TOME ly
354 AJNALYSE RAISONNEE
contre le roi. « Ce teigneux , disoit le docteur » Boucher, est toujours coifië à la turque, d'un » turban, lequel on ne lui a jamais vu ôter, » même en communiant pour faire honneur à » Jésus-Christ; et quand ce malheureux hjpo- » crite sembloit d'aller contre les Reîtres , il » avoit un habit d'allemand fourré et des cro- » chets d'argent qui signifioient la bonne intel- )) ligence et accord qui étoient entre lui et ces » diables noirsen pistoletés ; bref, c'est un Turc » par la tête , un Allemand par le corps , une M harpie par les mains, un Anglois par la jarre- » tière , un Polonois par les pieds , et un vrai dia- » ble en i'àme. »
Lincestre, curé de Saint-Gervais, déclara, le mercredi des Cendres , qu'il ne prêcheroit point l'Evangiie, mais qu'il prêcheroit «la vie, ges- » tes et faits abominables de ce perfide tyran
» Henri de Valois Il tira de sa poche un
M des chandeliers du roi que les Seize avoient )) dérobé aux capucins , et auquel il y avoit des » sat3'res engravés, lesquels il affirmoit être les » démons du roi, et que ce tyran adoroit pour ses » dieux. )j (^TJ Estoile. )
Henri \\\ avoit été un des massacreurs de la Saint-Barthélémy; il étoit religieux jusqu'à la superstition; il aimoit les moines; il en avoit établi d'une nouvelle sorte à Paris , les Feuil-
laiits; il passoit une partie de sa vie à visiter les églises, à faire des processions et des pèlerinages pieds nus, en habits de pénitent. Il étoit grand ennemi des réformés; il avoit gagné contre eux , avec beaucoup de vaillance , les deux batailles de Jarnac et de Montcontour ; enfin il s'étoit déclaré le clief de la Ligue : rien de tout cela ne lui valut , parce qu'il avoit contre lui la haine des prêtres qui lui préféroient les Guises. La manière dont ils parvinrent à lui enlever l'opinion populaire, est un chef-d'œuvre d'industrie et de calomnie.: prédications , libelles , gravures, tout fut employé. Dans une oraison funèbre du duc de Guise, Muldrac de Seulis compare Henri de Valois au mauvais riche, « lequel Henri , dit-il, nous avons vu non-seu- » lement estre habillé de pourpre et d'escarlate, » mais avec ses mignons , habillés de mesme et » encore plus richement que lui , mener une vie » dissolue, danser tout nud avec une femme ^ » publique qu'il a fait exprès venir de loing » pays. »
(( Il n'étoit plus question , dit un autre écrit, » parlant du roi et du duc d'Espernon , il n'étoit » plus question que de vivre selon la sensualité ; » chassant la vertu bien arrière d'eux , aujour-
^ Je change le mot du texte.
» d'hui (cil secrel iiéaDlmoins) ils usoient d'une » sorte de libertinage ^ et demain d'un autre : )) ores se Taisant servir à table dans le cabinet par » des icmmes toutes nues, et par après faisans » un nouveau mesuage. »
De méchantes gravures représentoient la Loire roulant des noyés avec cette explication : fip^ure des cruautés que Henry de Valois avait exécutées contre les gens de bien qui ne trouvaient bons ses mauvais déportements. Dans une autre gravure, on voyoit une grande main marquée de trois (leurs de lis, saisissant par les clieveux avec des doigts crochus une religieuse à genoux devant un crucifix. L'in script-ion portoit : Figure de la Vierge religieuse , violée à Paissj par Henry de Valais.
Une autre main, se glissant à travers des barreaux , s'étendoit sur une croix enrichie de diamants et couchée sur un coussin de velours; on lisoit an-dessous de l'image : Pourtraict du sacrilège fait par Henri de Valois en la Sainte- Chapelle à Paris. Ce prince étoit accusé d'avoir dit, en regardant la couronne d'épines de la Sainte-Chapelle : « Jésus -Christ avoit la tête » bien grosse. »
Le duc de Mayenne, pressé par sa sœur la du-
"* Je change encore le mot du texte.
chesse de Montpensier, étoit arrivé à Paris : le conseil de l'union le déclara lieutenant général de l'état royal et couronne de France. Paris, bien différent alors de ce qu'il étoit sous le roi Jean auK temps féodaux, commençoit à prendre sur la France compacte et nationalisée cet ascendant qu'il a conservé : le reste du royaume catholique limita et se révolta contre l'autorité de Henri III.
Ce prince avoit fait à Blois la clôture des Etats le 16 janvier 1589; de là, après avoir manqué Orléans, il s'étoit retiré à Tours presque sans troupes. Il appela auprès de lui les membres fugitifs du parlement de Paris, de la chambre des comptes et de la cour des aides , et il entama des négociations avec le roi de Navarre.
Le Béarnois, pendant la tenue des Etats de Blois , avoit présidé rassemblée des églises réformées à La Rochelle ; il faisoit la guerre en Poitou et dans la Saintonge , ayant en tête le duc de Nevers qui commandoit les troupes royales : par le conseil de Mornay, il publia un manifeste qui tendoit à le raprocher de Henri III et de la nation ; on y trouve ses sentiments , son caractère et son style : « Plut à Dieu que je n'eusse jamais » été capitaine , puisque mon apprentissage de- « voit se faire aux dépens de la France ! Je suis » prêt à demander au roi, monseigneur, la paix.
358 ANALYSE RAISONNEE
» le repos de son royaume et le mien On
» m'a souvent sommé de changer de religion ;
» mais comment? la dague à la gorge
» ... Si vous désirez simplement mon salut, je M vous remercie : si vous ne désirez ma conversion » que par la crainte que vous avez qu'un jour je » ne vous contraigne, vous avez tort. »
Le roi de France craignoit de se joindre au roi de Navarre ; sa répugnance auroit été fondée en politique, s'il eût été le chef de l'opinion catholique , mais c'étoit le duc de Mayenne qui étoit alors à la tête de cette opinion, comme frère et successeur du duc de Guise. Néanmoins l'accord fut fait entre les deux rois par l'entremise de Diane, légitimée de France , sœur naturelle de Henri III : on stipula une trêve d'un an avec clause de déclarer conjointement la guerre au duc de Mayenne. Le duc se présenta avec une armée et fut sur le point d'enlever Henri dans la ville qui lui servoit d'asile. L'entrevue de Henri III et du Béarnois eut lieu au Plessis-lez-Tours , le dernier jour du mois d'avril 1589. Le roi de France attendoit le roi de Navarre dans les jardins du château de Louis XI. Il n'y avoit alors ni chausses-trappes, ni broches, ni grilles de fer, ni gibets, mais une grande foule de capitaines et de soldats curieux de ce spectacle d'union au milieu des haines si vives qui divisoient la France.
Le Béarnois arriva : « de toute sa troupe , nul » n'avoit de manteau et de panache que lui ; » tous avoient l'écharpe , et lui vêtu en soldat , » le pourpoint usé sur les épaules et aux côtés )) de porter la cuirasse. Le haut-de-cliausse de » velours feuille morte, le manteau d'écarlate, » le chapeau gris avec un grand panache blanc. »
Les deux Henri se virent long-temps sans se pouvoir approcher à cause de la foule. Enfin , le premier Bourbon se jeta aux pieds du dernier Valois , qui le releva et l'embrassa en l'appelant son frère.
Henri de Navarre écrivit à Mornay : « La glace » a été rompue, non sans nombre d'avertisse- » ments que , si j'y allois , j'étois mort : j'ai passé M l'eau en me recommandant à Dieu. » C'étoit à peu près la position du duc de Guise à Blois, mais la confiance du Balafré vint du mépris et du désespoir, et celle du Béarnois d'une conscience sans reproche.
Les rois s'avancèrent vers Paris. La réunion de l'armée protestante et de l'armée catholique , sous le même étendard , changea la nature des événements. Jusque-là il avoit été possible que ces guerres civiles religieuses devinssent une véritable révolution : tant que les réformés eurent un drapeau h part , leur marche vers l'avenir et l'indépendance de leurs principes pou-
MiO ANALYSE RAISOINNEE-
voient amener un changement dans la constitution de l'état ; mais aussitôt que les catholiques et les huguenots se rangèrent sous un commun chef, l'esprit aristocratique républicain se perdit; la monarchie triompha; les troubles de la France ne furent plus qu'une vulgaire question de personnes et des malheurs stériles.
Divers petits combats eurent lieu. Les soldats de l'armée de Mayenne Ibrçoient les prêtres de baptiser les veaux , les moutons, les cochons, et de leur donner les noms de carpes, de brochets et de barbots.
Henri , excommunié par le pape , reçut la nouvelle de cette excommunication à Etampes. « Le remède h cela , lui dit le Béarnois , c'est de M vaincre et vous serez absous. » Un gentilhomme envoyé de la part du roi à madame de Montpensier lui déclara , de la part de son maître, qu'elle entretenoit le feu de la sédition , et que si elle tomboit jamais dans les mains du roi il la feroit brûler vive. Elle répondit : «Le feu est pour les sodomites comme » lui. )) Les rois vinrent asseoir leurs camps devant Paris ; leurs armées réunies , en y comprenant les dix mille Suisses amenés par Sancy, s'élevoient à plus de quarante milles hommes. Henri HI prit son logement à Saint -Cloud dans la maison de Gondy. Contemplant la capitale de
la France du haut des collines , il disoit : « Paris, tête trop grosse pour le corps, tu as besoin d'une » saignée pour te guérir. » {D'Avila.) Jacques Clément mit fin à ses menaces et à ses espérances; il tua le roi d'un coup de couteau à Saint-Cloud, le i''. août 1689. «^ous pouvez juger, monsieur, » écrit un témoin oculaire , quel étoit ce piteux » et misérable spectacle de voir d'un côté le roi » ensanglanté tenant ses boyaux entre ses mains, )) de l'autre ses bons serviteurs qui arrivoient à )) la file, pleurant , criant, se déconfortant. » ( Lettre de LaGuesle. )
Charles de Valois, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, comte d'Auvergne et duc d'Angoulême, avoit rencontré Jacques Clément en allant chez le roi : « Je trouvai ce » monstre de moine , dit - il dans ses trop courts » Mémoires, que la nature avoit fait de si mau- )) vaise mine, que c'éîoit un visage de démon » plutôt que de forme humaine. »
La sœur du duc de Guise , la fière Montpensier, n'avoit pas craint de se livrer à ce démon pour lui mettre le poignard à la main.
Henri fit dresser un autel vis-à-vis de son lit, son chapelain y dit la messe; au moment des élévations Henri prononça ces paroles : « Sel- )) neur Dieu , si tu connois que ma vie soit utile » et profitable à mon peuple et à mon état, con-
362 ANALYSE RAISONNEE
» serve-moi et me prolonge mes jours, sinon » prends mon corps et sauve mon âme; ta vo- » Ion té soit faite. » ( Certificat de plusieurs seigneurs. )
Le roi de Navarre arriva, Henri III lui tendit la main : « Mon frère, lui dit-il, vous voyez » comme vos ennemis et les miens m'ont traité, » // faut que vous preniez garde quils ne vous )) en fassent autant. » Henri déclara que le roi de Navarre étoit son légitime successeur; il invita les seigneurs présents à le reconnoître.
(f Je ne regrette point d'avoir peu vécu, puis- » que je meurs en Dieu; je sais que la dernière )) heure de ma vie sera la première de mes féli- » cités; mais je plains ceux qui me survivent,
» mes bons et fidèles serviteurs
y> Je vous conjure tous par l'inviolable fidélité » que vous devez h votre patrie, et par les cendres )) de vos pères, que vous demeuriez fermes et » constants défenseurs de la liberté commune, » et que vous ne posiez les armes que vous )) n'ayez entièrement nettoyé le royaume des » perturbateurs du repos public; et d'autant )) que la division seule sape les fondeiiients de )) cette monarchie , avisez d'être unis et conjoints » en une même volonté. Je sais, et j'en puis » répondre, que le roi de Navarre mon beau-
» frère, légitime successeur de cette couronne, M est assez instruit ès-lois de bien régner, pour » hien savoir commander choses raisonnables; » et je me promets que vous n'ignorez pas la M juste obéissance que vous lui devez. Remettez » les différends de la religion à la convocation » des Etats du royaume, et apprenez de moi, V que la piété est un devoir de l'homme envers » Dieu, sur lequel le bras de la chair n'a point » de puissance : adieu , mes amis , convertissez » vos pleurs en oraisons, et priez pour moi. » {Histoire des derniers troubles, livre V.) Henri III expira le mercredi 2 août , deux heures après minuit, ayant pardonné à ceux quitwoient pourchassé sa blessure. ( Certificat des seigneurs. )
S'il y avoit douleur à Saint-Cloud, il y avoit joie à Paris : maudit ici, béni là; admiré dans un parti, ravalé dans l'autre; grand ou petit personnage en deçà ou au delà d'une limite et d'un jour, traîné du mausolée à l'égout, ou transporté de l'égout au mausolée; tel est le sort de tout homme qui s'est fait un nom dans les temps de factions. Les véritables paroles de Henri III sur son lit de mort furent graves et courageuses, les ligueurs lui prêtèrent d'autres discours; ainsi les révolutionnaires falsifièrent les mémoires de Cléry, et mirent dans la bouche
(le Louis XVI à l'échalaud des expressions ignobles. On vendoit dans les rues de Paris, en i 589 , les propos lamentables de Henri de Kalois : « 0 Satan , tu m'as vers(3 au commence-
)) ment de bon vin
w Déjà ma sentence est prononcée, mon sépul- » cre et tombeau jà prest et appareillé aux té- » nèbres, pour me recevoir h cause de mes )) péchés. Où est maintenant la grandeur de M mes richesses? la multitude de mes barons et » gentilshommes? Où sont mes gendarmes et )> l'ordre de mes armées? Où est l'appareil de )) mes délices? Où sont mes chiens de chasse? » Où sont mes chcvau-légers? Où sont mes » oiseaux, si bien chantants? Où sont mes » grandes salles si richement pejntes et tapissées?
M 0 mes péchés et délices, me rendez-vous ce
)) que vous m'aviez promis? Oh! qui sera
M mon loyal ami! mon léable secours à. ce mien » dernier besoin, à cette étroite heure de ma
» départie! Je suis tourmenté très-
» àprement par la véhémente chaleur du feu, » par la irès-iurieuse rigueur du froid, par les 1) ténèbres, fumée, grand' faim, grand' soif, )) puantise, par horrible vision des diables, et » leurs cris perpétuels et épouvantables, et par w le ver de ma méchante et malheureuse con-
» science Mes mains mollettes, qui
» pour chasser le froid et l'ardeur du soleil » étoient jadis couvertes de gants, et mes bras » beaux et jolis ornés de bracelets , mes pieds » semblablement, en somme tout mon corps » endure tourment. Je suis laid, vilain, passible, » pesant, obscur; choses tristes, déconfortées, me
» sont exhibées et représentées
» En tourments demeurerai et en privation éter- » nelle de la vision de Dieu. »
Les ligueurs faisoient de Henri JII un ennemi de Dieu, etles révolutionnaires {'aisoientdeLouisXVI un ennemi de la liberté.
L'effet de la mort de Henri dans le camp des deux rois étoit représenté aux Parisiens avec un mélange d'exaltation, de raillerie et de vérité propre à agir sur la foule. « Les nouvelles de » cette prompte mort furent incontinent semées » par tout le camp, et d'Espernon de se contrister )) et pleurer comme un veau, et messieurs de la » garde de se regarder l'un et l'autre les bras » croisés, et les politiques qui avoient fuit saler » leur états pour les mieux conserver, de demeu- » rer étonnés, etles Suisses de boire , et ceux qui » pensent de succéder à la couronne, de rire en » cœur, et faire bonne mine et mauvais jeu, )) maudissant les ligueurs et encore plus le pauvre » jacobin , qui tout mort est tiré à quatre chevaux
366 ANALYSE RAISONNEE
» et brûlé par après. Je vous laisse à penser » le mal qu'il enduroit, étant traité ainsi après » sa mort. Son âme cependant ne laisse de mon- )) ter au ciel avec les bienheureux ; de celle de » Henri de Valois, je m'en rapporte à ce qui en » est. » ( Discours vérilnhle de l'étrange et subite mort de Henri de Valois. )
Lorsque madame de Montpensier reçut la première nouvelle de l'assassinat, elle sauta au cou du messager : « Ah ! mon ami, soyez le bienve- » nu ! Mais est-il vrai au moins? ce méchant , ce » perfide , ce tjran est-il mort ? Dieu que vous » me lailes aise ! Je ne suis marrie que d'une » chose , c'est qu'il n'ait su avant de mourir que )) c est moi qui l'ai fait faire.» Elle courut chez madame de Nemours sa mère, monta avec elle en carrosse , et s'en alla de rue eu rue distribuant des écharpes vertes , couleur d'une espèce de deuil dérisoire consacré aux foux : «Bonne nouvelle, «mes amis, s'écrioit-elle, bonne nouvelle! le » tyran est mort, il n'y a plus de Henri de Va- » lois en France.» {IJEstoile.)
Madame de Nemours, du haut des degrés du grand hôtel des Cordeliers , harangua le peuple. On fit des feux de joie; les prédicateurs canonisèrent Jacques Clément; on publia les actes du Martyre de frère Jacques Clément de tordre de saint Dominique. On vendoit à la
foule le portrait du moine, avec des vers dignes du héros :
Un jeune jacobin , nommé Jacques Clément, Dans le bourg de Saint-Cloud, une lettre présente A Henri de Valois , et vertueusement Un couteau fort pointu dans l'estomac lui plante.
Sixte-Quint en plein consistoire déclara que le régicide Jacques Clément étoit comparable pour le salut du monde, à l'Incarnation et à la Résurrection, et que le courage du religieux jacobin surpassoit celui d'Eléazar et de Judith. Ce pape avoit trop peu de conviction politique , et trop de génie pour être sincère clans ces comparaisons sacrilèges , mais il lui importoit d'encourager des fanatiques prêts à tuer des rois au nom du pouvoir papal. Le parlement de Toulouse ordonna qu'une procession solennelle auroit lieu tous les ans, le jour de l'assassinat du roi. ( Dupleix. )
Au reste jamais coup de poignard n'a produit plus grand effet et révolution plus subite ; il dispersa une armée formidable qui assiégeoit Paris; il coupa une branche sur l'arbre de saint Louis, et fit pousser un autre rameau royal : une couronne catholique tomba sur la tête d'un prince huguenot, lequel prince, abandonnant le protestantisme, priva les religionnaires
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de leur chef, et anéantit celte espèce d avenir qui pouvoit naître de la Uéformation.
Coligny, le coimétaljle de Montmorency, le maréchal de Saint-André, François de Guise et i(! premier cardinal de Guise, les deux Condés , Henri de Guise, et le cardinal son frère, Catherine de Médicis, n'étoient plus : ainsi les personnai^c^s les plus remarquables sous les régnes de Henri 11 , de François II, de Charles IX, de Henri Ul, disparoisseut avant et avec le dernier prince de cette race. Le rè^çne des Valois finit à Saint-Cloud, le 2 août 1589; celui des liour- Lons y commença le même jour , pour y finir le 31 juillet 1830. ' ■ ; ':'
Maintenant il est essentiel de dérouler de suite le tableau des mœurs depuis Henri II iu^qu'à Henri lY, parce qu'il oflre des choses qu'on n'avoit point encore vues en France, et qu'on ne reverra jamais. Les orgies sanglantes de la république révolutionnaire ne reparoi tront pas davantage: les mœurs, aux deux époques, étoient symptomatiques de faits épuisés. i ^^
La débauche et la cruauté sont les deux caractères distinctifs de l'ère des Valois.
A îa Saint-Barthélémy, sans parler du meurtre général , un nommé Thomas, se vantoit d'avoir massacré quatre-vingts huguenots dans un seul jour. Coconnas épouvanta Charles ÏX lui-même
par son récit : il avoit racheté trente huguenots des mains du peuple , et les avoit tués à petits coups de stjlet , après leur avoir fait abjurer leur foi sous promesse de la vie. Le parfumeur de Catherine de Méciicis , « homme » confit en toutes sortes de cruautés et de mé- » chancetés , alloit aux prisons poignarder les » huguenots , et ne vivoit que de meurtres , bri- » gandages et empoisonnements. »
On entretenolt des assassins à gages comme des domestiques : les Guises en avoient , les Chàtillons en avoient , les rois en avoient : tous ceux qui les pouvoient payer en avoient, et ces assassins connus n'étoient point ou étoient rarement punis. Charles .IX, son frère ( roi de Pologne et depuis, Henri Itl) Henri, roi de Navarre, et le bâtard d'Ansoulême, étant allés dîner chez Nantouillet, prévôt de Paris, lui volèrent sa vaisselle d'argent. Ce jour-là même Nantouillet avoit caché chez lui quatre coupe-jarrets pour commettre un meurtre qu'ils exécutèrent : ces cjuatre hommes, entendant le fracas que faisoient les rois et se croyant découverts, furent au moment de sortir de leur repaire le pistolet à la main.
Marguerite de Valois fit poignarder dans son lit Du Gouast, favori de Henri HI.
Outre les assassins à gages, on s'attachoit des braves qui se provoquoient entre eux, et qui res-