteur, et ne scait la » France qu elle a perdu aujourd'huy. »

Le marquis de Pescaire ( Fernand- François d'Avaloz) dit : « Plust à Dieu, gentil seigneur » de Bayard, qu'il m'eust cousté une quarte de )i mon sang, sans mort recevoir, je ne deusse » manger chair de deux ans, et je vous tiensisse » en santé mon prisonnier. »

Bataille de Pavie 14 février 1525. On ne retrouve plus l'original du fameux billet : Tout est perdu fors rhonneur ; mais la France, quil'auroit écrit, le tient pour authentique. Jean , pris à Poitiers , fut servi à table par son vainqueur, et traité à Londres comme un monarque triomphant; François I". fut transféré rudement dans les prisons de Madrid : les chevaliers que le monarque françois vouloit faire revivre , n'étoient plus. Au reste, les états de Bourgogne, en 15'26, ne se crurent pas liés par le traité de

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Madrid qui délachoit, sans leur consentement, la Bour£^o qne de la France; les Etats de Paris, en 1359, refusèrent de ratifier le traité négocié pour la délivrance du roi Jean : il n'y a de permanent que l'indépendance des peuples , toutes les fois qu'elle est appelée à parler seule.

L'année de la captivité de François 1*'., prisonnier, vit Albert , mart^rave de Brandebourg, grand-maître de l'Ordre Teutonique , embrasser le lutliérianisme et s'emparer des provinces de l'ordre. Les descendants d'Albert sont devenus rois de Prusse.

Le traité de Cambrai, en 1629, termina les guerres d'Italie entre François I". et Charles- Quint. La J3retagne est réunie U la France par une ordonnance expressse. Avant ledit du domaine de 1 566 , nos rois pouvoient librement disposer de leurs biens patrimoniaux; ces biens ne devenoient inaliénables que par leur réunion au domaine, doù il faut distinguer deux choses dans l'ancien droit commun de la troisième race : la propriété particulière du prince , la propriété générale de la couronne.

François P\ fonde l'infanterie francoise : elle remplaça les fantassins allemands à notre solde. Cette infanterie fut d'abord formée sur le modèle des légions romaiiies, et divisée en corps de six mille hommes. On en revint à la division

par bandes de cinq ou six cents hommes, origine de nos régiments. Henri , frère puîné de François dauphin, épouse h Marseille Catherine de Médicis (1532, 1533 ).

Le schisme d'Angleterre éclate en 1534, à propos du divorce de Henri VHI , pour épouser Anne deBoulen. Cette année même, 1534, ^^^ doctrines de Calvin se glissoient en France sous la protection de Marguerite, reine de Navarre, sœur de François I".; et cette année encore Ignace de Loyola fonda la société de Jésus : quand les idées des peuples sont mûres pour un changement, il arrive que les princes se trouvent faits pour les développer. Nouvelle guerre entre la France et l'Espagne, à propos de la décapitation , par François Sforce , de l'envoyé de France à Milan, Charles-Quint, revenu triomphant de son expédition d'Afrique, est battu eu Provence et en Picardie.

Henri devient dauphin par la mort de François , son frère aîné , empoisonné. Les anabaptistes sont dispersés par le supplice de Jean de Leyde , à Munster (1536). Charles-Quint est ajourné à la cour des pairs de France, comme vassal rebelle, ainsi que l'avoit été le prince Noir; ridicule résurrection des droits périmés de la monarchie féodale ( 1 537 ).

Charles-Quint traverse la France ( 1 539) pour

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aller apaiser des troubles survenus dans cette ville de Gand , berceau des tribuns et asile des rois.

L'ordonnance de Villers-Coterets (ISSg) commande l'abréviation des procès, le non-empiètement des tribunaux ecclésiastiques sur les justices ordinaires et la rédaction en françois des actes publics. On s'est étonné que cette ordonnance n'ait pas été rendue plus tôt : il falloit bien attendre la langue ; elle ne commença à être assez débrouillée pour être convenablement intelligible que sous le règne de François P'.Si, dès l'an 1281, l'empereur Rodolphe obligea d'écrire les actes impériaux en langue vulgaire, c'est que l'allemand étoit une langue mère parlée de tout temps par un peuple qui l'entendoit. La langue françoise n'étoil qu'un patois né principalement des langues romane et latine; des siècles s'écoulèrent avant qu'elle devînt une langue générale dans toute l'étendue delà monarcliie. Edouard III put défendre l'usage du jaigon normand dans les tribunaux d'Angleterre, parce qu'il trouva derrière ce jargon l'anglois , ou le bas allemand conservé par les Saxons conquis.

La procédure criminelle , devenue presque publique, cesse de l'être sous le chancelier Poyet.

On commence à voir paroître les noms fameux dans les règnes suivants : le cardinal de Lorraine et son frère, le premier duc de Guise,

le connétable Anne de Montmorenci et Catherine de Médicis(1540).

François 1". établit de nouvelles relations extérieures. Il envoie des ambassadeurs à Soliman II, à Constantinople, et en reçoit de Gustave-Wa sa , roi de Suède : ce prince célèbre par son courage et ses aventures, rendit la Suède luthérienne et devint le chef militaire des protestants (1542).

En i 544 bataille de Cérisoles gagnée par les François.

En 1 545 premières exterminations des guerres de religion en France; exécution des villes huguenotes de Cabrières et de Mérindol.

Les deux chefs du schisme , Luther et Henri VIII, meurent , le premier en 1546 , et le second en 1547 : François P'., qui commença la persécution contre les huguenots , suivit deux mois après dans la tombe le tyran des libertés politiques et le fondateur des libertés religieuses de l'Angleterre ( 1 ". mars 1547).

Charles-Quint se traîna neuf ans sur la terre après son rival :il abdiqua en 1556, se retira au monastère de Saint-Just , dans l'Estramadure , et célébra vivant ses propres funérailles : enveloppé d'un linceul, couché dans une bière, il chanta, du fond de son cercueil, l'office des morts, que les religieux célébroient autour de

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lui. « C'étoit l'homme pour lequel , dit Montes- » quieu , le monde s'étendit, et l'on vit paroître » un monde nouveau, » Ce monde nouveau donna la mort k FrançoivS 1". : toute la destinée de Charles-Quint pesa sur celle du monarque françois. Importuné jusque dans ses derniers jours des rivalités de ses maîtresses et de celles des maîtresses de son fils, François I*'. mourut en chrétien qui reconnoît sa fragilité; Charles- Quint s'en alla comme un ambitieux qui se revêt du froc et du cercueil , dépité de n'avoir pu se parer de la dépouille du monde. Les foiblesses du monarque espagnol ne furent pas apparentes comme celles du monarque françois, dont la galanterie étoit aussi éclatante que la valeur : un inceste mystérieux qui, dans les ombres d'uncloître, donna naissance à un héros, a été reproché à Charles-Quint : ses désordres avoient quelque chose de sérieux , de secret et de profond comme lui.

11 y a des époques où la société se renouvelle, où des catastrophes imprévues, des hasards heureux ou malheureux, des découvertes inattendues déterminent un changement préparé de longue main dans le gouvernement, les lois, les mœurs et les idées. Cette révolution , qui paroît subite, n'est que le travail continu de la civilisation croissante, que le résultat delà marche

de cette civilisation vers le perfectionnement nécessaire, efTicient, attaché à la nature humaine. Dans les révolutions, même en apparence rétrogrades, il y a un pas de fait, une lumière acquise pour aveindre quelque vérité. Les conséquences ne se font pas immédiatement remarquer en jaillissant du principe qui les produit; ce n'est guère qu'après une cinquantaine d'années qu'on aperçoit les transformations opérées chez les peuples par des événements déjà vieux d'un demi-siècle.

Ainsi , lorsque François P^ monta sur le trône, la découverte de l'Amérique, la prise de Gonstantinople par les Turcs, l'invention de l'imprimerie, toutes ces choses qui avoient précédé le règne' de ce roi, commençoient à agir en étendant le domaine de l'homme phy- •sique et moral. Des mers inconnues à braver, de nouveaux mondes à explorer , offroient des objets dignes de leurs efi'orts à l'esprit chevaleresque et religieux qui régnoit encore, aux lettres, aux sciences et aux arts qui renaissoient , aux gouvernements et au commerce qui cherchoient de nouvelles sources de puissance et de richesses. L'imprimerie sembloit en même temps avoir été trouvée tout exprès pour multiplier et répandre les trésors que les Grecs chassés de leur patrie avoient apportés dans l'Occident.

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Les courses transalpines de Charles VllI et de Louis XII avoient fait passer dans les Gaules ce goût des élcî^ances de la vie, perdu depuis lonG;-t(nnps. INlilan , Florence, Sienne, virent rcparoître ces noms qu'ils avoient bien connus au temps do la conquête des Normands et de Charles d'Anjou : les la Palice , les Nemours, les Lautrec , les Vicilieville, ne trouvèrent plus, comme leurs pères , une terre demi-barbare ; mais une terre classique où le génie d'Auguste s'étoit réveillé, où, comme les vieux Romains, ils adoucirent leurs rudes vertus à la voix des arts accourus une seconde Ibis de la Grèce. Quand Bayard acquéroit le haut renom de proues e, c'étoit au milieu de l'Italie moderne, de l'Italie dans toute la fraîclieur de la civilisation renouvelée; c'étoit au milieu de ces palais bâtis par Bramante, Michel-Ange etPalladio, de ces palais dont les murs étoient couverts des tableaux récemment sortis des mains des plus grands maîtres; c'étoit à l'époque où l'on déterroit les statues et les monuments de l'antiquité; tandis que les Gonzalve de Cordoue , les Trivulce , les Pescaire, les Strozzi combattoient , ■que les artistes se faisoient justice de leurs rivaux à coups de poignards , que les aventures de Roméo et de Juliette se répétoient dans toutes les familles, que l'Arioste et le Tasse alloient

chanter cette chevalerie dont Bayard ëtoit le dernier modèle.

Les guerres de François I". , de Charles-Quint et de Henri YIII mêlèrent les peuples , et les idées se multiplièrent. Des armées régulières, connues en Europe depuis la fin du règne de Charles VII, firent disparoître le reste des milices féodales. Les braves de tous les pays se rencontrèrent dans ces troupes disciplinées ; Bayard put combattre tels fils de Pizarre et de Fernand Cortès qui avoient vu tomber les empires du Pérou et du Mexique. Ces infidèles, que les chevaliers alloient avec saint Louis chercher au fond de la Palestine , maîtres de Constantinople et devenus nos alliés , intervenoient dans notre politique ; leur prince envoyoit le renégat grec Barberousse combattre pour le pape et le roi très-chrétien sur les côtes de la Provence.

Tout changea donc dans la France; les vêtements mômes s'altérèrent ; il se fit des anciennes et des nouvelles mœurs un mélange unique. La langue naissante fut écrite avec esprit, finesse et naïveté par la sœur de François I". , la reine de Navarre, par François I". lui-même qui faisoit des vers aussi bien que Marot, par Rabelais, Amyot, les deux Marot et les auteurs de Mémoires. L'étude des classiques, celle des lois romaines, l'érudition

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générale iurent poussées avec ardeur; les arts acquirent une perfection qu'ils n'ont jamais surpassée depuis en France. La peinture, éclatante en Italie, fut transplantée dans nos forêts et nos châteaux gothiques; ceux-ci virent leurs tourelles et leurs créneaux se couronner des ordres de la Grèce. Anne de MontmorencV, qui disoit ses patenôtres, ornoit Ecouen de chefs-d'œuvre; le Primatice embellissoit Fontainebleau; François P'. , qui se faisoit armer chevalier comme au temps de Richard Cœur-de-Lion , assistoit à la mort de Léonard de Vinci, et recevoit le dernier soupir de ce grand peintre; et, auprès de tout cela , le connétable de Bourbon dont les soldats, comme ceux d'Alaric, se préparoient à saccager Rome, ce connétable qui devoit mourir d'un coup de canon tiré peut-être par le graveur Benvenuto Scenelli , représentoit dans ses terres de France la puissance, la vie et les mœurs d'un ancien grand vassal de la couronne.

François P'. , qui ne fut pas un grand homme, mais auquel le surnom de grand roi est néanmoins resté, ce père des lettres qui voulut rompre toutes les Presses dans son royaume, attira les femmes à la cour. Cette cour, lettrée, galante et militaire, mêloit les faits d'armes aux amours. Alors commença le règne de ces favorites qui furent une des calamités de l'an-

cienne monarchie. De toutes ces maîtresses , une seule, Agnès Sorçl, a été utile au prince et à la patrie.

Une aventure, choisie entre mille, suffira pour faire connoître la haute société sous François P^ Brantôme , qui avec un autre genre de talent imite souvent Froissard , est en cette matière le conteur parlait : « J'en ay ouy conter d'une » autre du temps du roy François P^ , de ce )) beau escuyer GruiFy, qui estoit un escuyer de » l'escurye dudit roy, et mourut à Naples au )) voyage de M. de Lautrec , et d'une très-grande » dame de la cour , qui en devint très-amou- » reuse ; aussi étoit-il très-beau , et ne l'appe- » loit-on ordinairement que le beau Gruffy, dont » j'en ai veu le pourtrait qui le monstre tel.

j) Elle attira un jour un sien valet de cham- » bre en qui elle se fioit, pourtant inconnu, et » non veu dans sa chambre, qui luy vint dire un » jour, luy bien habillé, qui sentoit sou gen- » tilhomme , qu'une très-belle et honeste dame » se recommandoit à lui, et qu'elle en estoit si )) amoureuse, qu'elle en désiroit fort l'accoin- )) tance plus que d'homme de la cour; mais par » tel si , qu'elle ne vouloit pour tout le bien du » monde qu'il la vist et la connust; mais qu'à w l'heure du coucher , et qu'un chacun de la cour » seroit retiré, il le viendroit quérir et prendre

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