‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 76 sur 80 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

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des joyaux de la valeur de plus de deux mille éeus, un petit chien qu'elle se réservoit comme sa dernière ressource. Trente mille personnes succombèrent ; les rues étoient ionchées de cadavres; les demi-vivants se traînoient parmi. Des prostitutions impuissantes payées de quelques alimens vils à des mains décharnées, avoient lieu dans ces cimetières sans fosses, La vie de l'homme rampoit h peine ainsi, avec des couleuvres, sur les corps gissants.

« M. de Nemours , sortant de sa maison pour » aller visiter quelques postes vers les murailles )) de la ville, rencontra un homme , qui d'un air » effaré lui dit : Où allez-vous, M. le gouverneur? )) n'allez plus outre dans cette rue , j'en viens et )) i'ai trouvé une femme demi-morte, ayant à » son cou un serpent entortillé , et autour d'elle » plusieurs bêtes envenimées. » (L'£stoile.)

Pendant ce temps, Henri IV laissoit ses soldats monter au bout de leurs piques des vivres aux Parisiens; il faisoit relâcher des villageois qui avoient amené des charrettes de pain à une doterne, il leur distribuoit quelque argent et leur disoit : « Allez en paix; le Béarnois est pauvre, » s'il avoit davantage il vous le donneroit. » Et le Béarnois négocioit, attendoit le duc de Parme , oublioit ses soucis avec l'abbêsse de Montmartre, commençoit une passion nouvelle avec Gabrielle

rl'Estrées , se déguisoit en paysan pour l'aller voir à Cœuvres au milieu de tous les périls.

Le duc de Parme oblige Henri IV d'abandonner le blocus de Paris. Sixte-Quint meurt fatigué de la Ligue. Grégoire XIV, qui le remplace, publie des lettres monitoriales contre Henri. Le chevalier d'Aumale est tué dans Saint-Denis qu'il avoit voulu surprendre, La Noue est tué pareillement devant le château de Lamballe en combattant pour le roi : « Grand homme de guerre, M disoit Henri , et plus grand homme de bien, u Le duc de Mercœur faisoit la guerre en Bretagne pour son propre compte et d'accord avec Philippe II. Le jeune duc de Guise, fils du Balafré, s'échappe de sa prison : les Seize lui veulent faire épouser l'infante d'Espagne et lui livrer la couronne. Brisson , Larcher et Tardif sont pendus par les ligueurs. Le duc de Majeone revient h Paris et fait pendre à son tour quatre des Seize. Là finit l'autorité de ce comité de sûreté de la Ligue : il lî'avoit été ni sans audace ni sans génie, mais la multitude des puissances supérieures à la sienne l'empêchèrent d'agir. Les membres de ce comité au lieu d'accomplir leurs projets ouvertement, tel qu'un pouvoir reconnu, furent obligés d'agir en secret comme des conspirateurs, ce qui les rapetissa. Ils ne tendoient point à la liberté; ils visoient au changement de dynastie;

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Us ne tirent jilds rien après les supplices de leurs lonipagnons : la potence les déshonora.

Le duc de Parme rentre en France pour faire lever le siéi^e de Rouen, et il réussit. Le vieux maréchal de Biron est tué à la bataille d'Eperiiay. Le ciuc de Parme meurt dans les Pavs-Bas : grand capitaine qui fixa l'art moderne de la guerre. Le duc d'Espernon , sentant que les affaires du Béarnois s'amélioroient , revient à la cour ou plutôt au camp , car alors le Louvre de Henri IV étoit une tente. (1590,1591,1592.)

Etats de la Ligue convoqués à Paris, ruinés par le ridicule et par les prétentions des divers candidats à la couronne. Les Espagnols demandoient l'abolition de la loi salique, afin de faire tomber le sceptre à leur infante. Le parlement rend un arrêt en faveur de la loi salique, et rempoite la victoire sur les Etats. Le duc de Mayenne, mécontent des Espagnols, ouvre des conférences à Surêne avec les catholiques. Henri abjure dans l'église de Saint-Denis, le 25 juillet 1593, et se fait ensuite sacrer à Chartres; on y rapiéceta son pourpoint pour une somme de quelques deniers, dont le reçu existe encore : ces lambeaux-là n'alloient pas mal au manteau royal tout neuf du Béarnois.

Henri lY se trouva dès sa naissance et par les hasards de sa vie à la tête de la Réformation et

fies idées nouvelles, mais la Réf'ormation étoit en minorité contre l'ancien culte et les vieilles idées. Les François catholiques rejetoient un roi protestant malgré son titre héréditaire; ils en avoient le droit, comme les Angîois protestants eurent le droit de repousser un roi catholique. La Ligue , coupable envers le dernier des Valois , étoit innocente envers le premier des Bourbons, à moins de soutenir que les nations ne sont aptes à maintenir le culte qu'elles ont choisi, et les institutions qui leur conviennent. Le péril étoit imminent : les Etats illégalement convoqués sans doute, mais redoutables, car tout corps politique dans un moment de crise a une force prodigieuse , l'Espagne appuyée de la cour de Rome et des préjugés populaires, étoient prêts en s'alliant au prince Lorrain à disposer du trône. L'héritier légitime ne se pouvoit détendre qu'avec des soldats étrangers, triste ressource pour un roi national ; les protestants qui l'appuyoient étoient en petit nombre et plutôt inclinés à Taristocratie qu'à la monarchie; les catholiques attachés à sa personne ne le suivoient que parce qu'il avoit promis de se taire instruire dans leur religion. Il ne restoit donc évidemment à Henri IV qu'un seul parti à prendre, celui d'abjurer : ce fut une atiaire entre lui et sa con-

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science; s'il vit la vérité du côté où il voyoit la couronne, il eut raison de changer d'autel. Il est fâcheux seulement qu il écrive à Gabrielle à propos de son abjuration : « C'est dimanche que M je ferai le saut périlleux. »

Une fois réuni au clergé et aux grandes masses populaires, il n'eut plus qu'à marchander un à un les capitaines qui commandoient dans les villes. Les gentilshommes s'étoient emparés des forteresses et des cités, ainsi qu'au commencement de la race capétienne; on auroit vu renaître les seigneuries, si les mœurs avoient été les mêmes et si le temps n'eût marché. Henri IV reprit plusieurs châteaux, comme Louis le Gros, et acheta les autres. L'esprit aristocratique expiroit. Paris ouvrit ses portes à Bourbon le 22 mars 1594. Le pouvoir absolu qui commençoit supprima tous les écrits du temps, et en défendit, sous peine de la vie, l'impression et la vente: François I". avoit senti le premier instinct contre la liberté de la presse; Henri IV eu conçut la première raison.

En 1594, Jean Chàtel blesse Henri IV d'un coup de couteau à la lèvre et les jésuites sont bannis de France. En 1595, rencontre de Fontaine-Françoise, une des plus furieuses qui fut jamais. Henri combattit tête nue avec toute la verve d'un jeune soldat. Il écrivit h sa sœur :

<c Feu s'ea iaut que vous u'ayiez élé mon Ii<^ri- » tière. » ^

Le roi est absous par le pape. Le duc de Mayenne se soumet (1596). Lorsque Henri entra dans Paris, la seule vengeance qu'il exerça contre madame de Montpensier, fut de jouer aux cartes avec elle; la seule vengeance qu'il tira de son frère le duc de Mayenne, replet eL lourd, fut de le faire marcher vite dans un jardin. Édit de Nantes. Traité de Vervins (1598). Mariage de Henri avec Marie de Médicis, la première année du dix-septième siècle. Comment n'étoit-on pas las des Médicis?

Conspiration du maréchal de Biron. Mort d'Elisabeth , reine d'Angleterre. Le premier Stuart , Jacques J"., arrive à la couronne de la Grande-Bretagne à l'époque où le premier Bourbon venoit de s'asseoir sur le trône de France. Etablissement des manufactures de soie, de tapisserie, de faïence, de verrerie. Colonisation du Canada. On ne croyoit faire que du commerce et l'on faisoit de la politique ; la propriété industrielle vit de liberté, et , en accroissant l'aisance, elle accroît les lumières. Henri IV, qui tentoit partout des passions, qui ne fut écouté ni de M'°^ de Guercheville , ni de Catherine de Rohan, ni de la duchesse de Mantoue, ni de Marguerite de Montmorency, vit le prince

de Condé, mari de la dernière, se retirer avec elle à Bruxelles. 01 prince de Condé étoit-U fils de Henri IV, par Charlotte de La Trémoille, accusée d'avoir empoisonné son mari pour cacher une grossesse? On prétend que Marguerite de Montmorency, pressée par Henri IV, lui avoit dit : « Méchant , vous voulez séduire ^ la femme » de votre fds, car vous savez bien que vous m'a- » vcz dit qu'il l'étoit. » {Mémoires pour servir à [histoire de France. )

Henri IV, ou dans le dessein de poursuivre l'objet de sa nouvelle passion , ou pour réaliser un projet de république chrétienne , alloit porter la guerre dans les Pays-Bas, sous le prétexte de la succession de Clèves et de Juliers , lorsqu'il fut arrêté par un de ces envoyés secrets de la mort qui mettent la main sur lesrois( I4mai 161 0).Ges hommes surgissent soudainement et s'abîment aussitôt dans les supplices : rien ne les précède, rien ne les suit ; isolés de tout , ils ne sont suspendus dans ce monde que par leur poignard; ils ont l'existence môme et la propriété d'un glaive; on ne les entrevoit un moment qu'à la lueur du coup qu'ils frappent. Ravaillac étoit bien près de Jacques Clément : c'est un fait unique dans l'histoire que le dernier roi d'une race et le

' Ce n'est [jas la franchise du texte.

premier roi d'une autre aient été assassinés de la même façon , chacun d'eux par un seul homme au milieu de leurs gardes et de leur cour, dans l'espace de moins de vingt-un ans. Le même fanatisme anima les deux assassins; mais l'un immola un prince catholique , l'autre un prince qu'il crojoit protestant. Clément fut l'instrument d'une ambition personnelle, Ravaillac , comme Louvel , l'aveugle mandataire d'une opinion.

J'ai fait observer plusieurs fois que la seconde aristocratie vint finir à Arques , à ïvry , k Fontaine-Françoise , comme la première à Créci , à Poitiers et à Azincourt. Elle disparut de fait et de droit , car Henri IV publia un édit , en vertu duquel la profession militaire n'anobUssoit plus. Tout homme d'armes sous Louis XII étoit gentilhomme , ainsi que tout bourgeois qui avoit acquis un fief noble et le desservoit militairement. Le 258^ article de l'ordonnance de Blois , de 1 579 , avoit détruit la noblesse résultant du fief. Louis XV, en 1750, rétablit la noblesse acquise au prix du sang ; mais le coup étoit porté. Henri IV, ce soldat , avoit voulu que les armes restassent en roture : L'armée devenue plébéienne laissa à la gloire le soin de l'anoblir.

On s'est fait une fausee idée de la manière dont les Bourbons parvinrent au trône. D'un côté on n'a vu que les massacres de la Saint-

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Barthélémy, que les fureurs de la Ligue, que les iuLriiTues de Catherine de Médicis , que les dé- Lauclies de lleurilll, que l'ambition des princes de Lorraine; de l'autre côté on n'a aperçu que la bravoure, lesprit et la loyauté de Henri IV ; on a cru que tous les partis avoient été fidèles à leurs doctrines , qu'ils avoient constamment suivi leurs drapeaux respectifs, que les services avoient été récompensés, lesinjurespunies, qu'enlin chacun avoit été rétribué selon ses œuvres : telle n'est point la vérité historique. Tout se passa comme de nos jours; on céda à des nécessités , à des intérêts créés par le temps ; le vainqueur d'ivry ne monta point sur le trône botté et éperonné en sortant de la bataille: il capitula avec ses ennemis ; et ses amis n'eurent souvent pour toute récompense que l'honneur d'avoir partagé sa mauvaise fortune.

Brissac , La Châtre et Bois-Dauphin , maréchaux de la Ligue, lurent confirmés dans leur dignité ; ils avoient tous vendu quelque chose. Laverdin, Villars , Balagni , Yilleroi, jouirent de la faveur d'Henri IV. Par l'article lo de ledit de Folembrai , les dettes mêmes du duc de Mayenne sont payées et déclarées dettes de la couronne. Le Béarnois étoit ingrat et gascon , oubliant beaucoup et tenant peu. « Montez, dit la duchesse de Rohan dans son ingénieuse sa-

w tire apologétique, montez les degrés, entrez » jusque dans son anti- chambre : Vous oyrez M les gentiJs-liommes qui diront : J'ai mis ma vie » tant de fois pour son service , je l'ai tant de » temps suivi, j'ai été blessé , j'ai été prisonnier; » j'y ai perdu mon fils , mon frère ou mou pa- « rent : au partir de là , il ne me connoît plus; » il me rabroue si je lui demande la moindre

)) récompense Ses effets parlent et

» disent en bon langage- Mes amis, ofiensez-moi, » je vous aimerai : servez-moi , je vous haïrai. » Henri laissa mourir de faim le fidèle boux-geois qui avoit favorisé sa fuite, lorsque lui Henri étoit à Paris prisonnier de Charles IX. A la ii^ort de Henri HI, Henri IV avoit dit à Armand de Gontaud , baron de Biron : Cest à cette heure quil faut que vous mettiez la main droite à ma couronne ; venez-moi servir de père et d'ami contre ces gens qui îï aiment ni vous , ni moi. Henri auroit dû garder la mémoire de ces paroles ; il auroit dû se souvenir que Charles de Gontaud, fds d'Armand, avoit été son compagnon d'armes , que la tête de celui qui avoit mis la main droite à sa couronne avoit été emportée d'un . boulet de canon : ce n'étoit pas au Béarliois à joindre la tête du fils à la tête du père. Le grand - maître des échafauds , Richelieu , désapprouvoit celui de Biron comme inutile.

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Mais la bravoure de Henri lY, son esprit , ses mots heureux et quelquefois magnanimes , son talent oratoire, ses lettres pleines d'originalité , de vivacité et de feu ; ses malheurs, ses aventures , ses amours , le feront éternellement vivre : sa fin tragique n'a pas peu contribué à sa renommée; disparoître à propos de la vie, est une condition de la gloire. Henri IV étoit encore un fort bon administrateur : il montra son habileté à faire vivre en paix des liommes qui se détestoient, particulièrement ses ministres, hommes de capacité, mais antipathiques les uns aux autres , et sortis de partis divers. Les Bourbons n'ont compté que cinq rois dans leur courte monarchie absolue ; sur ces cinq rois, ils ont eu deux grands princes et un martyr. Ce sang n étoit pas stérile.

Au surplus tout le siècle de Louis XIV se tut sur l'aïeul des Bourbons. Le Grand Rpi ne permettoitd'autrebruit quelesien. x\. peine retrouvet-on le nom de Henri IV dans un pamphlet de la Fronde qui établit un dialogue entre le Roi de Bronze et la Samaritaine; l'ouvrage de Péréfixe étoit oublié. Un poëte qui a tant fait de renommées avec la sienne, A^oltaire a ressuscité le vainqueur d'Ivrv : le génie a le beau privilège de distribuer la gloire.

Depuis le commencement de la troisième

race jusqu'aux Valois, il n'y avoit point eu en France de guerre civile, proprement dite. Les guerres féodales étoient des guerres de souverain à souverain, car les seigneurs étoient de véritables princes indépendants. Si la moitié de la France prit les armes contre 1 autre sous Charles V, Charles VI et Charles VII, c'est que la France étoit partagée entre deux souverains, le roi de France et le roi d'Angleterre. Une guerre civile s'alluma sous Louis XI et sous Charles VIII , mais ne dura qu'un moment. Malheureusement ce fut la religion qui donna naissance aux longues guerres civiles de la Ligue. Toutefois ces espèces de guerres qui causent de grands maux à l'espèce sont favorables à l'individu; elles mettent en valeur les qualités personnelles ; jamais il n'apparoît à la fois autant d'hommes remarquables que pendant les discordes intestines des peuples. Presque toujours les temps qui suivent ces discordes sont des temps d'éclat, de prospérité, de progrès; comme de riches moissons s'élèvent sur des champs engraissés.

Quelques faits principaux constituent la révolution de l'époque que nous venons de parcourir.

La seconde aristocratie perd le reste de sa puissance; les gentilshommes ne vont plus être

414 ANALYSE RAÏSONNEE

que les ofliciers cîo l'armée démocratique prête à se former sous Louis XIII et Louis XIV.

La monarchie des Etats finit avec les Valois; elle ne se montre un moment sous Louis Xlll que pour rendre le dernier soupir.

La monarchie Parlementaire atteint le plus haut degré de son pouvoir, et vient expirer, par abus de sa force, dans les démêlés de la Fronde.

La monarchie Absolue monte donc en effet sur le trône avec le premier Bourbon; il ne restoit plus à cette monarchie qu'à renverser quelques obstacles que balaya Richelieu.

Les Etats pendant les guerres civiles ne répondirent point à ce qu'on devoit attendre d'un aussi grand corps, soit qu'il repoussât, soit qu'il adoptât les nouvelles opinions ; ce qui prouve qu'ils n'étoient point entrés dans les mœurs ou dans les libertés du pays." Ces Etats firent des actes remarquables de législation civile et administrative , mais ils ne montrèrent aucun génie politique ; ils furent maîtrisés par les caractères individuels. Quand l'ordre reparut sous Henri IV, l'esprit humain après avoir remué tant d'idées, après avoir passé à travers tant de crimes , s'étoit agrandi , mais le gouvernement s'étoit resserré. Le Parlement, rival victorieux de la représentation nationale, rendoit des arrêts politiques , disposoit de la

régence , refusoit ou ordonnoit l'impôt ; il y avoit deux pouvoirs législatifs. Les savants, les gens de lettres, les écrivains attachés de préférence à la rohe , faisoient opposition à l'autorité des trois Ordres. Les Etats de la Ligue achevèrent de déconsidérer des assemblées qui , luttant sans cesse contre les abus de la féodalité, de la couronne , du parlement et du peuple, n'avoient jamais pu contenir le despotisme royal , refréner les injustices aristocratiques , arrêter les empiètemens de la magistrature , enchaîner les violences populaires.

L'Edit de Nantes constitua l'état civil et religieux dçs protestants; ils obtinrent un culte public, des consistoires, des écoles, des revenus, et jusqu'à des forces militaires pour protéger leurs établissements. Les quatre-vingt-douze articles généraux de ledit, et les cinquante-six articles particuliers reproduisoient à peu près les dispositions de l'édit de Poitiers, et des conventions de Flex et de Bergerac. Un codicile secret permettoit aux calvinistes de garder quelques places de sûreté pendant huit ans.

Ces concessions n'étoient malheureusement qnoctrofées ; Henri IV les respecta , mais Richelieu et Louis XIV pensèrent que ce qui étoit accordé se pouvoit reprendre. Les protestants soutinrent trois guerres contre Louis XIIL

il() ANALYSE KAISONNEE

Le duc de Rohan , leur chef, appela les Ani;iois à leur secours; ils lurent battus; La Rochelle tomba, et Louis XIV, après une longue série de séductions et de persécutions, révoqua l'Edit de Nantes en 1(368.

A compter depuis la conjuration d'Amboise , 1 560, jusqu'à la publication del édit de Nantes, en i 599, s'écoulèrent trente-neut années de massacres, de guerres civiles et étrangères , entremêlées de quelques moments de paix; c'est à peu près la période qu'a parcourue notre dernière Révolution. Ce temps de la Saint-Barthélémy et de la Ligue est le temps de la terreur religieuse, d'où sortit la monarchie Absolue, comme le despotisme militaire sortit de la terreur politique de 1793. 11 ne coula guères moins de sang François dans les guerres et les massacres du seizième siècle que dans les massacres et les guerres de la Révolution. « Durant ces M guerres (de la Ligue ) sont morts prématuré- » ment, et avant le temps, plus de deux mil- » lions de personnes, tant de mort violente que » de nécessité et pauvreté , par famine et autre- » ment. » {La vie et déportements de Henri le Béarnais. )

Un capital immense fut dissipé; les dettes de l'état se trouvèrent monter, sous Henri IV, à trois cent trente millions de la monnoie de ce

temps , sans parler de toutes les autres sommes absorbées et non constituées en dettes publiques , comme ou le va voir par les autorités suivantes : « Le pauvre peuple avoit été tellement pillé , » vexé , saccagé , rançonné et subsldié sans au- » cune relâche, ni moyen de respirer, qu'il ne » lui restoit plus aucune facilité de vivre, étant » comme désespéré et résolu de quitter le pays » de sa naissance pour aller vivre en terre étrange ; » car, depuis ledit temps, la ville de Paris et » pays circonvoisins avoient fourni trente -six M millions de livres , outre autre somme de » soixante millions de livres ou environ , qui » avoient été fournis par le clergé de France, » sans les dons, emprunts et subsides levés extraor- » dinairement, tant sur ladite ville que sur les » autres pays et provinces du royaume : somme » suffisante non-seulement pour conserver l'état » de la France , mais aussi , avec la terreur de » l'ancien nom des François, en rendre le nom » formidable à tous les autres princes , potentats » et nations. » ( Vie et mort de Henri de Vcdois. )

Dans les pays qu'ils occupoient, les huguenots détruisirent les monuments catholiques et s'emparèrent des biens du clergé. Beaucoup de prêtres se marièrent, et restèrent néanmoins catholiques; leurs mariages furent sanctionnés par

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